‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 92 sur 110 · L£ DEVOIR DE L’ÉMIGRÂ.TI0N · texte numérisé non relu

L£ DEVOIR DE L’ÉMIGRÂ.TI0N

qu’ils sachent bien aussi que, malgré cette omission de la part des puissances de l’Europe intéressées ou non dans son partage, tous les esprits indépendants, tous les cœurs généreux croient à sa délivrance, et font des vœux pour qu’elle puisse s’accomplir; que nos ennemis eux-mêmes sont loin de juger la Pologne comme à jamais perdue. « Nous vous laisserons sous le joug de la Russie, même après l’avoir vaincue, comme le Christ sur la croix U! » me disait, il y a deux ans, un de ces hommes du passé qui n’out rien compris du présent et rien prévu de l’avenir... sans s’apercevoir qu’en nous comparant au Christ, il avouait implicitement que notre résurrection seule sauvera l’Europe et le monde !

Je dirai plutôt à mes compatriotes :

« Frères, sacliez encore attendre et soufirir, car dans votre sein repose la rédemption de l’humanité ! restez fermes dans votre servitude, comme nous le sommes dans notre exil; songez que nos aïeux n’ont jamais été plus grands qu’aux jours de leurs désastres ! Gardez-vous surtout du sentiment de la vengeance, indigne de noüe cause, et qui doit toujours être dominé par l’amour de la patrie ! Ceux qui nous ont abandonnés sont plus à plaindre que nous-mêmes! Que si l’idée du désespoir voulait s’emparer de vos âmes, rappelez-vous Jean- Kasimir, sous le règne duquel la Pologne fut par trois fois envahie, démembrée, presque étouflée dans un bain de sang 1 rappelez-vous Jean Sobieski, son successeur, j)ayé d’ingratitude par l’Autriche, qu’il avait sauvée; et qui, malgré sa défection, n’a jamais tendu la main aux ennemis de la chrétienté! rappelez-vous surtout Thadée Kosciuszko, le héros des deux mondes, mort en exil; en souvenir de qui la l'ologne a élevé un monument immortel, avec les ossements de ses soldats, avec la terre recueillie sur tous ses champs de bataille!... Voilà le conseil et l’exemple que nous vous offi ons, comme les seuls qui puissent convenir à votre patriotisme I »

Oh ! certes, on ne déchire pas une histoire gravée en pareils caractères ; on n’anéantit pas une nation, parce qu’on efface son nom de la carte du monde I

Et comment pourrions-nous abdiquer notre nom de Polonais, pour celui de Kusses ou de Slaves, qui n’est qu’un pseudonyme du précédent, lorsque nous voyons la Itussie, jusque dans sou succès politique, forcée de convenir de son infériorité, comme mœurs et comme civilisation, eu face de l’Europe entière; lors-

AD DlRKCTEOfi DU TÉLÉORÂFHE

que nous voyons les anciens sujets de l’Autriche appeler de tous leurs vœux un ordre de choses nouveau, qui les arrache au triste régime de l’abi utissement et de l’arbitraire! Comment pourrions-nous renoncer au droit sacré de l’indépendance nationale, pour un fait éventuel, éphémère, qui disparaît déjà dans l’isolement et le mépris!

De deux choses l’une : ou la Russie, honteuse d’elle-même, se donnera des institutions libérales, peut-être une représentation, et pour renforcer son unité voudra sç séparer d’une population hostile, dont le langage, la religion et les souvenirs historiques sont tout diilérents des siens; ou bien, comme il est plus probable, la Russie n’ayant subi la paix que comme un aflront dont elle voudra se venger en temps opportun, la guerre renaîtra bientôt plus ardente et plus décisive : et cette fois la guerre, la dernière peut-être, sera faite au nom de la Pologne, avec elle et pour elle. Jamais la justice de notre cause n’a reçu de consécration plus évidente 1

D’ailleurs, deux grands faits doivent soutenir notre attente et conürmer nos espérances. L’un, c’est que l’alliance des trois États spoliateurs est à jamais dissoute. La haine de la Russie contre r.àutriche est aujourd’hui violente et profonde ; demain elle va se Iraduiie en menaces, en sourdes excitations, peutêtre en hostilités ouvertes : le pacte criminel qui nous tenait asservis est donc bri.sé par ses auteurs et ses complices. L’autre, c’est que la politique égoïste, craintive, imprévoyante, inaugurée par la dynastie de juillet, tend de jour en jour à s’affaiblir, à s’effacer, pour faire place à des principes plus larges, plus populaires, plus universels; uous en voyons déjà le premier essai dans une commission européenne, revêtue d’un caractère officiel : prototype d’une grande synthèse nationale que nous avons nommée dans nos précédents écrits , « les Etats-Unis d'Europe, »

Non ! tout n’est jms encore fini, pas plus pour uous que pour les autres : les intérêts pour lesquels la guerre d’Oiïont a été entreprise subsistent toujours sans aucune modification ; il n y a qu’un port et quelques vaisseaux de moins dans la mer Noire; aucune question n’est finalement vidée en EtirefMî : et si les hoimnes d’aujomd'hui pouvaient laillir à leur mission. Dieu se chargera de l’accomplir. « Quand Dieu veut qu'un ouvrage soit tout de sa main, disait l’éloquent Bossuet, il réduit tout à l’impuissance, puis il agit. » U agira

us OBOIT DE LA FOLOONE

bientôt sans doute } car jamais l’impuissance individuelle n’a - été mieux et plus cuinpléloiueiit prouvée : car dans notre époque d’abréviation matéricllo et morale, où les instants comptent pour des jours, les Jours pour desannées, les grandes causes nationales qui demandaient autrefois des siècles entiers pour être résolues, exigeront à peine quelques mois do laideur, de courage et do persévérance.

Agréez, etc.

P»ris, I" mai iSM.

(Le Télégraphe. — Le Morning-Adcerliser).

A M. LE COxMTE A. COLONNA-WALEWSKI

président du congrès de Paris.

LE DROIT DE LA POLOGNE

« L'assiniilatioD de la Pologne rendrait la » Russie toute-puissante. Napuléos 1".

Excellence,

Lorsque le congrès de Paris vient, par la conclusion du traité de paix du 30 mars, de donner une solution inattendue à la question d’Orient ; et que, dans ce traité, ayant pour but principal le rétablissement de l’équilibre européen, les puissanc'es occidentales n'ont rien stipulé à l’égard de la Pologne, en consacrant ainsi par une omission inexplicable toutes les spoliations commises sur elle depuis l’époque néfaste de son partage ;

isous, émigrés et représentants polonais, ayant délégation

A M. te COMTE A. COLONNA-WALEWSKl

de mainleoir dans toute son intégrité le principe de son indépendance, pénétrés de la sainteté de nos devoirs, forts de la justice de notre cause, poi tons une suprême instance devant les chefs et plénipotentiaires des États alliés de France, d’Angleterre, d’Autriche, de Sardaigne et de Turquie; en protestant de toutes les forces de notre âme contre cet abandon de nos droits nationaux, affirmés et garantis en dernier lieu par les actes du congrès de Vienne du 3 mai, du 9 juin, du 27 novembre 1813 : et qui, jusqu’au traité de Paris de celte année, n'ont été abrogés ni modifiés par aucune autre convention entre les puissances de ITiurope.

Depuis l’avénemenl de la question d'Orient, remise en évidence par les prétentions du tzar Nicolas sur les sujets chrétiens de l’empire ottoman, nous n’avons cessé d’espérer que la Pologne serait appelée à prendre une part active à ce grand procès des intérêts de l'Furope contre l’ambition efirénée de la Russie; et qui, selon l’attente générale, devait aboutir à notre indépendance. Après l’invasion des principautés danubiennes et le massacre de Sinope, auxquels la France et l’Angleterre ont répondu par une déclaration de guerre, nous leur avons offert notre concours, en proposant la formation d'un corps auxiliaire polonais sur le lei ritoire même de la Turquie. Cette proposition, (pii semblait d’abord pouvoir être acceptée, a rencontré des difficultés regrettables dans l’opposition du cabinet de Vienne, qui plus tard est venu, par la convention du 2 décembre 1834, se joindre à l’alliance anglo-française. Dès ce jour, nous avons constamment attendu l’appel des alliés; et Dieu sait avec quelle indicible aspiration nous avons cru voir appriKher le moment où il nous serait enfin donné de réunir nos aigles, aux diapeaux de la France et de l’Angleterre! Ce bonheur ne nous a pas été accordé. Nous avons dû renfermer en nous toutes nos patriotiques espérances; qui pour être ajournées, n’en sont pas moin^ vives et moins durables.

Pendant tout le cours des négociations ouvertes à Paris pour la conclusion de la paix, nous n’avons pas élevé notre voix au nom de la Pologne; car nous ne pouvions admettre que dans ce congrès, rassemblé en vue de rétablir les anciennes relations entre les puissances de l’Europe, la question polonaise dût être entièrement écartée. La délivrance des nationalités opprimées devant, selon nous, sortir comme une conséquence rigoureuse de l'alliance occidentale, nous avons laissé la France et ses

LE DROIT DE LA POLOGNE

alliés plaider notre cause en même temps que celle de la Turquie; et nous avons pensé que cette réserve même devait nous mériter leur assentiment. Mais aujourd’hui, loi’sque le traité du 30 mars, ratifié par les puissances, vient de paraître au jour de la publicité; et lorsque ni dans son acte officiel, ni dans les protocoles des conférences qui l’ont précédé, nous n’avons trouvé le nom de la Pologne : nous ne pourrions, sans renier notre passé, sans abdiquer notre avenir, garder encore le silence et renoncer à des droits que même nos ennemis et ceux de la France avaient reconnus légitimes.

La France et l’Angleterre, en déclarant la guerre à la Russie, n’ont, il est vrai, pris aucuns engagements nouveaux à l’égard delà Pologne; et cette guerre d’Orient, pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de discuter, s’est terminée cette fois sans sa participation. .Mais n’avaient-elles pour cela rien à stipuler à son intention dans le sein du congrès? Telle n’est point notre pensée. Si les traités de 1815, imposés par la forcé, servent toujours de règle au droit européen, pour toutes les autres questions que celle de la Turquie, lâ stricte observation - ‘ ' de ces traités, approuvés en commun, doit évidemment être invoquée pour tout ce qui concerne la. Pologne. Nous ne parlons que du droit de l’Europe ; car notre droit à nous, c’est la Pologne d’avant 1772. L’article S des propositions autrichiennes, qui permet aux plénipotentiaires d’exiger des garanties pour la sécurité de l’Europe, leur offre à ce sujet une' entière latitude ; il comporte de plein effet le maintien de la nationalité polonaise : et telle sera, nous l’espérons, la signifia cation donnée à cet article par la réunion définitive du congrès.

De plus, la paix actuelle n’aurait pas été si promptement conclue, sans l’influence morale que la Pologne, même absente de l’alliance anglo-française, exerce sur les déterminations du cabinet de Saint-Pétersbourg ; et les aveux de la Russie ellemême ont été trop explicites à ce sujet, pour que nous ayons besoin de recourir à d’autres preuves, extraites des principaux organes de l’opinion publique en Europe.

Les plénipotentiaires ont par conséquent le pouvoir, nous dirons même l’obligation, tous nos droits nationaux réservés, de demander à la Russie là réédification du royaume de Pologne de 1815, que l’on n'a jamais admis comme faisant partie intégrante de l'empire moskovite; qui doit, selon la teneur du traité de Vienne, avoir son gouvernement, sa représentation,

Digitiznri hy Googic

342 Jk M. L£ COMTE Â. COLONNA-WÂLEWSKl

son armée, et dont le territoire ne doit ôtre occupé par aucune troupe étrangère : ainsi que la restitution à la Pologne de la ville libre de Kiakovie, sanctuaire inviolable de nos souvenirs historiques.

Toutes ces garanties ont été formulées dans l’acte général du congrès, à la date du 3 mai 1815; et dont il nous sera permis de citer les passages suivants :

K Art. l'^ Les Polonais, sujets respectifs de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse, obtiendront une représentation et des instilulions nationales ;

» Ail. VI. La ville de Krakovie, avec son territoire, est déclarée à perpétuité cité libre , indépendante et strictement neutre ;

» Art. IX. Les cours de Russie, d’Autriche et de Prusse s’engagent à respecter et à faire respecter en tout temps la neutralité de la ville libre de Krakovie et de son territoire ; aucune foi'ce armée ne pourra jamais y ôtre introduite, sous quelque prétexte que ce soit... »

Nous croyons devoir en même temps rappeler à Votre E.vcellence les promesses solennelles qui nous ont été faites relativement à ces divers points sous le règne précédent, pendant la période entière de 1831 à 1848, par toutes les assemblées législatives J les échos sympathiques qu’elles ont toujours trouvés dans les chambres anglaises et le vote unanime de la représentatioii nationale, à la date du 23 mai 1848. Ces promesses deviennent, selon notre conviction, bien plus obligatoires encore pour le pouvoir actuel, solidaire de tontes les traditions impériales ; car, en acceptant des mains de la France ces traditions qui devaient la relever de sa déchéance politique, il acceptait aussi le rétablissement de la Pologne. Nous avions trop bien servi le fondateur de l’empire, pour pouvoir douter de son héritier ; nous nous en référons à sbs sentiments personnels, conformes à ceux de la nation : à ses paroles môme, adressées en mainte occasion à nos compatriotes. La France veut un règne pacifique, mais glorieux; or, la gloire d’un Napoléon, c’est la Pologne délivrée.

Nous avons, par ce qui précède, suffisamment établi le droit de la Pologne à l’intervention de l’Europe réunie en congrès, pour le maintien du principe de son indépendance; reste donc la question de l’intérêt que l’Europe peut avoir à le soutenir.

us DROIT DS LA POLOGNE

La question d'Orient, ce problème universel dont personne n’oserait encore indiquer la solution dèünilive, ne saurait èiro en aucune façon séparée de la question polonaise, son point de départ et son élément capital. Toute combinaison qui aurait pour objet de la résoudre à l'esclusion de la Pologne, serait entachée à l'avance de faiblesse et de fragilité ; ce dont nous voyons dès aujourd’hui la preuve dans le traité additionnel du 1E> avril, annexé à l’acte du congrès et devant le consolider.par une garantie prise en dehors de ses premières bases. Il y a dans la vie des peuples, comme dans celles des individus, des nécessités inexorables, et qu’on ne peut éluder par aucun expédient ; de deux choses l’une : ou la Pologne sera délivrée, ou la Turquie et l’Autriche subirotit tôt ou lard le vasselage moskovitc. Qu’on se rappelle que l’empire gréco-slave, projeté par Pierre P' et réalisé par scs descendants, se composerait de près de cent millions d’hommes ! Tzarogrod, la ville des tzais, tel est depuis bien des siècles le nom russe de Constantinople I Napoléon l’a dit : « L’assiinilalion de la Pologne rendrait la Russie toule puissanle !... • Et nous ajouterons : l’interposition de la Pologne est encore le seul moyen logique et rationnel d’an èter la. Russie dans sa marche vers l’Occident et le Midi. Les plénipotentiaires, nous en sommes certains, prendront ces principes en considération, aQn d’assurer à leur œuvre la sauc • tion de l'avenir et la solidité.

Nous repoussons loin de nous les absurdes calomnies qui tendraient à confondre la cause de la Pologne avec celle de l’anarchie ; insinuations odieuses, auxquelles personne ne croit du reste, pas même ceux qui cherchent à les propager. L'Angleterre, la Suède et même rAutriche, se sont, en 18i)o, montj-ées disjiosées à prêter les mains à l’œuvre de notre indépendance; or, ces puissances ne sont assurément pas intéressées à servir la cause du désordre. Dans cet acte de réparation et de justice, elles n’ont entrevu que raccomplissemenl d’une grande nécessité politiqtic; nous ne supposons pas que leur initiative puisse ètie réprouvée parla France. On aurait raculé, dit-on, devant le danger d’un i-emaniement général de la carte de l'Europe, que l’on craignait de voir surgir d'une discussion sur la Pologne dans le sein du congrès; comme s’il pouvait être un danger plus grave que celui que nous venons de signaler : comme si ce remaniement, résultat inévitable de toute gucire .sérieuse, était au-dessus des forces de la France et de

Di

344 A. ». LE COMTE À. COLONNÀ-VALEWSSl

SCS alliés!... Mais, en vérité, il ne s’agissait nullement de refaire ta carte de l’Europe, de tracer des divisions nouvelles de territoires entre les nationalités qui la composent ; bien au contraire, il s’agissait de garantir celles qui se trouvaient toutes tracées à l’origine de la lutte européenne : c’était là précisément la tâche du congrès, et celte lâche, il ne peut se dispenser de l’accomplir.

La Pologne serait-elle réservée à ce suprême outrage, de voir déchirer le dernier lambeau de son indépendance ; à cette suprême iniquité, de voir son nom même eflacé delà carte du monde : parce qu’il y a vingt-cinq ans elle n’a pas voulu marcher contre l’Occident et servir d’avant garde à la Russie? Et poui-quoi donc l’Europe refuserait-elle de remplir ses engagements envers une des plus anciennes, des plus vaillantes nations de la chrétienté ? On s’est occupé des Grecs, des Roumans, des Serbes, des Scandinaves, des Tatars, des Zingaros et d’aülres populations hétérogènes dont on connaît à peine l’existence ; peut-on manquer d’en faire au moins autant en faveur des Polonais : d’une nation de vingt millions d’hommes, que l’ennemi commun tient sous un joug cent fois plus dur, plus intolérable? L’Europe rougirait-elle de prononcer notre v nom, parce que ce nom lui rappelle le crime du partage, la plus grande honte des temps modernes?... Non, certes ! nous ne pouvons le croire ; car cette dernière injustice deviendrait la ruine de sa dignité morale : car elle donnerait gain de cause v au despotisme, à la barbarie asiatique ! Le sang de nos soldats s’est trop souvent mêlé à celui de la France pour qu’elle puisse aujourd’hui n’avoir aucun droit à défendre, à protéger sa sœur parmi les nations chrétiennes 1 Son honneur s’y trouve engagé; et l’honneur est en France un principe qu’on ne discute pas l

Persuadés que la régénération de notre patrie est seule en état d’assurer à l’Europe une paix constante et solide, le développement régulier de ses tendances libérales et sa pleine sécurité ; qu’elle seule peut mettre un terme aux violentes commotions qui, depuis la tin du dernier siècle, ont agité l’Occident, en épuisant dans des luttes sans cesse renaissantes et toujours stériles les forces vives de la civilisation ; qu'elle seule peut servir de compensation suffisante aux immenses sacrifices de la France et de ses alliés pendant la guerre d’Orient ;

Nous, émigrés et représentants polonais, adjurons les chefs

Digitizrri by GoOglc

LE DROIT DE LA POLOGNE

et les plénipotentiaires des États alliés de France, d’Angleterre, d’Autriche, de Sardaigne et de Turquie, et surtout Votre Excellence, notre défenseur naturel et président du congi-ès, de réparer cet oubli du nom de la Pologne, dans l’intérêt de l’Europe entière attristée de son abandon ; d’exiger au moins en sa faveur, conformément aux engagements antérieurs, les stipulations que la France, bien que désarmée, avait obtenues pour elle en 181S; et que la France, aujourd’hui victorieuse, est d’autant plus autorisée à maintenir, savoir :

O Que nos institutions nationales nous soient à jamais ren~ dues et garanties ;

P Que le royaume de Pologne et la ville libre de Krakovie, érigés par le congrès de Vienne et depuis 1831-1846 illégalement absorbés par la Russie et l'Autriche, soient rétablis sur les bases stipulées par l'acte du congrès et consenties par les trois cours co-partageantes ;

» Que le code de Napoléon, abrogé en 1832 et remplacé par les statuts organiques imposés par la fofce, soit remis en vigueur dans toute l'étendue de la Pologne. »

Confiants dans la sagesse de leurs vues, dans la droiture de leurs intentions, nous attendrons leurs decisions à cet égard ; certains que les événements préparés par la justice divine nous donneront raison : que nous trouverons un généreux appui dans l’opinion publique, arbitre suprême de toutes les grandes causes nationales et qui, a dans notre époque de lumières et de progrès, remporte toutes les victoires définitives, p

Agréez, etc.

Fait à Paris, le 3 mai 1836.

Suivent les signatures.

(Le Timet. — Le Mornxng-ÀdrertUer. — La Gazelle de Cologne- — National-Zeilung de Berlin. — La Yérilé. — L’Etlafelle, etc.).

Page 1