SUR LA TOMBE DE IIOENÉ WRONSKI
Mathématicien (l).
Messieurs,
L’homme illustre dont nous déplorons la perle en ce lieu même, était l’alné par l’àgc de 1 émigration polonaise, l’aîné par le génie de la grande famille slavonne. Sous ce premier rapport déjà, il aurait droit à tous nos regrets; si d’autres titres plu.s imposants ne le recommandaient à la vénération universelle. Difficilement les hommes supérieurs sans patrie, trop nombreux de nos jours, rejetés en dehors des conditions sociales ordinaires, durant ces crises politiques toujours plus pressées qui semblent vouloir transporter les nations les unes «
(1) Les nombreux écrits de Wronski ont été rccueilUs par ion bcau-fi ère et son élève, M. de Montl'enicr, éminent niaïUéniaticien lui-ménici et doivent être publiés par M. Ainyot, sou éditeur.
SUH LA TOMBE DE lUENÉ WRONSKT
chez les antres, peuvent se frayer une voie facile cl commode pour conquérir leur droit à l’immorfalilé. Quand ils y parviennent, on ne reconnaît rétendue de leur génie qu’à rimmensilé de leurs soulfrances. Aussi leurs ouvrages, de quelque nature qu’ils soient, portent l’empreinte de ces déchirements qui ont agité leur vie do sacrifice et d’abnégation ; à chaque pas la misère, comme une ombre vengeresse cpii les accompagne, vient se dresscrentre eux et le but lointain, mais généreux, qu’ils se sont proposé. Telle fut la vie de Hæné Wronski -, tels sont aussi ses ouvrages qui, dans leur immense orbite, embrassent tout l’ensemble des connaissances humaines : et dont nous possédons jusqu’à présent à peine la première période. 11 n’est pas dans ma pensée de donner une analyse, même la plus sommaire, des vingt volumes déjà publiés de celte impérissable encyclopédie scientifique; depuis sa Héforme absolue du savoir humain, et celle des mathématiques transcendâmes, comme prototype de la réforme générale de la philosophie, jusqu’à la Philosophie absolue de l'histoire ou VHistoriosnphie, le dernier en date et peut-être le plus remarquable de scs ouvrages.
Élevé dans cette école de cadets de Varsovie qui a produit tant de citoyens illustres, dès sa seizième année il se distingua comme officier d’artillerie dans la défense de la capitale contre les Prussiens. En faisant sauterie village de VVola, dans lequel rennemi s’était retranche, il contribua à faire lever le siège, et mérita une récompense nationale. Plus tard, à la bataille de Maciéiovicé, celte agonie de la Pologne monarchique, il commandait l’artillerie de l’aile droite de l’armée polonaise, et fut fait prisonnier à côté Je l’immortel Kosciuzsko. C'est sur l'invitation de ce dernier, et plus tard du général Dombrow.ski, chef des légions polonaises, qu’il s'occupa, dès 1800, de la rédaction d’un mémoire sur la nécessité du rétablissement de la Pologne. Celle grande nécessité, il voulait la fonder non-seulement sur les intérêts politiques, mais encore sur la découverte des plus hautes vérités morales qu’il entrevoyait déjà, et dont raccomplissemenl lui présageait le salut de sa patrie par la science, et celui de la race slave par sa patrie. C’est alors que, renonçant à une brillante carrière diplomatique qui lui était offerte par Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, sur la recommandation de Kosciuszko, son ancien compagnon d’armes et de. captivité, il entreprit son immense travail dans presque toutes les branches du savoir hu-
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main ; en se résignant, comme Descarlcs l’avait fait avant lui, à dix années de retraite et de réclusion absolue. Ayant achevé .son œuvre, il se présenta devant l’Institut de France avec un résumé de ses nouvelles théories mathématiques et des problèmes abstraits qu’il avait résolus. Le compte rendu de ce corps savant se trouve dans le .Vonüeur du 15 novembre 1810; avec une invitation faite à l’auteur de donner à ses prolégomèties line application pratique et usuelle. 11 y répondit en publiant, en 181 1, sa Philosophie des malhématiques, et une année après, la Hésolution générale des équations algébriques. Sa dernière pensée fut celle de l’union absolue des peuples slaves sous le drapeau de la Pologne, qu’il appelle, dans son langage poéti(juement coloré, le dernier asile providentiel de l'humanité. Et bien que je sois loin d’adopter erdièrement les moyens proposés par Wronski pour arriver à cette synthèse, c’est avec un sentiment tout personnel de joie et d’orgueil que j’entrevois, de même que lui, dans cette uiiiou nécessaire au nom du principe fraternel, polonais, le salut et la grandeur de l’Europe.
Paris, 1 1 auût 1853.
{Le Siècle. J
A RÉCIIID-PACHA
. Ministre des affaires étrangères de la Sublime-Porle Ottomane. LÉGIONS POLONAISES.
En présence des grands événements qui se préparent en Orient; et qui, selon toutes les prévisions humaines, doivent amener une collision sanglante entre l’empire ottoman et les armées du tzar moskovile : les Polonais résidant à Paris et à Londres ont manifesté l’intention d’offrir à la'runjuie, celte ancienne et fidèle alliée de la Pologne, le poids de leur épée, ainsi que l’autorité de leur influence morale parmi tous les peuples d’origine slave.
LÉGlOiNS POLONAISES
Ils l’ont fait avec une entière confiance et le juste espoir de la réciprocité de sa part ; lorsque le moment sera venu d’employer leurs armes pour le rétablissement de l’indépendance polonaise, si nécessaire à la sécurité de l’Europe, contre les projets d’envahissement et de conquête de la Russie,
Us ont approuvé hautement et sans réserve l’attitude ferme et courageuse du gouvernement tnrk dans les négociations ouvertes à Constantinople pai’ le tzar de Russie; qui ne tendaient pas à moins qu’à remettre entre ses mains les destinées de toutes les populations chrétiennes du Levant : et qui attestent, à ne plus pouvoir en douter, ses projets de domination et de suprématie universelles.
Ce que la Russie n’a pu obtenir par les ténébreuses intrigues de sa politique dissolvante, par la menace et la corruption, les deux principaux ressorts dont elle ait l’habitude de se servir, elle l’obliendra moins encore par la force désarmés; car, nous en avons la conviction intime, cette injuste agression sera, de la part du tzar Nicolas, un acte de désespoir et de démence : le signal de la décomposition immédiate de tout l’empire russe.
Cependant, si malgré cette clameur de désapprobation générale qui s’est élevée au sujet de scs exigences inadmissibles, le tzar se croyait assez fort pour braver l’opinion publique de l’Eniope et voulait en appeler du résultat honteux de sa négociation avortée aux chances d’une guerre continentale ; nous supplions le gouvernement de la Sublime-Porte de ne pas séparer sa cause de celle de tous les peuples ennemis de la Russie : qui tous, attendent avec une égale ardeur le jour du combat, comme le jour qui doit leur l endre la vie nationale, venger leurs droits méconnus, foulés aux pieds par son despotisme, et qui brûlent de se mesurer avec elle dans une lutte v suprême et décisive.
Nous le prions de se rappeler qu’il se trouve en France et en Angleterre une armée jeune et vaillante, des soldats et des chefs depuis longtemps éprouvés dans tontes les guerres de . l’Europe contre la tyrannie moskovite ; les fils et les frères de ces anciens légionnaires polonais qui ont toujours protesté et qui protestent cncoie contre le triple assassinat de leur patrie : conlrc'cette spoliation indigne et violente de tout un peuple, que le tzar Nicolas veut étendre aujourd'hui jusqu’au cœur de l’empire ottoman.
Diùiîiz-',” ;
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Pént?tré de ce devoir sacré, transmis par nos aïeux comme im héritage inviolalde, chacun de nous est prêt à vereer son sang pour une cause que nous considérons désormais comme identique à la nôtre.
Si nous avons bien compris la pensée du tzar de Russie, cette pensée serait l’occupation définitive des principautés danubiennes, en se l’clrancliant derrière les traités de 18 H ; sauf à profiter plus tard d’un moment de tionble et de surprise en Europe : d’une dissolution «jiie nous croyons improbable de l’alliance anglo-française, pour aller plus loin, et pour .s’acheminer ouvertement vers Constantinople.
Il est donc nécessaire, selon nous, que la question soit dès à pix'sent vidée entre la Turquie et le tzar, de nianiéi'e à ne pas lui laisser l espoir de l'éprendre la lutte dans des circonslances plus favorables; que cette puissance aille d’elle-môme, franchement et sans délai, au-devant des pivijets de l’ambitieux despote : pour les déjouer, les combattre cl les anéantir.
On ne peut vaincre la flussie que sur les bords de la Vislute; tonte l’histoire des guerres de la Républii|ue et de l’Empire français est une démonstialion évidente de ce grand principe. La Pologne est le point vulncrable et sensible de l'empire russe; en délivrant ce pays, prêt à se soulever de quel(|ue p:irt que lui vienne le signal de son arirancliissemenl, vous refoulez le géant moskov ite loin de l’Europe : dans ses steppes glacées et ses déserts asialiciues. Selon nous, ce n’est pas au cœur qu’il faut le frapper, le géant n’en a pas ; pour le vaincre, il suffit de l'isoler de scs alliances avec rAllcmagne qui, depuis 1815, constituent la seule, puissance réelle de cet empire : tout le reste, on le sait à présent, n’est que désordre, impuissance et mensonge.
La Turquie a été puissamment secondée dans sa résistance contre les frauduleux attentais de la diplomatie moskovile, parle mouvement général de l’Europe ; par ce sentiment de justice et d’équité qui lui fait considérer le maintien de l’empire ottoman comme une nécessite politique d’un intérêt universel. Elle a été secondée surtout par la répulsion profonde que la Russie inspire mémo à .ses coreligionnaires, et leur adhésion unanime et spontanée à celte résistance. Nous en prenons acte; et nous souhaitons qu’il en soit de même à notre égard, par la coopération active de la Turquie à nos cfTorls : au moment où les Slaves de Pologne et même ceux de l’eni[)iie