LE PALATINAT DE PLOÇK
duite de la Prusse et de l’Autriche envers les détachements polonais réfugiés sur leur territoire avait provoqué l’indignation générale.
Quoi qu’il on soit, l’armée russe ne fut pas dans la nécessité de recourir à ce moyen de salut; et Paskéwitch fit tranquillement jeter trois ponts à Osiek, où la Vistule, divisée en trois branches, baigne des îles chargées de broussailles. Alors encore, tous les moyens d’empêcher les Russes de passer le grand fleuve étaient entre nos mains ; soit à cause de la lenteur avec laquelle s’avançaient les travaux, ou du manque de matériaux propres à la construction, ou de la profondeur et de la rapidité des eaux. La faute d’avoir laissé défiler l’armée russe presque en vue de Modlin aurait pu être réparée par une attaque au moment même du passage de la Vistule; et nous aurions pu l’exécuter indifféremment sur les deux rives, à l’aide du pont de Modlin descendu à Ploçk ou à Dobrzyn. Les circonstances nous auraient parfaitement servis ; un corps d’armée russe se trouvait déjà sur la rive gauche du fleuve, lorsque ses eaux courroucées rompirent le joug détestable d’une horde étrangère qui n’aurait jamais dû contempler ses rives que des prisons de Praga. Ce corps se trouva comme coupé et compromis jusqu’à la reparation du pont, ce* qui dura trois à quatre jours ; et ne fut enCorè sauvé que grâce à l’apathie du généralissime : pendant que sa perte aui'ait probablement suffi pour dégoûter les Russes d’une tentative aussi délicate, en présence d’un ennemi maître des deux rives par Praga, Modlin et Ploçk. Au lieu d’agir par lui-même et avec la totalité de ses forces dans un moment aussi décisif, Skrzyneçki se contenta d’envoyer le général Milberg avec dix mille hommes dans le palatinat de Ploçk ; pour observer l’ennemi déjà en position au district de Lipno, pour intercepter ses communications avec Ostrolenka et la Russie, s’emparer des convois et des détachements encore en retard sur la route de Pultusk à Nieszawa, ainsi que de ceux qui lui arrivaient de Prusse par Mllava. Milberg, avec les forces que le généralissime avait mises à sa disposition, aurait pu facilement remplir cette mission ; et, bien que trop faible pour menacer le gros de l’armée russe, il était pourtant en mesure de lui couper entièrement la communication avec Saint-Pétesbourg : cette armée, privée de tout ressort, se fût fondue d’elle-même, à moins de s’ouvrir une grande route militaire à travers la Prusse. Le général Mil-
A. M. J. U. NIEMCEWICZ
bei'g, naluivlleinent indolent et d’aUJcuis fM-tcmcnt «onpronné de maheillaiice, 8C contenta de reinplii' à la lettre les instructions du généralissime ; blottit son corps d’armée sous i'lo(.dk, le long de la Vistulc, contre les ra^ins si dangereux qui en sillonnent la rive droite, depuis Zakiocxym jusqu’à Plo(,k : et là, il se livra à une telle incurie, que son petit corps de dix mille hommes, nullement in«|iiiété, manqua souvent de vivres, faute de soins plutôt <jue par la pauvreté de la contrée. Imitant le système adopté parle général en chef depuis la bataille d Os- U'ülenka, de faire la guerre du tond de son cabinet, il détacha le général Miller avec deux régiments de cavalei ie et quelques compagnies d’infanterie poui‘ observer l’ariière-gaide russe et la division de cavalerie du général VVitl ; pendant <jue les Kosaks fourrageaient et pillaient le restant du district de Liptu), jusqu’à Rypin etSierpcé.
Le général de brigade Miller, actif, entreprenant, rempli d’intelligence et de savoir, et d’ailleurs, soit découragement, soit tout autre motif, fort peu dévoué à la cause nationale, s’empressa de remplir sa mission en vrai commandant de cavalerie légère. Possédant l’art de ménager habilement le repos à sa troui)e, et de pourvoii' avec la plus grande promptitude à tous ses besoins, il quitta le camp de Ploi,k occupé par toute la cavalerie et la division du général Turno, et s’empara de l’excellente position de Srebma, en face des vedettes de l’arlière- garde russe, dont un détachement stationnait à Parzen, Tillage situé sm’ la live droite de la Skrvia. A peine y fut-il arrivé, qu’il envoya quelques escadrons avec l’ordre de refouler sur l’autre rive tout ce qui se trouvait encore de cavalerie russe en deçà de la rivière ; ce qui fut exécuté par T. Ostrowski, son aide de camp. Un engagement de tirailleurs força les Russes à se retirer en brûlant le pont de Brudzen. Nous fûmes témoins à l’escarmouche de Parzen d’un dévouement vraiment admirable. Au milieu même d’un feu bien nourri, et tandis que nos tirailleurs occupaient déjà le village envahi depuis plusicui's semaines par les hancLes dévastatrices des Kosaks, les habitants se précipitaient à noire rencontre, transportés de voir pour la première fois dans le cours de cette campagne les soldats et les aigles polonais. Les femmes même du village, maigré le sifflement des dernières balles russes, s'empressaient de nous offrir des l'afraichissements et tout ce que les Kosaks leur avaient laiissé de provisions. Tel est l’es-