XI» ANNIVERSAIRE NATIONAL
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qu’elle écrivait à son ministre plénipotentiaire on Pologne ; de tels écrits se gravent trop profondément dans la pensée pour pouvoir être oubliés :
« Fatiguée des troubles incessants excités par les têtes chaudes des Polonais, je veux une fois pour toutes en finir avec eux ; c’est pourquoi je vous recommande que les troupes èn Pologne, se trouvant sous vos ordres, agissent, abstraction faite de toutes les illusions d’humanité, avec l’énergie nécessaire pour leur ôter à l’avenir tout espoir de révolte. Il ne faut donc faire grâce à aucun des habitants de cette contrée, quand meme ils allégueraient une vie ca'me et retirée pour défense ; à l’exception toutefois de ceux qui seraient pris les armes à la main, et qui, ayant donné quelques preuves de valeur, seraient incorporés dans nos armées, pour servir à la guerre que nous devons, comme vous le savez, après \Si pacification de la Pologne, transporter vers \c sud de l’ Europe, etc., etc.» Signé, Catherine. Celte lettre a été adressée, eu 1794, à Repnin, jadis son amant, alors son ambassadeur à Varsovie ; et quelques jours plus tard eut lieu le massacre de Praga : cette nuit sanglante du 19 novembre, où vingt-cinq mille habitants, femmes , enfants et vieillards, furent égorgés par le farouche Souvaroff, digne exécuteur d’un tel ordre.
Lorsque le rapport en parvint à Saint-Pétersbourg, la Izarine avait invité à déjeuner tous les complices de ses infâmes amours : « Je souhaite, leur dit-elle, que ce repas vous soit aussi agréable que les nouvelles que je viens vous apprendre. » Et voilà pourtant la divinité que Voltaire encensait avec tant d’impudeur, et qu’il glorifiait dans le style académique du nom de la Sémiramis du Noid ! « L’historien digne de ce nom, disait Victor Hugo, flétrirait avec le fer chaud de Tacite et la verge de Juvénal cette courtisane couronnée, à laquelle les altiers sophistes du dernier siècle, avaient voué un culle qu’ils refusaient à leur Dieu et à leur roi ; celte reine régicide qui avait choisi pour scs tableaux de boudoir, un massacre et un incendie (1). »
Aux conférences d’Erfurlh, les deux empereurs se partageaien t
(1) Le toasMcre de Praga et l’incendie de la flotte ottomane dans la baie de Tebesmé. Le tzar Nicolas vient de commander pour le sien le guet-apens de SiDope.
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le monde ; à l’empereiu- fran(;ai.s, l’Occidoiil, au tzar de Russie, rOricnt : a Je ne puis pas, disait Alexandre à Napoléon, livrer aux étrangers les clefs de ma maison ! n Et l’Europe entière ne semblait pas à ce dei iiier une compensation suflisante pour la perle de Constantinople et des Uardanellos.
Dans l’fluuvie de renaissance de la (jrèce, la Russie était paerveilleusement seconilée par l’esprit religieux des populations slavonnes, englobées dans l’empire d’Oriept; et par la diplomatie de ISI ’i. Ces populations, généralement schismatiques, et sounjement travîtillées par des agents moskoviles, s’étaient habituées à désigner |e tzar du nom de Messie et de libérateur. Quant à la diplomatie, science athée, éclose sous la plume de Machiitvel, mise en honneur pur le traité de Westphalie, devenue souveraine en 1815, qui subslitue les intérêts dynastiques aux intérêts des peuples, la i'orce matérielle à l'intelligence; la diplomatie a toujours considéré le tzar copime son maître et son idole. On sait que la bataille de Navarin, son chef-d'œuvre, que même le soldai de la Sainte- Alliaqce qualifia de fâcheux événeipent, n’a jirolilé qu’à la Russie. Un général corse, qui avait osé faire cnleudre à la tribune française ces sinistres paroles : « La Pologne est destinée à périr!.... » a dit aussi quelques années plus lard : « La Turquie n’est pins qu’un caJovre! « L'histoire sc chargera bientôt de démentir ces deux blasphèmes. Voilà comment ces deux nations se trouvent associées par une intime fraternité de gloire, etde malheur dans, l’opinion des peuples et des cabinets; ethe la renaissance on do la chute de l’une d’elles, dépendra dé.sormajs l’avenir heureux ou néfaste de l’autre.
Oh l si la civilisation est,la seule puissance légitime de nos joiO’s;,si ses intérêts sont les .seuls respectables, combien la barbarie musulmane est encore (irélérable à ce que l’on veut bien appeler la civilisalhn moskovite! Tous les voyageurs, depuis Niebuhret Jean Potoçki, jusqu’à .MM. .Marcclluset Chàtcaubriaud, s’âccoi’dent à recuuiiaitrc cette immense supériorité, comme peuple et comme individus, de la race turque sur les tribus schismatiques de l'empire ottoman.
Supériorité religieuse : car si l’Islamisme est le déisme pur, dégagé de toute notion sur la Providence et sur la Irinité, le schisme est le culte des images et l’adoration des reliques poussée jusqu’au fétichisme le plus grossier; quoiqu’au fond ces deux religions aient beaucoup de rapports entre elles, et
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que le dogme de la fatalitd y soit plus profondément empreint que sur toutes les autres.
Supériorité morale, dérivant de la supériorité religieuse : car si l’instinct du vol, si la prévarication, le fanatisme, Tintenipérance sont des vices inhérents au caractère moskovite, les vertus contraires de sobriété, de probjté, de bonne foi, et même de tolérance sont traditionnelles chez les Musulmans. Le vol y est à jK'u près inconnu; tandis que les cachots et les mines de la Russie ne suffiraient pas, s’il fallait y enfermer tous les voleurs avec ou sans épaulettes (1).
Supériorité des institutions, dérivant de la supériorité morale : car si la centralisation arbitraire et violente des mœui’s moskovites semble s'acharner à détruire les habitudes et les physionomies locales, si elle promène sur toutes les populations qui ont le bonheur de vivre sous sa tutelle, le sanglant niveau de l’esclavage, les Turks ont partout respecté les nationalités, les cultes et les usages établis. Quanta l’équitable répartition des impôts, au recensement, en un mot aux institutions municipales, je souhaiterais aux nations les mieux constituées de l’Europe d’en posséder de scinblables (2).
tsupéi-jorité scientifique : car tandis que Nicolas casse les univei-silés, fait fermer les écoles, démolir les bibliothèques, déporter la jeune.ssc studieuse au fond du Kaukase, sept universités naissantes suigissent à l’envi dans les sept principales villes de la Turquie, .«avoir : à Constantinople, Andrinople, Saloniqiic. Brousse, bmyrue, Bagdad cl Trébizonde. On sait que leivspect de la science fut, chez les Abassides au moins, une tradition des anciens kalifes ; soi.\aute ans après la cüui|uètc, ou voyait encore 10,000 jeunes gens fréquentant les écoles de Byzance.
Les Turks ont peu créé, il est vrai, mais aussi ils ont tout conservé. A voir Constantinople, ce bazar des nations, avec ses mille costumes et ses tnille langages, un pourrait se croire encore nu surlendcniain de l'assaut ; la brèche par laquelle Mahomet Il a fait son entrée ne s’est pas refermée : seulement sur les coupoles des basili(jues la croix grecque a fait place au
(I) La dépense anmiollo en pain pour loii les les prisons de Constantinople s’élève il 180 fr. cnvii'on. Voir il ce sujet l'excellent ouvrage de D. Urquhart TurUey and ili HeisourcKs, Loiiilies, 18:0.
(-2) La Queatiun turque, par M. de lircuvciy, (834.
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croissant. Vaincre et le lendemain oublier sa victoire, tel est le génie de l'Orient.
Et ici, qu’il me soit permis de vous parler d’un souvenir personnel, qui se presse malgré moi dans mon cœur et sur mes lèvres. Aux bords de la Vislule, en face du faubourg de Praga, il est un site enchanteur, unique peut-être en Pologne, et qui domine toute la contrée. Là, sous des allées de platanes touffus, de jeunes élèves débattaient avec de jeunes mais savants professeurs, les hautes questions de science, d’histoire et de littérature; là, sur une étendue de quelques arpents, on voyait une chapelle, un observatoire, une bibliothèque et un jardin-modèle. C’était un monde à part; le Port-Royal-des- Champs au petit pied. Ce lieu s'appelait Jolibord, nom pittoresque qui lui avait été donné par l’illustre Stanislas Konarski, son fondateur. Eh bien ! savez-vous comment ce lieu s’appelle aujourd’hui? ce lieu s’appelle aujourd’hui la citadelle de Varsovie ! Là, le cri aigu de la sentinelle moskovite sur les remparts, le froissement des chaînes dans les casemates, a remplacé le chant religieux des élèves chrétiens et les doux accents de la poésie polonaise; là, dorment accroupis ces canons décorés de r«igle à double tête, qui doivent un jour porter le ravage au sein de nos édifices ; là, le génie du mal a proféré par la bouche du tzar ces -paroles homicides : » Je ferai foudroyer la ville, je détruirai Varsovie, et certes ce n’est pas moi qui la rebâtirai (1) ! »
Assimilation brutale et sanguinaire, haine ingénieuse et systématique contre toute nationalité qui n’est pas au timbre moskovite ; mettre une caserne à la place d’un palais, un faisceau d’armes à la place d’un monument, détruire dans leur germe l’espoir et la moisson des générations futures : tel est le génie du Nord, tel est tout l’avenir de la Russie.
Mais malheur à nous, malheur à l’humanité, si jamais ce génie inquiet -venait à s’accoupler au génie immobile de l’Orient I Malheur aux générations à naitre ; car de leurs étreintes impies sortirait l’esclavage universel! Le Kosak, qui déjà deux fois a désaltéré sou coursier dans les eaux de la Seine, se souvient encore de vos monuments, de vos palais, de vos trésors; il en a parlé à ses enfants, à ses proches : et toutes ces
(I) Discoare de Nicolas à la municlpaliié de Varsovie, 40 octobre IS-tS.
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