‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 63 sur 110 · LA GUERRE 1)£ HONGRIE · texte numérisé non relu

LA GUERRE 1)£ HONGRIE

seulement ajouterait à sa population un chiffre de 15 millions, mais encore ouvrirait inévitablement à la Russie le chemin de Constantinople, en attirant à elle toutes les populations de race slave qui constituent une grande partie de l'empire turk. En supposant donc que la Russie s’empare de la métropole de l’Orient, son chiffre grossirait de la manière suivante :

l» (,a Russie (comme ci-dessus) 60,000,000

La Grèce et la Turquie (si l’on excepte set possessions africaines) possèdent une population de 3O,00O,00Q 3» En Autriche, l’élément slave est de . . . 13,700,000

4° En Prusse, il s’élève à 3,000,000

3° La Moldavie, la Valacbie, la Serbie, sonmises à l’influence russe, comptent une population de 3,300,000

C’est-à-dire que le total des populations attirées vers la Russie et pouvant se réunir à elle, soit activement soit passivement, après la conquête de la Hongrie, serait de 100,000,000

Cependant la Russie ne s’arrêterait pas en si beau chemin j sa soif de conquêtes ne serait plus assouvie qu’elle n’ait étendu ’ jusqu’à Rome les limites de l’empire des tiars; Rome, qui ert la pi-oie ardemment convoitée par elle depuis des siècles : Rome, que le testament de Pierre 1*' désigne à ses successeurs comme le terme glorieux oi'i doit s’arrêter leur ambition (1).

En un mot, la Russie, réalisant son idée de panslavisme, qui prendrait alors la signification A’esclat^çe universel, se verrait à la tète d’une population de plus de 100 millions, et serait la maîtresse absolue des destinées du monde!

Si les audacieux desseins de Pierre P' devaient s’accomplir, d’après ce plan que ses successeurs ont suivi ave<: une infatigable persévérance, que deviendraient alors, je le demande à tout homme de sens et de conviction, que deviendraient la France, la civilisation et la liberté ?

(«) Vuir en tète du volume, p. I.

A MM. LES MimSTUES

Il est donc évident que la Russie, croyant accomplir une mission divine, et sous prétexte de combattre la révolution, c’est-à-dire la France, tend à la suprématie universelle, sans égard pour les nationalités qui se trouvent déjà entraînées de manière ou d’autre dans sa sphère d’attraction. Dans cet état de choses, lorsque Nicolas est prêt aux derniers sacrifices, aux cflbrts les plus désespérés pour soumettre la Hongrie ; lorsque les hordes asiatiques, suivies de femmes et d’enfants, comme aux jours des incursions barbares, s’avancent déjà sur les chemins du Midi : quelle est la garantie que l’Europe a le droit d’invoquer pour sa sécurité? Quelle est la barrière assez puissante por arrêter ce flot destructeur qui vient de frauclnr les Karpathes, et s’achemine déjà vers les Alpes? Est-ce l’Autiiche ? Assurément non ; et je ne crois pas que telle puisse être la pensée des hommes d’État auxquels l’élection populaire a remis les destinées de la France.

L’Autriche, on le sait à Londres et à Saint-Pétersbourg, est un État hors nature; c’est, de même que la Russie, une dynastie allemande, greffée sur un empire slave : et celte identité absolue de conformation politique la fera à tout jamais l’appendice et la vassale de la Russie. L’Autriche n’est qu’une dynastie; moins cette dynastie, l’Autriche n’existe pas. Environ- , ,néede puissances ennemies, dont chacune, prise iiulividuellcment, est assez forte pour l'écraser, l’Autriche ne doit sou ■ salut qu’à leurs dissensions. Le principe anarchique adopté >pour maintenir sous sa dépendance les diverses races que comprend sa population, peut tout aussi bien s’appliquer à sa polilique extérieure : divideel impera! Depuis Léopold P' et la déchéance de l’empire romain consentie par ses héritiers, c’est une politique toute d’expédients et d’interventions ; intervention polonaise contre les Turks, comme en 16S3 ; intervention hongroise contre le Brandebourg, comme sous Marie-Thérèse ; intervention russe conti c les Hongrois, comme de nos jours : des alliances matrimoniales avec les familles régnantes, toujours fécondes pour les cabinets, toujours stériles pour les peuples. Du reste, pas de politique arrêtée, pas de finances, pas de principes positifs ; ce n’est ni le principe absolu de la Russie,

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