‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 10 sur 110 · PREMIER APPEL AU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PREMIER APPEL AU PEUPLE FRANÇAIS

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Votre plorieiise révolution de Juillet avait jeté l’cflroi dans le camp du despotisme ; les vainqueurs' de 18J5 se mettaient en marche pour écraser la liberté : l’insurreclion polonaise leur a barré le chemin. La Pologne, abandonnée par l'Ènrope, a succombé. Ses tyrans disent qu’ils l’ont tuée ; et cependant ils n’osent pas franchir ses limites : les ruines de l’ancienne Pologne forment encore un vaste rempart entre les peuples civilisés et les barbares. La chute de la Pologne a mis à couvert la liberté de la France. La prise de Varsovie a épuisé, pour le moment, les forces de Nicolas; et Nicolas se venge sur la Pologne de toutes les craintes que lui font éprouver les forces vives de la révolution. On a dit en France que la Pologne ne périi’ait pas; le tzar à dit que la Pologne n’existera plus. La France n’a encore rien fait pour tenir sa promesse; le tzar f.iit tout au monde pour exterminer le peuple polonais.

Depuis le désastre de Varsovie , le tzar ne cesse d’envoyer au Kaukase tous les soldats polonais amnistiés, pour les faire servir, jusqu’à la mort, comme soldats russes.

Le tzar a déjà an aché des bi as de nos mères plus de 40,000 enfants polonais, et les a transportés en Sibéi ie, pour leur faire oublier la Pologne ; et pour les dresser, tout jeunes encore, en colvortes de bourreaux.

Le tzar a transplanté plus de 30,000 familles sur la ligne du Kaukase, en Asie.

Le tzar a confisqué les biens de tous ceux qui ont pi is part à la guerre .

Le tzar foule aux pieds la nationalité polonaise ; il a cassé les lois, aboli les écoles, envoyé en Sibérie les étudiants dont tout le crime était d’étudier leur langue maternelle et leur histoire.

Le tzar persécute la nationalité polonaise jusque dans sa religion.

Le tzar introduit en Pologne une nouvelle religion, d’après

AU PKÜPLK FRANÇAIS

laquelle lui, Nicolas, se donne pour lieutenant de Dieu sur la terre; il commande, pour sa personne, un culte divin : et cette doctrine infernale il veut la faire prévaloir jusqu’en France. Un fanatisme sauvage convertit, par le glaive et les toitures, à sa foi prétendue orthodoxe, toutes les provinces orientales anciennement démembrées de ia f’ologne.

Le tzar jette, entre la Pologne qu'il torture et celle qu’étouffent à deux mains la Prusse et l’Autriche, une nuée de Moskovites barbares, auxquels il distribue tes biens des vaincus, et qui servent sa tyrannie de tout le poids de leur stupide obéissance.

Le tzar a rempli les prisons, peuplé la Sibérie de patriotes polonais, et les fait périr de jour en jour soit sur la potence, soit sous le knout. Les femmes et les enfants des martyrs subissent les mêmes exécrables supplices !

Le tzar se baigne dans le sang et les larmes de ta Pologne... Et la France, qu’a-t-clle fait jusqu’à ce jour?

La Pologne est an désespoir ! Tous les jours se lèv ent de nouveaux combattants, tous les jours succombent de nouvelles victimes; l’histoire d’hier sera celle de demain. Le sang qui coule prouve que la Pologne n’est point un cadavre, qu’il est encore temps de la secourir.

Dans sa nouvelle lutte, la dernière peut-être, la Pologne aura-t-elle, de l’Europe et de la France en particulier, autre chose que des vœux stériles et des regrets impuissants?

Français! au .moment où vous célébrez votre glorieuse révolution, les Polonais, vps anciens frères d’armes et vos défenseurs, gémissent dans des tourments inouïs. Français! tant que vous ne vengerez pas la Pologne, votre honneur ne sera pas satisfait ; votre liberté ne cesseia pas d’être menacée : et succombera sans doute un jour, comme la nôtre, sous l’abandon et l’indifférence des nations.

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