A H. DE S0R
langue parlée par “2,000,000 d'individus, ’el par des races qui, seules cuire toutes, élèventaujourd’liui des prétentions de conquête, vaut bien la peine qu'on en fasse une étude sérieuse. Considérée à cetle hauteur, l’éieclion d’une chaire slave au college de France n’est pas simplement une fondation scientifique ; c’est un fait politique d’une haute portée, un fait dont la date coïncide merveilleusement avec les causes qui naguère ont failli susciter une lutte universelle et l’avénemenl des nationalités au dix-neuvième siècle. « La France, cet abrégé du monde, centre de toutes les communications artistiques et littéraires, qui réalise dans son sein, comme l’a dit M. .Miçkievvicz, l’idée d’une communauté chrétienne de peuples, devait donner asile à cette science du slavisme, aussi positive qu’un calcul, aussi poétique que la Bible. » 11 eût été indigne d’une nation comme elle de repousser un enseignement dont les tiïbunes sont ouvertes dans toutes les grandes villes de l’Allemagne, sous les gouvernements même qui auraient le plus grand intérêt à le supprimer; loi-sipie des chaires de polonais sont établies en Saxe, concurremment avec les chaires des langues modernes, à Eilangcn, en Bavière; lorsque le roi de Prusse vient de promettre solennellement à la députation de Posen l’érection d’une chaire slave à l’Universilé de Berlin et dans toutes les écoles supérieures de sou royaume.
Depuis la fin du dernier siècle, la nation slave a été l’objet des recherches les plus assidues de la part de la studieuse Bohème ; l’esprit d’investigation et d’analyse qui distingue les Tchèckes a fouillé ce terrain vierge, et fait prendre en peu d’années un développement inouï à la science encore ignorée du slavisme. Les travaux des littérateurs bohèmes, illyriens et polonais, ont fait briller aux yeux les richesses de celte crypte aurifère, les fruits d’or de ce jardin des Hespérides gardé par deux monstres intraitables, la difficulté de la langue et la dépréciation des choses d’autrui. La Bohème a donné le jour à Dobrowski le grammairien, à qui l’on doit la reconstruction de l’ancien idiome sacré, le sanscrit des Slaves, dans scs /nst/luh'ones liiiyuce slavicœ veteris, code immortel qui sert de point de comparaison à tous les autres dialectes; à llanka le bibliographe, illustré par de précieuses découvertes et notamment celle des Manuscrits de h'onitujhæ fer (1817), qui contiennent toutun cycle de poèmes hcroïcjues des huitième et neuvième siècles, comme Libussa, Z aboi et Slavoi, Cestimir et Vlaslav, etc. La