‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 107 sur 110 · LES KOSAKS-OTTOMANS · texte numérisé non relu

LES KOSAKS-OTTOMANS

Nouriissnt & plaisir une fatale erreur Dans le 9in de la France et de sou empereur!

C’est & vous, général, d’évoquer la lumière,

En reiidaut notre cause à sa splendeur première!

De confondre à jamais les fourbes insolents,

Qui de la nation compriment les élans.

Trafiquants de l'honneur et du sang de nos braves; Qui vendraient la Pologne et tous les peuples slaves Pour voir des anciens Piasls le glorieux cimier Au front d’un chambellan d’ Alexandre-premier! Mais, malgré leurs complots et leur vile industrie. Tu ne périras pas, é ma sainte patriel...

Quand même tous les tzars et les princes du Nord, Avec ces imposteurs ajant juré ta mort,

Auraient fait de ton peuple une vaste hécatombe. Demain, tu sortiras vivante de ta tombe :

Plus grande qu’autrefois, honorée en tout lieu.

Et jetant sur leurs fronts l'analbéme de Dieul...

Pardonnez, si prenant votre esprit pour arbitre. J'adresse à votre cœur cette sincère épltre ;

Mais soyez assuré qu’en cette occasion Vous aurez, pour appui, toute la nation ;

Vous en avez le droit, le devoir, la puissance :

Et vous pouvez compter sur sa reconnaissance,..

Je n’en dirai pas plus, de peur d’ètre suspect (O.

J'ai l'honneur d'ètre, avec le plus profond respect,

(t) Voici ce qu’écrivait, ii la date du 19 novembre 1855, c’est-à-dire huit jours avant sa mort, Adam Mi<,'kiewicz, dans une lettre adressée au jeune prince Vladislas Czartoryski :

*< Prince ,

>1 Je n’ai pas eu le cœur d'aller vous voir et de causer avec vous, depuis notre entrevue au camp de Burgas! car un entretien sans sincérité réciproque ne saurait être qu’un vain bavardage : si ce n’est quelque chose de pire encore. Au reste, je n’aurais fait que me répéter en vous disant des vérités que vous n’aimez pas à entendre; et que vous accueillez d’habitude en vous renfermant dans votre mutisme diplomatique. Vous avez désiré que je fisse part de l’objet de cette entrevue au prince Adam votre père; les sentiments personnels que je lui porte me faisaient un devoir de lui tout déclarer ; je l’ai fait, en y ajoutant mes récentes observations sur la conduite que vous avez tenue en Orient.

» Cette conduite fut, je le dis à mon grand regret, une négation perpétuelle des espérances que nos compatriotes avaient conçues lors de votre arrivée. Vous leur êtes apparu, non pas comme un des représentants de la cause polonaise, mais comme un affidé particulier de M. Vladislas Zamoyski, votre oncle vcc la mission de nuire aux projets paU'ioliques de Sadyk-pacha (('.zaykowski), * premier chef dus Kosaks-ottomans. Du moment que j’ai reconnu vus des-

AVi’KNWOE

«eins, j ai lâché de vous déraouirer, sniis sa tenlo oifle, dan* le camp de lliirgus, la nécessité de vous entendre Idyalcmenl avec fui; vous avez gardé le mémo silence. Voyant h cimqne inslanl plus clair*lans vos inlontioiis, je vous ai déclaré qu’il était évident pour moi qu'il y avait do la part du M /, ainoyski et de la votre un projet an été pour exp\ilscr Sadyk-paclia de la haute position dans laquelle il nous avait déjà rendu tant de scrvico.s, et pouvait être un jour si utile U la l’idogne; que vous tendiez il ce que ce généial fut privé de tous les moyens d’agir en Turquie, cl de toute protection des gouvernements étrangers. A tout Cela vous n’avez encore rien ié))ondu.

>' 11 n'était plus douteux pour moi que vous veniez avec des instructions toutes faites de la part de .M. Zamoyski, avec un couteau tout ufTilé contre Sadyk-pacha. Si vous pouvez l’avoir cru inutile ou même nuisilile à l’avenir, il fallait, eu ce cas, vous pruiioncet ouvertement contre lui ; le sommer de céder la place h un meilleur, un plus digne. Il vous était hien permis de discuter avec lui, de le comhallre; mais non de forger contre lui des armes sous son propre toit, il sa table... Les l’olonais, prince, on agissent autrement j un .\rahe même, admis à son foyer, ne. conspire pus contre son hôte !

» Vous voilà donc eu Orient, où tant d’espérances peuvent éclore. Les ycnx de beaucoup de Polonais étaient tournés vers vous; le théâtre même sur lequel vous montiez vous élevait encore. Eh hien! dans ce pays de l’avenir, la première trace que vous ayez laissée de votre passage, fut de faire publier qu'une femme, emmenée par vous, avait rendu tels nu tels services... En véiité prince, s’il s'agissait d’une réfoime des héipitaux, il fallait d’abord en ebanger les médecins, les infirmiers; en attribuant des fonds à leur entretien : mais, d.ins aucun ras, il n’était convenable d'exiger des souscriptions de la part des ofliciers qui ne recevaient aucun traitement. Vos menées au couvent, pour y faire admettre gratis d’antres femmes encoi c, me parai.ssent franebement risibles et scandaleuses pour les étrangers. L'n camp ae guerre ne saurait être uniquement destiné à l’accomplissement drs lenvres de cliarilé. L'Évangile nous dit: « J.imais les p.M'Mif.s .ne vois m.inqiehont! « Ce qui |(Out nous manquer, c’est celte occasion, unique peut-être, do relever l’étendard national, sur un sol si voisin du notre!,.. C'est le premier camp polonais que nous ayons eu depuis liien des années; Dieu sait si nous l’aurons toujours tel que nous l’avons vu, même au milieu de sa détresse: plein de vie et d’espérances!

>■ Je dois encore ajouter que les fal'my, ou les rations de guerre, que perdait ici .M. Zamoyski, en sa qualité de général, sufiiraient pour nourrir tout l’Iiospice. L’idéal de cet homme était, à ce qu’il parait, de devenir général anglais; col idéal, il vient de l’atteindre : mais sa destinée aussi arrive à son terme... Quelle doit être la destinée à venir de notre nation sous un paieil chef’ Pour moi, je n'en vois aucune désirable,

« En vous exinimanl, prince, toulo ma Irislosse, je suis, avec considération, etc.

» An.tu VliijKictvK'z.

a Çonalaniinople, le 19 noYcmVfO IS.VS. »

Ce cri de douleur est le chant d’agonie do notre Adam Miçkiewicz, le martyr de Vilno, le plus illustre poêle do notre race...

Il est évident que la Fi ance et l’Angleterre n’ayaiont nullement l’intention d’employer les Polonais, et encore moins de délivrer )a Pologne, piiisipi’elles sd servaient de pareils instninicnis. MM. Zamoyski et Czartnryski n’oiil été

I LES KOSAKS-OTTOilANS 379

qu’un moyen cuire Ib mains de lord Palmcrston, pour coiiulure la paix à un moment donné et ok meilleures conditions possibles...

L’histoire n’anra ]ks assez de sévérités ptuir cette maison de prétendants née sur le tombeau de notre patrie, qui après l'avoir immolée à je ne sais quelle orgueilleuse aberration, à l’espoir de figurer, ne fut-ce que pour un seul jour, dans l’almanach de Gotha, parmi les familles sotiveralnes, la compromet jusque dans l’exil par de fausses mesures et de scandaleuses exhibitions; dignes plutôt d’une tribu de mendiants que du nom et du caractère polonais. C'est à qui, dans celte dynaslic de fait, comme l’appellent ses organes olllciels, fera plus de mal à la Pologne; depuis les princes Auguste et Michel, qui lirentconronncr, en 1761, leur neveu Stanislas-Auguste Poniatowski, sous la pression des baïonnettes moskovites : jusqu’au prince actuel, Adain-Gcorges qui, par sa fuite, en 1831, avec une e.scorte de vingt-cinq mille hommes (tout le corps de Romarinoj, a livré Varsovie au glaive de Nicolas. Il faut en convenir; les princes Czarloiyski, dont le nom fatidique se rattache à tous nos désastres, furent des puis un siècle, les mauvais génies de la Pologne renaissante.

Voici une autre lettre de Sadyk-pacha lui-même, fondateur des Kosaks-ottonians (et non polonais), qui vient à l'appui de la précédente :

« Mon cher compatriote,

•• La paix est faite; et vous me demaudez ce que deviendront les Polo-* nais 7 Rien que ce qu'ils ont été jusqu'à présent. Uue partie d’entre eux attendra patiemment, que le sentiment de la Justice se réveille dans le cceur des gouvernements; elle pourra aileudre longtemps; l’autre s’inscrira quand elle pourra, et comme elle pourra, chez leurs altesses l’émigration : la troisième, enfin, la plus honorable, la plus nombreuse, gagnera, comme aujourd'hui, son pain journalier à la sueur de son front, sans même daigner maudire ceux qui l’ont indignement trompée. Malheureusement, notre situation actuelle peut être en grande partie aitrihuée à nos propres chefs, ou pUilêtà ceux qu’on a voulu nous imposer. La France, l’Angleterre et la Turquie, trois puissaiits États, nous offraient ce qu’elles pouvaient, en nous appelant à la vie, en nous conseillant d’agir; depuis deux ans et demi bientôt, elles nous euvoyaient armes, munitions, équipement, et même argent, dans la croyance que tout cela servirait aux kosaks-otiiunans, et non pas aux émissaires privilégiés du comte Viadislas Zamoyski. Convenait-il, dans un moment aussi décisif pour la cause nationale, d’exiger des autres des sacrifices qu’il fallait faire nous-mêmes, en donnant tout notre sang et tout notre avoir?... Le prince Adam Czartoryski avait été invité par le gouvernement otloman à déléguer quatre généraux avec leurs états-majors pour commander les armées du sultan, et des fonds lui avaient été transmis pour celte destination; au moment oii nul étranger, soit français, soit anglais, ne se trouvait encore en Turquie. On délibéra, on marchanda, ont exigea des garanties de la part des gouvernements alliés; en perdant ainsi le temps le plus propice, le temps de l'entière tndépendunce de la Turquie ; c’est-à-dire toute l’année tK53-t854. Si le prince ne se croyait pas en mesure de pouvoir fournir lui-même ces généraux, il devait retourner immé'diatement son mandat à la Sublime-Porte, ou bien s’adresser aux autres corps de l’émigration, pour une action collective, hateruclle, toute polonaise, et n’ayaut pour objet que le bien du pays. Pouiqimi n’a-l-il pas alors convoqué les anciens chefs, les généraux, les ministres et les députés de 1831, en les engageant à faire entre eux un choix convenable? Pourquoi le général Chizanowski, qui se faisait fort de repousser, avec 1Ù,000 kurdes, les Russes [au-delà du Kaukase,

APPENDICE

ii’a-t-il pas pris le coramandetnenl d’une armée do S0,0od hommes, de ces excellents soldats turks qui, pendant une année entière, pal retenu les Russes sur le Danube, défendu Kalafat et Silistrie, jusqu'à ce q#!; la diplomatie européenne les ait envoyés se rendre prisonniers de guerre a Kars, apiès une héroïque défense, avec 200 canons de campagne? Pourquoi le génétal Charles Rozy^ki, appelé pour réorganiser et coFimiamlcr les kosaks-oltomans, n’a-t-il pas Bcce'pté? Il savait bien pourtant que cette milice de raiicienne république polonaise, après le partage du paya, s’était abritée sous l’égide de la Turquie, en conservant ainsi son existence toute indépetidante! Cependant notre regrettable Mi^kiewicz ne lui épargnait ni les conseils, ni ies prières, en 1 adjurant de remplacer enfin l'allcnte et la contemplation stérile, par le fait et l’énergie patriotique! Pourquoi les généraux Bréanski et Bystrzonowski (Arslan-PachaJ ne se sont-ils pas occupés à deux mains de la formation des iégions polonaises, qui leur était conférée par le ministre de la guerre, sur la proposition et avec 1» î ? D/xni'niiAt nrinCP- ftVOir (IcléttUéS à Cofl-

rcuiur les somnifs cp a l'organisalinn et à 1 entretien de ces légio - .

Il avait bien le droit, et même l’obligation morale d'exiger du comte Zanioyski, la stricte exécution du testament de mademoiselle Cécile •** qui lui en fournissait largement les moyens... Selon ce testament, la fortune de (fette dame devait être exclusivement employée pour la cause nationale, et non pas à autre

» U y avait encore beaucoup d’autres souscriptions et ofirandes volontaires, qui, prises ensemble, piésenuienl une somme suffisante et au delà pour la lorniation de ces légions, soit en Europe, soit en Asie; et la renommée du patriotisme polonais, nos traditions de dévouement à la patrie, l'exigeaient à tous ^fi[Hrds«

» Le remle Zamoyski, dès son arrivée à Constantinople, oU il fut appelé sur mes pressantes sollicitations se mit aussitôt à miner sourdement ma position, comme représentant du prince, par de nombreux mémoires adressés au séraskier et à Omcr-paclia. On proposa un certain M. Koscielski, comme plus digne que moi pour former et commander une armée auxiliaire. Une ligue de fanatiques et de parasites se mit, à Paris comme à Conslantinople, à contrecarrer par tous les moyens possibles mes efforts et mes desseins. On alla jusqu’à menacer d’excommunication les jeunes gens qui voudiaieril s’enrôler dans les kosaks-oltomans. Les choses ont bien changé depuis. Après la belle defense de Silistrie à laquelle mes kosaks avaient pris, comme à Kalafat, une jmrt ulorieuse M. Zamoy>ki étant venu chez moi, me serra dans ses bras avec effusion en me remerciant pour ce nouveau fleuron ajouté à notre laurier. Mais en même temps, il faisait rédiger un mémoire adressé au commandant en c.lief, en me signalant c«mme on homme dangereux, incapable; en suppliant Omer-paclia de ne lias me confier un commandement exclusif, dans la crainte que je ne transportasse la guerre sur le territoire de la Russie. Depuis ce moment, ies pachas et même mes subordonnés recevaient des ordres conçus par exemple de la manière suivante ; « Vous rou.» entendrez en toutes choses avec Sadykpacha, comme eonnaiimnt parfaitement le terrain, mais sans vous laisser entraîner par lui à aucun mouvement en avant, » Ou bien : « Vous exécuterez Us ordres de Sadyk-pacha, maie tous aucun prétexte vous ne laisserez conduire l'artillerie ni l'infanterie sur la rive gauche da Sereth. « Lt à moi, on me recommandait « de ne jamais me rapprocher des frontières de la Bcslarabie. » J’ai en main les preuves, qui établissent que M. Zamoy ski voulait ae recommander de cette façon aux partisans de la guerre circonscnie. Que ce

Page 1