‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 52 sur 110 · SUR SA POLITIQOE ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

SUR SA POLITIQOE ÉTRANGÈRE

sympathies des deux nationalités ne sont plus qu’un souvenir. Les menées des diplomaties étrangères, dont les agents ne se donnaient môme paslapeinedo déguiser leurs projets, ontpleinement réussi ; les tristes^ victoires de Xionz et de Krakovie, si toutefois on peut appeler de ce iwin des massacres, n’ont profité qu’à l’absolutisme.

Des promesses ouvertement violées, des conventions aussitôt rompues que signées, des actes de barbarie et d’alrocité sans exemple, qui dépassent les scènes de Tarnow et de Bochnia^ voilà ce (jue signifiait dans la bourbe des gouvernements le nom de nationalité polonaise.

A Léopol, le jour même de la promulgation d’une constitution aulriebienne, on s’empare des papiers du comité national, on défend de célébrer la mémoire des martyrs de Gallicie, on brûle plusieurs édifices, et on se sert pour désarmer le peuple d’une ruse indigne, qui n’écboue que grâce à la fermeté et à la prudence du comité.

A Krakovie, on organise une garde nationale, mais sans lui donner des armes, pour la trouver impuissante au moment du combat ; et puis, on fait feu sur le peuple, on exige impérieusement l’expulsion de tous les émigrés, la dissolution du comité national, sous peine de réduire la ville en un monceau de cendres.

A Posen enfin, on parle de créer une administration provinciale distincte, de former un noyau de troupes polonaises avec les enseignes et les cocardes nationales ; mais on détache du grand-duché d’abord onze districts de la frontière, puis la citadelle de Posen, puis la ville elle-même, et puis tout le territoire compris entre la ville et la frontière prussienne. Des colonnes années, sous les ordres do deux généraux signalés par une hostilité flagrante à l’égard des Polonais, parcourent le pays sous prétexte de le pacifier, et sèment parbjut le meurtre et le brigandage. Un troisième général qui avait, aux yeux de la cour, le tort impardonnable d’être honnête homme en même temps que soldat, est immédiatement révoqué de ses fonctions, et ne peut plus retourner à Posen de crainte d’être assassiné par les Allemands du grand-duché (1).

A Berlin même, un journaliste qui rédigeait des ailicles

( 1 ) Le digne général WUlisen, aujourd'hui mis à la retraite.

à M. DE LAMARTIHE

farombles & notre cause, re^it fous les jours des menaces de taort anonymes. Dans une dernière lettre ort lui fait savoir que, s'il persiste, sa maison sera brûlée et démolie à ras de terre (t).

La Russie a prodigué des trésors pour soudoyer d’infâmes calomnies débitées chaque jour contre nous dans les journaux, et qui ont eu leur retentissement jusqu’à la tribune de l'Assemblée nationale (21. Devons-nous ajouter que la diplomatie française ne fait absolument rien pour les prévenir? Dernièrement encore, un agent soi-disant français, délégué par vous à Berlin, vous a transmis sur les événements de Posen des dépêches remplies de faux rapports et d’injurieuses assertions (3),

D’où viennent ces trahisons qui nous font rougir de nôtrô époque, et qui appellent les vengeances du ciel sur l’Europe monarchique ? C’est que les révolutions de Vienne et de Berlin n’ont été qu’un écho stérilç du mouvement républicain de février; c’est que, durant notre passage, grâce à l’inertie de la France, une réaction sourde, mais violente s’était accomplie. La Prusse et l’Autriche sont encore, malgré les apparences, ce qu’elles étaient en 1831, lorsqu’elles désarmaient nos soldats jetés par le sort de la guerre sur leur territoire ; les formules seules ont partiellement changé : les hommes destinés à les mettre en œuvre sont toujours les mômes, et ces hommes désavouent lâchement les concessions airachées par la peur, le plus vil et le moins avouable de tous les sentiments humains. Le traité de la Sainte-Alliance, déchiré sur les barricades du 13 et du 18 mars, s’est ressoudé par notre sang; la main du ministre qui l’a tracé plarte encore, Invisible et maudite, sar les destinées de l’Allemagne.

C’est donc à la France que nous adressons tous nos vœux et nos espérances, en lui demandant d’intervenir entre nous et nos meurtriers; pour faire cesser cette gueirede massacres qui

(<} Voy. te journal geUungit/iane, 9 mai.

(S) Le produit des tü millions, déposés à la Banque dé France par le tzar Nicolas en 1816, a été employé à les solder.

(:t) Voy. Réfutation des défiches de M. le chargé d’affaires ds France à Berlin, déposées d l’Assemblée nationale le 15 mai 1848. (Mémoire historique sur le grand-duché de Posen.)

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