LE PALATINAT DE PLOEK
autres, qu’il était habile administrateur des siennes. Président de la banque avant la révolution de 1830, ce fonrtiounaiie déploya depuis une mauvaise volonté si manifeste, qu’il faillit être victime de la fureur du peuple. C’est cet homme (jiii, entouré d’une phalange de juifs baptisés, d’espions et de fourbes de tout genre, dès les premiers jours de l’insurrection se mit à l’œuvre pour l'anéantir avec toutes ses promesses et ses espérances. Il suflisait pour cela d’ébranler la confiance que sou crédule dictateur, le général Chlopiçki, soldat tout d’une pièce, mais dépourvu de toute espèce d’idée politique, comme l’étaient les soldats de l’empire, pouvait avoir dans sou succès. Il avait pour compère l’aucieu ininisire des linances, le prince Georges Lubei,ki, qu’on avait imprudemment laissé en activité ; avec un autie employé de ce ministère, M. Krysinski, aide de camp du dictateur, et qui lui représentait sans cesse l’insurrection du 2!) novembre, comme une échauHourée d’étudiants. Sans ces trois hommes, l’indépentlance polonaise aurait triomphé, malgré toutes tes trahisons monarchiques ; le dictateur eût conservé son commandement, et la victoire de Grochovv aurait décidé du sort de la campagne. Je le dis à regret; les frères Lubienski furent, durant tout le cours de l’insurrection, les mauvais génies de la l’ologne : pauvres avant, millionnaires après (I).
Après la nuit du l.j août, le banquier jugea à propos de se réfugier sous la protection de son frère, destiné par Krnkovvieyki à fourrager dans le palatinat de l’ioçk. I,a petite église de (iora le vit, en costume de simple garde national de Varsovie, assister à une messe de paratle que le général faisait célébrer le jour de son euti-ée en campagne. I.’ancien chef d’étatmajor de Skrayne^ki, à beaucoup près meilleur comédien rpie soldat, Lubienski, ne manqua pas de s’y trouver avec tout son nombreux entourage. J’ai dit nombreux, j’aurais pu dire innombrable, composé qu’il était de l’ancien étal-major de l’armée, joint aux tristes débris de celui do Skrzyneçki. C’était une armée à part ; l’ofücier payeur (2) se répandait en plaintes de
• (1) Depuis que cette notice a été écrite, l'éclatante banqueroute, déclarée en 4841, des fi ères Lubienski dontles ressources se composaient surtout de fortunes particulières, est venue détruire la bonne opinion que l’on aurait pu garder de leur intelligence et de leur bonne foi industrielle.
(3) TImdée Osirowski, capitaine de cavalerie polonaise en 1813, aide de camp du général Weysenhof,
A M. J. U. NIEMCEWICZ
poovoir à pente suffire à un aussi vaste service. On a dit beaucoup de messes en 1831 ; le soldai restait parfailement indiffcrenl à ces pieuses exhibitions : il préférait généralement im Te Dmm après la victoire. La dévotion des frères Lubienski ne les empêcha pas de faire une course vers Thorn, pour s’y tnétiager une entrevue avec les généraux prussiens; entrevue où les intérêts de la Pologne indépendante ne furent probablement pas (lise U lés.
A la nouvelle de l’attaque prochaine de Varsovie, si T. Lubienski était demeuré à Gora, il est certain que malgré les honteux conciliabules des généraux Ambroise et Jean Skarzynskî, et le décou ragenaeni qu’ils cherchaient à répandre dans les rangs de Pwnriée, malgré les intrigues des frères Lubienski ^ le sentHneiU national se fût réveillé dans tous les cœurs ; on aurait volé à la défense de la ville, et les opposants auraient payé cher leur miauvaise volonté. L’attaque de Varsovie ne fut pas* imprévue ; les Russes n’en daignaient pas même cacher le jow etf heure, tant ils connaissaient à l’avance les dispositions de ces hommes. Qitelques jours avant la catastrophe,- T, Lubienski, au lien de se rapproclier de .Modlin, où il était redoutable pour l’année assiégeante, se mit à la poui-suite d’une division imaginaire de l'armée russe, aper(,iie par lui seul sur le chemin de l’ultusk à Nowe-Miasto. 11 s’arrêta à l’ruszko\v,sur la Wkra ; après s’èlre amusé toute une journée à faire préparer un pont solide au-dessus d’un gué où il n’y avait guère que deux pieds d’eau, il s’avanya sur Xowe-.Mrasto, se garda bien d’y entrer: puis, sans avoir vu rennemi qui n’y était plus, il repassa la rivière à pied sec, longea prudotnmenl la rrvé droite, arrêta son corps d’arince à JUendoiv, ci \a soir, aû fea du bivouac,iil lui annonça mvstérieusement que les Russes et l’ordre étaient à Varsovie ! Voilà quel fut le terme des exploits du général T. Lubienski, que nous n’iiésitons pas à déclarer parjure à ses serments et trailre à la cause nationale.
Il ne me reste pins iju’àdire un mot sur la relraile de notre dernier généralissime, M. Rybinski, plus faible encore que coupable dans sa retraite sur la frontière prussienne. La nature même semblait démentir les tristes prévisions du parti désespéré. Malgré le passage récent des bordes russes, la récolte abondante de l’année pourvoyait lafgemenl aux besoins du soldat; et la lerie polonaise semblait ainsi proleslei' elleiiièinc, avec son éloquence de moissons et de fruits, contre lo
LE PALATINAT DE 1-L0(JK 9d
scandalcrtx décoiiragemonl de nos généraux. Cette campagne ne fnt point p(3ur noirs nne snifo de privations, mais bien une série de déceptions et de fautes ; l’habilant patriote, aussi bien qucle juif(f)terrifié, nons assuraient la possibilité de continuer une campagne d’hiver, contre un ennemi encore mal assuré dans scs conquêtes. En vain lé fautif échelonnement des Kusses en Mazovie offrait à Rybinski la facilité de percer ce faible rideau, et de gagner les déülés du palatinat de Krakovie, cet antique foyer de nationalité, couvert par une ceinture de rochers; en vain le général H. Dernhinski renouvela deux fois la tentative de se frayer a\ec une poignée de braves la route de sa ville natale, et Rybinski lui-même parut se résoudre à Wloçlawek à rejoindre les généraux Romarino et Rozyçki : la fatalité nous poussait vers la frontière. Celte campagne, si glorieuse à son début, fut terminée par la défection de Romarino, subissant rinfluence perfide du comte Vladislas Zamoyski, son chef u’élat-major, qui préféra se réfugier en Autriche avec un corps d’élite do trente mille hommes que de jeter son épée dans la balance où se pesaient en ce moment les destinées de la Pologne (2). Le corps de Romarino servit d’escorte au prince Czartoryski, ex-président de la pentarchie, pressé de gagner la frontère gallicicnne ; et lorsque les camps de Gorzno et de Rrodniça furent encombrés des tristes débris d’une armée trahif, mais non vaincue, les Kosaks, comme des corbeaux affamés, s’abattirent sur ses dépouilles et dépecèrent le cadavre.
Ces pages, empreintes de douleur et dictées par une conviction sincère, auront sans doute éclairci quelques points douteux de notre guerre d’indépendance. On y voit comment l’insuri-ection de 1830 a péri par un excès de mansuétude et de longanimité ; pour avoir appelé à sou aide ou laissé en place les hommes du lendemain, les traîtres et les transfuges füi uiés depuis 1813 à l’école flétrissante de l’esclavage, et qui
(1) L'hospitalilô sans réserve, accordée aux juifs par Kasimir le Grand, au XIV* siècle, a été pour la Pologne une source de ruine et de malhcurt incessants. Le fond de la religion juive, c’cst la haine; or, la haine n’u jamais produit que de mauvais citoyens.
(2) Cet homme pèse encore iinjourd'luii, du poids d'une fortune colossale et de l’innuencu de son uiielc, le prince Adam Czartoryski, sur les destinées de I émigration polonaise.
A M. J. U. NIEMCEWICZ
n’ont accepté le principe insurrectionnel que comme une éventualité ; on y voit comment la nation polonaise fut déshéritée du prix de ses sacrifices, en expiant la faute d’avoir méconnu ce grand principe : Que toute révolution doit, sous peine de mort, puiser en elle-même sa force et ses moyens de salut (1).
Agréez, etc.
Paris, 14 janvier 1841.
(Journal militaire.)
(I) Nous pouvons aujourd'hui ajouter & cette notice le renseignement suivant, puisé à bonne source, et dont nous garantissons l'authenticité ;
Après la bataille d’Ostrolenka, l’armée russe ayant éprouvé des pertes énormes, grâce à l’intrépidité du général Bcm, était en quelque sorte paralysée et frappée de stupeur. La mort du maréchal Dybilch, que l'un attribue généralement à un suicide, avait mis le comble â la désorganisation dans le camp muskovite. Il aurait alors suffi d’un seul effort vigoureux de l’armée polonaise concentrée sous Modlin, pour lui faire mettre bus les armes et même l’anéantir complctement. Que fait notre généralissime? Il envoie demander conseil à ses deux délégués à Paris, le comte Louis Plater et le vieux général Kniaziewicr. Il reçoit du ministre des affaires étrangères, ou plutèt du roi Louis-Philippe, un message semi-officiel, réclamant un délai de six semaines, une suspension des hostilités, pendant laquelle, disait-on, la question de l’indépendance polonaise devait être réglée pur la voie diplomatique. Le dévot Skrzyneçki accueille ce conseil avec une avçugle crédulité; les six semaines décisives s'écoulent, le passage de l'armée russe par le grand fleuve polonais est cITectué, et Skrzyneçki s'aperçoit seulement alors, mais trop tard, de la faute immense qu'il vient de commettre. Avec de tels chefs, une cause, si bonne qu’elle soit, est itTévocahlcment perdue. Ce délai coïncidait rigoureusement avec le temps néccssaii e pour faite arriver les gardes russes sous les (lories de la capitale ; et bientôt après, le cabinet des Tuileries, s'applaudissant en secret de son triomphe, faisait piteusement prononcer à la tribune française ces paroles hypocrites, le Mané-Tckcl-Pbarès de la royauté des barricades : « L'ordre règne à Vareoriel ■>
Il y a de frappantes et de tristes analogies entre notre soulèvement national du 29 novembre <830, et le coup de main du 24 février 4848; moins toutefoie les glorieux combats de Groobow, de Waver, d’igauié et d’Ostrolenka.
AU COMITÉ POLONAIS
XI* ANNIVERSAIRE NATIONAL(l)
Messieurs et CoNClTOVE^s,
L’horloge des siècles a sonné dix ans!... dix ans passés dans les regrets du pays et l’attente d’un meilleur avenir. Autour de nous, que de choses changées, que de splenrlfurs éteintes, que d’illusions évanouies ! Chaque jour dans sa course fugitive est venu nous en arracher un lambeau !... Mais nos cœurs sont restés les mêmes; nos sentiments sont aussi vifs, nos douleurs sont aussi poignantes que ce jour mémorable où, le front encore couvert de la poussière des batailles, nous venions pour la première fois nous offrir à vos fraternelles étreintes !
Oh ! si nos chefs, nos généraux, nos ministres, avaient eu la prescience de ce long pèlerinage qui, pour beaucoup d’entre nous, ne devait s’arrêter que sur le bord de la tombe ; s’ils avaient pu voir les membres palpitants de la Pologne dispersés aux quatre coins du globe : oh ! alors, le fer nu, la poitrine ensanglantée, Us se seraient précipités contre l’ennemi, pour acheter du moins le droit de tomber glorieusement sur le sol de la patrie 1
Maiscedémier bonheur nous a été refusé!... Errants sur la terre étrangère, nous avons connu le supplice de survivre à tous les amours, à toutes les félicités du jeune Age ; nous avons appriSj selon les paroles du poète, & combien il est d’amertume daus le pain de l’exil, et combien il est pénible de monter et de descendre les degrés d’autrui (2). »
(1) Pendant toute la période de leur exil, de 1834 à 1RS1, les Polonais ont eu coutume de se réunir le soir du 3tf novembre, pour célébrer en commun l’anniversaire de leur iimurrcctiou. Les trois allocutions qui suivent ont été improvisées à pareil jour et dans une^pareille solennité,
CS) Dante, Paradito, 17.
AU COMITÉ POLONAIS
Imposons silence à nos douleurs; ranuiversaire qui nous réunil est un souvenir de gloire et de libel lé, et non pas un deuil irréparable : (|uelb's que soient nos destinées à venir, la semaine sainte des Polonais vivra désormais dans la mémoire des peuples à côté de celte autre semaine de la Passion, qui perpétua sur le monde le règne de rintelligencc divine. Aussi ce ne sont point de vaines démonstrations de sympathie que je viens solliciter; permettez-rnoi seulement de vous faire entendre quelques paroles graves, inspirées par la gravité de celle commémoration : et qui, puisées dans ung eonvidion profonde, sauront pénétrer dans la vôtre.
Deux faits imposants, deux faits auxquels viennent se rattacher tous les mouvements qui pendant ces dernières cinquante années ont agité les peuples, dominent de toute leur hauteur l’histoire contemporaine ; je veux dire le démembrèment de la Pologne et la renaissance de la Grèce, irfais d’où vient que, si l’Europe entière s’est émue au récit ée ees grandes batailles qui semblaient fane revivre les combats homériques; si toutes les puissances, les yeux tournes vers la Grèce, lui prodiguaient à l’envi leurs armes, leurs vaisseaux, leurs trésors et leur sang : si lord Byron allait lui porter le tribut de sa parole et de son épée, d’oi'i vient <pie la Pologne n’a trouvé partout que des larmes stériles et des Vieux sans accomplisscnient? C'est que ces deux faits sont dérivés d’une cause unique, ravénement de la Russie dans la politiijue européenne ; c’est que cette politique, obéissant à son instinct de hyène, a cru sentir que là, vers le Bosphore, îl y avait un cadavre à dépecer, une proie facile et sans défense : c’est que, pour les nations comme pour les individus, il est plus aisé de démolir que d’édifier. Il y a deux siècles, six millions d’esclaves, à peine atl'rancliis du joug talare, s’établissaient à leur aise sur une étendue de cent mille lieues eai nies environ, comprise entre le Volga, le Don cl l’Oka. C’étiii le tzarat de Moskou, très-peu connu du reste de l’Europe; pour la Russie, il ii’en était pas encore questiou. Celte population sentait fermenter en elle le désir des conquêtes; eu romunlaut vers le dixième siècle, nous trouvons que des chefs de bandits Scandinaves, successeurs de Ruryk, suivant le cours des rivières navigables, allaient jusqu’aux portes de Sainte-Sophie rançonner les empereurs de Byzance.
Aujourd’hui, la Russie occupe la septième luu lic du globe
XI* INNIVERSAiaE NATIONAL.
habile* ; et sa population d’esdaves livds au même joug, compose environ le dixième du genre humain. Ce développement liypertruphiquc. elle ne le doit ni à la force de ses amies, ni à riiubileté de ses ge'nêraux, ni à la valeur de ses soldats ; mais bien à sa politique astucieuse et persévérante, à cette politique qui sait atlendie, parce qu’elle se croit silre de son lendemain, qui sait paiiois se détourner de son objet, pour donner le change sur ses véritables irilentions , ù cette politique, suivant l’expression d’un écrivain russe : « patiente comme le temps et grande' comme l’espace. »
« Cet empire, dit M. de Uouald (1), placé sur les contins de l’Europe et de l’Asie, pèse à la^’ois sur tontes les deux; et depuis les itoiuaius, aucune puissance n’a montré une aussi glande force d expansion. 11 en est ainsi dans tout État où le gouvernement est éclairé et le peuple barbare; et qui léunit l’extrême habileté du moteur à l’extrême docilité de l’instrument. M Avant Pierre l'*,à l’endroit où s’élève aujourd’hui la capitale des tzais, croupissaient les eaux de la Keva, fange en été, glace en hiver; aujourd’hui, Saint-Pétersbourg compte 4jI),000 habitants, et c'est, au dire de certains voyageurs décorés : une des plus belles villes du monde. Saint Pierre, chef des apôtres, fonda son siège sur un roc; et Pierre I®', le pape moskovite, établit le sien sur la Iwue (1). C’est à l’aspect de cette création naissanic, sortant comme par enchantement du sein des flots, que le tzar, après avoir dispersé la flotte suédoise près des iles d’Aland, proféia ces ambitieuses paroles: « 11 n’y a que la ilussiequi soit une œuvre de nature ; cet empire n’aura point de rival dans sa carrière. » I,a Knssic une œuvre de nature? Itien an conhaire, la Russie est l’ouvrage d’une seule volonté, le résultat d'une improvisation gigantesque du pouvoir absolu. Mais là ne s’arrêtera point son orgueil : a Celui qui a pu construire une capitale sur un terrain etranger, sous la mitraille des canons suédois, et brûler l’autre en présence de Napoléon, en trouvera sans peine une troisième dans uti endroit plus beau et [tlus commode. » Et celte paiole du célèbre
a) de Saint-Pélertbnurg.
(I) La Polititiue oriento-mtriJioa iU du eabinel de Saint-Pe'lertàourg, par Uuuliiiaçki. V'uy. \uPologne dune let anciennes Iimi'lM,par J.Uoin[de|(jluclio\r); Paris, isifi.
AU COMITÉ POLONAIS
Mochnaçki résume admirablement la pensée du cabinet moskovite; le souverain des glaces a froid, il veut se rapprocher du soleil : il a compris que celui qui sera maître de Constantinople, sera l’arbitre des destinées du monde. Constantinople, placée sur les limites de trois continents, au confluent de trois mers, protégée de deux côtés par les flots, du troisième par cette muraille de rriontagnes que Mahomet 11 a dû franchir avec ses vaisseaux, Constantinople est une position inexpugnable. C'est à cette position, unique peut-être sur le globe, qu’elle doit de s’être maintenue indépendante, lorsque depuis un siècle tout ce qui l’environnait avait déjà subi la loi du sabre musulman. •
Rome était le centre et la métropole du monde païen ; Rome était le foyer lumineux autour duquel, comme autour du soleil, gravitaient toutes les nations barbares : aujourd’hui, lorsque l’Asie a été explorée par les Vénitiens, fouillée en tout sens par les Anglais, le point central s’est déplacé d’Occident en Oiïent. Ce n’est plus Rome, c’est Constantinople qui est la métropole du monde à venir; et ceci est tellement vrai, que tous les créateurs de systèmes, tous ceux qui se sont préoccupés de nouvelles doctrines sociales, saint-simouiens, fouriéristes ou phalanstériens, ont établi dans cette ville le foyer et le gouvernement de leur utopie.
En effet, consultons l'histoire ; c’est aux différents âges de Byzance que se rattachent les grandes ères de l’humanité. A son érection finit le monde romain, le monde des empereurs et des idoles, et commence le moyen âge, le monde des évêques, des rois et des barons; à la prise de Byzance parlesTurks commence l’histoire moderne, la vraie histoire des peuples et de l’humanité. L’occupation de cette ville par les Moskovites serait l’avénement d’un ordre de choses tout nouveau ; dont on ne pourrait dès à présent évaluer toutes les conséquences, mais qui serait tout différent du milieu dans lequel nous existons aujourd’hui.
Celte pensée du tzar Pierre a été poui*suivic par ses successeurs avec une merveilleuse ténacité; par Catherine surtout, celte Lucrèce Borgia moskovite, qui était digne de la comprendre et de la mettre à exécution. Mais pour cela, deux grandes transformations étaient nécessaires; il fallait anéantir la Pologne, qui se trouvait sur le chemin de Byzance, cl ressusciter la Grèce, qui devait lui en ouvrir l’entrée. Voici une lettre