‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 68 sur 110 · AM. SARRANS JEUNE · texte numérisé non relu

AM. SARRANS JEUNE

représentant h l’assemblée constituante. !

DÉCADENCE DE LA RUSSIE

a La question polonaise est la question premitre, la question la plus impur, tante. »

Talletrasi» , Conÿr^f da Vienne.

« En relevant la Pologne, cetteeltfd* toute la voûte, je ne prétendais rien ar()uërir;jo ne me réservais que la gloire du liien, les bénédictions do l’avenir...

Jamais je n'aurais mieux fait, jamais je n'ai méiité davantage. »

Napolêox, Mémorial de Sainte-Hélène, II, 33!i. I

Homme de courage et de conviction, ancien aide de camp de J

I.afayette, par qui jefusbéni peu dejours avant sa mort au nom i

de la fédération universelle, vous avez dans plusieurs circon. '

DÉCÀPENCE DE LA RUSSIE

stances solennelles fait entendre voti'e voix en faveur de mon pays; et notammerit dans cette mémorable séance du 23 mai 1848 dans laquelle, malgré les fausses interprétations produites à la tribune sur les événements de Posen par l’ancien ministre des affaires étrangères, malgré le récent souvenir do l’attentat du 15 mai provoqué par les hésitations et les faiblesses du gouvernement, l’indépendance de la Pologne a été votée par acclamation an sein de l’assemblée constituante. La l'évolution de février ayant ouvert la France à tous les proscrits, vous avez désiré qu’il en fil t de même pour toutes les nationalités opprimées, alliées àla Fiance par une communion de principes, de sympathies et d’intth'èts ; ce sentiment qui vous honore devait ^re aussi, par une déduction logaïue, la Iwsc de la politique extérieure pour les tristes hommes d’Klatque le hasard ou les nécessités du moment avaient placés à la lêto de cette sublime révolution. .Malheureusement, votre généreuse initiative pour la ret'OHstilnlion iFune Pologne forte et indépendante par les volontés réunies de la France et de l'Allemagne, a été réduite, grâce à la malveillance inexplicahle de quelques membres du cabinet, aux proportions d’un ordre du jour motivé; tout comme on le ferait pour une question subalterne d’un intérêt provincial : et cette magnitique démonstration qui aurait sans doute rendu l’existence politique à tout un peuple, peut être même .sans aucune elfusion de sang, est venue échouer à la tribune française contre une misérable question d’étiquette. Quoi qu’il en soit, nous avons profondément inscrit dans nos cœurs ce service rendu, d’intention au moins, à l’indépendance polonaise; et nous avons trop besoin qu’on se souvienne des nôtres, pour qu’il nous soit permis d’oublier les noms de ceux qui ont bien mérité de manière ou d'autre de. la sainte cause nationale. Je puis donc vous adrosser cette Lettre slave, écrite sous l’impression des agitations récentes en Orientet les présentant sous un point do vue encore iuobscrvé.

Cette vaste question de l’Orient, qui est le nœud de la politique du dix-neuvième siècle, et qui, non résoluc,estnne menace éternelle suspendue sur le présent et l’avenir de l’Europe, vient d’ouvrir à la politique française de nouveaux horizons. Devant

A M. SAHRANS JEUNE

elle, toutes les autres ont pâli ou se sont effarées ; religions, race;s, alliances i nationalités, ci\ilisalion, prépondérance, et même les questions subordonnées de commerce, d’améliorations sociales et d écliange : toutes sont renfermées en elle. Il importe donc beaucoup de la présenter sous son véritable aspect, et de l'éclairer de toutes lcslumières<iu’iinc longue élude et la connaissance approfondie de ses éléments peuvent fournir à l’impartialité de riiistorien.

Le succès tout à fait négatif de l’ambassade du prince Menâiykoff à Constantinople, est de nos jours le point culminant . -et la crise de cette question orientale qui, grâce à un hasard presfpie providentiel, semble à présent courir vers sa solution. Disons-le tout d’abord en l’honneur de la diplomatie françaisej sa conduite dans celte .circonstance est digne des plusgi ands éloges. Aur moment où nous pouvions la croire d’accord sur une foule de qnestions fondamentales avec le cabinet de Saint- Pétersbourg,' le concours ferme et loyal qu’elle a prêté à la politique' anglaise a révélé en elle des disi>osiiions d'indépendance et de courage auxquelles personne ne s'attendait, et dont elle a dù èire étonnée la première. Il est vrai que sa lâche lui a été rendue itmuensémeul plus facile par les lom-des bévues diplomatiques du tiégocialeur rus.se, et l’étrange manière dont il s’est accqnilté de sa mission de conciliation auprès du divan. Après avoir parlé très-liaul au nom du tzar de toutes les Russies, le chapeau on tôle cl la cravache à la main, tout comme il le ferait avec le gouverneur d’une province déjà subjuguée, il s’est retiré devant un refus positif, sans même lai.sser derrière lui, pour sauver sa dignité et celle de son souverain, une déclaration de guerre. Il s’agissait tout simplement de la question des Lieux-Saints, c'est-a-dirc de la préséance de la religion romaine ou schismatique dans les temples mixtes de la Palestine ; spectacle édifiant pour les Turks, de voir deux communions chrétiennes se battre a coups de protocoles sur le berceau même de notre religion : c’était un cierge de plus ou , de moins à rallumer devant tel ou tel sanctuaire, une clef française ou russe a introduire dans telle ou telle porte du Saint- Sépulcre. M. de Menchykoff en a profité pour vouloir mettre dans sa poche les clefs de la Turquie elle-même. Pour y parvenir, il a usé d’un moyen qui lui avait, eu 1826, très-bien réussi dans son ambassade de Perse, l'intimidation; et, coupant court à toutes les formalités de rigueur, il a tenu au sul-

d Gtjogle

DÉCADENCE DE LA RUSSIE

tan à peu près ce langage : « Reconnaissez l’anlovitê spirituelle du tzar sur tous les raïas, c’est-à-dire sur quatorze millions de vos sujets professant le culte grec-schismatique parmi les vingt millions restants de votre population; nommez-le pontife suprême dans toute cette portion chrétienne de vos États jusqu’à ce qu’il puisse en devenir le chef Icmporelet politique ; consentez à ce que le patriarche grec de Constantinople, fut-il voleur, fripon ou débauché, ne relève que du tzar, qui le destituera quand il en trouvera l’absolue nécessité ; cédez-nous, de droit divin et sans résistance, la Bulgarie, la Bosnie, la Roiimélieet au besoin Constantinople, jusqu’à ce que nous puissions nous on emparer de force : et nous serons contents de vous, ynant à la (îrèce, c’est notre afiairc ; et nous nous chargerons plus tard de régler ses destinées. »

On conçoit aisément qu’après une telle allocution prononcée avec ce ton martial et ce geste impéiatif dont les diplomates russes possèdent seuls le secret, la Turquie ait cru devoir appeler à son aide, et de toute sa voix, l’appui des deux puissances intéressées dans la question, qui n’obéisseiit pas encore aveuglément aux oukases de Nicolas, la France et l’Angleterre; l’Angleterre surtout, qui se trouvait providentiellement, dans la personne de l’amiral Dundas, à portée de la secourir : le reste de l’ambassade était facile à prévoir.

Le prince Menchykofl, prcs<|ue octogénaire, et qui, depuis l’avénemetit d’Alexandre, a pris part à toutes les délibérations importantes du cabinet russe, est encore neuf dans les missions diplomatiques en Kurope ; et son premier essai, il faut le dire, n'a pas été entièrement à son avantage. Il avait oublié cet axiome de toute rigueur en politique comme en guerre, qu’il fallait en cas de non-succès, avoir soin de se ménager une honorable retraite. Il avait oublié aussi que ces airs d’intimidation et de mépris; qui voilaient peut-être au fond une grande irrésolution, n’ont pas toujours été dans les traditions de la diplomatie moskovite. Le tzar Yvan le Cruel, par exemple, recommandait à. scs ambassadeurs chargés de traiter avec le roi de Pologne, Étienne Batory, desupportertous les affronts, même les coups de poing, à la condition de réussir. En 1688, un arnlKissadeur nisse, admis à présenter à Mahomet IV ses lettres de créance, fut saisi à la nuque et jeté la face contre terre, pour avoir opposé de la résistam-e aux chambellans chargés de lui tenir lés deux bras pendant l’audience, selon la rè-

▲ U. SARRAN3 JKUMK

gle de Bajazct 11. L’envoyé moskovite, son secrétaire et son inlcrprcle, furent chassés orront/* coups de points de la salle du trône (l).Et cependant Mahomet IV venait de perdre la grande halaille de Vienne contre Jean Sohieski, le sauveur de la chrétienté! M, de MenchykofT aurait dû se souvenir un peu de ces enseignements, qui ne sont pas encore assez anciens pour pouvoir être complètement onhliés.

Cependant rultimatum du cabinet russe, après plusieurs délais successifs qui n’ont pas été invoqués par le divan, a été rejeté. Deux bérats réglant finalement l'alTaire des Lieux-Saints et du patriarcat de Constantinople ont été publiés; Itechid pacha est nommé président du conseil et le prince Menchykofi, sans avoir rien obtenu, s'est embarqué pour aller rendre compte à son maître du résnllat imprévu de son ambassade. Le /'«ascoest complcl,la déconfiture ne laisse iien à désirer (2), Et qu’en lésultera-t-il maintenant? la guerrecntrelaTnrquie et le tzar? la guerre serait pour le tzar te signal de la décomposition imminenlcde son empire ; événement qu’il peut bien prévoir dèsà présent, maisdont il ne veut sans doute pas avancer le jour et l’heure par une résolution irrélléchie. Le désavevi du prince . Menchykofi et son envoi en Sibéi ie ? ce n’est pas présumable non plus, "car le prince n’a agi qu’en vertu dés instructions précisesdu souverain et conformément à ses volontés : d’ailleurs si le descendant de rillustrc MenchykofT, que Pierre 1" avait désigné pour son successeur éventuel, était envoyé en exil sur les traces de son aïeul par le descendant de Catherine 11, dès le lendemain ou trouverait ce dernier étranglé dans son lit par tons les descendants des nombreux affiliés et compagnons du premier, sié- . géant aujourd’hui dans le sénat ou dans le conseil intime de l’autocrate. C’est donc un affront irréparable (ju’il faudra dévorer! Mais le résultat très-positif, très-certain, qu’il est pernais d’en espérer, c’est la consolidation de cette alliance anglo fran(.'aise <jue nous avons appelée de tous tins vœux pour le bonheur de l’Europe et pour le nôtre; qui s’est déjà signalée à son début par un premier succès remporté sur l’arrogance et l’orgueil moskovïtes : et à laquelle nous prédisons, sans crainte de nous tromper, un vaste cl splendide avenir.

Franc» «t la Passif à Cons£an(ino;iZe, par M. Poujoulat.

(3) On se rappelle que le grand Meiicliy^oll avait été gar^'oii pâtissier avant d'ilre premier ministre Tl’umbasaade de son successeur, a-l-on dit, devait être une boulette diplomatique.

DÉCADENCE DE LA RUSSIE

CeMe question des alliances a été vivement débattue dans ces derniers temps; surtout depuis que deux livres ont été pu» bliés sur cette matière : les Limiles de la France, et les Lettre» franques, qui tous deux ont produit une certaine sensation en Fiance et en Angleterre. Le premier reprend l’histoire du sol Irançais, à partir de l’époque mérovingienne et de l’établissement de la royauté, et la poursuit à travers les croisades, les guerres avec l’Angleteiix; et celles de la révolution, depuis Chai’loraagne jusqu’à Napoléon. Il considère l’Europe comme un composé de trois groupes de nationalités qui se résument en trois luces distinctes: les (iallo-romains, les Anglo-germains et les Russo-slaves. 11 voudrait voir s’opérer la centralisation de la première sous le drapeau de la France ; et formule sommairement sa pensée dans le passage suivant : « Union intime avec l’Espagne et l’Italie, neutialilé de la Hollande et de la Suisse, alliance avec la Russie, tel doit être le but constant de la politique fuinçaiso. » Et plus loin; « Les limites naturelles et surtout la ligno du Rhin, voilà la question vitale pour la ï'rancc. » Il voudrait voir aussi l’influence anglaise annulée sur le continent et sa marine expulsée de la Méditerranée, moyennant la ce.ssion de Constantinople à la Russie cl l’occupation par la Fi ance de trois points importants sur le littoral de l’Afrique : Maroc, Alger et Tunis. En un mol, il conseille l’alliance des deux grandes unités gallo-romaine et russo-slave, à l’exclusion de l’Angleterre, qu’il voudiait reléguer dans .ses possessions indiennes et dans le royaume-uni. L’auteur des Lettres feanques, qui ne semblent qu’un appendice du précédent ouvrage, va plus loin encore; il invoque à grands cris une descente en Angleterre, on évaluant les chances de succès ou les périls que pourrait oRrir une pareille enlrejirise. Il prend pour texte de son ardent réquisitoire contre la perfide Albion ce mot d’uu homme d’État anglais (prononcé sans doute dans un joui' de spleen ou dans un accès de goutte) : « Si nous étions justes un seul jour, l’Angleterre n’aura K pas une année à vivre ! » A chaque page il voudrait niellre rAngletcrre au ban des nations, il appelle les foudres du ciel sur ses flottes, sur son commerce, sur sa politique ; U remonte jusqu’à Jeanne

A M. SARRANS jeune

d’Arc pour raviver les vieilles haines et rouvrir les anciennes blessures, et partant de cette devise napoléonienne : « VEmpire c’est la paix! » il arrive tout naturellement à cette conclusion : e Guerre aux Atijfhiis ! B Et la fraternité des peuples, ditil, sera désoi mais une vérité !... On voit dans ce libelle du belliqueux avocat une plume encore inexercée à traiter les questions de droit inteniational , et qui mettrait, si on suivait ses conseils, le feu aux quatre coins de l’Europe, comme une fusée de guerre à la Congrève.

Tous deux cependant déclarent hautement leurs sympathies à l’endroit de la branche aînée des Bourbons, tout en reconnaissant la soincraineté de fait du 10 décembre ; et se prononcent d’une manière absolue pour l’alliance avec la Russie contre l’Angleterre. C’est ainsi que les blancs, comme les appelait Napoléon l*', ces hommes incolores qui l’ont abandonné devant Paris, qui l’ont tiahi à Waterloo, pouriaicnt bien, le cas échéant, ouviir sous les pas de son successeur les mêmes pièges et les mêmes abimes.

Pour nous, qui avons servi la Ré(mbliquc française avec autant de dévouement et de persistance que le Consulat et l’Empire, si le souvenir du Promélliée modefne fait encore vibrer nos âmes polonaises des mêmes inspirations de gloire et de patrie, c’est que nous nous lappelons les prophéluiucs paroles, prononcées par lui du haut de son rocher de Sainte- Hélène : tt L’Europe ne formera bientôt (jue deux partis ennemis ; ou ne se divisera plus par peuples et par tei ritoires, mais par principes et par opinions. Et quelles que soient les phases et la durée de tant d’opinions, l’issue n’en saurait être douteuse : les lumières et le siècle ne rélrofjraileronl pas (l). » Aimant la liberté par-dessus tout ; répiddicains dans l’ême j)arce ipie nous sommes Polonais, et non par vanité, par caprice ou par vengeance, c’est .à cette pensée du proscrit de la Sainte-Alliance (pie nous voulons être et (jue nous resterons tidèles. Voihà ce que signifie ce bonapartisme polonais, qui fait couler tant de fiel sous la plume de l’historien-poëtc de la Restauration. Oui sans doute, le nom est beaucoup, mais l’idée est tout.

J’aborde à présent le cœur même de la question.

Mémorial de Çainle-HeUne, 1, U7.

DÉCADENCE DE LA KDSSIE

in

Deux alliances sc sont, depuis la funeste époque de 1813, parlafîé les sympathies et les intérêts de la France : l’alliance anglaise et l’alliance russe. Établissons avant tout que l’idée d’une domination universelle invoquée par l’une ou par l’autre serait une idée absurde, impossible, antichréliennc. L’univers n’appartient ni à la France, ni à l’Angleterre, encore moins à la Itussie de Pierre 1“' ; l’univers n’appartient à personne, parce qu’il «st à tous. Dieu a partagé à dessein le globe en plusiem-s continents, séparés par les mers, distincts de climat, de physionomie, de production, pour donner à chacune des races composant la famille humaine la part du sol qui lui convient ; voidoir runité politique imposée par la compression on le mensonge, ce serait un blasphème contre la Providence. La diversité même des nationalités est un bienfait pour toutes, car elle produit la \ie, le mouvement, rémulalion ; car elle est la cause incessante des progrès de l’humanité, dans sa marche régulière et simultanée vers ses destinées infinies. La vie en foute chose, c’est la vai iété; l’uniformité ab.soluc, c’est la mort. Aussi tous ceux qui avaient lèvé l’empire universel, comme Charlemagne, Charlesyiint, Napoléon, eide nos jours Nicolas (ou plutôt Pierre P”), ont vu leur gigantesque création s’éCroider encore. de leur vivant; parce que l’empire universel, c’est-à-dire la domination d’une race sur tontes les autres et à leur détriment, est un ordre de choses hors nature, réprouvé par Dieu et condamné par la raison humaine. Mais parmi tous ces peuplées dilîérents de caraclèi e, de besoins et de langage, ceux qui ont les mêmes affinités, les mêmes instincts, les mêmes intérêts moraux, peuvent combiner leurs eflorts, contracter des alliances, pour grandir leur cercle d’activité; faire prévaloir leurs idées d’amélioralion et de progrès, et les garantir au besoin par la force des armes, contre les pressions extérieures et les violences des peuples moins policés,maisqui pourraient élever à leurs frontières des prétentions de suprématie et de conquête. Telles sont les seules alliances dignes des sociétés modernes, etqui seules auront 1a sanction de l’avenir; telles sont surtout celles qui conviennent à la France : nous allons voir laquelle des deux alliances proposées répond le mieux à ces cunditious rationnelles.

 U. SARRAMS JEUNE

L’allianco la plus naturelle pour la nation française, celle qui ressort de son histoire de dix siècles, et qui lui garantit son inviolabilité comme l'aînée des nations chrétiennes à l’occident do l’Europe, ce serait celle des peuples aspirant comme elle à la libellé, éclaiiés do sa lumière et aflVawchis par son initiative ; quel que soit le nom qu'ils portent dans la famille des peuples et à quelque race qu’ils appartiennent. Mais par une singulière fatalité,"' les ambitieux incapables, qui se sont toujours trouvés à la suite de cliaqiie révolution prêts à s’emparer du pouvoir cl des destinées de la France, l’ont fait dévier de cette route providentielle, et l’ont fait miMitir à sa mission. Us ont partout jeté aux peuples des parole.s de liberté; et puis, au moment du coinbat,^ ils les ont livrés sans appui et sans émotion, aux étreintes avilissantes du despotisme. Telle a été la marche suivie par les hommes qui se sont succédé au gouvernement depuis 1772; en 1793, en 1807, en 1813, en 1830, en 1848, toujours. Cette alliance de principes avec les nationalités opprimées, qui en se relevant formeraient une ban ière impénétrable autour de la France, a-donc été rendue diflicile, pour quelque temps au moins. Ucslent les alliances d’intérêts, qui ont une source moins généreuse, une sphère d’action plus circonscrite : mais qui en grandissant les forces de la France, lui permettraient de se ressaisir mi jour d’ellemême et de son avenir.

Consldéions d’abord ce que serait l’alliance russe.

La llussie comme peuple n’a jamais existé ; comme Élat, elle m’exislo encore que sur la carte. Sur celte carte nous voyons plusieurs Russies, qui n’ont aucune cohésion entre elles : c’est la Rufsie-Ilouge ou la Gallicie, qui depuis 1809 appartient à l’Autriche ; c’est la Russie- lUanche et la Russie-Noire ou la Polësie, qui sont d'anciennes enclaves de la Pologne et qui jusqu’aujourd’hui sont tout aussi polonaises qu’avant 1793; c’est l’ancien royaume catholique rulhènc ou de Toute-la- Rassie fondé en I24Ü et reconnu par le pape, embrassant la Volhynie et la Podolio polonaises; c’est la Petite-Russie, faisant frontière entre cette dernière et les Kosaks ; c’est enün le duché de Moskou ou la Grande-Russie, qui n’a pris cette dénomination qu’au seizième siècle : nulle part nous ne trouvons

DÉCADENCE DE LA DUSSIB

l’empire de Toutes-les-Russies, si ce n’est dans les actes diplomatiques de Saint- Péler.'bourg. C’est un nom de fantaisie inventé par Piori-e 1", et dont la reconnaissance a été frandiilensement arrachée au tmne polonais par un roi parjure, élu en 176t sous l’influence de deux traîtres. 11 y a donc au moins deux Hussies : la Russie polonaise Qt\a. Rassie moskovile.LaïKussie de Pierre l" n’est même pas un empire asiatique ; c’est tout au plus la négation de l’Europe : c'est une horde campée entre l’Europe et l’Asie sur des terres immenses, incultes, presque inhabilahles, et qui appartiennent au premier venu, parce que personne ne tient à les posstldcr. La terre n’y a aucune valeur; les hommes .seuls, si on peut appeler de ce nom des esclaves, constituent la propriété ; ce n’est qu’un vaste désert de boue et de glace, comme l’Enfer de Dante.

La Uussie de Pierre 1®' n’a meme pas intérêt à exister ; chacun des membres qui la composent ne demanderait pas mieux que de s’en détacher, et de renoncer à sa qualité de sujet... j'allais dire citoyen nioskovite. Ici, ce sont les vieilles républiques de Pskow et Novgorod, jadis florissantes par l’alliance de la Pologne, plus tard étouffées dans le sang par un tzar de Alofkou, lui-mème esclave desTatars, et réduites aujourd’hui à l’état de misérables bourgades ; là, ce sont les belles tribus kaukasiennes qui seules, depuis quinze ans, luttent avec déses|H)ir contre les forces réunies de la Russie, et qui en succombant lui ouvriront la route des Indes; ailleurs, ce sont les Kosaks du Don et du Dniester, cette ancieunc milice républicaine, aujourd'hui dégénérée sous le b;\ton du recrutement ; c’est enfin la Perse, la Turquie slave, qui n’acceptera jamais le catéchisme moskuvile des mains du tzai -dicii ni du prince Meuchykoff, son Messie, mais qui recevi-a plutôt le christiahisme grec-uni des mains d’un pontife slavo-romain, comme les 'l’atars de Lithuanie ou les Maronites du l.ibaii. Je ne parle pas de la Pologne, car ce nom est déjà dans votre cœur, et vous l’avez prononcé avant tous les autres. Quel bonheur pour tous, si ce quelque chose sans nom, lève insensé d’un Allemand ivre, venait à s’évanouir, la Russie! Les Russes euxniùmcs applaudiraient, si la Russie du tzar cessait d'exister!

C’est quehpic chose d’immense, et ce n est rien. Cetempire auquel il faut la septième partie du glolve habité pour pouvoir s’étendre, tiendrait tout entier sur la dixième partie du sol qu’il occupe ; c’est une apparence, un mirage, un trompe-l’œil,

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