‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 26 sur 110 · M. DE SALVANDY · texte numérisé non relu

M. DE SALVANDY

primilif on langue sacrée, le polonais, le russe, le bohéinieu, le serbe.

De tous les dialectes slaves le plus parlé, est le polonais. I-C.e premières traces de cet idiome ont été reconnues au dixième siècle. Dès le treizième, la Pologne comptait de grands poëte.s, des orateurs sacrés et politiques, des historiens, d’iiabiles traducleuis des auteurs anciens. C'est surtout dans les traductions que se montre la riche.sse des dialectes slaves, leur souplesse et la mélodie de leurs rbythmes .

Le slavou primitif est aujourd’hui une langue morte. Jusqu’au dix-seplième siècle, le slavon a été la langue litléraire et sacrée de la Russie. Les plus antiques annales de ce pajs ont été écrites dans cette langue par le moine Nestor. Ce monument est du douzième siècle. A cette époipie, le russe proprement dit venait de naitre ; et l’expédition d’Igor inspirait à un contemporain une sorte de poème en prose cadencée. Au dix-septième siècle, Pierre le Grand fonde la nation et constitue la langue. Catherine la fixe par des vocabulaires et des grammaires, et crée une académie pour en anèter les règles et en conserver la tradition. Depuis lors, l’impulsion doniice à la littéiatui-e russe ne s’est point affaiblie. Elle se manifeste, en ce moment même, par de nombieuses fondations d’écoles, de gymnases, de bibliothèques, d’académies, qui, dans d’autres circonstances, pourraient faire de la Russie le centre d’un mouvement littéraire digne d’attention.

Les poésies épiques et lyriques du dixième siècle, quelques chants nationaux du huitième siècle, dont les héros sont païens, ne forment pas toute la part du dialecte bohème. Quoique la Bohême pût .«e contenter de la gloire de ces poésies, où une critique, même dépouillée de toute illusion patriotique, peut admirer la grâce de la poésie grecque unie à l’énergie .Scandinave, le dialecte bohème a déployé toutes ses beautés au douzième siècle dans des poèmes nombreux, au quatorzième siècle dans les écrits en prose de Jean lluss et de Jéiôme de Pi-ague. L’inspiration littéraire, étouffée au dixseptième et au dix-huitième siècle pur la guerre, s’e.st ranimée dans ces dernières années, sous l’influence de la paix. La ville de Prague, par le nombre et les travaux de ses poètes, de ses philosophes, de ses archéologues, est devenue comme la métropole littéraire des peuples slaves dans le passé.

Le plus riche et le plus pur de tous les dialectes sla\es est

LA LITTÉRATURE SLAVE

le serbe, qui est parlé dans la Serbie, la Dalmalie, une partie de la Bohême et de la Croatie, par une population de quatre millions d’hommes. Des monuments curieux marquent la suite de cette langue aux neuvième, douzième, treizième et quatorzième siècles. C’est sur la lin de ce siècle qu’avec la nation serbe, un moment si grande sous Lazare, s’éteignit en IJ89 la langue nationale, vaincue avec Lazare dans les plaines de Kossovo, où les Ottomans écrasèrent dans la meme bataille les rois de Bulgarie, de Bosnie et le prince d’Albanie, ligués avec le héros serbicn. Ce qui ne périt pas alors du dialecte serbe se réfugia dans les montagnes, où se formèrent, des regrets de la pall ie perdue et de la haine de ses oppresseurs, des chants populaires comparables, selon des critiques compétents, à ce que nous offre de plus Iwau en ce genre la Crèce moderne.

Il .suffit de cet aperçu pour faire apprécier l’ulilité d’un enseignement spécial, profondément philologique et littéraire, qui initierait un auditoire français à la connaissance de ces ri' chesses ignorées.

Il y a en ce moment, dans tous les pays de race slave, où l’érudition est libre, une sorte de mouvement de renaissance. Les hautes éludes philologiques qui ont provoqué ce momement sur une si vaste portion du territoire européen, la communauté des souvenirs où tous les enfants de race slave se reconnaissent et se rencontrent, plusieurs littératures dont quelques-unes étaient déjà florissantes à l’époque où la nôtre SC débrouillait à peine, ces jioésies primitives, marquées de la grandeur et de la naïveté des mœurs h6roî()ues, des épopées, des odes, des pièces de théâtre, tous les genres qui sont cultivés aux grandes époipies littéraires, des annales oîi sont retracées la plupart des guerres qui ont amené la constitution de l’Europe moderne, les traditions des schismes religieux qui ont rangé sous l'église grecque les Slaves de l’Orient et du Nord et sous l’église latine les Sla\es de l’Occident, un passé plein de gl andes choses et de grands noms, lazare, Iluniade, Étienne Batory, Sobieski, Pierre 1*', tout cela formerait la matière d’un enseignement tel qu’il convient d’en doter le collège de f’ rance, riche de faits nouveaux, (|ui intéressent au même degré la France et l’Europe, et que de longues années d’études no pourront épuiser.

PariH, 21 avril 1S40.

(Moniteur, etc.)

A. M DE SORGO

ancien ministre de la république de Raguse.

ADAM MIÇKIEWICZ; SES OEUVRES, SON COURS DE LITTÉ- " RATURE SLAVE AU COLLÈGE DE FRANCE.

Mosiecr,

Lorsqu»*, l’auteur du livre à jamais célèbre In calumniatorem Piqtonis, le cardinal Bessarion, commentait devant l’Italie suspendue à ses lèvres les discours de Démosthène,ii se passa un phénomène mémorable. Le peuple toscan, accouru pour l’enlendre, fut comme frappé d’une révélation soudaine ; on oublia tout à coup le portique athénien, et l’Eubéc, et Philippe de Macédoine : cette parole éloquente qui retentissait à travers les âges, c’était némosthène lui-môine, se dressant du tombeau, pour protester contre la félonie et la trahison de l’Europe envers la reine, déchue de l’Orient. Iji Grèce est toujours la Grèce J le peuple d'Athènes, c'est l’Italie, <]ui allait devenir une autre Athènes sous le règne savant et poli des Méd’cis. Les discours des deux orateurs furent également sans résultat. L’Islamisme s’avançait, Venise s’était brisée en le combattant; les empereurs ne lui opposaient pins (ju’une lâche et molle résistance : il allait infailliblement envahir l’Europe, qui semblait tout entière décliner et mourir avec le siècle de Louis .XIV, lorsqu’un peuple éiniiierament chrétien, obéissant à sa mission de sacrifice et de martyre, se posa comme une digue formidable enti-e elle et les rois de l’Asie, les arrêta, et s’immola luimônie au salut de la croix et de la'liberté.

Quoi qu'il en soit, le flambeau des arts, éclipsé à l’Orient, fut une seconde fois ti'ansmis à l’Italie par ces généreux exilés qui avaient emporté du vaste embrasement de la patrie ce qji’elle avait de plus précieux, l’inspiralion divine elle culte de l'antiquilc. C’est alors scnicir.ent que l’on comprit dans l’Eulopc moderne la giandciir des écrivains de la Grèce ancienne, depuis »|u'ils avaient Lascaris, Bessarion ou Gémisthès pour

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inferprèles, Mariilliis et Polilion pour dmulcs, et l’Italie enlièro pour auditoire !

Cette émotion qui s’emparait du peuple toscan, peuple éminemmetit civilisable et façonné pour le culte des arts, lorsqu'on lui révélait des beautés que Dante et Pétrarque n’avaient fait qu’entrevoir, l’intérêt (jui s’attachait à ces illustres débris d’une nation qui laissait avant de s’éteindni de si larges efliisions de lumière, tout cela nous revenait irrésistiblement à la pensée, toutes les fois que nous avons assisté au cours de littérature slave au collège de France. Nous ne pouvions nous defendre des solennelles et frappantes analogies qui existent entre les deux émigrations de Byzance cl de Varsovie. Toutes deux ont quitté lenr-patrie en proie au schisme qui relevait la tête et qui, tour à tour orgueilleux et rampant, se prêtait avec

complaisanceauxvuesambitieusesdesen\ahisseurs; toutesdeux furent des abrégés du pays qu’elles avaient abandonné, et résumaient en elles tous les éléments de la vie sociale. Un exil commnnavait enveloppé des prêtres et des guerriers, des artistes et des savants, des princes et des prolétaires; la Pologne, comme Byzance,', eut des Gennadius et des Amiruzès, mais elle eut aussi des Constantin Paléologtie, des Bessarion et des Lascaris.

^ Disons-le tout d'abord, cette chaire slave n’est pas comme oii s’est efforcé de la représenter dansqucbjiies organes de l’étranger, l enseignement obscur d’une langue illettrée, à peine connue dans une partie de l’Orient, et méritant tout au plus le nom de dialecte. L’établissement de ce cours était non-seulement le vœu unanime des admirateurs zélés de M. Miçkiewicz, l’aiitcnr des A'ieux et de Konrad Wallenrod ; mais il répondait h un besoin réel et pressant de l’instruction publique. Il semblait étrange, enefl'et,qucdans uncollégedestinéàressai desenseignements nouveaux qui avaient pris assez de développement pour s’élever à la dignitc' de sciences, In langue slave fût seule oubliée parmi toutes les langues vivantes qui font partie des éludes universitaires, comme le co/de, le malais, l'arménien, le talare-mnnlcho'i, etc. Dès le quinzième siècle, le slavon méritait déjà (le ILxer I attention des savants, puisque Laurent le Magnifhpie, le môme qui accueillit avec tant de faste et de grandeur les lettres exilées de Constantinople, ne dédaigna pas de faire enseigner publiiiucment Villyriqne à Florence, concurlemmcnt avec le grec et le latin, eu témoignant ainsi de son admiration pour le dialecte de Bagiise, l’Athènes slavonne. Une

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