L£ BÉTABUSSEMENT DE LA B0L06KE
« Si vis pacem, para bellain. >>
Lorsque la France, l’Italie, l’Allemagne, jouissent en paix des droits reconquis par la révolution de février; lorsque l’esprit national i-enaît dans tous les membres de l’ancienne fédération germanique, avec la conviction, pour chacun d’eux, d’appartenir à une imposante fraction de la famille humaine ; nous voyons à l’orient de l’Europe une généreuse nation indignement spoliée , réduite en esclavage par des maîtres étrangers, complices du plus odieux attentat qui jamais ait déshonoré les pages de l’histoire moderne. Cette nation, cependant, s’est toujours signalée et se signale encore par son amour profond, passionné, de la patrie ; elle a constamment tenu le premier rang dans les combats de la civilisation contre la barbarie : depuis les incursions desTatars et les guerres avec la Turquie envaliissante, jusqu’à l’époque où le tzarisme moskovite menaçait d’étouffer et d’éteindre le soulèvement national de la France de juillet. Partout et toujours la Pologne a servi d'avanl- garde à l’Europe; en remplissant ainsi la tâche providentielle qui lui avait été assignée dès son origine : partout et toujours son courage, son dévouement sans bornes, son infatigable énergie, lui ont mérïlé l’estime, l’admiration et la reconnâissance des peuples.
Sans la Pologne de 1(183, la croix aurait été remplacée sur les tours de Vienne par le croissant de Mohammed ; sans la Pologne de 1807, la Russie serait devenue de fait prépondérante en Europe ; sans la Pologne de 1831, la prophétie populaire de Napoléon !•' se serait réalisée dans le sens asiatique : et si l’Europe peut à bon droit espérer de conduire à bonne fin son travail de réorganisation intérieure et sa lutte de sécurité contre les orgueilleux descendants de Pierre 1*', c’est que le prestige fantastique de la puissance russe a disparu sur les champs de bataille de la Pologne renaissante. Vaincue par le destin, elle a dans sa chute même remporté une éclatante victoire morale sur son élernelle ennemie ; en ^nous apprenant par son
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exemple ce fjue peut une iialion, si minime qu’elle soit, quand elle suit l’inspiration de son patriotisme: car si la perfidie des cabinets allemands n’était venue au secours des Iwrbarcs, la victoire des Polonais eût dès lors acquis une signification réelle, une valeur positive.
Et pourtant, cette noble Pologne se trouve encore asservie et démembrée; cl, ce qu’il y a de plus honteux pour nous, asservie et démembrée par la complicilé jalouse de l’Allemagne elle-même ! Il est juste de dire que les princes alleinands spnt plutôt que les peuples allemands responsables de ce l'orfait devant celui qui a créé les nationalilés, en accordant à chacune d’elles un langage et des mœurs diflérentes.
V'ouloir détruire une nationalité, c’est porter une main sacrilège sur l’œuvre même de Dieu ; c'est commettre un crime de lèse-humanité qui tôt on tard doit entraîner son châtiment. Nous autres Allemands nous en éprouvons déjà les ctTets, par l’influence toujours croissante de la Russie sur l’Allemagne, sur l’Europe entière ; et s’il est vrai que les peuples’ doivent expier les torts de leiii-s souverains, d’après le vieil adage : « Quidqutd délirant reyes, plectunclur Achivi, » l’Allemagne, comme $a plus proche voisine, deviendra quelque jour la première proie de la Russie.
pour détourner cette menace suspendue sur notre avenir depuis le partage de la Pologne, nous voulons réparer et non subir l’attentat commis par nos souverains sur la nation polonaise, en donnant ainsi une signification plus élevée à cet adage ; nous voulons une Pologne indépendante, forte et libre, par la même raison que nous voulons une Allemagne indépendante, forte et libre. %
D’après les lois de Solon : « Celui-là .serait un mauvais citoyen, qui ne sentirait pas une injustice commise envers un autre citoyen aussi vivement que si elle avait été commise envers lui-même. » Nous développons la pensée du législateur en ajoutant : « Le peuple qui soulPrirait un attentat commis envers un autre peuple, se condamnerait lui -même à subir tôt ou tard un pareil allenlat. » Non, certes ! nous ne sommes pas dignes de l’indépendance et de la liberté, si nous souffrons que la Pologne demeure esclave et démembrée ! En lui tendant la maiiî*, nous accomplissons non-seulement un acte de justice, mais un acte de sagesse politique, un acte de rigoureuse nécessité !
LE RÉTABUSSEMJNT de la POLOGNE Î7S
Ind^pendaniment de la queslion du droit, la délivrance de la Pologne est aussi PiiUérût dominant de l’Allemiigne. Une Pologne indépendante , forte et libre , refoule le tzarisme moskovile en Asie , à laquelle il appartient à fous égards. Une Pologne indépendante , forte et libre, est la meilleure sauvegarde de nos frontières en Oi ient. Une Pologne indépendante, forte et libre, élève une barrière infranchissable entre le tzar et le roi de Prusse, en ôtant à ce deniier toute perspective d’accomplir ses plans réactionnaires avec la protection des baibares.
Ce dernier avantage sufürait déjà pour nous déterminer à demander à tout prix le rétablissement de la Pologne. Le roi de Prusse ne s’est converti à la cause nationale qu’après l’avoir combattue à outrance; et lorsqu’il lui fut démontré que a cette couronne que Dieu seul lui avait donnée,» n’était pas à l’abri de toute discussion. Ae rien appreudre et ne rien oublier, est sans doute une grande faute politique; mais c’en est une tout aussi grave, de trop apprendre et trop vile oublier. Sa convci’sion est-elle sincère? Dieu le veuille, et nous voulons lui fournir l’occasion de le prouvei'; qu’il déclare la guerre à son cousin, le tzar, qu’il lui jette le gage du combat au nom de- l’indépendance polonaise : et nous croirons à sa sincérité, nous nous rangerons autour de sa bannière, nous le rcconuaitrons pour premier empereur gerinaui(]ue dans les temps modernes. Autrement, nous saurons à quoi nous en tenir sur ses intentions réelles; guerre nationale contre le tzar moskovite. et guerre nationale contre le roi de Prusse, son plus üdèle, son unique allié parmi les Allemands ! Nous avons mûrement pesé ce que nous exigeons de lui ; nous ne voulons pas évoquer ectte guerre avec toutes ses conséquences, nous ne voulons pas l’entreprendre de dessein prémédité : mais une fois entreprise, nous ne la craignons pas, et nous la conduirons à bonne fin. La Prusse, en demeurant soumise à l’influenee moskovite, aurait trop de poids dans une fédération allemande pour ne pas la troubler et la détruire ; une guerre nationale amènerait sans doute de meilleurs arrangements. La Westphalie et les provinces rhénanes formeraient un État à part; la Saxe retournerait à son souverain légitime, la Prusse royale et ducale reprendraient leur ancioiine autonomie : et la Silésie trouverait avec joie l’occasion longtemps souhaitée de se séparer du royaume. Leroi de Prusse n’a qu’à bien réfléchir sur ces éven-
4FPEL AUX ALLEMANDS
tualitës imminentes; la liberté ne perd rien à son abandon : il perd beaucoup, tout peut-être, s’il en est abandonné lui-même (1),
Ainsi, liberté aux Polonais, guerre aux Russes; telle doit être la devise de tout Allemand : guerre à ces mêmes barbares qui, peu avant les journées de Juillet, avaient conclu une alliance avec Charles X pour la spoliation de l’Allemagne. Nous ne devons pas oublier cet enseignement diplomatique ; nous agirons désormais avec la Russie selon son propre code du droit international.
A6n de compléter cet appel pour la délivrance de la Pologne, nous devons nous entendre sur les trois points essentiels que voici :
t® Quelles doivent être les limites de la Pologne indépendante, sa grandeur et sa population;
î® Quelle sera sa constitution ;
3® Quelles sont les forces avec lesquelles son indépendance doit être conquise.
La Pologne à venir doit nécessairement avoir une telle étendue qu’elle puisse en tout temps soutenir une guerre contre la Russie ; elle doit embrasser le royaume de 1815, laGallicie, la Lithuanie, la Podolie, la Wolhynie et rukraine : de manière à atteindre une population d’environ dix-sept raillions (?). L’Autriche, en restituant sa province polonaise, la Gallicie, pourrait en être indemnisée dans les principautés du Danube; se trouvant actuellement, grâce à la haute politique de M. de Metternich, sous le protectorat raoskovite : et pour h conquête desquelles nous voulons lui prêter assistance et main-forte. Ces principautés sont indispensables à l’Allemagne ; car elle y trouverait les colonies qui lui manquent : leur possession exercerait une influence bienfaisante sur son industrie, en offrant un débouché facile et naturel au surcroît de sa population. Bientôt sans doute, elle sera forcée de tolérer, sinon de favoriser cette
(<) Démarquons que c’est un patriote allemand, an publiciste distingué, qui propose ce partage de la Prusse, dans le cas uü elle rel'useruit d'accéder au Tseu de l’Allemagne loucbant le rétablissement de la Pologne.
LE RÉTABLISSEMENT BE LA POLOGNE
ëmigration, et de pourvoir aux frais de voyage des ëmigrants. Mais ces frais seront bien moins considérables pour leur transport dans les principautés danubiennes qu’en Amérique ; elle en recueillerait de plus cet avantage que ces memes émigrants, qui se trouvent perdus pour nous dans leur établissement en Amérique, ne cessent de nous appai'tenir dans les terres danubiennes : eu demeurant les consommateura de nos produits, en nous dédommageant et au delà de nos déboursés, et finalement en nous assurant la subsistanee.
Ici nous rencontrons une question capitale relativement à la province de Posen. Cette province ne saurait ôtra intégralement rendue à la Pologne ; car sa partie occidentale pénètre profondément dans le territoire allemand, et constitue une frontière stratégique importante pour la sécurité de l’Allemagne (1). Mais nous nous offrons à largement indemniser les Polonais pour la perte de cette enclave. Nous leur garantissons la possession d’un littoral étendu sur la Baltique, depuis le cinquante-cinquième jusqu'au cinquante-septième degré de latitude nord; en y ajoutant leur ancienne province deKourlande et de Sémigalie, avec une portion du rivage de la mer Noire, au sud-est de la Podolie, aux environs d’Odessa : et nous sommes cèrlains que les Polonais se hâteront d’accepter cet échange. Lisez l’histoire de la Pologne ; vous y trouverez l’image d’un peuple guerrier, presque étranger à toute industrie, si ce n’est à l’agriculture: et cela tient à ce que les Polonais n’avaient point de commerce maritime. Ouvrez leur la mer, ne seraitce d’abord que pour la navigation des côtes; et vous verrez surgir, dès la seconde ou tout au plus la troisième génération, un peuple égal à tous les autres dans la carrière des arts et de la civilisation. J’ai développé ce système devant les émigrés de 1831 ; ils y ont applaudi avec effusion et reconnaissance. J’espère aussi que les émigrés de 1818 me comprendront; qu’ils apprécieront tous les avantages d’un pareil arrangement territorial : et qu’ils en expliqueront la pensée à leurs compatriotes.
Si nous y ajoutons la possibilité d’établir tous les Polonais
(O Nous regrettons de voir que, même une intelligence aussi lucide que celle du Dr Eisenmann, n’ait pas entièrement pu se dégager de l’ancienne politique prussienne inaugurée par Frédéric II, celle de l'arronditsement letTilotial. Mais cette question de détail ne saurait nuire à l’eusenible du système de l’éuioeul publiciste,
le-
27Ç APPPL AUX AUEMANpS
qui ne veulent pas devenir Allemands dans la partie Qrlentalô du grand-duché; et Ions les Allemands qui ne veulent pas devenir l’olonais dans sa partie occidentale : nous trouverons qu'une pleine satisfaction peut être ainsi donnée au principe inviolable des nationalités (t). -
Une question tout aiissj importante, est celle de la constitution de la Pologne à venir. Aucun peuple n’a le droit d’intervenir dans l’organisajion intérieure d’un autre peuple ; mais lorsqu’il aide celui-ci par sa coopéiation à s’afTraudiir d’uii Joug étranger: il a droit, comme indemnité de guerre, de lui demander une constitution conforme au.\ intérêts de tous deux. Nous ne voulons exercer une pression violente sur aucune nation voisine; nous ne voulons pas libéier la Pologne du servage moskovite, pour eu faire notre tributaire : mais nous ne voulons pas aussi lui prodiguer notre sang et notre avoir sans de certaines garanties. La Pologne était une république nobiliaire avec un roi élecLif\ et c’est dans cette vicieuse organisation que se trouve une des causes principales de sa ruine. L’orgueil des grands propriétaires fonciers, attachés aux cours éti angères, a lro[) souvent mis à néant les héroïques ell'orts de la petite noblesse; qui n'est autre chose que la milice permanente du pays , et le foyer le plus pur de son paliïolisme. Telle est l'histoire du soulèvement de Bar, en 1708 ; de rinsurredion de Kosduszko, en 17‘J3 : cl entïn de la guerre d’indépendance, en 1831. U en serait de même aujourd'hui si l’on ne trouvait un moyen de neutiali.>‘er l’esprit de caste des magnat.s, par l’admission de tous les Imhitaiits de la Pologne au dioil de propriété et de rcpiôsentation nationale. Ce moyen est déjà indiqué dans rimmorlelle cousiitulion du 3 mai (171jl); ainsi que dans toutes celles qui l’ont suivie: il ne s’agirait aujourd'hui que de lui donner .son entier développement. 1^ Pologne deviendra aussi cerlainemeut un État indépendant et libre que l’Allemagne elle-même; mais elle
(I) C’est précisément ce qua voulaiout les habitaoLs du grand-duché de Poscii, en 1S4$, par la dcliinilution des districts polonais et des districts al|entanda, qui se serait accomplie saits les beaut faits d'armes de la chancellerie Berlin.
LE RÉTABLISSEMENT DE LA POLOGNE 219
ne pourra mériter celte libcrld commune à toutes deux que lorsque son ancienne aristocratie princière aura cessé d*exister. Cette condition est déjà remplie en majeui-e partie ; le cours naturel des événements, la tyrannie moskovite, les destinées de l’émigration et son éducation politique formée parmi les nations étrangères , ont tellement fait prévaloir l'élément libéral sur l’élément oligarchique dans toute la nation polonaise, qu’on peut justement espérer de fonder une I*ologne avec toutes les garanties de l’ordre eide la stabilité.
En dernier Heu, nous avons à nous occuper de toutes les forces qui peuvent concourir au rétablissement de la Pologne. 11 serait peu honorable pour l’Allemagne si elle seule ne pouvait soutenir le combat avec la Russie; OU si même elle pouvait élever un doute sur son Issue : lorsqu’elle serait naturellement secondée par la vaillance et l’intrépidité reconnues du peuple polonais. Cependant, un chef d’armée a nonseulement à tâche d’assurer la victoire, mais aussi de l’obtenir par le moins de sacrifices possible. Il résoudra ce problème en faisant de ses propres forces le meilleur emploi ; en calculant ses opérations de manière à pouvoir opposer à l’ennemi sut tous les points de l’attaque une puissance an moins égale à la sienne, "l'elle doit être aussi la tactique des nationalités ; nous voulons présenter aux Russes un tel front de batuillC'que Ife commencement de la lutte eh soit aussi la conclusion.
Nous pouvons compter d’aboid sur la coopération de la France. Mais afin que celte coopération puisse produire soh plein effet, nous invitons la France à envoyer une flotte armée avec destination pour Memel ou Riga, afin de jeter une force imposante sur la côte méridionale dé la Baltique. Tel devrait être le chemin des troupes françaises; pour que leur attaque en Lithuanie rendit insoutenable la position des troupes russés que nous attaquerons noiis-mômes en Pologne, et que nous parviendrons en pou de temps à détruire. L'émigration polonaise, dont une partie pourrait se joindre à celte croisade, serait libre de rotoiirner crt masse dans son pays par le même chemin par lequel elle en était sortie ; c’est-à-dire à travers l’Allemagne t elle peut et doit combattre à côté des Allemands , comme les Allemands, à côté de rémigration.
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APPEL AUX ALLEHAKES
Nous engageons l’Angleterre à faire simultanément une visite aux Russes de Saint-Pétersbourg ; et pénétrant chez eux par la mer Noire, à porter aux insurgés du Kaukase des secours et des matériaux de gueire. Le peuple anglais s’est toujours intéi'essé à la Pologne ; il ne l’abandonnera pas aujourd’hui : lorsqu’il s’agit de bien plus que de lui adresser dans un meeting quelques paroles de condoléance, ou de jeter une aumône stérile à ses émigrés. D’ailleurs, l’Angleterre sera par ses propres intérêts entraînée dans cette lutte ; car l’affaiblissement de la Russie éloigne dans la même mesure le danger qui menace les Indes : il rend inexécutables ses projets longuement conçus de la conquête de Constantinople. Cette considération seule sera déterminante pour l’Angleterre et pour tous les peuples qui tiennent à conserver l’équilibre européen.
Puis, viennent les Suédois, peuple belliqueux, qui n’a pas oublié et n’oubliera jamais la perte de la Finlande; et qui saisira cette occasion unique, la dernière peut-être, de reprendre possession de cette province. Le roi de Suède ne pourrait, sans s’exposer au plus grave péril, refuser à son peuple cette satisfaction ; ni se trouver en dissentiment avec lui dans cette question vitale. La puissance continentale et maritime de la Suède est si considérable, qu’elle seule suffirait pour assurer ^ain de cause à notre entreprise; quand même l’Angleterre ou la France se tiendraient, pour une raison ou pour une autre , éloignées du combat. En outre , il se trouve une nécessité de la plus haute portée attachée à sa participation ; celle de fonder un État fédératif sous un seul souverain au nord de l’Allemagne. Le royaume Scandinave doit embrasser la Suède , la Norwége , la Finlande et le Danemark ; tandis que le Schleswig , les provinces de Holstein et de Lavembourg deviendraient un État purement germanique. De cette manière seulement, les Danois peuvent accorder leurs intérêts avec ceux des Allemands. Les Danois veulent être membres d’un État foii et compacte ; c’est sans doute par un malentendu qu’ils ont cherché leur point d’appui dans une fédération allemande plutôt que dans une fédération Scandinave. Us sont déjà revenus de cette aberration politique ; ils doivent nous savoir gré si, par droit de représailles, nous n’exigeons pas leur incorporaüon dans l’Allemagne : et si nous les renvoyons à leui’S aUiés natuj'els, les Scandinaves.
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LE RÉTABLISSEMENT DE LA POLOGNE
De môme que les prôcôdenis , nous verrons se ranger à nos côte's le vaillant peuple hongrois. Je ne parle pas ici de ces Allemands dégénérés, mêlés avec les Hongrois, qui ne font que peu d’honneur à notre nom national, et qui occupent à peu près tous les emplois lucratifs de ce pays (1) ; mais de la race magyare proprement dite, de cette noblesse magyare quia donné l’exemple à toutes les autres dans l’émancipation du peuple, en adoptant pour devise : « Justice et liberté pour tous ! » Elle a volontairement consenti à l’égalisation des charges de l’État pour chaque citoyen ; en ne se réservant qu’un droit de contrôle sur les revenus et les dépenses. La Hongrie est une contrée bénie du ciel, habitée par un peuple héroïque; et si elle n’a pas encore atteint le degré de prospérité matérielle qui lui a été assignée par la Providence, et l’importance politique a|)propriée au noble caractère de ses habitants , c’est à l’administration allemande qu’il faut uniquement l'attribuer: à cette administration qui s’csl toujours opposée au progrès moral et matériel des Hongrois.
Ce peuple chevaleresque a pris part à toutes les luttes de la maison impériale des Habsbourg, sans en avoir retiré pour luimême aucun profil. 11 a plus d’une fois sauvé l’Autriche, se trouvant, comme au temps de Marie-Thérèse, à deux doigts de sa perte. Maintenant encore, il suivra le roi de Hongrie dans sa marche vers les provinces danubiennes, et combattra avec le
(1) Les Allemands établis dans les antres monarchies ne sont, pour la plupart, que des cUevaliers d’industrie qui, i>ans patriotisme, sans conviction politique, ne servent que leur intérêt particulier en servant l'autorité étran'gère. En Russie comme en Espagne, en Hongrie comme en Portugal, ces pseudogermains ont pris parti pour les gouvernements contre les peuples; et ceux qui ne se livrent qu'it leur exploitation, en n’embrassant aucune cause, en ne se prononçant pour aucune opinion, sont encore les meilleurs d’entre eux. Que de pareils intrus n’aient nullement contribué à faire honorer le nom allemand par ies peuples étrangers, est une chose tome simple ; mais il serait Insensé de vouloir juger des Allemands allemandt d’après les Allemands ruues, hongrois, espagnols et jiortugais. Note de l’auteur.
Nous ajouterons à cette liste les Allemands polonais , la pire espèce de toutes, dont les menées seules ont provoqué, en 1846, les massacres de Gallicie, d’après l’aveu même do M. Eisenmann ; « Les meurtriers galiieiens. dit-il, se nommaient patriotes selon le vocabulaire officiel, tandis que leurs victimes étalent des criminels et des assassins!... Est-il quelque eboee de plus stupide que l'opinion admise et répandue par plusieurs journaux allemands qu’on avait trouvé sur les Polonais massacrés des paquets d’arsenic, avec l’inscription: Pour tes Allemands I » Noie du traducteur.
ATP£L AUX ALLEMANDS
même dévouement, la même intrépidité ; surtout lorsqu’il s’agira (le la délivrance de la l'ulogne : quand niêine, au lieu d’en espérer un avantage direct, il devrait se créer une rivale dans ragriculture et la production des matières premières. Il est, certes, très-regrettable qu’on ne pui.sse faire de la Hongrie une partie intégrante de notre fédération goi inanique ; mais rien ne s’oppose à ce que nous eti fassions notre plus lidèle alliée, notre plus solide défense ; et c’est ce que nous voulons obtenir sans airière-pensée et par tous les moyens possibles. Bu le faisant, nous rendrons service non-seulement à la Hongrie, mais à l’Europe entière ; car, une pareille alliance, avec le voisinage d’une l'olognc indépendante cl libre, garantirait à toul jamais la paix et la sécurité de notre ancien continent.
Ajoutons-y la coopération des )ulalions guerrières du
Kaukase, d’autant plus efficace qu es Anglais s'entendront avec nous pour leur procurer des armes et des munitions de guerre.
Finalement, nous pouvons nous associer la Turquie et la Perse, la première surtout; en leur ollrantla perspective de. regagne»-, à l’issue de celle guerie, leurs [uoviuces conijuises par la Hussie.
Ainsi l’Allemagne, la France, l'Angleteri-e, la Suède, la Hongrie et la Turquie, réunies dans le même intérêt, celui du rétablissemenl de la Pologne ; dans le but de i-eslreindre et de limiter la puissance envaliissatile de la Hussie : telles sont les forces de la civilisation dans sa lutte contre la barbarie.
Les quati-e premières suffiraient amplement pour décider la victoire, presque sans combat. L’Angleterre elle-même pourrait se retii-er de l i lutte.; ce qu’elle ne fera pas sans doute, comme jpi’cmière puissance mai itime de l’Europe, que la cause de la Pologne pourrait être en peu de temps et avec certitude menée à bonne fin.
Tout cela ne sont pas les rêves d’un cnlbousiasme intempestif pour la cause des nationalités; mais les »-ésullats d’un calme et sérieux e.xameu de la situation actuelle de noli-e hémisphère. Les projets et les alliances qui garantissent les intérêts communs de chacune des pai-lics engagées dans la lutte, sont les seuls qui peuvent coi.upler sur la réussite et la stabilité.
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LBS PRODUITS POLONAIS
En nîsiimé, une Allemagne indépendante, foi te cl libre; une Pologne indépendante, forte et libre; une Scandinavie avec radjoncUon de la Finlande et du Danemark; tels sont les problèmes dominants de notre grande époque : et Dieu veuille qu’ils soient promptement et victorieusement résolus.
PkTii, as mars 1855.
EXPOSITION UNIVERSELLE
Quelque modeste que soit le contingent fourni par l’industrie polonaise à l’ex positon de Paris, nous devons cependant y constater sa présence; soit que ces produits portent la désignation autrichienne, pour la Gallicie : ou la désignation prussienne, pour le grand-duché de Posen. La Russie seule, parmi tous les États de l'Europe, a brillé par son absence complète à ce grand tournoi de la civilisation modcnie; et la malheureuse province échue depuis 1815 à sa tutelle, c’est-à-dire au moins les trois quarts de la Pologne démembrée, a dû nécessairement s’abstenir à l’exemple de la métropole. Ce n’est donc que pour une portion très-minime de son territoire que la Pologne a pu se faire représenter; et encore sous un nom apocryphe, qui lui est tout aussi étranger et peu sympathique que celui de la Russie. Ajoutons-y que les circonstances actuelles, dont le poids se fait ressentir dans toute son étendue, a considérablement amoindri son mouvement industriel, en l’excluant presque tout entière de ce concours fraternel des nations; que scs grandes fabri(jues, fondées duratit sa période d’indépendance restreinte, de 1815 à 1830, sont pour la plupart tombées ou môme totalement anéanties ; comme par exemple la ville de Zgierz, naguère florissante, qui envoyait des draps polonais jusqu'aux frontières de la Chine, aujourd'hui ruinée, dépeuplée : car le tzar a fait déporter tous les fabricants dans l’intérieur de la Russie, et eorolcr tous les ouvj-iers dans les régiments du Kau-
EXPOSITION DNIVEKSELLE
kase. Quant aux draps de prix, les bures grossières fabriqudes par les moiigiks, lui suffiront amplement pour vêtir ses soldats et ses officiers. Il en est de môme des fabriques de drap d'Ozorkow, de Tomaszow, de llava ; des usines de Bobrza, de Bialogon, de Suchedniow, de Kielcé, etc. 11 ne faut donc pas s’étonner si ce pays, jadis un dos plus productifs du monde entier, honoré dès le seizième siècle du nom de grenier de l’Europe, n’ait pu révéler son existence que par quelques échantillons, attestant sa grandeur déchue et sa fécondité tarie par l’esclavage. La Pologne entière, unie, ne se trouve pas parmi les puissances de l’Europe, elle ne peut donc se produire à l’exposition universelle; mais là, comme ici, elle se réserve une place pour l’avenir : et cette place sera bien remplie, appropriée aux besoins de tous, digne de son peuple, honorable pour ses voisins. Quoi qu’il en soit, recueillons avec soin, avec dévotion, cette étincelle de sa vie inextinguible ; comme un indice certain de ce qu’elle deviendra dans l’avenir, dès qu’elle sera rendue à la liberté, à la civilisation, à elle-même : dès qu’elle aura cessé d’enfanter pour la mort, de nourrir ses ennemis, d’enrichir ses spoliateurs et ses bourreaux.
La Pologne est avant tout une contrée agricole; et sous ce point de vue elle a été admirablement partagée par la nature. Riche de toutes les matières premières que fournit une excellente culture ; sous un climat tempéré, assez analogue à celui des légions septentrionales de la France, elle pourrait nourrir aisément, d’après les calculs de Thadée Czaçki et de Mallebrun, le quadruple de sa population actuelle. Sous le règne des deux Sigismond, rien que le blé exporté de l’ancienne Pologne s’élevait à 300 mille lasls par année; ce qui représente un chiffre de 2,100,000,000 litres ; le last équivalant à 72 hectolitres (t). Les bateaux qui descendaient la Vistule pour porter les blés à Dantzig, étaient évalués de quatre à cinq mille; ceux qui descendaient la Dzwina, aboutissant au port de Riga, à deux mille environ. Qu’on juge des richesses immenses que la vente de ses céréales devait amener en Pologne; aussi celte époque fut-elle appelée à juste titre son âge d’or. Les guerres désastreuses avec les TaiTars qui détruisaient périodiquement une partie de sa population, l’invasion des jésuites et de l’in-
(!) Tableau de la Pologne ancienne et moderne, par Maltebrun et Léonard Cbodzko, t. U, p. 319.
tolérance sous la dynastie suédoise et, comme coup de grâce, le règne odieux des Saxons, ont réduit sa production de moitié. En 1784, c’est-à-dire à la veille du partage, elle n’exportait déjà plus que le tiers du chiflre indiqué; et, depuis, sa richesse a toujours suivi une progression descendante. Aujourd’hui même, quoique l’agriculture soit loin d’ôtre florissante, que les bras manquent à l’exploitation du sol, employés qu’ils sont au maniement du fusil, aux travaux des mines de l’Oural, à la construction des citadelles et des cachots, on exporte les blés polonais par Pillau, Memel, Liban et Riga sur la Baltique; par Khersou et Odessa sur la mer Noire, et par terre en Allemagne. Cette prodigieuse fécondité de la terre polonaise qui, sur les plateaux de la Podolie et de l’Ukraine, produit sans aucun engrais deux moissons différentes dans une année, donne à penser que si la Pologne avait le bonheur de recouvrer sou indépendance, grâce à l’expérience du passé, à l’activité de ses habitants, elle deviendrait de nouveau la terre nourricière de l’Europe; elle lui donnerait du fer en échange de son or : du pain et du sel en échange de sa liberté.
Ce caractère général sc reflète sur les magnifiques échantillons envoyés par les deux provinces de Gallicie et de Posen, et que nous regrettons de ne pas voir assemblés en faisceau, comme on l’a fait pour les produits de l’Algérie ; afin de pouvoir apprécier d’un coup d’œil leurs qualités et les comparer avec ceux des autres coiitrécs : nous les réunirons toutefois dans celte rapide énuinéralion. Ce sont d’abord les minerais de fer, les fontes et les fers forgés de l’est des Karpalhes, envoyés par la chambre de commerce de Léopol ; le soufre brut et raffiné des mines de Swoszovicé, près de Krakovie; la naphte, le goudron et l’asphalte de Fiistaiiovicé ; le bois d’orme de la société d’économie rurale de Léopol; la térébenthine de Rzemicn, près de Tarnow;cellc de Mitkow, près de Zolkiew;les fèves, le chènevis et les grains de trèfle de Bolozovicé, près de Stanislavow ; le tabac de semence hollandaise de Chomiakowka, près de Czortküw; la laine fine de la société rurale de Léopol; le miel et la cire de Boryszkovicé, près de Czorlkow ; les liqueurs de Léopol; le lin de Borki. Puis, en fait de produits manufacturés, l’appareil pour l’évaporation du jus de sucre par retour de la vapeur de Dolainski, à Vienne; les machines agricoles et l’affût pour marine d’E. Bludow.ski, etid.; les fils de laine teints et non teints de Lisovicé, près de Czorlkow; les treillis àsacs de
Di
exposition UNIYEUSELLE
Prze\vorsk,prôs de Rzcszowct enfîn ces vôlcnicnfs i|ui attirent à la fois nos regards et nos cœurs, désignés dans le catalogne sous le n* tSlO, cninine suit : « Habit naiional do paysan, dit. sukmana, fait de drap ordinaire de fî.lllicie. » Dra|) ordinaire si l’on vent, mais quel merveilleux travail! quel luxe de broiiories en rubans de laine colorée sur fond blanc ou brun foncé ! Si nous nous sommes arrêté si longtemps devant cet habit du peuple, c’est qu’il nous rappelait nos premières années de jennesse; puis les glorieux combats de I83t, où le brave Krakus, le paysan de la veille, le héros du lendemain, prenait an vol les canons russes et les amenait en triomphe à nos artillem-s,sansque son chef ait eu le temps de lui crier : «En avant!» C’est qu’il nous rappelait encore Thadée Kosciuszko, l’homme vénéré des deux mondes; qui, de môme que Napoléon, portail aussi le vôtement du peuple, la capote grise! Oui, certes, cet liabit commode., solide, pittoresque, meilleur que les blouses et les limousines des agriculteurs franijais, deviendra un jour le vôtement distinctif de la nation entière, illustré qu’il est par de pareils souveniis ! Nous remercions M. riozdowicz de son excellente initiative.
Remarquons que la tranche méridionale de la Gallicie, celle qui longe les Kai pathes, a exposé bien plus de produits que l’antre, avoi.siuanl la Visinle et le San ; comme si le souffle empesté de la Russie inculte et déserte laiissail jusqtie chez scs voisins les sources de la production, secondée par le travail et rinlelligencè humaine. « Où mon cheval a passé, l'herbe cesse de croître, les champs deviennent stériles, v disait Attila ; et le barbare avait trois fois raison. Le despotisme russe tient en même temps dn simoun de Sahara et de l’hiver de Sibérie; il renverse les villes, tue les habitants et pélritie les cadavres.
Les produits dn grand-duché de l’oscn, sans doute à cause de la situation particidière de la Prusse en face des puissances de l’Occident, sont beaucoup moins nombivux et moins variés qne ceux de la Gallicie. Il serait dillîcile de les classer dans un ordre méthodique ; ouïes croirait plutôt jetés au hasard et à la dérobée sur les étalages de l’exposition, comme les épaves d’nn naufrage. Signalons toutefois les douves de cliène de Posen ; le froment blan(;, les laines brutes et lavées de l.a.szyzyvleç; le sulfate d’ammoniaque extrait de la toiirtie; les ixinlons de toile à voile gommée, de F Osw ieciniski , à Berlin ; les soies grèges et dévidées de Parddies(llay), [uèsde MienJzyrzeç :
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les tapis de pelleterie de Leszno ; et enfin l’ambre jaune de Dantzig, travaillé en bouquins, bijoux, colliers, et autres objets dont nos villageoises font un si grand cas : en attribuant <\ cette . substance énigmatique, qui se trouve presque exclusivement sur la C(Me polonaise de la Ralli(|ue, des propriétés mervcilleuses.Kn effet, l’ambre fossile, dont on ne peut jusqu’aujoiird’liui expliquer l'origine, avait de tons temps quelque, chose de sacré ; il devait, en lui donnant son nom, faire découvrir l'électricité. Les arts d’agi’ément n’ont pas été non plus oubliés; beaucoup d’excellents pianos, signés par des facteufs polonais, ont été envoyés à l’exposition. Citons en première ligne celui de Wiszniewski jeune, de Dantzig ; qui, bien que fortement endommagé par le transport, à demi couvert par un antre piano de Iteilin, nous a paru lénnir des qualités de son remaiipiables, une force et une durée (le vibration qui ne laissent rien à désiix'r.
Voilà pour les produits de deux provinces polonaises, énumérés d’une manière toute sommaire et néces.sairemcnt incomplète. A joulons-y que les faux polonaises qui occupent le sommet de la pyramide des instruments aratoires dans l’Annexe, quoique les plus courtes, .sont n'puléos les meilleures; que les farines, les blés en gerbe et sui-toiit les laines provenant de notre industrie agricole sont, de l’aveu de tons, de premier ordre et ne souffreul aucune comparaison.
A coté de ces envois de la Pologne elle-mérne, se trouvent les produits expo.sés nar les ivlugiés établis sur tons les points de l’Kurope, etipii iront jms voulu rester étrangers à son mouvement indusiriel. Ce sont d’abord les pianos de M. lastra'mbski, facteur du roi des Helges, parmi lesquels nous avons remarqué un piano droit Iranspositeur en palis.sandre, de G octaves 3/t, richement sculpté et garni de bronzes d’un goût exquis; un piano dmiten bois d’érable, peint dans le genre des articles de Spa, par un procédé de son invention, jvmvant être adapté à tous les meubles de salon ; un piano d’étude en palissandre, de la même étendue que le preniier, d'une exécution et d’un prix à tenter les plus économes. Ses procédés pour donner une plus grande longueur aux cordes, et par suite pour doubler la l'oiideur et ja puissance du son, pour en augmenter la justesse par une plus grande pression des cordes sur le chevalet, pour rendre le mécanisme tout aussi sensible que celui à double, échappement, en le simpliilant : et, enfin, son nouveau système
EXPOSITION universelle
de Iransposiüon an moyen d’une serrure placée imtnédiatement sous le clavier, lui ont déjà valu \Aprise-medal à l’exposition de Londres. L’horlogerie de MM. Czapck et Palek.de Genève, est digne de sa réputation européenne. Leurs montres microscopiques pour lorgnons, bracelets et flacons de senteur, sont des chefs-d’œuvre de précision, de délicatesse et de bon goiU. Leurs chronomètres de poche ont toute la régularité des grandes montres de marine. M. Nélrebski, ancien élève de l’école centrale, a inventé une machine à vapeur à cylindre, mobile et o.scilldnt, d’une simplicité reraanpiable; elle se compose de trois pièces, le volant, le piston et le cylindre, pas une de plus ni de moins. Nous regrettons que sa machine rotative, cette dernière expression de la machine à vapeur, n’ait pas pu être terminée pour l’exposition. Les modèles d’estampes, de gravures sur bois, d’imprimés et de lithographies sur papier non préparé, de rinvention d’Adiim Pilinski, à l'aris, sont, poui‘ la composition comme pour le fini, dignes des plus grands éloges ; ainsi que les dessins de Lubienski pour impressions sur étolTes. Comment se fait-il que Stanislas llofman, dessinateur du même genre, dont les modèles sont considérés comme des chefs-d’œuvre par les fabricants de Mulhouse, de Rouen, de Manchester et de Rirmingham, et qui leur fournit leurs plus charmantes fantaisies, n’ait rien exposé cette fois ? La verrière de madame llermauowska, de Troyes, peinte en émail, est d’un de.ssin irréprochable. Parmi les produits de l’Algci ie, les oranges, les pavots, les farines de blé tendre et dur, etc., de M. Kaezanowski, frappent tous les yeux par leur magnilicence, leur éclat, leur maturité, ün fils d’agriculteur polonais ne pouvait plus noblement employer son temps, son activité, son intelligence, que d’offrii- en hommage à la France des fruits tirés du sein de cette terre conquise sur le dései t et fécondée aussi par le sang polonais.
Citons encore pour mémoire le plan de drainage de Koscieski, au Bois-le-lloux ; le compteur à l’usage des usines de Gaiewski, à Corbeil ; les tissus imperméables et les mesures linéaires sur rubans de Üybowski, à Cliaronne j les impressions sur châles, mérinos, foukirds, crêpes de Chine, de Stanowicz, à Paris ; les chocolats et dragées de Lemanski, à Reims ; les lils de laine, drepscastoi'el cuirs de Witkowski, à Vire ; les armures, coffres et ornements anciens, reproduits en fer et acier par Wendeyki ; et cuUa les niacliincs à couipler de J . fiai anov ski ^ û l’at'is
ingénieur très-distingué , auquel on doit aussi un excellent système de signaux mécaniques pour les chemins de fer, en voie d’exécution.
Voilà des indices irrécusables de la vie polonaise, qui n’a pu tarir sous le fer moskoviteret sous le souffle plus meurtier encore de l’administration germanique ; de cette vie intelligente et robuste qui ne demande qu’à se développer, en brisant les entraves qui la compriment : pour élever la Pologne au niveau des peuples les plus policés et les plus industrieux de l’Occident. Les matériaux sont pièts ; il faut seulement l’impulsion, la mise à l’œuvre, et, avant toute chose, l'indépendance.Son jour viendra, quoi qu’on puisse faire pour le retarder. 11 n’en faut d’autre garant que les divers travaux auxquels se sont livrés les émigrés polonais établis à l’étranger j ainsi que les produits des autres peuples de même race, tels que Silésiens, Moraves, Bohèmes, Poméraniens : qui, dès à présent, se font remarquer . par leur supériorité sur les produits allemands.
‘ Que les Slaves sont en général très-heureusement doués - ious le rapport industriel , nous en voyons la preuve évidente dans l’exposition de l’Âutrichc, dont les produits les plus parfaits, les plus élégants, sont ouvrés par des tnains slaves. Les plus beaux draps, au moins égaux en qualité à ceux d'Elbeuf, de Sedan et de Louviers, proviennent des fabriques de Bruno et de Biélilz. Or, dans la première de ces localités, les maîtres-ouvriers sont presque tous Moraves; dans la seconde, il sont tous Silésiens ou Polonais. Et cependant, la Pologne de Kopei nik et de Sobieski, depuis Piast, a tenu le premier rang parmi les Slaves I C’est à ce rang qu’elle aspire encore aujourd’hui ; non pas pour leur imposer le joug de fer que les khans Tatars ofliaient en signe de souveraineté aux tzars de Moskovic, leurs vassaux : mais en se présentani à leur amour avec une gerbe de blé dans une main, pour les nourrir, et leur montrant de l’autre le soleil, source éternelle de lumière, qu’un Polonais a, le premier, désigné comme le foyer générateur autour duquel gravite la terre et l’humanité.
Paris, 21 août I85â,
(Lt SiieU-J
EXPOSITION UNIVERSELLE
n Cîém bogat, tém rad. »
(Ce que j'ai, je l’offre de bon cœur.)
Ce que noils âVons dit ail sujet de l’eiposition industrielle des fabricants polonais, limitée à quelques envois des provinces dePosen et de GaUicie, peutd’autam mieux s’appliquera l'exposition de nos artistes, plus i-estreinle encore que la précédente, savoir : que là Pologne se trouvant exclue depuis un demi-siècle du droit public européen, n’a pu se faire represcnter, Comtîie nation intelligente et laborieuse, au concours univei-sel 8e 18S5. Son cœur, serré comme dans un étau de fer, entre la haine invétérée de ses ennetniSi et l’oubli très-apparent de ses anciens alliés, à dû se l'elrancher dans je ne sais quelle inertie passive et résignée qui lui permet au moins de survivie à son supplice, à son abandon; d’attendre son avenir, sa réhabililailon de la justice de Dicli et des hommes. Toutefois elle est loin d’avoir renoncé à son rang, à sa dignité, comme la plus âneietme, la plus vivace des branches slaves ; elle fait acte d’adhésion au mouvement moral et matériel des peuples de l’Occident, par' ces quelques œuvres que nous allons signaler, écloses dans le saiig et les larmes, gr andies sous la persécu- Uon et le niai t Vi-e. Vicmie le jour du léveilj et nous la retrouverons, comme autrefois, le gr enier d’abondance et le nmipart
(t) Nous cédons aujourd'liui la plume àM. Christicn Ostrowslii, écrivain do talent qui paye depuis longtemps, par d'excellents ouvrages, l'IiospitalUé qu'il a demaodee b la France. Nous sommes heureux de lui rournir l'occasion de rendre lui-mème justice aux altistes de son pays. Cette justice sera doublement agréable pour eux, leur venant d'un compatriote et d’un critique aussi distingué.