‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 12 sur 110 · A M. 0*** B**’ DÉPUTÉ · texte numérisé non relu

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en fait de religion, dit Mohammed ; la mie route se distingue assez de 1 égarement ! verset 257. »

Voilà donc la liberté religieuse près de s’établir à côté de la liberté individuelle; l’esdavage même n’y est plus ce qu’il est encore en Russie, puisque le code religieux ne l’admet pas pour les indigènes, et que nous avons vu des all'ranchis devenir pachas et même visirs. Le sultan u’est point, comme le tzar, inaboi dable pour ses sujets ; tous les vendredis, lorsqu'il se rend à la mosquée, les suppliants sont rangés sur son passage : le sultan reçoit leurs pétitions, les met dans son sein, et souvent dès le lendemain la destitution d’un aga, d’un pacha, ou même d’un visir, appr end à la Turquie la justice sommaire de l’empereur.

Obéissant à cet instinct de rettaissance, la Porde vient de s’adresser à l’Académie des sciences de l’aris, à l’effet d’obtenir de jeunes professeur-s qui enseigneront en français la géographie, la gr ammaire et rhistorr e. Des concorrr s sprorrt ouverts pour le.s élèves qui désirer-aient aller per fectionner leitr s études en Lur-ope, aux frais dir gorrver-rtement. Nagtrère encore nous avons vu le fris d’un visir admis à l’École polyteclrnique, devenir un de ses rneilleirr-s élèves, et por ter à son pays un tribut d’idées génér-eirses et de vastes conrtaissances.

La jeunesse tout entière, formée par des rnaitr es européens, est décidée à seconder de toutes ses forces cette impulsion que le sultan .Mahmoud vient d’imprimer à ses États; avide de progrès et remplie des plus nobles sentiments, elle se jette avec une ardeur inconnue jusqu’à ce jour sur les livres de science et d’histoire qite le commerce appor-te de l’Occident : torts nos voyageurs ont été témoins de l’amottr, de 1 idolâtrie dont les quatre mille yldioglans du .sérail enloirreirt les professeurs chrétiens qui les instruisent sous les yeux nnimes du sultan.

Oucl canal large et rapide ouvert à la civilisation pour féconder un sol qui, depuis les crois.ules, était resté infertile 1 quel avenir magnifique, préparé poitr l’empire litrk, si les puissances de l’Occident favorisent et continuent l’ocuvie du sultan Mahmoud ! quelle difiusion immense de lumièi'e pouvant illuminer cette terre encore vierge, et appeler ces liommes encore neufs à une ère nouvelle de vie et de prospérité!

Serait-ce la dernière lueur d’un flambeau près de s’éteindre? sei-ait-ce l’éclat trompeur cl passager que jette toute nation,

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avant de disparaître pour jamais de la face du globe ? cl la mort de Mahmoud serait-elle le prélude d’une réaction violente, un pas rétrograde vers la barbarie? La l’ologne aussi s’éveillait de l'ivresse fatale dans laquelle deux rois saxons l’avaient plongée; lorsqu’elle s’aperçut que deux puissances parasites avaient tout h coup grandi sur ses frontières : le tzarat de Moskovie et l’électorat de Brandebourg. Elle aussi demandait à grands cris les raformes annoncées par la constitution du 3 mal lors-

que la Russie de Pierre 1"', ce vampire des peuples renaissants, qui semble avoir dans la grande famille slave la mission de Caïn le fratricide dans la famille d’Adam, se révéla au monde par un premier partage, et lit mentir cette aurore de liberté. Il paraît que les tzars, issus des bandits Scandinaves, ont pris goûta ce jeu infâme; car depuis le démembrement de la Pologne ils n’ont fait que rêver spoliations et conquêtes.

Les phases de grandeur et de décadence furent à peu près les mômes pour les deux nations polonaise et musulmane. C’est aussi presque à leur naissance qu’elles atteignent leur apogée; affaiblies toutes deux par des luttes incessantes, et parvenues au même degré de lassitude et d’épuisement, toutes deux éprouvent le besoin de se régénérer, de renaître : pénétrées de celte sève tardive qui vei'se dans leur sein une vigueur nouvelle, elles doivent se relever ou périr en môme temps.

Oh 1 si lors de la première guerre de Turquie, lorsque tout l’eflort des armées russes venait se briser contre une citadelle mal défendue ; si le concer t des Osmanlis et des Polonais avait donné le signal de l’indépendance aux nombreuses tribus du Kaukase, toujours révoltées, jamais soumises : tandis que des intelligences, habilement ménagées, eussent facilement entraînéles Suédois et les Perses dans la ligue qui se préparait, alors il aurait fallu plus qu’un homme de guerre, plus qu’un homme d’État à la tête de l’empire russe, pour le préserver d’une ruine totale. Mais ce u’esl coi tes pas dans la personne du tzar Nicolas (|u'ou aurait espéré le trouver : lui qui n’à jamais su prononcar une harangue un peu honnête, et qui n’a jamais parcouru un champ de bataille avant le surlendemain du combat. On sait depuis 1312 que la Russie, invulnérable dans son centre, peut être partout frappée à mort sur sa circonférence. On se serait contenté d’en détacher lambeau par lambeau tout ce qui n’étaut précisément pas moskovile, ne respire qu’indépendauce et liberté ; c’est-à-dire les

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deux tiers de son temtoire. Ces mêmes circonstances, ne serait-il pas facile de les faire naître encore^...

La Porte a si bien pi-essenli cette fraternité de gloire et do malheurs que, malgré les victoires de Zolkiewski et de son petit-fils JefiTi 111 Sobieski, malgré le désa-tie de Vienne en <683, et la rancune qu’elle devait garder aux vainqueurs pour la perle de ses plus belles provinces, elle a lonjoiirs été la plus fidèle alliée de la Pologne. Lorsque, les puissances de l’Luropc sanctionnaient par Icursilenceou leur adhésion criminelle le premier partage de la Pologne, la Turquie seule, au l isque de compromettre sa propre indépendance, s’est engagée dans une guerre désespérée avec Catherine II.

Un autre voyageur distingué, qui vient tout récemment de, parcourir la Krimce dans un but scientifique, et qui sait apporter dans ses observations ethnologiques l'esprit d’analyse et l’exactitude d’un naturaliste, rend compte en ces termes de l’impression pénible que l’aspect de la population moskovitu, et sa comparaison avec la population tatare et musulmane lui ont fait éprouver (I). >< Cette race d’hommes, dit-il en pailant de la première, n’offre aucun rappoi t avec la race slave dont elle secioit dérivée, ni avec la race kankasienne qui jadis occupait tout le territoire de la presqu'île. La population primitive qui jadis s’élevait à près d’un million, population riche et commerçante, a été depuis un siècle, grâce aux bienfaits de l’administration russe, réduite à environ deux cent mille âmes. Les signes physiologiques des Moskovites habitant ces contrées sont tout diflérenls du type slave ; ils sont petits cl trapus, et leur regard ofire un mélange de ruse et de férocité. Leur caractère est en harmonie avec ces signes distinctifs de la race russo-varègiie; ils sont tellement enclins à l’ivrognerie qu’on les voit, les jours de fêle surtout, couchés par centaines sur les champs et les chemins publics : avec un verre d’eaude vie, on fait d’un moujik tout ce qu’on veut. Leur instinct pour le vol est merveilleux, sans pourtant friser le brigandage ; jamais les voleurs des boulevards n’ont fait preuve de

(r) M. nuoi, 'ancien bihliotliccaire à Versaitle,‘i, un des compap;non3 de voynge (lu comte A, Deniidoff en Bessaratne et en Ki inK^e. Tou,s ces détails «ont aujourd'hui pleinement cordirmé.s parles diverses publications de .M. Gallet de kuluire, ancien secrclaiic du comte, ainsi que par les nombreuses relatiune de la dernière guerre en Orient.

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l’habileté, du sang-lroid qu’ils déploient dans de semblables expéditions. Une fois saisis, ils confessent hautement leur crime, et se soumettent à la bastonnade avec une muette, je dirai même liéroïque résignation. Rien ne pont donner une idée de leur ignorance et do leur penchant à l’idolâtrie, dont une conversion simulée au christianisme dès le dixième siècle aurait dû cependant les garantir. Mais les nombreuses invasions des Tatars-mongols, et les efforts inutiles tentés à plusieurs reprises pour secouer un joug odieux, n’ont pas peu contribué à fausser leurs croyances et à dégrader leur caractère ; à rendre le schisme grec le plus fanatique, le plus impur et le plus barbare parmi toutes les liturgies chrétiennes. Saint Nicolas, le patron des voleurs, le Mercure moderne, est dans leur idée un aussi grand saint pour le moins que le Christ; on voit devant ses images multipliées sur toutes les roules, et sur les portes des maisons, des bandes de paysans se prosterner, se frapper le front contre terre, se lacérer ét se mortifier de mille manières difiërentcs, en criant à tue-tèteleur éternel : Hospodi pomiluy (Seigneur, ayez pitié de nous), prière de sbires, de larrons et d’ivrognes. »

L’administration moskovitc est tout aussi corrompue que les mœurs et les usages ; il n’est pas de cause, telle inique, telle immonde qu’elle soit, qui ne piiisse dans toute l’étendue de la Russie être gagnée à prix d’argent : l’argent seul donne un droit, il permet au client de dicter à scs juges l’arrêt qu’il lui plaît de. faire rendre dans toutes les circonstances possibles. De quelque manière qu’ils appliquent la justice, les arbitres sont sûrs de trouver dans les 40 volumes in-folio, composant le code russe, de quoi légaliser leurs prévarications et faire taire les consciences les pins timorées. Ce beau recueil des onkazes et ordonnances promulgués par les souverains, depuis Yvan-àla-Boursc jinsqu’à Nicolas, s’enrichit tous les jours de nouveaux suppléments et menace de grossir à l'infini.

Souvent on voit paraître deux onkazes contradictoires le même joui', tous deux accompagnés de la formule sacramentelle : « Bijt po siemu, » cl tous deux revêtus de la signature du tzar. C’est en Russie également que nous voyons se réaliser la monstruosité d’un gouvernement sacerdotal et d’un pape autocrate avec l’épée au coté. Un boyar exilé, qui se cache sous les initiales iN. T., et qui fournil d’excellents articles au Journal des Débats, s’exprime en ces termes à ce sujet :

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< L’institution du Saint-Synode date de 172t. Il avait d’abord étd établi à Moskou ; mais Pieire le Grand ne tarda pas à le transférer, comme tout le reste de son administration, loin de cet ancien centre dans la nouvelle capitale. Los aflaires de la cbancollerie ecclésiasti(]ue sont dirigées par un procureur impérial; et il arrive souvent , ce qui vous paraîtra peutêtre assez singulier, que cette charge si intimement liée à l’église est confiée par l’empereur à un ofllcier militaire. C’est ce qu’avait fait dès l’origine Pierre !•', et c’est ce , qui a lieu encore aujourd'hui, le procureur actuel près le. Saint-Synode étant le général comte PiotassolT, aide de camp du tzar. Je dirais volontiera, si vous me permettiez cette plaisanterie, que c'est une manière de tenir en bride l’esprit clérical, toiijoui-s un peu disposé à l’emportement quand il est abandonné à lui-mème. Du reste, aucun acte du Syncxle n’est valable qu’apres avoir reçu la .sanction de l'empereur, etc. » .4ussi, plusieurs fois le Saint-Synode a été congédié par l’aide de camp de l’empereur, à peu près comme les États généi-aux ont été remerciés par Louis XIV, la cravache à la main. D’après un oukaze récent, les femmes des proscrits peuvent se remarier avec un sujet russe : les tristes fruits de cette bigamie politique sont élevés forcément dans la religion du tzar orthodoxe.

Voilà pourtant cette civilisation par laquelle on prétend remplacer tout ce qu'il y ii de patriarcal, de généreux, de chevalerasquo dans les anciennes coutumes des Orientaux! civilisation toute d’emprunt, arrivée d’un seul bond de la barbarie la plus profonde au luxe le plus effréné ; civilisation toute de contrastes, réunissant rexliéme misère avec l’extrême opulence, l’ignorance la plus honteuse avec l’élégante dépravation des nations dégénérées , résumant tous les vices de la société, sans en offrir pour dédommagement une seule vertu : civilisation odieuse, car elle n’est propre qu’à perpétuer à tout jamais le servage et l’oppression !

Et qu’on n’espère pas que jamais cet ordre de choses puisse être modifié par les rapports continuels de Constantinople avec l’Europe. On sait qu’il existe depuis 1831 un oukaze qui défend aux seigneurs russes d’envoyer sous aucun prétexte leurs enfants à l’étranger; la confiscation punit les coupables, et les malades même n'obtiennent qu’à grand’peine un passe-port pour aller aux eaux ou dans le .Midi. Il n’est permis aux Dusses

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CONTRE LE PARTAGE DE LA TURQUIE

de mourir qn’en Hnssio; leurs cadavres dtanl, de même que leurs âmes, la propriété du tzar. Le français est mis à l’index dans toutes les écoles; il n’est permis en Pologne de donner qu’une seule leçon de français par semaine. L’étiquette commence à le proscrire de la cour même de l’empereur, qui ne fait usage dans son intérieur que du russe ou de l’allemand : c’est à peine s’il a pu se réfugier dans les chancelleries. Les derniers oukazes sur la longueur et la grosseur des verges pour les enfants ont démontré de quelle manière Nicolas entend appliquer l’instruction publique.

On a prétendu qu’en rétablissant l’empire d’Orient en faveurde la Itussie, la France chrétienne ne fera que continuer la croisade de civilisation qu’elle a commencée il y a dix ans; que les Arabes d’Abd-el-Kader sont de même religion que les spahis de Mahmoud : que de Coiislantine à Constantinople il n’y a que la distance d’une victoire ! D’accord, si les Russes usaient des mêmes moyens de civilisation que ceux dont vous vous servez dans vos possessions d’Afritpie; si leurs colonies devenaient des fermes-modèles pour les colonies turques, leurs rivales : si les indigènes venaient s’asseoir à proximité pour contrefaire leurs procédés, leure habitudes, leur industrie, comme à Clauzclbourg ou dans la plaine de la Métidjah. Mais du jouroii l’aigle à doux têtes aurait étendu ses ailes funèbres sur les cimes des Sept-Tours, arrière tout progrès, tout espoir d’amélioration 1 La Russie s’accroupira sur l’empire ottoman, avec toute la férocité de ses désirs longtemps inassouvis, avec la joie brutale d’un triomphe inespéré Bientôt, elle lui donnera sa physionomie uniforme cl glacée comme les steppes de la Sibérie; la langue moskovite, dure et sifflante comme une flèche tartarc, va remplacer la mélopée ottomane, si douce, dans la bouche du peuple. Le catéchisme de Vilno, traduit en liirk, sera le seul dépôt de toute science et de toute morale pour les enfants de Mohammed; une ceinttire de fer étreindra les limites de l’empire : ceinture de colonieset de camps retranchés, qu’il sera aussi difficile de franchir que de» briser. La ville sera pendant trois jours et trois nuits livrée au pillage ; le sérail seul réservé aux plaisirs des lieutenants du tzar. Les trésors merveilleux de la Kesné, amassés ilepuis Bajazet, iront, chargés sur des fourgons de poste, s’engloutir dans les caves du Kremlin ou les coffres du Tzarskoë-l?elo; la Tm quie de-

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viendra le siège d’iin gonverneiir avide et vénal comme Paskéwitch : Constantinople enfin aura le sort de Varsovie.

Tout cela cependant n’est (pie trop vraisemblable ; trois fois vingt-quatre lieiires siiffiraieiit, on le sait, pour faire arriver les flottes de Sébastopol sous les niiii-s du sérail ; et quand l’Europe s’éveillerait au bruit du canon des Dardanelles célébrant la victoire d’un amiral russe, la Turquie sérail garottée, et alors ni la providence de M, Guizot, ni la fatalité de M. de Lamartine ne pourraient la sauver !

Eh quoi! le même fait qui a provoqué un cri d’indignation et d’horreur dans l’Europe entière, loi'squ’il s’agissait de la Pologne, pourrait-il trouver approbation et synipalliie chez les hommes honnêtes de tous les pays, à l’égard de la Porte ottomane? La diflérence du culte pourrait ellc seule absoudre cette différence de jugement à l’égard de deux crimes semblables? cl n’y aurait- il d’autre excuse pour justifier un acte immoral en lui-même que parce que nous sommes chrétiens, et que les Turks sont musulmans? Siiunlièrc manière d’entendre et d’appliquer le christianisme ! iNolre. siècle commettrait une faute bien lourde s’il se lançait encore sur le sol brûlant des guerres de. religion; le principe mahomélan retrouverait dans la lutte fàpreté de son énergie primitive : le bouillant fanatisme de Sélim réveillerait partout des échos. D’ailleurs, la diflérence du schisme à la foi romaine est tout aussi profonde, que de la foi romaine à l’Islamisme Du temps de Godefroy de Bouillon, l’esprit de chevalerie et de piété poussait des bandes de fidèles vers la Terre Sainte ; ils allaient, disaient-ils, au secours de l’empire de Byzance, menacé par le glaive de Saladin : au secours du faible contre le fort, de la victime contre l’cxteiminateur. La victime avait bien à se plaindre quelquefois de ce secours inespéré, et donnait son saint protecteur à tous les diables; on égorgeait bien par-ci par-là quelques juifs, et puis on brûlait quelques hérétiques, comme à Worms ou Cologne, pour le salut de leurs .àines : Ojnar lui-même n’aurait pas saccagé Constantinople avec moins de merci que n’ont fait les chevaliers de Baudouin. N'importe! il s’agissait de sauver la foi du Christ, succombant sous les efforts de l’Islamisme conquérant et sous les arguties des rhéteurs byzantins; le motif en lui-même était louable : criminel seulement dans son application. On voudiait aujourd’hui aller secourir l’oppresseur contre l’op-

CONTRE tE PARTAGE DE LA TURQUIE

primé, remplacer les agas par les colonels, les mnftis par les popes, sous prétexte (jiie Sainte-Sopliie a été bâtie par Jusiinienet non pdi' Mohammed. Ce serait le christianisme pris à contre-sens, la chevalerie à rebours, une croisade diplomatique en plein dix-neuvicme siècle, au profit du Saint-Synode de Saint-Pétersbourg, et sous l’invocation de saint Nicolas, son patron orthodoxe.

Un seul État, je crois l’avoir suffisamment démontré, aurait à bénéficier au partage delà Turquie; lui seul pourrait se faire la part du lion : tandis que les autres puissances s’en reviendraient l’oreille basse, honteuses d’avoir trempé dans un crime collectif dont elles n’auront recueilli d’autre fruit que le déshonneur. .Mais, en admettant qu’elles auraient toutes une part égale à la curée, ce principe de morale que vous avez émis ne se trouverait-il pas scandaleusement outragé? Un principe de droit des gens ne saurait être vrai et faux à cinquante ans d’intervalle. Le but secret de ceux qui voudraient ainsi éconduire le génie de la France est de l’entrainer à son insu et les yeux bandés dans les pièges de la Sainte- , Alliance.

Je voudrais pouvoir communiquer à tous la conviction qui s’est emparée de vos auditeurs lors de la discussion des affaires d’Orient. Plus d’une fois encore, il faut le croire, la même question sera soumise aux délibérations de la chambre; et ce n’est que lorsque la parole ferme et digue que vous avez fait entendre sera confirmée par la voix de la nation entière, lorsque cette morale politique, que certains hommes d'État osent taxer de sentimentalisme et de ni liserie, remplacera dans les rapports internationaux les honteuses intrigues de la diplomatie, (jue nous pourrons, pour un temps encore, plaise à Dieu le plus court possible, nous réconcilier avec la dure nécessité de l’exil.

Agréez, etc.

Vcrsaillrs, 7 août 1839.

{La Preste de Seîne-et-Oise.)

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