‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 105 sur 110 · ADRESSE AUX PEUPLES DE L’KÜROPE · texte numérisé non relu

ADRESSE AUX PEUPLES DE L’KÜROPE

universelle ! üae victoire facile sur l’insurrection de Hongrie, obtenue plutôt far 1a trahison que parles armes, le pousse à de nouveaux attentats contre l’indépendance des peuples voisins ; son ambition inassouvie ne connaît plus de bornes. Constantinople, sous le souffle de feu d’une guerre de religion, devenue la métropole du monde , la mer Noire, l’enfrepôt d’une marine enveloppant le globe ; et lui, le tzar du Nord et de rOrietit, le médiateur entre l’Europe et l’Asie, le maîlre, le pontife et le dieu de la foi orthodoxe, désonnais souveraine et sans rivale : tel est le programme impie du tzar Nicolas, déguisé sous les paroles frauduleuses de son dernier manifeste.

Heureusement, il arencontiaî devant lui, dans sa réalisation, les rangs pressés d’un peuple plein de valeur; qui, depuis le partage de la Pologne, depuis ce brigandage politique, qui grava la malédiction de Ccaïn au front de la Russie barbare, a marché en avant d’un pas tout aussi rapide, que lui-môme et son colossal empire ont rétrogradé vers le néant. Les premiers combats sur le Danube, laissant espérer des faits d’armes encore plus décisifs pour l’avenir, ont donné la mesure de ce que la nation musulmane, guidée par le génie de la civilisation occidentale, peut faire pour mériter une place honorable dans la famille européenne.

Ces événements, préparés par l’intelligence suprême qui veille au salut des nations, nous présagent le réveil prochain, indubitable de notre patrie; le jour n’est pas loin où tous les peuples cl les gouvernemeuts reconnaitixint la nécessité du nitablissement de la IVjlogne : de ce sanctinire inviolable de la foi chrétienne, de cet antique boulevard de l’Europe conli'e les incessantes agressions du despotisme asiatique. Dans cet état de choses, l émigralion polonaise réunie en France, doit au monde etiticr, se doit à elle-même, de se metti’e le plus tôt possible en mesure de répondre à sa vocation; de remplir le poste élevé qui lui est assigné par l’opinion des peuples armés pour la défense commune, et par le sentiment de sa propre dignité. Elle a surtout le devoir d’émettre de son sein un acte collectif, afin de déclarer aux autres nations : «Qu’elle est prête à leur donner l’appui de son incontestable influence p:irmi les Slaves ; qu’elle oubliera volontiers scs soufTrances de vingt années, pourvu que le glaive arraché de ses mains par fraude ou par trahison, lui soit rendu par la justice des peuples. » Ce document, comme première manifestation pu-

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blique de la pensée polonaise, comme gage de nos intentions droites et loyales, ne sera plus le triste écl#» de l'esprit de parti, amoindri dans les débats intérieurs; mais il portera dans toute sa force et son autorité le caractère de l’idée nationale, pure de toute ambition de secte ou de cotei ie : il doit donc émaner du cœur même de l’émigration, réunie en face de l’Europe dans un même esprit d’amour et de dévouement.

C’est afiu d'accomplir cette obligation au nom de tous, que pour la première fois, frères et compatriotes, je m’adresse à vous; en vous priant de m'en conférer le mandai, par une délégation ofücielle.

Vous connaissez les causes pour lesquelles , malgré tant d’honorables tentatives, l’émigration polonaise n’a pas encore

1 )11 constituer son unité politique. Vous savez que feu mon père, e général palatin .\ntoine Ostrowski a fait tout ce qui dépendait de lui pour réunir à Paris les anciens membres de la diète polonaise, dans le complet pre.scrit par la loi du 2fi février J 831 ; que tous ses efforts sont venus se briser contre la funeste protestation des Onze, éconduits par rinlluenceanrH nationale d une maison de prétendants. C’était une criminelle, une dernière e.vplosion sans doute, du librrum veto, qui dans les jours de sa décadence, avait attiré sur la Pologne tontes les hontes et tous les malheurs, üepiiis cet événement, que l’on doit considérer comme un désastre national , toutes les tendances dictatoriales, tontes les chimères dynastiques écloses sur le sol étranger, ont hardiment relevé la tète ; depuis celte scission scandaleuse a commencé la lutte déplorable des partis, divisés sur les moyens, bien que tendant vers un même but : et dans laquelle se sont amorties toutes les forces vives de notre émanci|)ation. Notre famille de proscrits s’est séparée en autant de fractions qu'elle contenait d’éléments de progrès et d’activité ; les ferments impurs qui sommeillent an bmd de tonte association humaine ont monté à la surface : et le tzar de Russie a couvert d’un cri de triomphe et de vengeance les pleure et les gémissements de sa victime. « Malhenr à ceux, dit l'Évangile, qui fèment le désordre et le scandale! » Oui, eertes,malhenràces hommes; car ils siibi.ssenl déjà leur réprobation dans le pressentiment des anathèmes de la postérité : sinon dans la voix sévère de leur mauvaise conscience (1)1

O Vnyp7. La di^le fmioniiite à P/irin, png, .aa.

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Nous, les pins jeimcs de l’émigmUori, honorés de pins de souffrances demnHa patrie, donnons les premiers l’exemple de la concorde ; portons les premiers à nos frères égarés, mais sans doute déjà repentants, les paroles de paix et de réconciliation. Croyez moi, chei’S compatriotes, que si l’émigration aujourd'hui même, oubliant ses griefs surannés, réunie en un seul corps, n’ayant qu’une ûme et qu’une volonté, fai.sait entendre sa voix aux nations européennes, ce jour serait le dernier de notre exil, t)aignédc tant de sang et de larmes ; le premier de notre retour sur le sein de la mère-patrie et de notre régénération nationale ! Le seul énoncé de notre mission, confirmé par racclamation unanime de fous ses apôtres, lui donnera sur-le-champ la plénitude de la réalisation cfl'ective. Nous, et non pas le tzar allemand, nous sommes l’Ame de quatre-vingts millions d’hommes, nés du même sang, animés du même espiif, et tendant vers une même imlépendancfl A nous, et non pas au tzar allemand, appaitient par le cœur toute la race slave, librement confédérée au nom du principe divin de la fralemité! Par nous, couronnés de martyre, et non par le tzar allemand, avec la tache fratricide au front, la famille slave deviendra libre et grande ; cette famille appelée à tenir le premier rang en Europe par le nombre, l’inspiration et la vigueur juvénile! Une réunion intime avec le peuple; son admission à tous les droits que nous revendiquons pour nous-mêmes : telle sera la condition foudamenlale et le piemier gage de cette alliance. La puissance même du despote deviendra le levier, au moyen duquel nous élèverons les Slaves aflVanchis par la Pologne et l’Europe régénérée par les Slaves à une plus haute vie sociale ; telle est notre mission actuelle au sein de la Pologne, la mission à venir de la Pologne au sein de l’Europe : et ui le tzar, ni ses indignes suppôts, ne pourront mettre obstacle à son accomplissement !

L'inflexible Nicolas le sait si bien, qu’il s’efforce par tous les moyens de nous arracher cette arme de salut qu’il n’a pas su briser enlie nos mains ; disperser les émigrés sur tous les points du globe, de manière à ce qu'ils ne puissent jamais et nulle part se réunir sous un étendard national; les décimor eu masse par la main de ses bourreaux à gages, les diffamer et les perdre eu détail par la calomnie ou le scandale : tel est le problème capital de sa puiiti(|uo. Une haine insensée de la foi

APPENWCF,

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romaine et l’elliüi du nom pulonaià, voilà les deux caraclèi’es <]iii se reflètent sur tons scs appels à l’opinio^ publique, soit personnels, soit publiés par ses affidés et ses complices. .Mais que peut un seul homme, quand il serait armé d’un million de baïonnettes esclaves, contre l’cspiït du siècle qui nous prend ouvertement sous sa garde, et s’achemine avec nous vers la libel lé, son but et son triomphe dcfiuitilï Môme les États dynastiques, les |dus rapprochés par leur principe de l’absolulisine moskovite, se prononcent déjà hautement contre le tzar Nicolas; et comme à leur insu guidés par la main de Dieu, s’engagent dans une lutic à mort avec l’oppresseur de la Pologne. L’homme possédé par l’homme, le peuple écrasé par un despote, l’esclavage individuel et national, disparaîtront bientôt de tout le vieux monde ; un jour encore, et la clarté de la civilisation chrétienne qui vient de resplendir si vivement sur l’Occident anglo-germanique et franco-romain, doit illuminer aussi notre Oi ient polono-slave : un jour encore, et le rêve indeux de Pieirc 1*', éclos à la lueur sanglante de l’aurore boréale, s’évanouira sous les ruines de sa monstrueuse création, dans un cri d’affranchissement pour tous les peuples!

l.e moment est grave; le plus grave peut-être depuis notre départ du pays : décisif pour la Pologne et pour nous. Pinuvons à la patrie (pie nous sommes ses vrais eufants, que nous n'avons pas dégénéré du sang de nos aïeux; que l’esprit d'égoïsme et de doute n’a pas atteint nos emurs ni perverti notre intelligence; que la flamme sainte emportée du foyer natal y brûle toujours avec la môme énergie : et soyons certains que la Pologne aussi se montrera la grande, l’héroïque nation des Zolkicwski, des Czarnieçki, des Kosciuszko, la nation do la nuit du 29 novembre! Laissons l’indillérence, les complots, les rancunes stériles, l’agitation individuelle à ceux (jui n’ont su retirer aucun fruit d’un exil de vingt années ! 11 nous faut agir avec ensenible, harmonie, dignité ; le cœur et les mains pures, commencer l’œuvre de la délivrance, que d’autres peut-être achèveront après nous : n’ayant (lu’unc pensee, une parole, une volonté et des milliers de mains et de glaives !...

Quant à moi, ne dépendant d’aucun parti dans l’émigration; libre par mon passé comme pour mon avenir, j’ai longtemps attendu qu’un plus digne donnât l’exemple ; car je n’ai pas voulu et je ne veux pas intervenir sans une délégation positive. .Mais voyant que personne ne se mot en devoir

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li’agir, qu’un tamps précieux s’écoulej aidé par les conseils et l’appui (le pluieiirs compagnons d’exil aimant sincèrement la patrie, je m’adresse à vous, comme Polonais émigré à des frères, en vous demandant l’autorisation de publier une Adresse aux peuples de l'Europe, pour leur rappeler les dioits imprescriptibles de notre nation à l’indépendance; pour leur exposer la nécessité de son rétablissement au nom de la paix et de la sécurité de tous : pour les inviter, en notre nom et au nom de la Pologne, à coopérer avec nous à ce grand acte de Justice et de réparation.

J’ai la conviction <|uc ma démarche ne vous semblera pas trop liardie. Si mou nom et mapei’sonne sont inconnus à beaucoup d’entre vous, c’est que, jusqu'à présent, ils n’ont figuré dans aucune coterie. .Mes traditions de famille, le souvenir vénéré de mon père, mon passé de soldat et de proscrit, vous serviront de garantie pour mon avenir. Aimant par dessus toutes choses la patrie et la vérité , c’est à elles seules que j’ai voué tout le culte de ma vie. Par cet amour dégagé de toute ambition et de toute crainte, je vous demande voti'e assenli? ment à cette œuvre que j’acc(jmplirai selon le vam de tous, bien plus que selon ma pensée individuelle. J’inscrirai en tète* de cet acte collectif un axiome éprouvé par notre expérience de vingt années et résumant en ces termes notre foi nationale ;

» Que la Pologne doit avant tout compter sur elle-même; qu'elle > doit évoquer, dans son propre sein, les ferces nécessaires » pour sa délivrance : selon le triple symbole adopté par nous » de /’Inuéi'endanck, de la LiBcnTÉ et de la Fraternité ! b

J’attendrai vos décisions, transmises par des lettres particulières ou collectives, qui seront considérées par moi comme un mandat obligatoire; et je termine ce message en vous saluant au nom de Dieu et de la patrie (1).

Agréez, etc.

Paris, 29 novembre 1853.

(4) Ccl appel ii iioU'O patriotique éniiprationa provoqué une réponse unanime, consignée dans plus de AüO lettres collectives, ni’aulorisant X rédiger et à publier l'.ldrfs.tf aux peuples de l’Ettrope que j‘ai fait paraître siinultanémeiit à Londres et ^ Paris, h la date du 3 mai 1054 (Y. p. 22.V\

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