‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 80 sur 110 · ADRESSE AUX PEUPLES DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

ADRESSE AUX PEUPLES DE L'EUROPE

Mis; un peuple rude et juvénile, qui a besoin de mouvement et d’expansion ; un peuple qui veut être seul dans le monde : et qui vous donnera s’il le faut, en vous écrasant, l’accord et l’unité qui vous échappent !

Vous ne vaincrez paz la Russie sans nous ; et encore moins, contre nous !

Peuples de l’Europe, prenez garde qu’un jour la Russie conquérante ne soit une Rome nouvelle; que la France ne subisse le sort de la Grèce ancienne : et que l'Angleterre ne devienne une autre Carthage !

Voici bientôt un siècle que la Pologne torturée par tous ses membres, saigne par foutes ses veines, souffre par toute son âme ; c’est à l’abri de son martyre que vous avez joui des fruits de cette paix factice de trente années ! C’est en se tordant aux pieds de ses bourreaux, en étreignant leurs genoux de ses bras crispés par la douleur, en les effrayant par sa résignation même, qu’elle les empêche d’avancer sur vous pour consommer leur œuvre de volet de brigandage! Mais du jour où ses bras suppliants seront détendus par la défaillance suprême ; où la dernière goutte de sang aura tari dans ses veines; où toute son âme s’exhalera dans un cri d’agonie: malheur, malheur à vous ! car ce jour sera le jour de votre ' châtiment ! Car au même instant, la Russie triomphante s’étendra sur le monde comme un linceul de neige sanglante ; de ses bras de marâtre, elle enchaînera l’Europe, par la mer du Nord et la Méditerranée ; de cette étreinte de mort, rien ne sortira que la mort : bientôt elle l’aura faite à son image, et l’Europe aussi ne sera plus qu’un cadavre ! Les forces de la civilisation se redresseront contre elle-même ; ses arts et ses conquêtes scientifiques, glorieux patrimoine de sa pensée, seront détournés au profit de la tyrannie des barbares ; de l’éblouissement de la lumière elle sera soudainement replongée aux ténèbres de l’ignorance, comme l’œil à force de fixer le soleil ne peut plus rien apercevoir ; dès lors, plus de principes, plus d’idées morales, de nationalités et de progrès : plus de souvenirs historiques pour les peuples, plus de traditions de famille pour les hommes. 11 n’y aura que deux faits perma- "nents, inexorables, en face l’un de l’autre, le commandement et l’obéissance; et, parmi toutes ces ruines amoncelées de votre société mourante, on ne verra surgir qu’un seul drapeau : le despotisme I . ■ ^

LE RÉTABLISSEMENT DE LA POLOGNE

Alors, pour achever la destruction de l’Europe, Dieu suscitera contre elle un de ces fléaux vengeurs qui ont englouti les cités de l’Asie, mortes depuis trois mille ansj pareils à ces ouragans de feu qui transportent des montagnes de sable mouvant d’une extrémité à l’autre du désert. Avant de rentrer dans le néant, la famille des tzai-s de Russie produira un monstre à face d’homme, un Attila nouveau, qui poussera devant lui les Slaves comme une avalanche humaine, roulant et portant avec eux la dévastation, l’incendie et la mort. Les flammes d’ismaïloff, de Praga et de Siuope, se refléteront à Vienne, à Paris et à Londres. L’esprit asiatique de conquête et , l’esprit européen d’égoïsme formeront une alliance pour le . crime; et de leur accouplement naitra un démon hideux, trois fois maudit : l’esprit de guerre civile, de vengeance et de massacre. Ce n’est plus seulement la guerre de peuple à peuple , mais de famille à famille, d’homme à homme ; guerre de la misère contre l’opulence, de la faim contre la satiété, des haillons contre le luxe : guerre fratricide, avec des cris de désespoir et de rage, guerre d’extermination sans terme, sans issue, et sur tous les lambeaux du continent ensanglanté !

Et l’Europe sera comme une contrée maudite sur laquelle la colère de Dieu aura passé.

Une voix fatidique, désolée et pleine de larmes s’élèvera du sein des ruines, et dira :

^ « Jadis libre, savante et féconde, te voQà devenue barbare,

ignorante et stérile, malgré ton or, malgré ton industrie, tes forcesmatérielles, tes flottes, tes armées; parce que tu n’as pas voulu sauver un peuple qui depuis huit siècles s’est offert pour ton salut. Il te demandait de briser ses chaînes, et tu l’as vendu à ses bourreaux ; qu’il soit donc fait avec toi selon tes œuvres : sois barbare, ignorante et stérile, puisque tu l’as voulu! »

Celte voix sera celle de I’histoire ; et cette voix retentira dans les âges : car elle sera la sentence de la JUSTICE ÉTER- NELLE !

En avant donc, peuples de l’Europe 1 et que la dernière guerre soit faite pour conquérir une paix glorieuse et durable à Varaovie 1

Dt - -’iîogic

At*PEl AUX AUEMANDS

Ëti avant, pour sauver l’Europe du tzar et de la destruc-

avant, contre le fanatisme de la barbarie, avec le saint

enthousiasme de la liberlë . . , .

Levez-vous tous contre la Russie varcgue et mongole ; qui veut devenir le monde, après avoir subjiigiid les SMavesi et, dès le premier combat, vous la verrez brisant ses chaînes sur

la tête de son oppresseur! , ,

Et de même que la Pologne fut de tout temps le Précurseur’ et l’Apôtre de 1* Fraternité parmi les Peuples;

De môme qu’en 1830, elle inscrivait sur scs drapeaux cette sainte devise î Pour Votre Liberté et la Nôtre ;

Ainsi nous, ses enfants, vos freres, nous combattrons encore à vos côtés, pour Votre Indépendance et la Nôtre, et Dieu

nous donnera la victoire ! ... u * i-

Peuples de l’Europe, donnez-vous la mam et marohez a la

Guerro-Sainte 1

Paris, 3 mai 1834.

(le SticU.)

appel aux allemands

LE rétablissement DÉ LA POLOGNE

d'après un publiciste allem.and (l).

Lord Palmerston disait dans la séance du 20 mars, à la chambre des communes i ,

« En ce qui touche la Pologne, je ici mon opinion, que la position actuelle du royaume de Pologne est une menace permanente pour l’Allemagne; cost aux Sssances d’Allemagne à détéilniner jusqu a quel point elles peuvent penser que la constitution actuelle leur est ou non

tncei «rpemi nrt résum* ac la bl-ochüré ie M. le aoclear^fnmàno, .. Aufruf xur Hertltllung 4u Kanigritcht PoUn; «Erlangeo,

LE RÉTÀBLISSElitlNT SE LA SOLOGNE

dangereuse: et si, dans les circonstances qui pourraient les entraîner à la guerre contre la Russie, elles jugeraient de leur intérêt de s’efforcer de mettre un ternie à cette position de* aQaircs.

« Les gouvernements *é sont réservé le droit, suivant les circonstances et les événements de la guerre , d'ajouter à l’avenir, aux quatre points, toute autre stipulation qu’ils pourront juger essentielle pour la sûreté ultérieure de l'Europe, etc. »

Quelques jourc auparavant, sir Robert Peel, membre du nouveau ministère, prononçait dans un meeting tenu à Tamworlh les paroles que voici :

« vlucune solution de la question d’ Orient ne serait satisfaisante, à moins de la restauration dè la Pologne, etc . »

La brochure du docteur Eisenmann, publiée en 1818 à Erlangen, et que nous livrons aujourd’hui au public français, donne une réponse péremptoire à la question ainsi posée pat les deux illustres membres du cabinet anglais.

Celte première parole grave sur l’avenir de mon pays, depuis l’origine, de la guerre eü Orient, prononcée du haut dé là tribune anglaise, retentira dans l’Europe entière. Elle exprime la conviction générale, Conforme à la nûtre, qu’il n’est d'autre solution possible poUr cette lutte géante, que la délivrance dè la Pologne.

Toutes les opinions sont d’âccord Silr ce point, en France comme en Angleterre ; si ce h’est l’opinion isolée et sans écho de l’auteur delà brochure intitulée lâ Paix, cl qui propose pour dénoûmcnt à celte guerre de la civilisation contre la barbarie t

« Le désarmement réciproque et Simultané de Sébaslopôl et de Gibraltar, premier acte de l’affranchissement universel de toutes les mers, de tous les détroits, de tous les fleuves et du percement successif de tous les isthmes, etc...» (Pages 33 et 34.)

Le désarmehlént de Gibraltar est, en effet, un moyen fort heureusement trouvé pour résoudre là question d’Orient î polir vider à tout jamais la grande qUérélle entre l’Europe et l’Asie 1

Un autre passage de cette brochure mérite d’être plus sérieusement discuté :

« Il faut tenter un héroïque efiort, non dans le sens de la guerre et de la barbarie, mais dans le sens de la paix et de la civilisation. » (Page 31 .)

AFPKL AUX ÂLLSICÀKDS

Or, U se trouve précisément aujourd’hui que cet hérclique effort, conseillé par l’auteur, donnerait gain de cause à la barl^rie sur la civilisation. Car, tandis qu’on détruirait Sébastopol et Gibraltar, qu’on ouvrirait toutes les mers et qu’on percerait tous les isthmes, les Russes s’empareraient pacifiquement un jour ou l’autre de Constantinople et des Dardanelles, comme Us l’ont fait de Bukarest et de Sinope.

La guerre n’est pas invariablement la baibarie, comme la paix n’est pas nécessairement la civilisation; l’histoire de France dit te contraire : depuis les croisades, jusqu’à la conquête de l’Algérie.

Les guerres d’Orient en Occident sont généralement des incursions de barbares ;

Les guerres d’Occident en Orient sont généralement des croisades de civilisation.

Il est vrai qu’elles ont moins souvent réussi que les précédentes ; mais cela tient à ce que le teirain du combat a été mal choisi, qu’elles n’ont pas été engagées en temps opportun : ou qu’on avait négligé, comme on le fait en ce moment, un des éléments principaux de la victoire.

Les nobles paroles prononcées dans le sein du parlement anglais s’accordent parfaitement avec ce que nous écrivions le 3 mai de l’année dernière à M. de Fiquelmont :

« Si la France et l’Angleterre ont un intérêt moral tout-puis- . sant à relever cet antique boulevard de la civilisation qui séparait l’Europe de l’Asie, l’Allemagne, comme la plus directement menacée par l’ambition moskovite et dominée par son ascendant, a tout à la fois un intérêt moral, matériel et politique à ce grand acte de justice et de réparation, qui doit lui rendre son autonomie comme peuple, et sa liberté d'action comme État. «

C’est donc à l’Allemagne que nous retournons cet écrit venu de rAllemagnc ; certain que la voix de l’intérêt national prévaudra dans l’esprit de ses hommes d'État sur les cris de désespoir jetés par quelques russophiles, en faveur d'une cause iiTévocablement perdue : celle de la barbarie expirant sous le glaive vengeur de la civilisation.

Page 1