‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 94 sur 110 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

« Le premier Bouveraia qui, au milieu de la première grande mèlèe, embrassera de bonne foi la cause des peuples , se trouvera à la tète de toute l’Europe, et pourra tenter tout ce qu’il voudra. »

Napoléon !•', Mémorial de Sainte- Hélène. VIII, p, 373.

« Qu’il se trouve un empereur de Russie vaillant, impétueux , capable, en un mot un tzar qui ait de la barbe au menton, et l'Europe est à lui. »

Ibidem, V’ill, p. 303.

En terminant ce livre, en le dëdiant à tous ceu.x qui en Europe espèrent un ordre de choses meilleur et plus équitable, nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment profond de tristesse et de regret ; d’avoir vu tous nos efforts d’un quart de siècle échouer contre l’indiflércuce absolue de l’Europe officielle, à l’égard de notre patrie. Si la cause polonaise a encore une fois été mise en oubli, au moment le plus favorable pour la faire triompher, et lorsque son avènement semblait indiqué par la logique même de la guerre, ce n’est pas nous, certes, qu’il faut en accuser ; car en oflranl nos services aux alliés, en leur demandant instamment la formation d’un corps auxiliaii-e polonais, nous n’avons négligé aucune occasion pour mettre cette cause en évidence, et pour protester contre son abandon : ces Lf tires Slaves en fourniront la preuve, et nous

CONCLCSION

serviront de justification. Ce n’est pas le peuple français non plus ; ce peuple-frère qui nous aime, qui sent et pense avec nous : et qui donnerait encore aujourd’hui le meilleur de son sang pour la Pologne. Nous ne parlons pas de ces hommes sans cœur qui ont toujours exploité la cause polonaise dans des vues personnelles ; ceux-là nous ont fait plus de mal assurément que les aides-hourreaiix de Nicolas.

11 faut en accuser les fautes immenses, presque irréparables, qui ont été commises vers le début de cette guerre, et qui en ont dénaturé le résultat. La France s’est abdiquée entre les mains de l’Angleteire, en transportant son champ de bataille en Krimée. Après trois révolutions accomplies, sa politique ne pouvait être de biiser des hommes contre des murailles. Mais lord Palmerston n’a jamais songé à vaincre sérieusement la Russie ; il n’a voulu que lui brûler ses ports et détruire sa marine : la France devenait trop grande avec la Pologne délivrée. Le but de l’Angleterre peut sembler partiellement atteint ; celui delà France est plus loin que jamais. Mais que servira à cette puissance d’étre un jour seule sur la mer, en supposant que les flottes russes sur la Baltique soient anéanties, comme l’ont été celles de la mer Noiie, si au même instant, la Russie se trouve être seule sur le continent? 11 ne lui restera que l’exil .sur l’Océan et la piraterie.

La paix est l’anéantissement de toutes les espérances de la Pologne, fondées surl’alliance anglo-française. L’indépendance polonaise ne sera jamais obtenue par la voie des traités; elle ne peut être arrachée à la Russie que par la force des armes. Voici ce qu’écrivait en 1814 un Russe d’adoption, un de ces diplomates de la vieille roche, qui se sont fait un métier de tuer les peuples au profil et pour la plus grande gloire des despotes: v La destruction de la Pologne comme puissance politique, forme l’histoire presque tout entière de la Russie; le système d'agrandissement sur les Turks n’a été que purement territorial; et, j’oserai dire, .secondaire, comparé à celui qui s’est opéré sur la l'rontière occidentale. La conquête de la Pologne a été faite principalement dans le dessein de multiplier les rapports de la nation russe avec le reste de l’Europe ; de lui ouvrir un champ plus vaste (!) on théàtie plus noble et plus connu ; où elle pourrait exercer ses forces et sea talents (?) satisfaire à son orgueil, à ses passions et à ses intérêts...

n Le titre de roi de Pologne ne pourra jamais sympathiser

ao

nORCLUSlON

avec celui dV'wpereur et d'autooraU de toutes les Itussies (1). »

On conçoit d’après ce curieux document, pourquoi la question polonaise a étë considérée au congrès de Vienne comme la question première, la plus importante; à partie principe immuable de la justice, sans lequel toute convention politique est écrite sur le sable. Ce qui était vrai en 4815, l'est encore de nos jours.

Vous n’avez pas voulu de la Pologne pour alliée; et la Russie, qui se recueille aujourd’hui, c’est-à-dire qui médite sa revanche, ne tardera pas à vous taire sentir qu’elle n’a pas été vaincue. Il faudra peu de temps à ce spectre sans cœur, pour guérir scs blessures insigniGanles, et pour reprendre tout son pi-estige. Vous avez cru beaucoup obtenir en lui faisant accepter Komrat en échange de Bolgrad-, en éloignant de quelques kilomètres du Danube cet empire colossal, couvrant déjà la moitié de l’Europe et de l’Asie : lorsqu’il aurait l’en séparer de tonte l’çtendue de la Pologne. De plus, par m» imprudence inexplicable, vous lui avez donné le prétexte depuis longtemps souhaité, de rompre ouvertement avec l’Autriche. L'ours irrité d’avoir manqué sa proie, rugit dans son antre ; il franchira d’un seul bond cette toile d’araignée diplomatique dont vous cherchez à l'enlacer, et n’épie qu’un moment favorable pour se venger: il le fera, soyez-en certains. Ce n’est pas une paix que vous en avez obtenue; ce n’est qu’un armistice.

« Que voulieZ’Vom qu’il fit contre trois? « 11 a fait le traité do Paris, qui n’est pas précisément la mort, mais une catalepsie politique bien simulée. Or, soyez-en également certains, la cause polonaise abandonnée par vous, ne s'abandonnera pas ellc-mémé ; elle triomphera, malgré la haine invétérée de ses ennemis, et l’indiflérence bien plus cruelle et plus coupable encore de ses anciens amis : et nous finirons ce livre ainsi que nous l’avons commencé, en disant : a La Pologne ne mourra pasl »

(I) Mémoire à l'empereur Alexandre /••, eur la Queelion Polonaier, par le général Pozzo di Boryo. Voyez à ce sujet l’excellent ouvrage du baron SiaiEHa DE Groyestinb, le Congrès de Vienneel le Congrès de Paris (1815-1856), p. 145; ainsique la brocliure du même auteur ; to PoJoÿiie, la Russie et l'Europe occidentale, onde la nécessité de résoudre la question russo-polonaise dans une conférence des grandee puiseancee (4847), Paris, chez Amyot, rue de ta Pais, 8.

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