L.V GUERKE DE HONGRIE
ciers polonais ne soient accueillis avec empressement dans les rangs de l’armee ottomane.
S il vous arrivait de parler à des hommes haut placés de la situation actuelle de la Turquie, vous pouvez leur certitier que pour briser à tout jamais le despotisme moskovile, il suffiiait d’un concours actif des deux puissances de l’Occident, par l’envoi d’une flotte dont le but serait de tenir en respect la puissance naveüe de la Russie sur la mer Noire
C’est ainsi que, sans des frais considérables, sans même une large effusion de sang, la France et l’Angleterre pourraient écarter cette élernelle menace qui pèse sur leur avenir et sur la sécurité de l’Europe entière !
Pour ce qui concerne ma situation personnelle, les dispositions du gouvernement à mou egard sont les meilleures possibles ; l’armée me parait très-dévouée, et les officiers du plus haut rang serviront volontiers sous mon commandement : dès que les influences étrangères cesseront de s’opposer à mon emploi.
Unc^ de mes plus chères espérances pour l’avenir, c’est de pouvoir bientôt sans doute remettre les affaires du pays entre les mains de votie digne oncle , du vénéreble président de notre assemblée nationale (1). Sa haute intelligence, scs vertus et son expérience seront pour la Pologne la meilleure garantie de nos bonnes. et loyales intentions ; et la main qui trace ces lignes, sera toujouis et jvartüiit à ses ordres.
J’achève en vous assurant que la délivrance de notre patrie du joug moskovite, cotttnie elle fut la première, sera la dernière pensé» de ma vie.
Agréez, etc,
Alep, 8 mai 18j0.
Gkxkral J.Bf.m (MounAO-PACiiA).
(Im Preste.)
(I) Vladisla» Oslrow.-iki , ancien colonel d'anillorie , maréchal de la dièlQ en <S3I.
XXIX j
A NOS FRÈRlîS HONGROIS. ■
LE GÉNÉllALBEM ^
(réponse), ' . ' . '
Amis ET Frères,
Le cœur bi isé par une des perles les plus cruelles que nous ayons faites depuis \ingt années d'exil, nous nous associons à votre pensée, en prenant avec vous le deuil du général Bcm, le héros de votre guerre d’indépendance, le champion de notre antique liberté.
Ce deuil, nous le portions déjà dans nos cœurs, du jour oh les débris de votre vaillante armée ont quitté le sol natal profané par l’invasion moskovite ; hier encore, nous avons frémi d’horreur et d’indignation en voyant le sang de la Hongrie couler à torrents sous la hache du bourreau de l’Autriche ; ;
et voilà qu'aujourd’hui même, celui que le plomb de vos champs de bataille avait si souvent épargné, celui qui nous apparaissait dans le présent comme un symbole de gloire, dans l’avenir comme une espérance de grandeur nationale, vient de *
tomber à son tour sous l’influence du climat meurtrier sous lequel la vengeance des despotes avait eu l'infernale adresse de le reléguer (1) !
Par le sang de tous nos martyrs, par toutes les douleurs communes, par tous les vœux de nos âmes fraternelles, soldats du même drapeau, nous vous jurons amour et fidélité jnsqu’à j
(t) Le général Bem est mort non pas de la peste, mais par le poison de l’ Autriche. Celle conviction est fondée entre autres sur le lémoiguage du Dr. S. Gra- j
bowski, ancien médecin en chef do l’arniée polonaise, cl qui vient de faire tout ‘ I
récemment un voyage dans le Levant, ün serviteur allemand aurait été l'in- • |
strument de ec crime et de cette lâcheté. L’Auli iche est d’aillcuis coutumière , j
du fuit et ii'cn est pus à son coup d'essui dans ce genre de prouesses : « Cui ^
crimen proUett... »
A. MOS FnÈRES HONGROIS 169
la mort. Tant qu’mi cœur polonais battra, la sainte cause hongroise trouvera des soldats dignes d’elle ; comme le Cid, Bem aura même après nous, des héritiers et des vengeurs,
1^ glorieuse campagne de 1831 avait établi sa réputation militaire; il a été donné à la Hongrie de rendre son nom immortel panni les peuples. Nous, qui l’avons siiivi pas à pas durant une laborieuse période de quinze années ; nous, son ami le plus inséparable, le plus cruellement éprouvé, nous savons tout ce qu’il y avait de stoïque résignation, d’indomptable activité, de calme cl tenace persévérance dans cette âme de héros que jamais le malheur de l’exil ne put entamer ni ternir.
Naguère, vous avez vu cet homme sublime, intrépide jusqu’il l’impossible au milieu du danger, afiectueux ci facile à s’émouvoir jusqu’aux larmes aux doux noms de famille, de patrie et de liberté, frappant du pied le sol de la Transylvanie, pour eu faire surgir d’invincibles bataillons, bn déposant les armes sur le sol musulman, il n’avait encore d’autre pensée que de pouvoir un jour abattre le géant moskovite ; en disant à la nation turque, qu’il considérait dès lors comme un levier toiit-puissant entre les mains de la liberté ; « Lève-toi et marche ! » Oui, si le sort l’avait placé à votre tète ; s’il eût conduit votre grande armée au combat entre le Hongrois Kla|>ka, l’Irlandais Guyon et le Sorbe D^mianitcli, votre cause nationale eût déji triomphé malgré les Russes, les Autrichiens et les Croates: et votre triple victoire eût régénéré la face du vieux monde !
Cependant, amis et frères, ne désespérons pas de l’avenir ; l’humanité marche par secousses électriques, cl chaque étape de sa roule inlinie est marquée par un progrès. Ouelle que soit l’issnc de son dernier effort. Hem a mêlé notre sang avec le vôtre, il nous a faits amis et frères à tout jamais. Depuis cinq siècles déjà, nous vous tendions la main à travers les Karpathes qui nous séparent sans nous diviser ; les noms de Louis le Grand et d'Edvige éveillaient dans nos cœurs les mêmes sympathiques souvenirs : maintenant, nous avons confondu dans une même pensée de liberté tout ce (pic deux peuples belliqueux peuvent avoir d’énergie, de constance et d’infatigable dévouement. La Hongrie et la Pologne, réunies devant la tombe de leur héros, n’auront plus qu’une même destinée de gloire, de martyre et d’airranchissement I
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Qoe «in nom soit désormais notre devise d’alliance et de fraternité ; notre premier cri de guerre au jour du premier combat : lorsque Dieu, (jui ne permet jamais aux causes saintes de périr, nous mettra une dernière fois l’épée à la main pour nous mesurer avec les esela\ es et les bmirreaux du despotisme.
Conformément au pieux désir exprimé dans la lettre d’hier de Vüli e ancien envoyé, M. Vladislas Teleki, nous porterons avec vous le deuil de Bem, dans nos cœurs et sur nos vêtements, jusqu’au premier coup de canon qui sera tiré pour notre indépendance.
Agréez, etc. -, j
Paris, 9i janvier 1851 . ' I
(Le Silcle. — La Pretee.J !