‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 22 sur 110 · A M. F. ARAGO · texte numérisé non relu

A M. F. ARAGO

ble pénétrer les arcanes mêmes delà nature, cl s’élever par la contemplation jusqu’à son divin oï donnatenr : c’est là qu’il 'faut chercher son âme tout entière (t). 11 ne reçut le pi-cmier exemplaire de son livre que le jour même de sa mort. Cependant le grand homme eut aussi des moments d’inquiétude et de doute; dans une lettre adressée à l’anl 111, il semble implorer sa grâce pour avoir initié l’homme aux secrets des cieux, et pour avoir renversé tout l’édilice de la science antique. Sociale, en mourant, avait fait de même ofl'rir un coq à Escu- Jape.

Le champ de ses découvertes fut, comme nous l’avons dit, la petite ville de Frauenbourg; la tour qui lui servait d'observatoire fut changée par le gouvernement prussien en prison , d’Élat retlebruitdes chaînes a remplacé les silenciensesmédilations de l’astronome. Sa maison était située à quelque distance; Ü n’y a pas bien longtemps, on montrait encore au-dessus de la porte une petite ouverture circulaire pratiquée dans le mur, et laissant tomber les rayons solaires sur un immense gnomon tracé sur la muraille opposée. Le ministre protestant qui demeure dans cette maison, a fait effacer le gnomon et boucher rouverliirc circulaire; et du peu de soin que le gouvernement prussien met à conserver de pareils souvenirs, il nous semble aisé de conclure qu’il ne se croit pas autorisé à considérer la gloire de Kopernik comme une gloire germaniijuc.

Sa destinée, de même que celle d’Homère, fut de voir plusieurs nations se disputer l’honneur de sa naissance ; tous les deux, également grands, illustrèrent leur patrie et leur époque: l’un en expliquant le poërne des Lieux, l’autre en racontant celui de la Terre. Mais fort heureusement, l’invention de Gnttemberg, presque contemporain de Kopernik, n’a pas permis que la biographie de celui-ci se couvrit de nuages ; et la Pologne |)cut à juste litre revendiquer son héritage de famille, dont les écrivains de Frédéric 11 et de riiiillanme III avaient tenté de la déposséder. Quant à nous, pour qui les souvenirs ont remplacé une grande partie des agitations ordinaires de la vie, il nous importe avant tout de conserver sa couronne intacte. et de ne pas souffrir que des mains étrangères viennent en détaclier les plus beaux llem ons.

Kopernik n’élail pas moins habile dans les choses usuelles

(i) De rerolulinnihiu orhium cœlealium, Nuremberg, t543.

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N. KOPEIlMK ASTUÛ.NOME POLONAIS

et pratiques de ia vie ; il a voulu laisser aux liabilauls de Frauenboiirg un monument duralile de ses connaissances positives. Cette ville, située sur une h luteur considérable, n’avait que très-peu d’eau, ou bien quelquefois u’oii avait pas du tout ; quant aux moulins à farine, il n'y avait môme pas à y songer. Que fait notre Kopernik pour l’approvisionner de farine et d’eau, ces deux articles indispensables pour l’existence d’une ville? 11 saisit la petite rivière de Raude à une bonne lieue de distance, l’emprisonne p :ir une digue de trente pieds de hauteur, la force de faire mouvoir un moulin; de là, au moyen d’une roue colossale, la porte au sommet d’une tour, et puis, par des conduits en fonte, en lui faisant suivre une pente longue et tortueuse, la distribue abondamment dans les nombreux réservoira de Frauenbonrg, cl la fait rejaillir en jets-d’ean superbes dans les Jardins particuliers des chanoines. Cet appareil sert encore aujourd’hui pour alimenter Frauenbonrg, après quelques légères l éparations qu’on lui a fait subir en 1801, et malgré les immenses progrès que la science hydraulique a faits de nos jours. Cplberl lit demander aux habitants de cette petite ville le dessin de leur machine, et celle de Marly fut établie d’après le môme modèle; c’est donc à l’idée de Kopernik que nous devons aussi le développement que la ville de Versailles a pris sous le règne de l.ouis XIV et sous les règnes suivants, avec ses divers établissements et ses édifices, qui font l’étonnement des étrangers et la fortune des artistes chargés de les embellir.

Voici l’inscription que les chanoines de Warmie ont fait tracer sur la machine de Frauenbourg, en l’honneur de leur collègue décédé :

Hic patiuatiir aqiiæ, sursbm properare coactæ.

Ne careat silicns incola mentis ope;

Oued natara nogat, tribuit Copernicus arte : Unum pro canctis (ama loquatur opus.

Agréez, etc.

Versailles, 30 novembre IStO,

(La Pretsi de Seine el-Oi^e.)

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