‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 49 sur 110 · LA DÉMOCRATIE EN POLOGNE · texte numérisé non relu

LA DÉMOCRATIE EN POLOGNE

MOSStEUB ,

Pan$ la st^ance du 1 4 courant de l’Âs$etnb1de politique, vous aves jugé la nationalité polonaise avec une rigueur à laquelle j'étais loin de m'attendre de la part d'un jeune écrivain de l’Allemagne démocratique. Vous ave? dit que la noblesse polonaise, ou plutôt la corporation des propriélaii'cs fonciers du pays, n'avait encore donné aucune garantie solide de ses intentions libérales à l’égard du peuple ; que tendre la main à la Pologne renaissante ne serait autre chose que relever son aristocratie déchue, au détriment de la classe subjuguée des producteurs et des artisans. Je ne puis passer sous silence une pareille allégation ; d'autant moins qu’elle s’est fait entendre dans une réunion patriotique, où l’on vous cite vous-même comme un ami des lumières et du progrès. Non, Monsieur, nous ne sommes pas de ceux qui, depuis un demi-siècle, n'ont rien appris ni rien oublié ; la foi démocratique n’est pas poiu' nous une affaire d'entrainement ni de parti, mais une sérieuse conviction : nous ne voulons pas la liberté pour nous seuls à l’exclusion du peuple, nous la vouions pour les 22 millions dp Polonais qui tous ont les mêmes croyances, les mêmes aspirations que les nôtres , nous la voulons dans son expression la plus complète et dans toute son étendue.

Une Constitution libre, émanée de la diète dite de Quatreans, avait proclamé, dès noi, l’égalité absolue devant la loi, avec l’admission successive de la classe laborieuse au bienfait de la propriété. Pour l’esclavage, il n’en a jamais été question en Pologne ; jamais la propriété de l’homme par l’homme n’a été admise dans les lois de la République. Cette Constitution du 3 mai, la première en date sur le continent européen, devait être soumise, tous les vingt-cinq ans, à la révision d’une assem-

LA DÉMOCliATIB EN POLOGNE

blëc (ItHibiSranle. Pourquoi ses disposUions pacifiques et réparatrices ne se sont-elles pas accomplies? Pemandcz-le sans arrièi-e- pensée à l’histoire de Frédéric 11, à la coalition de ses successeurs avec les dévots conseiller.-» de Marie-Thérèse ; demandez-le surtout aux guerres de la révolution française : à laquelle, depuis cette époque, nous avons à tort ou à raison attaché nos destinées.

En 1831, pendant notre lutte d’indépendance avec la Russie, les motions les plus énergiques ont été présentées à la diète par les députés Ostrowski, Szanleçki, Wolowski, Zwierkow- •ski, etc., pour la dotation des paysans moyennant la répartition de la propriété nationale entre tons ceux qui auraient bien mérité de la patrie. Le temps seul a manqué à la réalisation de ces projets. Jusqu’en 18i6, les propriétaires du grand-du ché de Posen et ceux de la Gallicie n’ont pas cessé de réclamer auprès de leure gouvernements de meilleures institutions pour le peuple; ils n’ont matupié aucune occasion d’améliorer le sort des cultivateurs, môme aux dépens de la presque totalité de leurs revenus. Je vousrenvoie, pour plus de détails, è la lettre adressée au prince Metternich par un gentilhomme polonais, un ex-diplomate, que certes on ne peut suspecter d’un enthousiasme outré pour sa nationalité, ni pour la cause démocratique (I). On sait comment ces généreux efforts se sontévanouis dans le massacre do Tarnow ! Dernièrement encoro, un de membres les plus riches et les moins compromis de l’émigration polonaise (2), vient de publier dans le journal allemand la Réforme une déclaration par laquelle il s’engage à supprimer la corvée dans toute l’étendue de ses domaines, en invitant les autres citoyens, émigrés ou non, possédant dos terres, à suivre son exemple. Est-il nécessaire d’ajouter que cette mesure générale, la suppression de la corvée et l’admission du peuple à la propriété, sera la pierre angulaire de notre futur édifice .social, reconstruit sur de nouvelles bases par tous les enfants de la Pologne indépendante ; qu’elle sera la garantie du pacte fraterool entre les propriétaires et les fermiers, c'est-à-diro entre la noblesse et le peuple, que les intrigues des cours étrangères se sont vainement efforoées de dissoudre : que le

(O Le nmrfuit AlexaDéerWietopoltkl.

(S) Le prince Adam Czertoryski.

mot solennel d’égalité politique doit bientôt briser la chaîne d’airain scellée par trois despotes sur la tombe de notre patrie! Interrogez notre passé, relisez notre histoiie sons le règne des Piasts et des Jagbellons, avant «pie les dynasti«*s suédoise et saxonne ne nous aient apporté le jésuitisme dans une main, et le judaïsme dans l’autre; c’est-à-dire la corruption des mœurs pnt)liqueset privées : comparez et jugez. Où trouvei'cz-vous à la même époque d aussi libérales constitutions que le statut de Wisliça ou le Code de üthuanie? Oii trouverez-vous dans nos lois le servage politiipie on l intolérance religieuse? l'esclavage du coips et celui de l'atne humaine? Oîi sont nos guerres civiles, a\ant tes soulèvements des Kosaks ou les complots de Targoviça, toujours fomentés par les rois étrangers ? Pour le ciel, où sont les attentats dont vous semblez accuser l’ancienne Pologne et -riont la nouvelle aussi vous paraît devoii- être solidaire? Nous sommes à vos yeux des tyrans et des oppresseni-s! Perinettez-moi de vous faire observer que ce langage n’est point celui d’un Allemand moderne, mais d’un Prussien de la vieille roche, d’un soldat des margraves de Brandebourg, nos anciens tributaires; si ce n’est des chevaliers renégats de .Malborg, vaincus à Grunwald et à Tanncnberg par les armées polonaises, à la tète desquelles je suis fier de relronver un nom devenu traditionnel dans ma famille (1410); ou bien encore des champs de Jhindsfeld, près de Breslau, toujours semés d’ossements teutons depuis le douzième siècle (1 109). Tout cela est fort ancien, me direz-vous, et mérite plus encore le souvenir du poète que celui de l’historien ; j’en conviens de grand cœur: mais si la race germanique est réelletnent, comme vous le prétendez, supérieure à la race slave, elle devrait la première donner l’exemple d’oublier des haines péi imées et des rancunes éteintes. La Pologne et la Prusse peuvent bien comparer leurs annales et faire leur bilan polititjue sans trop de désavantage pour la première. La Prusse a sans doute eu de grands hommes d’État, des guerriers renommés et des .savants illustres ; mais la Pologne a pour elle dix siècles d’une existence souvent prépondérante en Europe, toujours glorieuse : malgré la jalousie de ses voisins, les incursions des barbares, et les accusations des despotes intéressés à la flétrir. Nous avons de plus à leur opposer aujourd’hui bien mieux qu’une milice, nous avons tout un peuple.

Nous sommes tous démocrates. Monsieur, autant et peut-être

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