‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 72 sur 110 · A O.MER-PACHA · texte numérisé non relu

A O.MER-PACHA

commandant en chef les troupes musulmanes dans les principautés danubiennes.

LA GUERRE D’ORIEM

GÉNÉnAL ,

J’ai riiotineur de vous transmettre, par M. R***, ancien ofticier de l'artillerie légère polonaise, se rendant aujourd’hui même à Conslaiitinople, la traduction littérale d’une lettre du général Rein, datée d’Alep, peu après la mallieureuse issue de la guerre de Hongrie. Celle lettre, dont je garde pieusement l’o! i^inal, comme un précieux souvenir de mon ancien chef et ami, contient on queh|ue sorte jour par jour, l’iiistoire anticipée des événements qui viennent de s’accomplir en Orient. E.vpression Adèle de son patriotisme, elle augmente encore nos regrets sur la perle de l’illustre général qui, dans les circonstances présentes, serait dexenu le di'apeau et le point de ralliement pour tous lesofAciers polonais désirant, ainsi que moimême, prendi e une paî t active à la guerre d’indépendance de. la Turquie, üi grande pensée qui s’y trouve e.\primée, celle du rétablissement de la Pologne, comme tiécessilé dominante de la silualion actuelle, ne peut manquer, grâce à votre appui,

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d’inspirer au gouvernement de la Sublime-Porte des résolutions dignes de la cause qu’elle a remise entre vos mains, en le déterminant à ordonner la formation d’un corps auxiliaire polonais. Le vqeii public de l’Europe entière se trouvera sans doute favorable à celte mesure de salut, bâillement invoquée par les deux nations, et dans leur commun intérêt.

Troublée au sein d’une paix profonde par un souverain dont les prétentions à la domination universelle sont aujourd’hui parfaitement reconnues, et qui passait jusqu’à présent pour la plus imposante incarnation de principe d’ordre et d’autorité, »

l’Europe n’a pu rester impassible à l’aspect de ce grand débat qui s’agitait à ses frontières, et dans lequel tous ses intérêts industriels, politiques et moraux se trouvaient si puissamment engagés. Mais il importe surtout que l’.\utricbe, comme la plus proche voisine de la Turquie et la plus directement menacée par l’ambition moskovite, soit entraînée à prendre une part active à l’alliance anglo-fran^-aise.

11 conviendrait pour cela que les agents de S. M. le sultan auprès de la cour de Vienne lissent, dès à présent, tous leurs efforts pour réunir autant que possible la cause de l’Autriche allemande et slave, avec la cause de la Turquie slave et musulmane; en offrant à la première les avantages les plus étendus pour sa navigation sur le Üanube, la voie de communication la plus naturelle pour les produits de rAlleraagne dans son commerce avec le Levant,

Une, première victoire sur le Danube, un corps russe refoulé sur le territoire autrichien, suftiraient pour détacher à tout jamais la cour de Vienne de sa fausse alliance avec la Kussie ; alliance cimentée bien plutôt par la terreur des commotions politiques que par le sentiment de ses véritables intérêts.

Ce fait d’armes que l’Europe attend de votre épée, détruirait à jamais le prestige qui, surtout depuis la campagne de 18-K), s’allaclie à la puissance moskovite; et déciderait l’Autriche rassurée à se prononcer ouvertement contre son ennemie.

Je n’ignore pas que l’honneur moskovite se trouve en jeu dans la guerre actuelle, entreprise soi-disant au nom du principe religieux, et qui cache maladroitement les vues orgueilleuses du tzar sur Constantinople ; je sais que les troupes russes se défendront jusqu’à la dernière extrémité avant de repasser ignominieusement les trois fleuves qui les séparent de leurs

AU COMITE l’OLONAIs

fronliôrcs ; mais ces troupes, nafruère encore, réputées invincibles, sont sourdement travaillées et minées par des éléments insurrectionnels, éléments qu’il serait aisé de mettre à profit en organisant autour de vous des cadres polonais, cadres aussitôt remplis que formés, cl. qui changeraient en un jour les émigres russes en excellents soldats musulmans, yu’il me soit permis de vous rappeler aussi à ce propos le mot célèbre de Napoléon après la campagne d'Ejlau et de Friedland : a Que les bataillons rnoskovites sont des citadelles vivantes qu'il faut abattre et démolir à coups de canon. »

Agréez, etc.

Paris, 15 novembre 1853,

AU COMITÉ POLONAIS

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