‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 41 sur 110 · XII' ANNIVERSAIRE NATIONAL · texte numérisé non relu

XII' ANNIVERSAIRE NATIONAL

lis

voilà parvenu jus(|u’au cœur de la cltrélicnlé ; une sentinelle moskovitc veille sur le sépulcre du Sauveur, de peur qu’il ne SC lève et qu’il n’écrase la tète du monstre.

L’Oi ient barbare est un abime qui s’avance vers vous. I.es hordes du tzar ne sont plus qu’à deux journées de Rome ; ils n’ont qu’un bras de mer à travei'ser pour venir s’asseoir dans le Capitole de la v ille éternelle. Ils ont fait leur dénombrement» et n’attendent plus qu’un chef qui prendra le nom de Fléau de Dieu pour les conduire. Laissez-les faire ; et demain ils viendront dresser des échelles contre vos remparts.

Mais, grâce au ciel, il n’en sera pas ainsi. Rome, obéissant à l’instinct de sa conservation, appellera tous les chrétiens aux armes ; à sa voix l’esprit chevaleresque qui vous animait au temps de Godefroy se réveillera plus puissant que jamais : Byzance ne tombera pas une seconde fois sous le glaive d’un conquérant.

Les deux génies de l'Europe et de l’Asie se rencontreront dans une lutte terrible, décisive ; et celte lutte sera livrée sur les plaines de la Pologne. Là, il y aura deux inondes, deux religions en présence ; qui se traduisent aujourd’hui par deux symboles : despotisme et liberté.

Le fantôme russe n’est pas aussi terrible qu’on a voulu vous le faire accroire ; il disparait dès qu’on le touche. Nous qui l’avons vu de près, qui nous sommes mesurés avec lui, nou.s savons qu’il a des points vulnérables, et nous lui avons porté des blessures profondes dont il ne guérira jamais. Iji guerre interminable de la Circassie, la suppression du cartel d’échange avec l’Allemagne, qui a déjà produit plus de soixantedix mille déserteurs slaves, les conspirations militaires qui éclatent chaque année, à point nommé, pour les fêles de Nicolas, ont dernièrement mis à nu les ulcères de ce colosse.

Et que faut-il penser de l’avenir d'un État dont tous les souverains, de père en fds, meurent par le poison? de cette monarchie absolue tempérée par le régicide V de cette administration fondée sur le vol? de cette métropole érigée sur la vase*^ mélange épouvantable de grandeur et de faiblesse, d’opulence et de misère! vampire gorgé de sang, et qui n’a de puissance que dans l’imagination deslàchos qu’il effraye!

Mais nous avons fait bien plus que le vaincre j nous l’avons déshonoré. Nous avons attaché un opprobre éternel au nom du tzar Nicolas, ce despote morose et fanatique qui croit avoir

AU COMITÉ POLONAIS

une mission divine! Par nous, ce nom sera associé ù celui des tyransoxécrables comme Henri Vlll, Philippe 11. Yvan le Cruel; par noiis, la postérité ne le reconnaîtra qu’avec l’épithète de bourreau : l’émigration polonaise est un fouet sanglant qui le frappe éternellement an visage !

Aujourd’hui même, malgré notre faiblesse apparente, il nous reste un moyen infaillible pour ressaisir tous nos avantages ; le despotisme est de cette nature, qu’un seul revers suffit pour lui donner la mort : la liberté seule, malgré scs défaites d’un Jour, est impérissable.

polonais! brisez vos chaînes, mais brisez-les toutes à la fois; et surtout ne comptez plus jamais sur l’appui de l’étranger : vousétes assez forts pour vaiiici'e, vous êtes vingt-sept millions d’hommes! Malheur au peuple insensé qui place scs espérances en dehors de lui-même !

Pour être libres, vous n’avez qu’à le vouloir; ayez donc le courage de votre volonté!

Vos aïeux aussi sont tombés par excès d’oigueil, pour avoir désobéi à la volonté de Dieu ; relevez-vous par un moyen tout opposé : rentrez par le peuple dans le sein de celte famille polonaise qui vous appelle scs enfants!

Brisez les entraves du peuple, et mettez-lui aux mains une épée! 0'*’d i*’y 8'1 désormais ni titres, ni distinctions, ni privilèges, ni race étrangère qui puissent vous désunir! Liezvous plus étroilemenl que jamais, et que de vos étreintes fraternelles naisse la liberté des Slaves! Vous direz au paysan ; « Celte terre, fécondée de tes sueurs, arrosée de ton sang, l’appartient tout entière ; mais lève-toi et marche : et d’un commun effort, aflranchissons-la des ennemis qui la souillent ! » Le dernier de vos rois s’écriait, en voyant le sceptre échapper de scs mains tremblantes : « Je ne veux conserver que ce qu’il faut de teri-e pour y poser un trône ! » dilcs-lui ; « Nous ne voulons conserver que ce qu’il faut de terre pour en couvrir nos ossements ! » C’est ainsi que vous réparcivz la grande iniquité qui a été commise par vos aïeux, et dont vous portez la peine, vous qui êtes aussi les héritiers de leur gloire!

Vous direz à vos ennemis : « Nous ne voulons pas vous rendre guerre pour guerre, et massacre pour massacre ; nous voulons seulement repousser l’agression lapins injuste, secouer le joug le plus infime qui jamais ait pesé sur un peuple! » Et celte parole, les Moskovïlcs eux-mêmes la comprendront ; car

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quelque dégradé qu’il soit par la tyrannie, il n’est pas d’esclave au monde qui n’aspire à redevenir homme libre, qui n’ait son esclavage en horreur!

Et ne craignez pas que cet appel meure sans écho dans les parois de cette enceinte ; ce cri : Justice et Liberté pour tous ! retentira bientôt des Karpathes à la Dzwina ; il parviendra jusqu’au palais du tzar, et le tzar allemand sentira la terre slave s’émouvoir sous scs pieds! Tons les peuples seront saisis d’admiration et de respect ; d’eux-mèmes ils viendront s’associer à vos efforts : non plus, comme il v a douze ans, par des chants et des larmes stériles, mais par ja toute-puissance de leur volonté ! Car celui qui avertit les rois par des exemples mémorables, sait aussi les frapper quand le jour de sa justice est venu

O Pologne! ô toi, nos premières amours ! te voilà maintenant clouée sur la croix du supplice, et de tes flancs déchirés la vie s’exhale avec le sang de ton cœur!...

Et les Juifs se partagent au sort tes sanglantes dépouilles ; et l’Europe est là, indifférente cl muette, qui le contemple !

Une seule gloire le manquait peut être ; et cette gloire, c’est ton plus cruel ennemi qui te la donne !

Ton martyre doit-il duier longtemps encore?...

Paris, 29 novembre 1842.

AU COMITÉ POLONAIS

13» ANNIVERSAIRE N.ATIONAL.

Messieurs ET CoNciTOVKNS,

L’année qui va .s’ouvrir dans un mois sera la treizième de notre exil... Plaise à Dieu que ce soit la dernière ! Plaise à Dieu que les nobles espérances qui, dans ce moment, font battre vos

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coeurs à l’unisson du mien> soient enfin réalismes parla juslice éternelle !

Comme l’équipage d’un vaisseau après une longue tempête se trouve surpris par le calme au milieu de l’Océan ; le pilote sé penche à tous les points de l’horizon, et cherche à deviner de quel côte lui viendra le souffle libérateur ; par momciits, il lui semble qu’une brise naissante vient animer les voiles, il a senti le navire s’incliner sur les ondes. Il revoit en songe la patrie lointaine, les amis, les parents qui l’attendent au foyer domestique.., Vain prestige I Les voiles languissantes retombent sur les mâts immobiles; le snicil s’éteint, pâle et décolore, sur l’immensité des flots : avec lui, la dernière espérance !

De même, dans ce silence de mort qui nous environne, il nous semble entendre une voix qui nous appelle vers le pays naial ; nous ressaisissons nos armes... hélas! ce que nous avions pris pour un cil de salut n’était qu’une illusion hâtiV c de nos cœurs !

Nos rangs se sont éclaircis, comme le lendemain d’un combat ; l’ange de la mort, en passant sur nos têtes, a largement frappé les victimes les plus jeunes, les pins glorieuses... Elles tombaient le front tourné vers la patrie ; et leur dernier soupir était encore un accent de liberté !

Mais, si d’une part notre sainte cause a pi‘rdu quelques-uns de ses plus zélés défenseui’s, de l’autre elle a conquis de nombreux et puissants alliés ; maintenant, nou.s pouvons le dire avec un juste orgueil, elle est devenue la cause de l’humanité !

La persécution religieuse, ce fléau de tous les âges, et qui fait l’opprobre du temps où nous vivons, a poyr jamais identifié l’existence de la Pologne avec celle du christianisme universel ; de même que le sang des Pulavvski, de Kosciiiszko, de Niemcewicz et de tant d’autres, l’avait déjà rendue solidaire avec la liberté du monde.

Le christianisme primitif triomphait dans le monde ancien au milieu du martyre etdes persécutions ; la liberté, qui estle christianisme moderne, doit aussi triompher par le martyre expiateur de la Pologne.

Les dernières agitations de l’Orient nous ont signalé un fait immense : c’est la haine profonde que la Russie inspire même à ses coreligionnaires. En Grèce et en Serbie, le tzar allemand a vu échouer sa propagande contre l’esprit d’indépendance qui a toujours germé au sein de ces peuples. A son voyage à Ber-

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Un. les populations allemandes l’ont partout salue sur son pas- 4ge du nom de ^ Menschenfeind,\’emctm des hommes , » et l7tLr est pourtant leur compatnole : le tzar, c est le p.ed de l’Allemand sur le Slave. Naguère encore un iw de meme oiiti\m le roi de Danemark, repoussait nne alliance avec la famille du tzar, pour ne pas se rendre rmstrument et le coinplicedesa politique. L’Autriche seule, cet empire apostolique, semble toujours servilement attachée au char de Nicolas; mais à quoi tient cet état de choses? Peut-être a la 'J®, tre qui, eflrayc des dangers de la liberté, a préféré chcrch m appui dans le despotisme russe, et lui a généreusement livré ^Ics clefs de sa maison, rcmboiichure du grand fleuve slave Toutefois, l’Autriche de Joseph II finira avec son deunei îepiLmtant; et l’élément slave, qui s’y trouve en grande inaiorité, prévaudra sur l’élément germanique.

Mais ce qui a puissamment contribue a propager ce se rnéut généîal d’hostilité à l’égard de la Russie, c’est nn livre un livre célèbre que je n’hésite pas de signaler a tonte \ otre adrniraüon ; ce livre, c’est le Voyage en Dusste de M. de Custine Le noble voyageur a levé d une main hardie 1 appai-eil qui couvre tant de plaies hideuses et de blessures incurables , fit l’Europe en le&voyant,ajeléuii cri d’horreur et d épouvanté. ôuoUrK* d’une .«ie. quelle aUjccUon de l .ntm quelle dégradation inouïe de la nature y*maine Se peu -il mi’iin joug aussi infâme pèse sur des millions d elres a l e htrie de Dieu! Ce que nous n’osions jusqu a pieseiit aitiuilu S f avec réserve, se trouve ici. dans ce livre, inscrit a chaque Jage, en caractères de sang. Voyez ! ces esclaves d hier , a peine libérés du collier Scandinave pour tomber sous la tyrannie de leurs seigneurs taldres, n’ont qii un seul mstinct. la haine ; un seul désir, la vengeance! pour la liberté, la patrie, ces noms môme sont étrangers à leur langue; ils sont loicesde les emprunter à leurs voisins. Acertaincs époques marquées par la Providence, ils égorgent leurs nouveaux f

brider vifs, au nom de l’empereur, qti ils appellent leur peie, ies malheureux !... et le lendemain, la justice de 1 empereur fait cerner les coupables, et déporter des populations entières en Sibérie, pour venger les seigneurs !... ^

trister profondément les plus cruels ennemisde la Hiissic . Ci. colosse asiatique, qui menace à tous moments ILuiope, a donc un anathème éternel attaché a son existence: le.mla-

: by Googli-

AU COMITÉ POLONAIS

vage! une hyène sanglante qui lui ronge le cœur et le dévore: le massacre (1) !

Ce livre est bien fait pour consoler toutes nos sonflianccs, en nous montrant des douleurs encore plus grandes... il est fait pour détacher à jamais de la lliissie les hommes de bien de tons les pays et de toutes les opinions, môme ceux qui placent leurs espérances dans l’absolutisme. El cependant, celui qui récrivait était bien loin, en comraençunt son voyage, de partager les idées qui, vers la fin du dernier siècle, ont changé la face du monde. Son grand-père, le général dcCustinc,son père, le marquis de Cnstine, sont moiTsstir les échafauds de 93 !... Mais telle est la puissance de la vérité qu’elle choisit pour ses organes ceux même que le sort avait marqués pour ses adveiasairesl... Honneur à bii, car il ne s’est pas laissé éblouir à ce faux appareil de grandeur dont les tzars ont coutume de s’environner aux yeux des étrangers... Honneur à lui, car les perfides cajoleries du despote lui ont laissé toute l'indépendance d’esprit nécessaire pour appeder la Russie, chargée de toutes ses iniquités,à la barre des nations... Honneur à lui, car il a brisé du plat de son épée le masque du comédien sur la figure du tyran! Il était digne d’un Françaisd’écrire jour par jour, sous l’impression des scènes de désolation qui s'offraient à ses regards, ce livre, dontchaque pageaurait pu lui coûter la vie on la liberté!

Cet ouvrage fera-t-il au moins rougir les Russes, en leur présentant le. miroir fidèle de leur abaissement? Nous ne le croyons pas, au moins quant à présent ; on ne peut rien pour ces barbares, meme en leur disant h vérité. L’esclavage a passé dans leur sang, il est devenu pour eux un besoin de nature. Mais les réactions et les vengeances qu’il a déjà provoquées, attestent la colère et l’efl'roi du souverain de toutes les Rus.sies; le tzar, devant qui tout tremble, a tremblé à son tour devant nu livre : a Un mot de vérité lancé en Russie, a dit l’auteur, est une étincelle qui tombe sur un baril de poudre ! » Dans un pays oii tout est mensonge et prestige, la vérité devait être considérée comme une mortelle ennemie.

Ixjrsquu Catherine 11 voyageait à travei’s les solitudes de son

(I ) Les sc6iiC8 liorrililcs de Tarnow et de Bodinia, soudoyées par un gou- Ternement étranger, complice de lu Russie, ne prouventrien contre la Pologne, pas plus que les massacres en Ukraine, organisés au siècle prcc.-deut par CatberinoII.

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empire, un courtisan faisait élever sur son passage des villes, des villages, des châteaux improvisés. Ces planches de théâtre destinées à faire illusion àla tzarine, ces décors en bois peint, qui cachaient le vide, c’est ta Russie tout entière. Ses régiments sans soldats, ses mers sans vaisseaux, ses déserts sans villes, scs villes sitns habitants, tout cela ne vaut pas la puissance matérielle du plus chétif État de l Occident. Mirage trompeur, éclos des brouillards delà Névaet qui se maintient à la faveur du crépuscule boréal ; de loin, il trompe les yeux par l’apparence et les couleurs de la vie : mais approchez un peu, il se. décolore, se dissipe et ne laisse après lui que l’éternité du désert.

Nous-mêmes, divisés comme nous l’étions après le partage de 181;», nous aurions vaincu, refoulé dans leurs steppes ces troupeaux de barbares, s;ins les fautes inexplicables de nos indignes gouvernants. Les Russes seront toujours des Giecs du Bas Empire, perfectionnés des Normands et des Tatars; sur le champ des ruses et des trahisons, ils seront toujours passés maîtres. Faire avec eux de la diplomatie, avoir foi dans leurs promesses, leurs serments, c’est leur donner une victoire certaine ! a La parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée, » a dit un démon à face humaine, qui méritait bien de naître à Moskou.

Patience, ô mes concitoyens ; ta justice des peuples est parfois tardive : mais quand elle se réveille, malheur à ceux qui l’ont provoquée I Le Nord et le Midi sont là, comme deux athlètes puissants, qui s’observent et se défient du regard, avant de frapper les premiers coups. Dans ce calme de mort qui précède 1 orage, le travail mystérieux de l’humanité s’accomplit, les éléments se préparent à la lutte... Écoutez! n’est-ce pas le bruit des trônes qui s’écroulent? ..

Eh quoi ! le polype monstrueux sorti des marais del’Ingrie, étendra-t-il longtemps scs bras sordides sur la rpoitiédu monde? Quand donc l’Europe secouera-t-elle ce rêve de .sang qui la tourmente depuis la chute de Varsovie? Qui donc changera nos chaînes contre des épées!,..

Soyez prêts, mes amis; car bientôt viendra le moment décisif. Ne vous laissez pas endormir dans un lâche repos ; au milieu d’un monde tout de matière, gardez bien votre jeune enthousiasme, digne des chrétiens des premiers âges! et surtout sachez vous préserver de la contagion du doute, qui est la

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mort anticipée de l’Ame 1 Durant ces quelques années d’exil, vous avez resserré les liens qui vous unissent, et vous avez *■ appris à vous connaître davantage. 11 fallait cette épi-enve pour sceller à jamais par la consécration du malheur l’alliance de la Pologne avec la Litliuanic, qui tant de fois s’est immolée pour elle comme une sœur, comme une amante dévouée. 11 fallait cette épreuve pour réduire, les hommes et les choses u leur juste valeur et à leurs véritables proportions; quelques hommes se sont amoindris, l’esprit national s’est développé.

Il fallait cette épreuve pour vous convaincre de la nécessité d’une réunion absolue, inconditionnelle, avec le peuple, trop J

longtemps déshérité de ses droits, issu du môme sang, prêt aux mômes sacrifices; est-il un pouvoir au monde qui puisse résister à vingt millions do volontés réunies en une seule ? Et que faut-il pour cela? Un homme qui devienne la personnillcation vivante de cette volonté, l’interprète de la Providence. L’Irlande, la Pologne des mers, possède déjà son libérateur j et Dieu donne toujours un Messie aux peuples qui sont dignes de le compix'tidre. Certes 1 il doit se sentir bien fort et bien grand cet homme qui a pu dire avec plus de vérité que jadis un roi de France ; a L’Irlande, c’est moi ! » sans qu’une seule voix s’élevât pour le désavouer, môme panni les instruments volontaires de l’orgueil et de l’intolérance ; ce Daniel O’Connell, ce peuple fait homme, qui, d’un seul mot, soulève et caltnc les tempêtes I Grâce au despotisme, l’horizon polonais s’est élargi par delà les limites de l’Europe; grâce à la liberté, l(t Pologne sera plus grande qu’elle ne l’était du temps des Piasts ou des Jaghellons : son Sauveur ne se fera pas attendre.

La liberté fut la première amante de cbacun de vous. Vous lui avez déjà sacrillé tout ce qui rend ia vie heureuse et facile ; les joies du foyer domestique, patrie, famille, jeunesse, indépendance : faites plus encore, immolcz-lui vos douleurs et vos ressentiments. Honte à celui qui s’arrête à la moitié d’un sacrifice !

Les tyrans n’ont qu’un jour, les peuples restent ; car l’âme des peuples, c’est la liberté : et celle âme est immortelle I

Aimez-Vous et soyez libres ; car la liberté, c’est i.’a.mol'r.

. Paris, 29 novembre 1843.

Di.. ' -

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