‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 50 sur 110 · A L’EMPEREUR FERDINAND I · texte numérisé non relu

A L’EMPEREUR FERDINAND I

MASSACRE DE KRAKOVIE

Sire,

Au moment même où une constitution libémle était annoncée à tous les peuples soumis à votre empire, où Rassemblée préparatoire de Francfort retentissait des plus chaleureux souhaits en faveur de la nationalité polonaise, un acte odieux de vandalisme et de brutalité ensanglantait les rues de Krakovie.

Le baron Krieg, dont le nom seul rappelle de si cruels souvenirs (1), en retardant à dessein l’organisation de là garde nationale et l’admission dans son sein des émigrés nécessaires pour la compléter, a fait avorter toutes les dispositions de votre conseil pour relever cette ville, déjà éprouvée par tant de malheurs.

Une première manifestation a eu lieu le 2o, à l’effet d’obtenir le passage pour 60 émigrés, arbitrairement retenus à Szczafcowo ; manifestation qui aurait cessé à l’instant même sans la mauvaise foi évidente et les refus du commissaire impérial, et surtout si la garde nationale avait eu des armes pour contenir le peuple impatient de revoé’ses frères.

Toutefois, pressé par nos instances et reconnaissant la justice

(I) Son père fut l’oryanisateiir en clicf des tnassacrcs de Gallicie. Krieg signifie guerre en alleinaiid. Tel père, tel fils.

A l’empereur FERDINAND I"

de nos réclamations, le bàron Krieg a remis entre les mains du comité national les deux arrêtés suivants :

loQue l’émigration polonaise serait libre de séjourner indéfiniment à Krakovie ;

2“ Que la garde nationale recevrait des armes, selon le décret impérial du Ui aMÜ.

De plus, le baron Krieg, en se séparant du comité, a garanti sur sa parole d’honneur l’exécution de ces arrêtés. Cependant, dès le lendemain, des mesures de rigueur ont été prises pour empêcher les habitants de se procurer les faux et les lances déposées dans les magasins de la ville ; et linalement, ces objets ont été transportés dans le château. C’est alors que, sans aucun prétexte même apparent, sans aucune sommation préa- * labic, sans aucune agi-ession de la part des habitants, le l'eu a été commandé sur plusieurs points ; et, après un combat d’une courte durée, à la suite duquel les troupes se sont retirées hors de la ville, le bombardement a commencé. Les édiûces de Krakovie, ces glorieux monuments de notre passé de dix siècles, alldientêtre livrés aux flammes; quand le comité national, indigné de celte violation d’une pronies.se récente, a délégué deux de scs membres au général comte Castiglione commandatit les troupes impériales, à l’effet d’obtenir une suspension d’armes de quelques heures : cl, sur le refus du généial, rémigration polonaise, pour éviter la destruction totale d’une ville .sans défense, a quitté le sol de la patrie qu'elle revoyait pour la première fois depuis dix-sept ans.

Les écrits publics de Vienne ont déjà rapporté les détails de celle catastrophe du 2ü avril, journée de deuil pour les deux nations, journée de joie pour les oppresseurs étrangers. Toutefois, nous attestons devant Dieu et devant les hommes, qu’aucune provocation directe ni indirccle n’a pu autoriser celle répression barbare, digne pendant des massacres de Gallicie. Le baron Krieg lui-même, qui se trouvait la veille sous la sauvegarde du comité, a dû reconnaîti’e tout ce qu’il y avait de modération et de dignité dans l’esprit du peuple polonais et de l’émigration.

Le cœur encore déchiré par l’impression de ce funeste événement, nous nous présentons devant vous. Sire, pour vous demander une éclatante et prompte réparation. Qu’une enquête sévère soit ouverte à l’instant par des juges équitables ; et de quelque côté que soit venue la première violation du traité,

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MASSACRE DE KRAEOVIE

que les auteurs en soient exemplairement punis ! Ne souffrez pas, Sire, que le sang polonais soit encore répandu par les instigateurs ou les agents de l’étranger ; que les lois tutélaires qui ont garanti la nationalité de Krakovie soient anéanties, foulées aux pieds pour satisfaire aux sombres vengeances de ceux qui sont chargés de les faire exécuter : que, pour les sentiments de fraternité dont naguère encore nous étions pénétrés envers la nation allemande, nous recevions de ses mains la destruction et la mort! Rappelez-vous, Sire, que la plupart de vos soldats sont de même origiru* que nous; des frères ne doivent pas être immolés par des frères !

Malgré le cruel souvenir de ce jour, nous vous crions du fond du cœur que nous ne sommes point les ennemis du peuple allemand ; que nos ennemis communs sont ceux qui voudraient nous priver à tout jamais du bienfait de notre nationalité : craignez qu’ils ne profitent un jour de nos divisions ! Celle voix de justice s’élève vers vous de la cité même où le bom immortel de Jean Sobieski est gravé sur chaque pierre de votre palais impérial!

Le baron Krieg et le général Castiglione, en arrachant à la ville polonaise une capitulation désastreuse, ont outre-passé leurs pouvoirs ; déchirez celle page sanglante de votre histoire et remplacez-la par une page de réparation et de clémence!

Nous espérons, Siré, que cette voix parviendra jusqu’à vous; et que la ville qui nous a délégués entendra bientôt des paroles de paix et de réconciliation (I).

Agréez, Sire, etc.

Yiriine, l<>' nta! 1848.

(I, Le bombardement de Léopol a répondu, quelques Jours après, b CetM adresse. Vuilà comment les empereurs de la race de Habsbuuri; entendent leur droit de grâce.

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