A M. F. ARAGO
directeur de l'Observatoire.
N. KOPERNIK, ASTRONOME POLONAIS
Mo.nsieuk,
Fidèle à ma mission de redresseur, non des torts (j’aurais trop à faire), mais des erreurs qui se commettent journellement à l’égard de la Pologne, je vous dois ces quelques mots concernant une de ses plus réelles illustrations. Dans tous les traités d'astronomie publiés en Fiance, depuis Lalande et Montncla jusqu’au double Liégeois pourl’année bissextile 48AO, on trouve le nom de Kopernik accompagné de la désignation de chanoine prussien ou de chanoine teuton •, nous allons voir jusqu’à ijucl point cotte épithète est fondée sur la vérité. Plu-
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sieurs écrivains alleniands (à la tète desquels il faut citer le célèbre' baron de Zucli), ont voulu foirer les notions les plus positives de la géographie politique pour s’approprier le nom et la gloire de Koperuik; cette spoliation d’un nouveau genre parait d’autant moins admissible, qu’à l’époque dont nous parlons, la Prusse, considérée comme État indépendant, n’existait pas encore ; que Thorn, ville natale de Kopernik, ii’a jamais cessé d'appartenir au palatinat de Culin (€helmno), en Pologne; que la ville de Krakovie, où Kopernik lit ses études, fut la capitale de ce pays et, dans le siècle des grands bonimes, la résidence de scs rois; que la Wariuie enlin, le champ de ses observations, et qui vit ét lore la plupart de ses écrits, fut toujours une jiroviuce polonaise. Un’il me soit permis d’ajouter à ces données quelques détails sur la vie de Kopernik, recueillis sur les lieux mêmes, et que je livre comme matériaux à ceux qui voudraient approfondir un sujet si digue à tous égards de (ixer l’attention des savants.
Nicolas Kopernik, (ils d’un citoyen de Krakovie et de Barbe Valzclrod, sœur de l’évêque de Warmic, naquit dans la vingtseptième année du règne de KaBimir-Jaghellon, en 1473. A l’ilgo de dix-neuf ans il fut admis au nombre des étudiants à Püniversilé de Krakovie, déjà florissante à celte époque, surtout pour l’enseignement des lillératnres grecque et latine et des sciences exacles. La chaire des mathématiques était remplie avec distinction par le savant llrudzcwski, dont la plus grande gloire fut celle d’avoir compté Ko|ternik parmi ses élèves. Il était réservé à ce dernier de revêtir l’Académie jaghellonienne de tout l’éclat dont elle jouit pendant plusieurs siècles, jusqu’à l’avénemenl des Vasa de Suède, époque de la décadence des lettres et de l’esprit national en Pologne. Après le départ de Brudzevvski, appelé à de hautes fonctions politiques, Ko|)crnik se rendit à Bologne, où ses vastes connaissances le tirent agréger à la chaire de cosmographie, occupée alors par Dominique Maria de Ferrare, dont il fut, d’a|>rès le témoignage de Retiens, plutôt le suppléant queÉélève. Dans la vingl-scplièrnc année de sa vie, il fut appelé à Home pour y professer publiquement l’astronomie ; et c’est là que nous voyons pour la première fois germer dos idées <}u» «levaient nu jour changer les notions admises sur le système du monde, mais qui ne reçurent leur entier développement que depuis le retour de Koperuik à Frauenbourg, sur 1a côte polonaise de la Baltique. Durant ce
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professorat, il étudia l’cclipse lunaire en IflOO ; mais raffluence prodiRicnse des élèves <pii accouraient à ses lei;ons, les idées nouvelles fju’il faisait enlrci’ dans le domaine inculte de la science, portèrent ombrage au Saint-Office : on l’accusa de publier des doctrines sub\ersives et contr.iires aux textes de rÉcnturc-Sainle, surtout au fameux passage du livre de Josué « Sla, sol!» Kopernik averti par un de ses élèves, se relira sagement à Padoue. C’est là <|u’il déploya d’une manière brillante scs connaissances en anatomie, qui le firent surnommer par Tideman Giz' iis l'Escnlape polonais. Nous voyons souvent aussi le titre de umlicus associé à son nom, dans les acte.^ officiels du chapitre de Franenbourg, de même que dans ses écrits. En eflet, il était rare qu’un astronome ne fût pas enmême temps quelque peu médecin, à cette é|M)([ue oîi les Arabes ayant introduit le principe de la fatalité dans l’art de guérir, la science d’Hipparque et celle d Hormès, iutiinemenl liées, se prêtaient mnlnellement leurs ténèbres. La sanction du temps et la protection des princes c|ui goinernaieni leurs États d'aiuès les conjonctions favorables ou malfaisantes des oi bes célestes, avaient donné à ces préjugés tant de force et d’anloMté que les plus beaux génies même, de beauconp plus récents que notre astronome, ne purent totalement s’en allVancliir ; et notis trouvons encore dans les ouvrages de Kepler et de Tysho-Brabé tels pas.^^ages suspects (|ue nous voudrions voir élagués pour la gloire de leurs auteurs, Kopernik devàit le premier délivrer l’astronomie de toutes les savantes turpitudes qui en entravaient les progrès; lui le premier jeti dansette science une niasse de lumière qui resplendit plus pure encore après les siècles, et qui doit revêtir son nom et celui de sa patrie d’une auréole d’immortalité.
A son retour en Pologne, il fut admis en tüOl au nombre des académiciens de Krakovie ; et sans doute il eût adopté cette ville pour résidence si l’évê.pie de Warmie, son oncle, ne l’eût appelé près de lui, afin de lui conférer le canonicat de Frauenbourg. Ce fut la dernière période de sa vie; c’est depuis lors qu’il parcourut celte gloi ieuse carrière qui ne s’arrêta qu’au bord de la tombe, qu'il entreprit ce voyage sublime à tiavers les mondes où, quoique Polonais, je me garderai Lieu de le suivre
Ui Pologne lui doit aussi, de même que l’Angleterre à Newton, un système monétaire présenté à la diète de Posen en
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1f;26. Son portrait, peint par Iiii-Tncme, et se trouvant encore à l’Université de Krakovie, ainsi que son poème intitulé SepUm Sidéra, prouvent que rien n’était etranger à ce génie embrassant l’immensité. C’est à Jean Sniadeçki que nous devons la meilleure biograptiie de Kopernik, publiée à Paris en 1822, sous le litre do Discours sur Kopernik. Tous les écrivains qui SC sont occupés de ce grand liomtne, depuis Delambre, dans son Histoire (le l’ Astronomie moderne, jusqu’au professeur Ide- 1er dans un écrit adressé à la Société philomathique de Berlin, n’ont fait que glaner sur les traces de Sniadeçki, en altérant plus ou moins le texte primitif de sa biographie. Mais le docteur Henri Weslphal, dans son traité sur Kopernik, publié à Constance, a trouvé plus commode de reproduire en allemand et de donner comme sien le discours entier de Sniadeçki. Est-, il étonnant après cela qu’on fasse de Kopernik lui-nième un’ Allemand? Sniadeçki a rectilié quelques fausses interprétalions données par Bailly, son devancier, qui attribue à Ko|)Ci iiik des assertions erronées auxquelles celui-ci n’a jamais songé, et qui n’appartiennent «jii’à scs nombreux commentateurs.
Mais ne devons-nous pas nous incliner d’admiration devant un génie qui comprit le premier la pensée de l’artiste des mondes; oui d’un seul jet fit sortir de sa tête puis.sante la science entière de l’.istronomie avec scs développements les plus éloignés : avec une précision de chiffres qui nous saisit d’étonnement, surtout pour i.ue époque où les ressources arlilicielles, inventées un siècle plus tard et perfectionnées par Tycho, Galilée et Kepler, n'exislaient pas encore, avec des résultats dont les découvertes les plus récentes n’ont fait que conslaler la prodigieuse exactilude ! En effet, ses données sur la nutation de l’axe ferreslre, sur la précession des équinoxes, ont à peine été moiliüécs depuis par Euler et Laplace; abstraction faite cependant de la réfraction astronomique observée d’abord par Vitelliode Krakovie, célèbre opticien du treizième siècle, calculée par Rœmer lu Danois, et qui depuis entra comme élément indi.spensable dans toutes les évaluations astronomiques. Son exposé du mouvement annuel de la terre est pourtant le phis beau monument qu’il nous ail laissé ; il semblerait écrit sous une inspiration divine. C’est là que Kopernik a déposé la première intuition de la pensée créatrice, qu’il décrit avec tout l’eulhousiasme d’une conception grande cl soudaine; c’est là qu’en parlant de l’ordre admirable des saisons, il sem-