‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 93 sur 110 · AU DIRECTEUR DU PAYS · texte numérisé non relu

AU DIRECTEUR DU PAYS

L'AMMSTIE UE <8o6

Monsieur,

Tout en vous remerciant pour la pensée généralement bienveillante de votre article du 7 juillet, concernant l'émigration polonaise, nous devons déclarer que sa conclusion nous paraît tout à fait insufüsantc. « Si cette émigration, dites* vous, revenait à la fois sur son sol natal, elle pourrait être très-ulUe à la Rufsie; pour le perfectionnement de sa voirie, pour l’établissement de son réseau de chemins de fer et pour la réorganisation de ses écoles, etc. »

C’est à merveille; mais le but de l’émigration polonaise n’est pas précisément d’être utile à laRussie.Il ne s’agit pas pour nous de reconquérir des positions perdues, ou plutôt volontairement sacriGées; pas mêmede rentrer dansnos biens contisques ou mis sous séquestre ; il s’agit d’un principe dont nous sommes responsables aux yeux de l’Europe, et auquel aucune amnistie au monde ne saurait donner satisfaction.

Ce principe, tout le monde le connaît ; car nous n’avons négligé aucune occasion de l’exprimer : c’est la Pologne indépendante, c’est notre nationalité maintenue, c’est notre peuple libre, devant servir d’égide et, au besoin, d’avant-garde à la civilisation.

Permis au tzar Alexandre II, dans l’intérêt de la Russie, de vouloir guérir, d’une main mal assurée, les profondes blessures causées par son pi-édécesseur ; mais permis à nous aussi, dan?

l’amnistie de 18S6

l’intdi'ét de la Pologne, de repousser résolùmenl ce pardon qu’il nous offre pour un crime dont nous n’cprouvons aucun repenlii- : celui d'avoir, en 1831 on 1848, combattu pour la délivrance de notre patrie.

Si l’émigiation polonaise a laborieusement acquis quelques titres à la considération des peuples éclairés; si elle s’est vouée à l’étude de leur civilisation, espérant un jour en faire profiter son pays natal, ce n’est assurément pas pour mettre son travail, son aptitude et ses connaissances au service de la Russie.

Voilà pourquoi nous n’avons pas accepté, et nous n’accepterons à l’avenir aucune grâce individuelle; nous ne reconnaîtrons comme légale aucune mesure politique qui n’aurait pas pour objet le rétablissement de notre indépendance, garantie par les traités : et mieux encore par la voix de notre propre conscience.

Agréez, etc.

Paris, 10 juillet 185S.

{L'Estafe.Ue, — La Vérité. — La Prettt belgt.)

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