ADRESSE AUX PEUPLES DE L’EUROPE
présent, à l’ctat d’abtraction philosopliiqiic. Dominée par l’ascendant de la Russie, pétrifiée par la peur, qui rend toute sa vie nationale impuissante et stérile, elle ne pourra songer à ressaisir sou autonomie , à obtenir cette unité si désirable, qu’en se dégageant entièrement de sa puissante alliée, cpi’cn s’arrachant par un effort généreux à ses mortelles étreintes. Sinon, elle restera ce qu’elle est depuis Charlemagne, le chaos; quelque cho.se d’éternellement inachevé comme la cathédrale de Cologne : tout au plus, un docile appendice de la Russie. Elle aura le sort qui fut toujours réservé aux faibles et aux timides : celui de servir les forts et les audacieux. Après avoir longtemps exploité les Slaves par son industrie , la voilà depuis sa complicité dans le partage de la l'oiogne , suppliante et prosternée aux pieds de Nicolas; en voulant spolier la Pologne, l'Allemaguc s’est démembrée elle-même : elle sera sans doute la dernière à se centraliser.
Dans celte situation, quel doit être le but constant de la politique anglo-française ? C\*st évidemment d’an acher l’Allemagne à l'ascendant de la Russie, par leur séparaliun lerriloriale. Plus fortes que chacune d’elles, la Eraiicc et l'Angleterre sont isolément plus faibles que toutes deux réunies. L’Allemagne appartient de fiiit à la Russie par toutes scs maisons léguantes qui se reconnaissent pour vassales et fcudataircs de Nicolas; de même que la Russie appartient de fait à l’Allemagne par Nicolas, le tzar allemand des Slaves, le pied de l'Allemand sur le Slave : lié de sang et d’intérêts à toutes les familles royales allemandes. Les Russes ne sont ennemis de la France que parce qu’ils sont conduits par un tzar allemand ; les princes allemands ne sont hostiles à la France que parce qu’ils se traînent à la suite des barbai es. Le seul moyen de les disjoindre (cl tout le règne de Napoléon 1" Fa bien prouvé), c’est d’interposer entre eux un Etat qui n’appartient ni à l’Allemagne, ni à la Russie; mais qui, sincèrement allié à la France depuis vingt générations, s’appartient bien à lui-même : c’est en un mol, la Pologne. Depuis P792, la Prusse est le bras droit de la Russie étendu sur l’Europe et l’étreignant par la mer du Nord et le Rhin ; ce bras toujours armé, toujours menaçant, il serait temps de le lui couper à Fépaulc. L’Autriche toujours à la veille de sa ruine, entre l’esprit libéral cl la conquête russe, n’cnlrcra franchement dans le concert européen qu’après une victoire décisive , qui la garantirait à jamais des
LE BÉTABLISSEMENT DE LA POLOGNE
vengeances de l’autocrate. Cetle victoire décisive ne peut être obtenue qu’au nom du rétablissement de la Pologne ; r.Xutriche sera la première alors à demander sa reconstruction. Que veut l’Kurope ? se garantir contre la Russie envahissante j et c’est pour cela qu’elle lui fait une guerre de sécurité: cette garantie, quelle doit-elle être? cette sécurité que doit-elle exiger? C’est > que l’Allemagne soit séparée de la Russie par l’interposition de la Pologne indépendante, dans ses limites d’a\anl le premier partage. Par ce moyen, l’Allemagne et la Russie s'appartiendront enfin à elles-mêmes, et la France sera garantie à l’avenir des invasions de l’une et de l’autre; tel sera le résultat immédiat et certain de la question d’Oriçnt résolue par la guerre-nationale : hors de là, il n’y a que désordre et révolutions, et finalement l’onmipolence de la Russie.
L’empereur Alexandre pressentait si bien l’avénement de ces principes, qu’il disait, des 1811, et plus tard au congrès de Vienne à qui voulait l’entendre :« A moins que je nieiirè, je rétablirai la Pologne ; » et que pour lutter de magnanimité avec Napoléon, fondateur du grand-duché de Varsovie, il promettait en 1818 aux chambres polonaises l’adjonction des provinces lilhiiano-russiennes à la Pologne constitutionnelle. .Mais le tzar Nicolas, ce fanatique barbare, (pii s'imagine (pic Dieu est pour quelque chose dans scs calculs d’ambition, n’y consentira jamais de son plein gré. Son caractère avide, défiant, plein d’abimes, ne se pliera jamais à la nécessité politique la mieux démontrée. Digne successeur d’Yvan IV et de Pierre 111 par la démence de l’orgueil, il déteste hait ce qui est civilisation, pnigrès et liberté; aus.si bien la France qu’il honore de sa haine on l'appelant le monstre révolutionnaire, que la Prusse savante dont la lumière l’inquiète et le trouble; aussi bieul’Autiiche qu’il tient à ses pieds comme une proie à demi dévorée, (pie la Timpiie (pi’il considère comme un obstacle à son idée de prédilection, celle d’un empire universel gréco -slave. Des sciences, il n’accepte que les arts guerriers ; des arts libéraux, que le théâtre ; de la liberté, que les instincts .sauvages de mcui'tre et de désoidro qu’il attise contre toute espèce de supériorité sociale ; en terrifiant les uns pour assoupir les autres, afin de les éci'aser, tous ensemble. (( Tout ou rien, le monde ou le néant l » voilà, le dilemme infiexible de sa politique, la maxime d’État de la Russie gouvernée par le tzar; tel est le portrait d’après iialui'e du fils de Paul P', de ce prétendu dé-