‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 36 sur 110 · LE PALATINAT DE PLOÇ.K · texte numérisé non relu

LE PALATINAT DE PLOÇ.K

prit du paysan pdoiiais livré à ses propres sentiments ; tel est le gage futur de noti-e indépendance nationale !

Le général Miller, après avoir pris des informations très-détaillées sur le gros de l’année russe, campé dans le district de Lipno, soit au moyen des espions, soit par les déseiteurs qui abandonnaient en masse les camps moskovites toutes les fois que la disette s’y faisait sentir, marcha sur Sierpeé, en i-efoulant devant lui les postes de l’emieini. Cette mesure aurait eu pour résultat de rcndic la position de l’armée russe plus précaire encore, en lui ôtant la possibilité de fourrager sur sou flanc gauche, si le giinéral Milberg n’avait arrêté Miller au moment même oii il occupait la petite ville de Gozdow, avec l’ordre de rejoindre sur-le-champ le corps d’armée, en ne laissant que le colonel Walewski avec le 2® régiment de rnazoïirs, pour remplir son importante mission. Cet ordre inconce\able et toujours motivé sur les insti uctions du généralissime, alors stationnant à Modlin, rendit la sécurité aux Russes, et leur permit de voiturer des munitions par Golub et Rypiu pour le camp d’Osiek ; cai’ le colonel Walewski, commandant il est vrai un régiment de nouvelle fuimalion, mais plein de zèle et de valeur, trouva bon de se replier dès le troisième jour sur Miller qui campait à Bodzanow près de Ploçk. Celui-ci fut tout étonné de voir arriver le colonel Walewski, qu’il supposait occupé à harceler les Kosaks entre Bielsk et Sierpeé. Cependant, le général Milberg était en train d’exécuter un mouvement rétrograde sur Wyszogrod, lorsqu’il apprit qu’une division russe de 5,000 hommes, sous les ordres du général Gej’slenzweig, se dirigeait en pleine sécurité de Rultusk sur Osiek, suivant les traces de Paskéwitch.

Forcé pour ainsi dire parl’imprudenc'e de l’ennemi qui avait entrepris, en présence d’un corps d’armée supérieur en nombre et bien reposé, cette marche de flanc si dangereuse, Milberg dut tenter une démonstration. Mais comme s’il avait engagé sa parole à laisser échapper tous ses avantages, il perdit non-seulement l’occasion de faire essuyer aux Russes un échec assuré, mais il compromit sa propre cavalerie en l’envoyant à Racionz, où n’étant pas appuyé par l’infanterie qui n’arriva que sur le soir, le général Tumo fut ramené. On ne peut même pas alléguer l’imprévoyance pour justifier de manière ou d’autre la conduite de Milberg ; car ce dernier était informé dès la veille de la bataille, à dix heurs du soir, du mouvement

A M. J. ü. NIEMCEWICZ

insolite de Gerstenzweig : et, sans contredit, il aurait pu se melire en position en même temps que Tiirno, par une marche de nuit de Bodzanowà Racionz, qui n’en est éloigne que de quatre milles. Je cite les faits comme ils se sont passés ; je laisse au lecteur le soin d’en apprécier les causes évidentes ou cachées.

Après cecombat, le général .Milberg continua sa marche sur Ploçk, puis traversa la Vislule àModlin, pourserangeren bataille dans la position de la Rawka, avec le reste de l’armée polonaise, faisant face aux Russes qui déjà inondaient la Knïavie, le grenier de Pologne; et même jusqu’à Lowicz, toutle palatinat de Mazovie, son sanctuaire national. Celte situation était la conséquence de la faute impardonnable que l’on avait commise en négligeant de jeter un pont à Ploçk ; ce qui aurait permis de considérer la marche de l’armée russe sur Varsovie, même après son passage de la Vistule, comme une marche de flanc aussi téméraire et mal combinée que celle de Pultusk à Osiok, Le général Milberg aurait dû entraver la marche de Paskéwitch, en opérant de Ploçk à Gostynin, celte ancienne prison des tzars moskoviles ; et menacer son flanc gauche, pendant que Skrzyneçki lui aurait opposé une ligne parallèle.

Le palatinat de Ploçk fut encore destiné à servir de terrain aux pacifiques opérations du général.Thomas.Lubienski, occupé à y poursuivre des fantômes, au moment où le sang coulait à Wola et dans les faubourgs do Varsovie. Si le président du gouvernement, le général Krukowieçki, avait reçu des instructions directesde Paskéwitch, il n’aurait pas mieux agi dans ses intérêts qu’il n’a fait en disséminant l’armée, au moment où il aurait dû plus que jamais la concentrer sous Varsovie; il est inconcevable aussi que la diète n’ait pas dès lors sopçonné les criminelles intentions de Krukowieçki et n’ait pas eu le courage de révoquer ses pouvoirs. Romariuo, pertidement accusé d'exaltation patriotique, fut envoyé faire une promenade à Terespol, à cinquante lieues de la capitale ; tondis que la cavalerie de T. Lubienski reçut l'ordre d’occuper le palaliual de Ploçk, pour refaire ses chevaux et peut-être frayer à l’armée un passage vers la frontière prussienne. T. Lubienski campa sous Gora et s’acquitta parfaitement de sa mission, au moins en ce qui concerne les approvisionnements, Heni i Lubienski, sonfi ère, le seconda très-bien dans celte opération; et prouva jusqu’à l’évidence qu’il savait aussi bien exploiter les propriétés des

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