‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 106 sur 110 · FENDÀMT LA GUERRE D’ORIENT · texte numérisé non relu

FENDÀMT LA GUERRE D’ORIENT

Nous recevons de Kïow, tardivement peut-être, mais assez à temps encore pour apporter d’importantes rectifications auv nouvelles erronnëes propagées par la presse parisienne, une relation de la plus complète exactitude sur les derniers évé- 'nements de l’ükraine.

Nous savons qu’au dix -septième siècle, les Kosaks de rukraine se soulevèrent contre la Pologne et se rangèrent avec Mazeppa, leur chef, sous la loi moskovite. Ce ne fut pas en haine des rois de Pologne, qu'ils regardaient comme leurs pretecteurs naturels; mais uniquement pour secouer le joug de la haute noblesse, et du clergé. Le même fait s’est reproduit l’année dernière, contre cette nuée d’employés moskovites, plus rapaces que les sauterelles d’Afrique; et contie les armées russes qui ont rendu la position du paysan kosaque plus intolérable qu’à aucuiic époque de l’histoire. 11 en résulte que noblesse, clergé, peuple, tous avaient espéré que la guerre d’Orient leur permettrait de reconquérir leur indépendance, sans autre appui que riufluence morale du voisinage des lioupes alliées; en effi't, le théâtre des opérations militaires touchait presijue à l'Ukraine : et l’on avait répandu dans les pays qu’arrose le Dniester le bruit que l’empereur des Français faisait la guerre au tzar pour le foicer d’abolir l’esclavage.

Cette nouvelle ne trouva qu’une faible créance, en Podolie, où l’élément polonais prédomine. Instruits par l’exemple du passé, les Polonais ont acquis la vertu qui leur manquait, la

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patience; mais, Mans les pays kosaquos, à l’est du gouvernement de Kîow, cm les lumières sont moins répandues et la crédulité plus grande, on a fermement cru à celle nouvelle : et l’insunvction a commencé. Au mois d’avril, üenle villages s’étaient soulevés; à Pilawa, à Taliantcha, à Berezna, centre du mouvement : à W'olodarka, à Bialocerkiew, et sur d’autres terres appartenant aux Poniatowski, le soulèvement a été général. Les préparatifs de l’insurrection l emontaienl à l’époque de la mort de Nicolas. Peu de temps après cet événement, on avait, sans y prendre garde, signalé un mouvement in.solitc parmi les paysans de l’Ukraine. Il y avait de fréquents conciliabules ; il se formait des listes d’enrôlement : en un mot, tout annonçait l’explosion d’un mouvement populaire. Plusieurs propriétaires, qui se rappelaient les sanglants événements de la Gallicie, songèrent à mettre leurs familles en lieu de sûreté ; les paysans essayèrent aussitôt de les rassurer. « Que craignez- vous, leur disaient-ils, nous n’avons pas à nous plaindre de vous; ce que nous entreprenons est notie œuvre personnelle : un peu plus lard nous aurons besoin de vous et nous vous préviendrons. »

Pressés de questions par les seigneurs, ils avouèrent franchement qu’ils voulaient, comme autrefois, être polonais et qu’ils ne craignaient pas les Russes; qu’ils ne demandaient même pas l’abolition de la corvée : sauf l’expulsion des régisseurs qui les opprimaient. Ils voulaient veiller par eux-mêmes à l’exécution desdites corvées. »

Les propriétaires salisfirent à cette demande et n’eurent pas lieu de s’en repentir, mais les paysans ne se bornèrent pas à ces démonstrations pacifiques ; dans les propriétés appartenant aux grands seigneurs russes, les employés furent battus et chassés : les propriétaires, dont on se déliait, étaient gardés à vue. Un métropolite envoyé de Kîow avec quinze popes elle co • lonel Afanai lefl, pour apaiser l’insurrection, furent enfermés ; les insurgés étaient déjà au nombre de plus de 40,000. A Tahantcha seulement, où il y a de grandes fabriques de drap, leur nombre s’élevait à ,30,000. Ce qui prouve dans quel esprit avait lieu le mouvement, c’est que les propriétés, désertées par leurs possesseurs, furent gardées par les paysans ; et, par un rare exemple de sobriété, les insurgés avaient fermé les cabarets pour éviter les excès qui auraient, disaient-ils, pu gâter leur cause.

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Lo piincc Lapucilin, sur les terres (lnpnel les paysans avaient surtout maniPeslt* leurs «entimenjii polonais, alla trouver le gr^néral Wasiltchikod' et le pressa d’agir, s’il ne voulait se trouver en face d’une insun-ection terrible. Le piincegouverneur demanda des instructions à Saint-Pétersbourg, et on lui répondit qu’il ne devait annoncer une révolte que quand elle était comprimée.

Avant de piendrc des mesures énergiques, il se rendit à Wasilkofl où se trouvait un rassemblimaent de 6,000 paysans. Il demanda aux insurgés de lui présenter leurs chefs.

« Vous savez, leur dit le prince, que je suis votre gouverneur; je représente ici le souverain, et vous me devez une obéissance aveugle.

— Nous n’avons pas besoin de vous pour nous gouverner. Nous avons un gouverneur de notre choix. »

Le prince demanda à le voir; on lui amena un vieillard, qui lui dit :

« Je suis celui qu’ils appellent leur gouverneur; car je suis vieux, et je me souviens des choses dont nul autre que moi ne se souvient en Ukraine. 11 y a 25 ans, quand nos seigneurs faisaient la guerre à la Russie, je leur disais : Voilà le moment airivé de secouer le joug du tzar ; il faut se joindre aux Polonais. Ils n’ont pas voulu ajouter foi à mes paroles, et tous nos malheurs sont venus de là. Aujourd’hui je leur dis : Restez tranquilles, nos maîtres ne bougent pas; ils ne bougeront, ernyoz-moi, que quand les pantalons rouges seront ici. »

Le prince fut frappé de ces paroles qui lui révélaient l’immensité du danger. Il chercha à arracher aux Kosaks des plaintes contre leurs seigneurs ; mais ils lui répondirent : U Nous n’avons rien à leur reprochei', ils sont aussi malheureux que nous; tout notre malheur vient de vous. Vous nous avez enlevé nos enfants, et bientôt il n’y aura plus de bras pour cultiver nos champs! Cependant, nous voulons être libres, et nous ne vous craignons pas. «

Le prince reconnut la nécessité d’agir et envoya quelques bataillons d’infanterie contre les insurgés de VVasilkoff, qui n’étaient armés que de fourches et de faux. Les paysans chargèrent résolument les soldats qui se replièrent en désordre. Le commandant ordonna de tirer, mais à blanc; ces ménagements enhardirent les insurgés, qui attribuèrent à la protection de la Providence l’insuccès du fen des Russes, Us se pré-

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cipitèrent sur lel soldats (|iri déinasijiuMcnl leur arlillerio, el la mitraille eut l»nlùl abattu cette troupe indisciplinée. Deux cents paysans restèrent morts sur la place; les autres se sauvèrent en désordre et se retirèrent de raiitre cote du Dniester, où ils furent généreusement accueillis. Il y eut sur d’autres points, entre autres à Derezna^ des exemples terribles de sévérité...

Il n’est rien de plus capable d’agir sur l’esprit du paysan que les prophéties qui se transmelteut de bouche en bouche et acquièrent une très-grande influence au moment décisif. On a fait détruire les d< ux monticules de Pérépiata et de Pérépiatycha sur le Dnieper, parce qu’il s’y rattache des idées d’émancipation de la Pologne. Un an avant le premier démembrement, le lîosak Wernyhora, dans les derniers jours de sa vie, fit la prophétie suivante, qui devait jouer un rôle important dans les événements actuels :

• La Pologne entière, disait-il, sera soumise à un joug terrible pendaql de longues années, jusqu’au moment où une guerre générale s’allumera au sujet d’un petit pays. Alors le coq changera de plumage ; les Turks passeront le Danube et feront boire leurs chevaux dans la Vistule. Le roi d’Angleterre avancera l'argent pour l’organisation îles Polonais, et il s’ensuivra une guerre meurtrière contre les Moskovites. Une grande bataille aura lieu près de Koustautynow (en Yolbynie), dans la vallée de Uantchai ycha. Les .Moskovites défaits leculeront jnsqu’-au Dniéper, et livreront une autre bataille près des monticules qui couvrent les cendres des deux célèbres Kosaks, Perepiato et Perepiatycha. Ils seront vaincus; et la république de Pologne sera reconstituée dans son ancienne splendeur. Après ces bouleversements, l’Europe jouira de trente années de paix et de prospérité. Je ne puis dire, ajouta Wernybora, ce qui arrivera après ce temps; car à cette seule révélation, le Dniéper sortirait de son lit. »

Telle est la prophélie de. Wernyhora, rétablie dans sa vérité primitive ; car depuis lors, et suivant les besoins du temps, on y a ajouté bien des choses qui l’ont altérée Néanmoins, elle circule parmi les Ruthéniens (les Russes-polonais); elle a une signification menaçante et peut servir de point de départ à un soulèvement terrible.

Tels sont, dans toute leur simplicité, les événements qui se sont passés en Ukraine dans les premiers mois de 1 85.’),* ils

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n'ont ni l’étendue, ni la couleur que leur onlj/données les correspondances : et par là même ils gagnent tn importance et en réalité.

De LA F**'.

Parif, 9 «epteinbre 1856,

{La Vérité.)

AU GÉNÉRAL M. RYBINSKI

commandant en chef l’armée polonaise.

LES KOSAKS-OTTOMANS {D’après le polotiais.)

Ilticita prœcalent... »

.Tacite.

Od b lort par orgueil, ou par tiniidiic,

De vouloir à ses cbels cacher la vérité j Souffrez doue, général, que d’après ce piincipe.

Avec vous, franchement, tua plume s'émancipe ;

Pour dire qu’il vous faut, trop longtemps inactif.

Au nom des Polonais faire un pas effectif.

Un quart de siècle a fui sur nos longs sacrilices,

Et la Pologne attend le fruit de nos services.

Qui fut jeune, a grandi ; qui fut homme, a vieilli ; Dans plus d’un noble cœur le courage a faibli» pMles du désespoir, la mort ou la demence, --

Dans les rangs des proscrits ont fait un vide immense ; Notre antique dnipeau rongé comme un haillon.

Couvre de véteruns il peine un bataillon :

Vous les connaissez tous... mais dans cette phalange Vit le patriotisme et l’honneur sans mélangé !...

La guerre d’Orieut qui s’enflamme à l’ctilour,

Peul bien nous appeler aux armes, quelque jour >

LES KOSAKS-OrrOMANS

Et la PoliJiie en deuil nous dein.mdo indignée :

Que ()Oiii Antre le tzar eeue f»ible poignée?

Les uns diAiit «ns cesse : Il faut attendre un peu 1 Mais depuis vingt-cinq ans nous jouons A ce jeu ; Attendre c’est mourir i et bientôt, je soupçonne Qu’au moment du combat nous ti’auruiia plus personnel Elieims par l'indigeuce ou par Is point d’Iioiineur, Contre tous les dangers nous luttons Bans bonheii.'; Ceux qui devaient agir, plus puissants et plus libres. Ont de leur énergie usé tomes les libres;

Certains ambitieux, se croyant tout permis.

Pour leur compte exploitant deux partis emieinis,

D’un troupeau mercenaire attamans sans vergogne, Vendent à beaux deniers lo sang de lu Pologne; bit Irompant le paya, recruteurs assassins,

Pont servir sa jeunesse à leurs lâches desseins ; l’our jeter au désert, dans d’obscures aiiaqucs,

Les os des Polonais transformes en Knsuques I .Mais des borda du Danube il noua ai-rive eiiltn Elle soiubie clamoiir de détresse et de faun (I ) ;

Des plaines de Varna jusqu'aux mui'a de Byzance,

Tous du chef dynastique ont inamlit la présencu (i,;

Je transcris mot à met : « Ou nous avait promis » De glorieux cmobals contra nos oimcrois ;

» Mais mourir tans combatlfe! avoir pour adversaire >' l.a famuie implacable ou l'affreuse misère,

» Voilà notre avenir!..- Ftères! nous crolra-t-onl n Ceux qu’épargne la faim, tombent sous lo bâum .■ Du farouche attamaii ! et demain, tout lo reste » Va combattre à Datiuts, le sitnouD ou la peste ! »

Et quels sont les martyrs qu’atteignent ces tourmenta, Do.s raiieiiuea du tzar les haineux instruments ?

Non! de jiauvres citfaiils qui,cliungcniit de croyance, l-'ont avec .Slabomet une U istd alliance ;

Là, lo prêtre et lo juif, le sbire èt le forban,

Tous ont caché leur foi sous un mônie turban.

Pour invoquer ce dieu qu’igiiuraîetit «na ancêtres.

Et que BOUS dt^tesWHS : Ptequ^o do leurs maîtres ! «.Si ce dieu poutabsoudro o« punir sans raison;

■1 G.uaiitir du gibet, sauver do la prison,

•• Faut-il, |KUir uu vain rêve, une gloire inipottimc, s Négliger des faveurs qui djmiiont lu fortune ?«

Ainsi parlent entre eux des gens que je connais, Usurpant le salut nom de soldats polonais.

Qui, des Cours d'OrXHdentpour extorquer leurs grades, Formont, sous uns dia|>eaux, d’ignobles mascarades»

(i)Uii ngmoti'C fligné ilii eolonel St dei olTiaiar» dti x* ligiiiUMlt lira hojait- ■oia iligiir da mit qui l’ont iiivnnté,

(x) Le ColoHet rnmte VlxdixI.is Zamsyski.

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Et prosternant leur face au palais des auliaB , Exposent notie honneur aux mépris insulufts :

Si l’un peut faire outrage à cette tioupe immonde,

Ce ramas de bandits de tous les coins du monde Qu’ils nomment légion anglo-kosaque; et qui Dans un prince caduc rêve un Jean Subieski I Ton cœur souffre, 6 patrie I en voyant cette inUigue Plus que de notre sang, de ta gloire prodigue! Tandis qu'aucune main no lève tou linceul I...

Mais cette grande tàcbe appartient à vous seul. D’arrêter ces l>ourrcaux dont la main sacrilège Oc souiller notre nom ae croit le privilégel...

Par ce mot douloureux dont je sens la rigueur.

Je n’eus pas le dessein de blesser votre eœur!

Je suis bien que l'Europe, en nous donnant asile. Pour la paix à tout prix fut longtemps trop fuuile; Mais tout change ici-bas par lu suprême loi ;

Et, tous nus vrais amis conviendront avec moi Qu’il ne s'offrit jamais de meilleure espérance De sauver la Pologne, en relevant la France;

Que Napoléon-trois, l'héritier d’un grand nom,

Ne peut pus nous laisser dans l’esclavage ; oh, iionl Car ce serait trahir cette Europe, encor pleine J)e l'ùnie du proscrit mourant à Sainte-Iiélène!

Car il n’a pas rempli l’auguste testament

Tant qu'il nous voit courbés sous le joug infamant:

Et tant que la Pologne, au martyre endurcie,

Gémit, sous le talon sanglant de la Russie!.,.

C’est à vous, général, qu'il convient, clair et bref. D’expliquer aux h'ran^iais, car vous êtes le chef :

Que depuis trente mois notre valeur murmure De n'ôlre pas rangés sous le casque et l’armure. Auprès de leurs guerriers qui, de Sébastopol,

N’ont plus qu'à faire un pas pour toucher notre sol; Que du fond de l'exil chacun de nous espère Voir sur l’Europe enfin luire un jour plus prospère ‘ Avant que le trépas, qui décime nos rangs.

Ne nous ait tous jetés aux pieds de nos tyrans ; Dites-leur bien aussi qu'en Fi ance, chez nos frères. Pèsent encor sur nous des arrêts arbitrairesi Des lois d'exception ; qui, cette chaîne au cou.

Nous font plus malheureux que les serfs de Moskou : Que dira la Pologne, et que dira l'histoire?...

Non I la postérité ne voudra jamais croire

Que l’on fasse, sans nous, la guerre ii nos bourreaux;

Pourquoi donc cetle insulte k nos vieux généraux’

Quel en est le motif?... I.e grand cœur de la France

Ne peut être accusé de cette iiiditféreiice

Qu'il croie, obslincmcnl, ceux qui muis ont trahis.

Les Borvileiirs du tzar, et non ceux dn pays...

Ah I la cause du mal est dans lu perUdio Des cruels artisans de cette parodie.

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