‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 91 sur 110 · LE DEVOIR DE L'ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

LE DEVOIR DE L'ÉMIGRATION

Monsieur,

Plusieurs journaux étrangers ont reproduit, d’après le Times du 29 mars dernier, la lettre dans laquelle je disais « que le désir des représailles , une longue attente déçue, l’impatience de vivre et d’agir, pourraient bien opérer un jour ce que n’avaient pu faire encore la violence, la persécution, le massacre J que la Pologne, ralliée par Tindiflérence de l’Europe au panslavisme russe, abandonnant son amour de la liberté pour l’amour des conquêtes, réunirait aisément tous les Slaves, c’est-à-dire près de cent millions d'hommes, sous le sceptre despotique de la Russie. » Quelques amis de la Pologne, méconnaissant ma pensée, ont cru voir un conseil dans ce qui n’était, selon moi, qu’une triste prévision, une meuace de l’avenir. A Dieu ne plaise qu’un pareil souhait puisse jamais sortir d’une âme polonaise ! car ce serait abjurer toutes nos traditions de patriotisme, pour une pensée de désespoir et de vengeance. Un proscrit, si ferme qu’il soit dans ses croyances, n’a pas le droit de parler de dévouement à ceux qui sont restés üdèles sous le martyre; le sang parlera toujours plus haut que les larmes : mais je ne me consolerais jamais si l’on pouvait donner à l’un de mes écrits une pareille interprétation.

Non î ce n’est pas un conseil que je donne à mes frères; c’est un danger que je leur signale : et nul d’entre eux ne saurait autoriser son apostasie de mon avertissement. Comme moi, ils sont piofondément blessés de l’oubli de l’Occident; comme moi, ils gémissent de voir le nom même de la Pologne absent dans les actes du congrès de 1833 : comme si la Pologne, la çuestioncapitale eu 1815; avait réeliement cessé d’exister ! Mais

Page 1