A U. K)RN£S
palhcs, des sources du Dnidper à ses anciens ports sur la mer Baltique, Dantzig et Riga : et sur la mer Noire, Odessa et Kilia.
C’est tout le présent et tout le passé de la Pologne, avec son histoire de dix siècles et son lellel de vingt règnes glorieux, surgissant des tombeaux pour protester en masse contre la tyrannie et les infâmes conc iliabules de 1815.11 n’est point une famille honorable en Pologne, noble ou roturière, qui n’ait son représentant sur la terre d’exil; qui ne tienne par un anneau puissant à cette chaîne électrique dont les deux extrémités sont lices aux entrailles de deux grands peuples. A ce compte, les légionnaires même de Kniaziewiczet de Dombioxvski n’étaient que de simples volontaires; soit qu’ils suivissent les étendards de la République ou les aigles voyagen.ses de l’Empire.
Aussi n’est-il pas étonnant qu’une telle émigration se sente forte ét pleine d’avenir; qu’elle vienne, au nom de la nation qu'elle représente, renouveler avec la France son pacte d’éternelle amitié : et lui offrir, non plus un corps auxiliaire ou des légions improvisées à la hâte, mais une véritable armée polonaise prête à marcher contre l’ennemi commun.
Plaise à Dieu que cette seconde convocation de la diète nationale sur la terre d’exil ne soit pas encore entravée par les lâches intrigues de la coterie pseudo polonaise, qui prend un nom impopulaire pour drapeau, avec une royauté chimérique pour mot de ralliement (1 ] I
Agréez, etc.
Pari*; J9 novembre 1839.
(L$ National.)
(I) La représentation nationale polonaise, réunie àParisà denx reprises(isa3> 4840), au complet fixé par la loi, a été dissoute par la protestation criminelle de onze membres de cctie assemblée, subissant l'influence et guidés par les conseils de la maison princière des Czartoryski. Voici les noms de ces onze citoyens qui, pour des considérations personnelles, ont déserté le mandat qui leur avait été conféré parla nation (6 janvier t8-33): le prince A. Czartoryski, L. Plalcr, L. Paç, G. Halacbuwski , B. Niemoiuwski , Théod. Morawski, A. Bicrnaçki, C. Morozewicz, J. Swir.-^ki, S. Barzykowski, J. Kaszyç. Il est juste d'ajouter qu'ils n'ont rien su mettre à la place de ce qu’ils avaient détruit.
A M. J. MICHELET
professeur d’histoire.
LA POLOGNE AU XVI* SIÈCLE Monsieur,
Dans le dénombrement que vous avez fait, un de ces jours, de l’auditoire complexe qui vient assister à vos leçons, vous avez, à dessein peut-être, négligé de faire mention des proscrits (et le nombre en est grand dans notre siècle), qui toujours affamés d’étude et de savoir, se consolent de l’inertie et de l’abjection présentes, par la pieuse contemplation du passé. Les proscrits sont les plus assidus de vos élèves; et j’ose le dire, ce ne sont pas les moins attentifs. Comment exprimer l’attente pleine d’angoisse qu’ils éprouvent, lorsque le nomoubliéde leur patrie vient flotter un instant sur les lèvres inspirées du professeur ! quand sa parole prophétique, évoquant les générations couchées dans la poussière, les fait passer devant ses jeunes auditeurs pour leur décerner la part de gloire ou d’opprobre qu’elles ont méritée! Oui, ceux-là sentent bien toute la valeur de celte méthode admirable de la Vie dont vous êtes l’éloquent révélateur, qui rejetés en delioi-s de la sphère où s’agitent les passions et les intérêts publics, en dehors de la famille, de ce cercle enchanté au delà duquel ne se trouve ni bonheur, ni repos, ni considération même, n’ont plus de famille et de patrie que dans le renom de leur pays agonisant, et dans le souvenir de ses grands hommes ! Ils doivent chérir entre tous un livre qui leur apprend à chaque feuillet que, pour les nations comme pour les individus, les jours d’épreuve et de martyre ont précédé les jours de triomphe; qu’il n’est point d’histoire populaire, si glorieuse, si retentissante qu’elle soit, qui n’ait aussi sa page maculée de sang, son tableau déchiré par le glaive, sa ligne effacée par les larmes ! Us entendent dans leur sein, aussi distinctement que la voix de leur conscience, cette vérité qu’il n’y a pour l’âme humaine, de
A M. J. HIGUELET
même que pour le monde matériel, qu’une seule impossibilité : celle du néant ! « Rien ne meurt, avez-vous dit ; la mort n’est qu’une expression restreinte de la vie. »
C’est donc au nom de ces générations méconnues, foulées aux pied^, courbées sons l’éti ier des héios, vrais ou prétendus, et qui se sont assoupies en laissant à peine un peu de splendeur sur leurs cendres, que je viens vous dematidcr une mention bonorable pour rinllnence morale et politique que la Pologne exenja durant les siècles écoulés. Serait-il possible (|u’une nation dont la brillante carrière, fournie durant mille années d’existence, n’est pas entachée d'un seul attentat contre l’humanité; dont la civilisation prématurée et pan iile à une aurore boréale, dès le dixième siècle s’était levée sur l’oritml de l’Europe, serait-il possible que celle nation fût sitôt livrée à l’oubli? Malgi'é les fautes passées et les calamités présentes do ce grand peuple, plus grand dans sa chute même (ju’il no le fut aux jouis de sa prospérité ; malgré le soin (pie prennent ses bourreaux d'ellacer jusqu’au moindre vestige de son passage sur la terre, n’est-ce pas à la Pologne «pie fut dévolue la haute mission de protéger les lumières renaissantes à l'Occident, contre les peuplades sans nomhre et sans nom qui menaçaient à tout moment de les élouil'er? N’esl-cc pas elle qui servit d’égide à ce mouvernenlde rénovation et de palingc'nésie qui prépara les germes de toute grandeur et de toute liberté? Cent vingt incursions de Talars victorieusement repoussées, ou perdues sur nos sables comme les vagues de l’Océan, suHiraienl pour consarer le droitde la Pologne à l’estime et à la reconnaissance des peuples.
Aussi une telle nation devait-elle offrir l’image d'un camp, son chef devait être un soldat, son sceptre une lance; elle devait transporter jusque dans ses conseils l’ap|)arence et les habitudes de la guerre. Ce fut presque constammi'nt le plus brave, le plus habile, qui était désigné par ces guerriers, habiles et braves eux-mêmes, poui poi ter le casque royal. 'Tandis que les nations voisines discutaient leurs revenus, réglaient leurs impôts, marchandaient la part de .souveraineté à donner au roi, au parlement, au clergé: dogmatisaient sur des symboles, des formides, et souvent .se divisaient sur des coulcui s on des nœuds de rubans, le cavalier sarmate combatla t seul avec son épée, avec sa parole, avec son exemple : il (‘tait guerrier, piètre et poète en même temps, et faisait arme de tout.