LEE
— He: 175280 — 17,920 —
Les quatre parcelles fumées avee les sels ammoniacaux et le sel marin donnèrent la récolte d'orge suivante :
La parcelle no V . . . 14,550 gr. grain et 27,020 gr. paille. — NDS 2 T6 010 — 56.645 — — Le! RSS À. — 24,832 — = Mes ans 115150 — 27,969 —
Les parcelles où lon avait mis du sel marin, comparées à celles qui n’en avaient pas reçu, ont donc donné en plus :
La parcelle no V . . . 8,955 gr. grain et 10,815 gr. paille. VI . . . 7,770 Æ 19,915 — % VII . . . 9,607 = 6,912 — — VITL . .! . 24,218 — 9,782 —
L'agriculteur praticien n’a jamais qu'une seule chose
en vue dans ses essais de fumure : l’augmentation de ses récoltes; S'il y parvient, il proclame ses essais coneluants. Sous ce rapport, les expériences dont nous venons de parler, faites ou non avec le sel commun, ont donné des résultats totalement nuls, car les récoltes obtenues dans l’un et l’autre cas, atteignent à peine la moyenne ordinaire par hectare. Ces expériences n’ont pas eu pour but de fournir une récolte supérieure à la récolte moyenne, mais seulement de rechercher l'effet produit par les sels ammoniacaux unis au sel commun ; et il me semble, à ce point de vue, qu’elles ont été on ne peut plus coneluantes; car ce qui a été fait à Bogenhausen suffit pour lever tous nos doutes sur les effets physiologiques du sel commun. Dans tous les cas où l’on a fait usage de ce sel, il y a eu augmentation de produits, le carbonate ammonique uni au sel commun a donné un produit double en grains; le nitrate ammonique uni au mème sel a rendu en plus 90 p. c. en grains et 120 p. c. en paille.
Puisque le mélange de nitrate ammonique et de sel commun contient des éléments de nitrate sodique, il n’était pas sans intérêt de connaître l'effet de ce dernier essai comparatif sur une parcelle de grandeur égale aux autres, prise dans le même champ. Fumée avec 8*,96 de nitrate sodique, elle produisit 12,520 de grain et 32°,480 de paille ; avec une addition de 2*,7192 desel commun, elle rendit 17*,920 de grain et 55,780 de paille. Le sel commun avait done augmenté la force productive du nitrate sodique, et un mélange des deux sels donna un produit en grains plus élevé qu’un mélange de sel commun et de nitrate ammonique, contenant cependant la même quanté d'azote. C’est le guano qui, après Le nitrate sodique, a donné les plus beaux produits, chose qu’il devait sur-
tout à l’ammoniaque qu’il renferme. Par contre, les expériences faites avec le carbonate et le nitrate ammoniques ont montré qu'une quantité d’'ammoniaque ou d'azote, équivalente à celle contenue dans 11*,2 de guano, et placée dans des conditions analogues, reste à peu près sans effet.
Je ne prétends pas pousser plus loin les conclusions qui se rattachent aux essais de fumure faits avec les sels ammoniacaux, pour ne pas diminuer l'importance de ce fait si remarquable qui en résulte, à savoir que le sel commun surtout exerce une action favorable sur le développement des céréales, sous le rapport de la masse de substance végétale produite,
Ce ne sont pas là des faits nouveaux pour Île cultivateur, mais un grand nombre de cas, où le sel commun s’est montré comme auxiliaire indispensable d’une bonne fumure, ont eu des résultats qui n'étaient ni clairs ni décisifs; et, dans Les sciences naturelles, on a pour règle qu'un fait a besoin d’être parfaitement établi, avant qu’on doive en rechercher l'explication.
L'action du sel commun est évidemment semblable à l'action des sels ammoniacaux et du nitrate sodique, mais, si l'on nous explique l'effet produit par les derniers sels d’après leur richesse en azote et parce que lammoniaque et lPacide nitrique sont indubitablement des substances nutritives, nous ne pouvons admettre la même explication pour le sel commun, car ni le chlore ni le chlorure sodique ne fournissent aux plantes des éléments constitutifs; on ne peut donc poser en principe que l’une ou l'autre de ces deux substances soit nécessaire, bien qu'on les ait fréquemment rencontrées dans les cendres des végétaux.
Les observations les plus récentes faites quant au
mode d'action du sol sur les substances nutritives des plantes, montrent combien sont restreintes les connaissances positives que nous possédons sur la manière dont les plantes absorbent leur nourritare et sur le rôle que joue le sol sous le rapport de ses propriétés physiques. L'effet produit par les sels ammoniacaux, le chlorure et le nitrate sodiques sur les phosphates terreux contenus dans le sol arable, peut nous aider peutêtre à nous rendre compte de leur action ou d’une de leurs actions sur la végétation des plantes.
Le sulfate ammonique, de même que d’autres sels ammoniacaux solubles, possède la propriété de rendre solubles dans l’eau les phosphates terreux, tout comme le fait l’eau qui contient une certaine quantité d’acide carbonique. |
Nous ne connaissons pas d’autre voie par laquelle les phosphates puissent être distribués dans le sol, que l’eau chargée d'acide carbonique ; et s’il est vrai que l’un des principaux eflets produits par lhumus ou par les matières organiques en décomposition dans le sol et dans le fumier, provient de ce que ceux-ci sont de véritables sources d'acide carbonique qui enrichissent de cet acide l'air qui pénètre le sol et l’eau qui l’arrose ; s’il est vrai que cette eau chargée d'acide carbonique rend solubles les phosphates terreux et les répand dans le sol après les avoir dissous, alors il n’y a pas à douter que les sels ammoniacaux ne possèdent la propriété de pouvoir remplacer, dans le même but, les matières organiques, et n'aient sur la végétation une influence aussi bienfaisante qu'elles.
Parmi les sels sodiques, le nitrate et le sel commun possèdent la même propriété. On a démontré récemment que le nitrate et le chlorure sodiques possèdent à un
haut degré, même dans leurs solutions très-étendues, la propriété de dissoudre les phosphates terreux, et que ces sels jouent, dans la nutrition des plantes, un rôle analogue à celui que nous avons reconnu à Peau chargée d'acide carbonique (à l’humus) et aux sels ammonia- CaUX.
Des expériences directes ont prouvé que 100 kil. de sulfate ammonique en dissolution dans 450 hectolitres d’eau, et mis en contact avec du phosphate calcique bibasique, peuvent dissoudre environ 3,600 grammes de ce phosphate. 100 kil. de sel commun en dissolution dans 500 hectolitres d’eau, ou 100 kil. de nitrate sodique dissous dans 534 hectolitres d’eau, peuvent également en dissoudre, le premier 5,560 grammes et le second 2,650 grammes.
La solubilité du phosphate de chaux tribasique dans les mêmes liquides, est beaucoup moindre.
100 kilogrammes
de sulfate ammonique de sel commun de nitrate sodique dissous dans . . 54900 90000 33500 litres d’eau, dissolvent . . . 3400 gr. 1500 gr. 1200 gr. de phos-
phate caleique tribasique.
Le grain des céréales, et notamment celui de froment, contient du phosphate calcique et du phosphate magnésique ; ce dernier prédomine. Dans quelques variétés de froment, la quantité de phosphate magnésique est quatre fois, souvent même dix fois plus grande que celle de phosphate calcique. On trouve ces deux sels en proportions analogues dans les grains de seigle, d'avoine et d'orge ; le phosphate magnésique s’y rencontre en bien plus grande quantité que le phosphate calcique. Des rapports aussi constants ne peuvent passer inaperçus dans la culture de ces céréales, et le mode
d'action des sels dont nous avons parlé plus haut, sur le phosphate magnésique et le phosphate ammonicomaguésien, est d’un intérêt tout particulier.
100 kilogrammes
de nitrale sodique, de sel commun, dissous dans. . 35500 1it. 50000 lit. d’eau, dissolvent. . . 9160 grammes, 9790 grammes de phos-
phate magnésique.
La solubilité du phosphate ammonico-magnésien dans les mêmes solutions salines, est bien autrement grande :
100 kilogrammes
de sulfate ammonique de sel commun de nitrate sodique dissous dans. . 35500 lit. 500900 lit. 33300 lit. d’eau, dissolvent . . 4115 gr. 6170 gr. 4655 gr. de phos-
phate ammonico-magnésien.
La quantité de phosphates terreux absorbée dans ces dissolutions salines n’est pas proportionnelle à la quanlité de sel contenue dans le liquide; ils paraissent, au contraire, se dissoudre en proportions d'autant plus fortes que la solution est plus étendue (1).
Ces faits démontrent à l’évidence que leau contenant une faible quantité de sel commun, de nitrate sodique ou d’un sel ammoniacal quelconque, a le pouvoir de dissoudre l'acide phosphorique, sous forme de phosphates qui sans cela seraient insolubles. Is prouvent, en outre, que ces solutions faibles se conduisent envers les phosphates terreux, comme les dissolutions d’acide carbonique dans l’eau. Ainsi, par exemple, 100 kil. de sulfate ammonique dissolvent autant de phosphate cal-
(1) 1000 C. C. de liquide dissolvent de pour ! gramme
contenant PO:2,MgO,NH:0 de sel.
2,2 gr. NH30,S03: 76,7 milligr. 54,9 milligr. 5) »» » Il 15,0 » 37,6 »
Température, 140.
caire que 4,720 litres d’acide carbonique dissous dans l'eau, et 100 kil. de sel commun autant de phosphate ammonico-magnésique que 3,456 litres d'acide carbonique en solution aqueuse.
Des essais directs prouvent qu’une solution très-faible de ces sels, une fois en contact avec un sol renfermant un excès de phosphates terreux , lui enlève ces sels, et lorsqu'elle se trouve en présence dune autre portion du même sol qui n’est pas saturée d'acide phosphorique, elle lui cède ce qu’elle a enlevé.
Si nous observons avec soin l’effet produit par Îles sels ammoniacaux , 1e nitrate sodique et Le sel commun sur le sol arable, nous voyons qu'aucun de ces sels n’opère dans la forme sous laquelle il a été donné au sol. Les sels ammoniacaux sont décomposés par le sol, Pammoniaque est retenu par la terre, tandis que les acides de ces sels entrent en combinaison avec la chaux. la magnésie, les alcalis, en un mot, avec une base quelconque, qui se trouve à proximité et qui a la propriété de former une combinaison avec eux.
Ces sels agissent donc de deux manières, d’un côté en rendant le sol riche en ammoniaque, d’un autre côté au moyen du nouveau composé formé par l'acide du sel ammoniacal. Les alealis et les terres alcalines en combinaison avec ces acides acquièrent par 1à un nouveau degré de solubilité, et peuvent être plus facilement distribués dans le sol, Si celui-ci est riche en magnésie ou en chaux, ces deux bases formeront des sels, mais à part le sulfate de chaux, ceux-ci n'auront que peu d'influence favorable. — L'emploi du sel ammoniac au lieu de sulfate ammoniaque, donne naissance au chlorure magnésique et au chlorure calcique, qui exercent une action plus nuisible qu’utile sur la végétation. Que des sels se forment
de ces bases par la réunion des sels ammoniacaux dans le sol, que ces mêmes sels n’aient particulièrement aucune influence favorable sur la végétation, ce sont là des faits qu’il est impossible de révoquer en doute.
Mais, lorsque certaines parties du sol, mises en présence de dissolutions de sels ammoniacaux, contiennent en quelques endroits du phosphate caleique ou magnésique, sous forme de grains ou de poudre d’os, il se formera une dissolution de ces phosphates terreux qui se répandra dans le sol.
Considérés sous le rapport de la rapidité de leur décomposition, les sels à base de potasse se conduisent dans le sol absolument comme les sels ammoniacaux, mais le mode d’action des sels à base de soude est tout différent.
Dans une dissolution de nitrate sodique (renfermant 1/5 pour cent de sel), qu’on avait laissé filtrer lentement à travers un même volume de terre arable (argile de Bogenhausen), la moitié du sel ne fut pas absorbée, tandis que l’autre moitié se transforma en nitrate calcique et en nitrate magnésique. Une solution de chlorure sodique laissait, dans les mêmes circonstances, les trois quarts du sel non décomposés. Si donc on amende un champ avec du nitrate ou du chlorure sodique, etque par les eaux de pluie il s’en forme une solution étendue qui pénètre le sol, une grande quantité de ces sels doit rester inaltérée et produire dans le sol humide des réactions lentes, il est vrai, mais énergiques, à cause mème de leur durée. De même que les sels ammoniacaux ou l'acide carbonique provenant de la décomposition des matières organiques et dissous dans l’eau, les solutions dont nous venons de parler se saturent de phosphates, toutes les fois qu’elles en rencontrent dans le sol, et
ainsi mettent ces sels en état de servir à la nourritare des plantes. Lorsque les mèmes solutions viennent à rencontrer certaines parties du sol non saturées de phosphates, elles leur cèdent ceux qu’elles contiennent, et alors le chlorure ou le nitrate sodique acquiert de nouveau la faculté d'exercer Ia même action dissolvante et disséminatrice, jusqu'à ce qu’il se soit complétement transformé en sels de chaux et de magnésie.
Lorsque lon considère l'influence bienfaisante qu'exerce la grande solubilité des os pulvérisés, et la facilité avec laquelle ils se répandent dans le sol par suite de leur décomposition dans l'acide sulfurique, on ne peut assez apprécier la propriété des sels ammoniacaux , du sel commun et du nitrate potassique.
Il n’y a pas de comparaison à établir entre l’effet produit par la fumure la plus énergique que puissent donner les phosphates réduits en poudre grossière, et Peffet provenant d’une quantité bien plus petite des mêmes sels subdivisés à linfini, et dont les molécules sont par là mises en contact immédiat avec le sol arable. Chaque radicelle n’a besoin, aux points où elle touche immédiatement la terre, que d’une quantité infiniment petite de matière nutritive, mais il est nécessaire, pour la régularité de ses fonctions, que cet infiniment petit se trouve Juste à la place occupée par la radicelle même. En effet, si les principes nutritifs ne se dissolvent pas dans l’eau, un excès qui se trouve à une autre place ne peut être absorbé par les radicelles et est perdu pour la nutrition. Or, les sels précités possèdent la propriété de transporter ces éléments nutritifs, des endroits où ils sont en excès dans ceux où il en manque, et même, lorsque les éléments dont ces sels sont composés ne peuvent prendre une part directe à la végétation, ils n’en exer-
cent pas moins une influence remarquable sur lamélioration des récoltes.
Mais cette influence cesse, lorsque le sulfate ammonique et Île nitrate de soude se sont complétement transformés en composés caleiques et magnésiques , et que le sel commun s’est changé en chlorure caleique ou magnésique ; il est alors nécessaire qu’il y ait une nouvelle addition de ces sels afin que leur effet se fasse sentir une seconde fois. Si Paction des sels ammoniacaux dépend de l’ammoniaque qu’ils renferment, on comprend difficilement pourquoi, après une forte fumure faite au moyen de ces sels, la partie qui n’a pas agi la première année, n’agirait pas la seconde, puisqu’elle est offerte aux plantes dans le même état que celle qui a agi.
Le sulfate ammonique agit sur les silicates de la même manière que sur les phosphates; lorsqu'on met une faible solution de ce sel en présence d’une terre saturée de silicate potassique et qui ne cède à l’eau aucune trace de potasse, le sel ammoniacal lui enlève une quantité notable de potasse, qu’on peut décéler au moyen des réactifs ordinaires.
Il est clair que le cultivateur, en faisant un usage convenable des propriétés chimiques du sel commun, du nitrate potassique et des sels ammoniacaux, peut remplacer avantageusement, sur les jachères, le travail mécanique de la charrue et l’action de lPatmosphère.
C’est une erreur de conclure que , d’après cette propriété, le sel commun doive avoir la même action qu’une quantité correspondante de nitrate sodique. En effet, si nous admettons, ce qui a lieu en général, que ces deux sels se transforment en composés calcaires, le sel commun en chlorure calcique et le nitrate sodique, en ni-
trate calcique, nous savons, d’après les expériences de Kuhlmann, que le chlorure calcique est par lui-même inefficace et même nuisible pour les différentes espèces de plantes d’une prairie, au lieu que le nitrate caleique favorise considérablement Ia croissance du foin. D’après cela, on voit que le nitrate sodique possède deux actions efficaces et le sel commun une seulement, et, tandis que les plantes cultivées supportent des quantités considérables de nitrate de soude dans le sol, les chlorures, en dehors de certaines limites très-étroites, agissent d’une manière nuisible.
Nous considérons comme engrais tous les éléments qui, mis en contact avec les plantes, favorisent leur développement, sans que nous sachions si plusieurs d’entre eux n'ont d'autre effet que de rendre la nourriture absorbable, et de la préparer ainsi pour les plantes. Le fait de leur influence favorable sur la végétation ne prouve pas par lui-même qu'ils agissent comme principes nutritifs. Nous comparons le travail opéré par la charrue, à la trituration que les animaux font de leur nourriture au moyen d'instruments spéciaux que la nature leur a donnés dans ce but, et, ainsi qu’il résulte des expériences décrites précédemment, quelques substances, telles que le sel commun, lenitrate sodique et les sels ammoniacaux, à part l’action dévolue à leurs éléments constitutifs, jouent un rôle particulier, comparable à celui de lestomac qui digère et pour lequel ils peuvent, en partie, se remplacer. Tant qu'ils rendent les substances nutritives contenues dans le sol, plus facilement absorbables et capables de servir à la nourriture des plantes, ils exercent une influence remarquable sur la végétation de celles-ci et activent, sans contredit, leur développement.
Voilà ce qui nous explique pourquoi ces sels ne
favorisent la végétation que dans certaines terres, et pourquoi leur action se fait très-peu ou ne se fait même pas sentir après une deuxième ou une troisième fumure.
Un cultivateur qui possède des terres auxquelles les phosphates ne manquent pas, mais dans lesquelles ils sont distribués d’une manière inégale, augmenterait certainement l'effet produit par ces sels et en obtiendrait des résultats bien plus avantageux pour ses récoltes, s’il possédait le moyen d’enlever au sol les phosphates basiques et de les lui rendre sous forme de phosphates acides. C’est ce que fait le cultivateur pratique lorsqu'il fume ses terres avec le nitrate de soude, les sels ammoniacaux et le sel commun.
SOMMAIRE
Influence de l'azote sur la puissance productive du sol.— Expériences de Schattenmann, de Lawes et de Kuhlmann. — Résultats de ces expériences. — Différences dans les produits du sol sur la même contrée. — Rapports qui existent entre les produits du sol, leur durée et la somme des substances nutritives fixes qui y sont contenues.
Le sol arable contient une certaine quantité d'azote sous forme d'ammoniaque et de composés azotés provenant des plantes et des animaux.
Les observations de Thomson, de Huxtable, et surtout les travaux remarquables de Thomas Way ont constaté le fait suivant : c’est que le carbonate ammonique contenu dans la pluie et le fumier ou l’ammoniaque des sels ammoniacaux est absorbé et retenu par le sol, de sorte que celui-ci ne renferme pas d’ammoniaque libre, et comme ni l’eau pure, ni l’eau chargée d'acide carbonique ne peuvent enlever au sol lammonjiaque qui s’y trouve à l’état de combinaison , il est facile de comprendre que les plantes, pendant leur développement, l’enlèvent immédiatement au sol au moyen de leurs racines.
Si l’on suppose que ce n’est pas de l'air mais bien du sol que les plantes tirent tout l’azote dont elles ont be-
soin pour se développer, on comprend que chaque partie du sol doit contenir la quantité d’ammoniaque ou d’azote nécessaire à leur végétation; si ces différentes parties en contiennent moins que les racines ne peuvent en absorber ou que les plantes ne peuvent s’en approprier, celles-ci n’atteignent pas leur maximum de développement et produisent moins de grains ou des grains bien inférieurs en poids, quand même elles réuniraient toutes les autres conditions favorables à leur production granifère.
La fertilité d’un champ, en admettant qu’elle dépendit de l'azote, serait donc en rapport avec la quantité de cet élément qui se trouve dans la terre et avec la portion qu'en renferme toute section verticale faite dans le sol. Les fibres des racines ne peuvent absorber de l’azote 1à où elles n’en rencontrent pas.
Dans deux champs dont la terre arable, prise à égale distance de la surface, renferme la même quantité d'azote, et auxquels on considère comme données toutes les conditions favorables à la végétation, deux plantes absorbent des quantités d'azote différentes, si les surfaces d'absorption de leurs radicelles ne sont pas les mêmes. La plante dont les racines présentent à leur extérieur une superficie double , absorbera deux fois plus d'azote que celle qui n’a que la moitié de la même superficie. Ce rapport existe pour tous les principes nutritifs qui se trouvent dans le sol. |
Ainsi, lorsqu'un champ renferme moitié moins qu’un autre de substances nutritives, la plante qui croît sur le premier en absorbera autant que celle qui pousse sar le second , à condition que ses racines réunies présentent une surface double de celles de Pautre.
Ces faits se comprennent d'eux-mêmes et expliquent,
dans bien des circonstances , un des principaux effets des engrais sur nos campagnes, en ce sens que l’accumulation de substances nutritives sur les couches supérieures du sol favorise, dans les premiers temps du développement, la croissance d’une quantité de radicelles double et même centuple de celles qu’elles auraient produites sans cela. Leur développement ultérieur est en proportion avec la surface des racines, et cellesci sont à même d'aller s'emparer de toutes les matières nutritives éparses dans les couches plus profondes du sol. |
Jusqu'à présent nous manquons de données concernant le nombre et la surface extérieure des radicelles des plantes cultivées, et, pour ce motif, il n’est pas possible de constater avec précision la quantité d’ammoniaque que doit contenir une bande de terre arable, pour pouvoir fournir aux divers végétaux ce dont ils ont besoin en azote.
Si, d’après des considérations qui seront développées dans la prochaine lettre, nous admettons que sur chaque millimètre carré de section transversale, un champ doive contenir un demi-milligramme d'ammoniaque, pour procurer aux racines d’une plante de froment tout l'azote dont celle-ci a besoin pour son entier développement, un hectare de champ doit contenir 5,000 kil. ou bien 0,12 à 0,13 pour cent d’ammoniaque, dans la zone où se développent les racines.
Lorsque lon compare avec ce que nous venons de dire, la quantité d’ammoniaque ou d’azote que contiennent les terres arables de différentes contrées, terres dont on a fait des analyses quantitatives nombreuses, on s'aperçoit que la majeure partie de nos champs cultivés, sur une profondeur de dix pouces, en contiennent non-
seulement la quantité précitée, mais encore bien au delà.
Il est hors de doute que toutes les plantes cultivées puisent et absorbent au moyen de leurs feuilles, dans l’eau de pluie, dans la rosée et même dans Pair, les éléments nutritifs azotés qui leur sont présentés sous forme d’ammoniaque et d'acide nitrique, tout aussi bien que les plantes sauvages, qui ne reçoivent cependant de la main des hommes aucune fumure azotée. On voit donc que le cultivateur ne doit pas toujours rechercher la cause de Paffaiblissement de ses récoltes dans un manque d’ammoniaque ou de substances azotées, et qu'il doit, en vue d'améliorer ses produits, chercher quelles sont les autres conditions qui manquent.
La connaissance que l’on a de la quantité d’ammoniaque ou d’azote contenue dans un champ ne suffit donc pas pour pouvoir juger de la fertilité ou de la fécondité de celui-ci. et si l’on voit quelques champs donner, à l’aide de lammoniaque, de meilleurs produits, on en voit beaucoup plus sur lesquels une forte dose de la même substance azotée ne fait aucun effet. L’azote, certes, doit agir aussi et prendre une part active au développement des plantes, mais il n’a par lui-même aucune effeacité, dès que les conditions qui le rendent actif font défaut.
Les expériences faites en Alsace par Schattenmann sont très-instructives sous ce rapport. Ses champs de froment, amendés au moyen de sels ammoniacaux, furent moins productifs qu'une parcelle d’un terrain de même nature, à laquelle cet amendement n'avait pas été vppliqué. Les essais faits en 1857 par le comité général
lUion agricole de Haviére, nientrent également
qu'après la fumure d’un champ au moyen du carbonate ammonique, la production en grain et en paille avait diminué plutôt qu'augmenté, que le sulfate, le phosphate et le nitrate ammoniques n'avaient augmenté cette production que de quelques centièmes, tandis qu'une application de guano renfermant une quantité égale d’'ammoniaque avait produit, sur le même champ, une récolte trois fois plus grande en grains et deux fois plus grande en paille que celle fournie par la parcelle famée.
Il est évident que l’action si fertilisante du guano sur les champs en question était uniquement produite par les autres substances qui se trouvaient avec lammopiaque dans le guano; car, ainsi qu’on l’a remarqué, une quantité d’ammoniaque égale à celle que contenait le guano, appliquée, la même année,sur le même champ et à la même récolte, n'avait produit qu’un effet peu ou point remarquable.
Admettons qu'un champ renferme d'avance, en assez grande quantité, les substances qui se trouvent avec Fammoniaque dans Île guano , ou bien qu'on les lui procure d’une manière quelconque; en lui appliquant une fumure de sels ammoniacaux, 11 aurait produit autant que le guano lui-même, et plus qu'il n'aurait donné sans la coopération de ammoniaque. Seulement, dans un cas pareil, ce serait tirer une fausse conclusion que d'attribuer lPélévation des produits à la seule action de l’ammoniaque , et cela parce que, dans les années à récoltes abondantes, on aurait employé les sels ammoniacaux à l'exclusion de tout autre engrais.
Les expériences faites par Lawes, de 1844 à 1855, nous laissent au même point de vue des preuves réellement palpables. I donna pour fumure à un champ de
froment 256 kilogr. de phosphate calcique et 100 kilogr. de silicate potassique par acre (40 ares, 467) pendant la première année, el seulement des sels ammoniacaux (le sulfate ammonique et le sel ammoniac), pendant les onze années suivantes. Il en retira, année moyenne, moitié plus en grain et en paille que sur un champ de même étendue, mais non fumé et également emblavé de froment pendant le même temps.
Ces résultats sont entièrement conformes à ceux qu'obtint Kuhlmann pendant les années 1844 à 1846, en fumant ses prairies avec des sels ammonia- Caux.
Une prairie, fumée avec du sel ammoniac, lui fournit un surplus de produits évalué à 645 parties de foin pour 100 de sel ammoniac; et, la même année, une seconde parcelle, fumée avec le même sel, mais avec addition de phosphate calcique, produisit 1666 parties de foin pour 100 de sel ammoniac, soit 2 1/2 fois plus que sans phosphate calcique.
Une autre série d'expériences faites par Lawes démontre encore mieux l'importance des substances fixes, employées comme engrais, sous le rapport du rendement des récoltes et de la durée de la fertilité des campagnes.
Outre les deux champs dont nous avons parlé plus haut, Lawes en avait fumé un troisième, en douze ans, trois fois avec des substances minérales fixes et neuf fois avec des sels ammoniacaux; il était resté sans fumure pendant l'année 4846. Cette troisième parcelle avait ainsi reçu deux fumures ammoniacales de moins et trois fumures minérales de plus que le second champ.
Voici les produits que les trois champs ont donné par acre :
Grain et paille.
I. La parcelle non fumée produisit PS RU 18979 II. Une année, fumure minérale — onze ans, fumure avec des sels ammoniacaux . . . . . . . . 24669 II. 5 fumures avec des substances minérales. . . . ) we 9 id. avec des sels ammoniacaux . "1 FR
Quoique la troisième parcelle eût recu au delà de 317 kilogr. de sels ammoniacaux de moins que la seconde, ses produits, loin de diminuer , augmentérent à peu près de la valeur d’une demi-récolte.
Ces faits démontrent à l'évidence que, même sur un sol si riche en substances nutritives fixes pour les froments, qu'il a pu fournir, pendant douze ans et sans fumure , une récolte annuelle moyenne de 1295 kilogr. en grains et en paille; une forte addition d’ammoniaque n'a produit qu’une faible augmentation de produits, lorsqu'on n'avait pas remplacé les éléments fixes enlevés par les récoltes précédentes, tandis que le rendement était plus considérable lorsque cette restitution avait été effectuée. Ils montrent de plus que les sels ammoniacaux, employés comme fumure, avaient moins d’action au fur et à mesure que les principes nutritifs fixes augmentaient en quantité : la masse plus petite d’ammoniaque appliquée au troisième champ, loin de donner un produit proportionnellement moins élevé, donna un rendement total plus considérable que les grandes masses appliquées au second champ, qui n'avait reçu des substances minérales pour fumureque la première année.
On peut constater l’action d’une fumure faite avec des substances minérales fixes, en comparant les résultats obtenus par Lawes sur ses parcelles n° I et IT, pendant différentes années.
En 1850, la parcelle n° II avait reçu, pour la troisième fois, 156 kilogr. de carbonate potassique,
45 kilogr. de sulfate magnésique, 90 kilogr. de poudre d’os et 68 kilogr. d'acide sulfurique; on ne lui appliqua, pendant les cinq années suivantes, d’autre famure que les sels ammoniacaux.
La parcelle n° IT n'avait êté fumée qu’une seule fois, en 1844, avec du phosphate acide de chaux et du silicate potassique; elle le fut avec des sels ammoniacaux pendant les onze années suivantes.
À partir de l’année 1850, les champs donnèrent les résultats suivants :
Production, en kilogrammes, de grain et de paille.
kil. kil. kil. kil. kil.
I. Parcelle non fumée. 1223.71 1114.49 803.78 1585.78 1297.30 II. Substances minérales fixes, en 1844, ensuite sels ammon.
jusqu’en 1855 . . 2984.35 1862.93 1219.64 26345 1714.15 IE. Substances minérales
en 1844,1848 et 1850,
ensuite sels ammon.
jusqu’en 1856 . . 2261.20 1887.88 162387 5176.56 2301.57
Ou bien :1. 1000 1000 1000 1000 1000 IL. 1850 1630 1500 1690 1520 III. 1800 1690 2010 2000 1770
Comme on peut le remarquer, le champ n° III, auquel on avait appliqué en 1850 une forte fumure minérale, ne produisit pas, les deux années suivantes , une récolte plus abondante que le champ qui n’avait pas reçu le même surcroit d'éléments nutritifs. Un cultivateur inexpérimenté aurait pu conclure de là que ses champs étaient déjà assez riches en ces éléments et que ce serait une véritable profusion que de vouloir les remplacer dans le sol, puisqu'ils y existaient encore. Mais les essais continués avec persévérance, prouvèrent
combien eût été peu fondée une pareille conclusion ; ils montrèrent qu'aucune particule de ces substances n’était restée sans effet, que cet effet ne s’était fait sentir qu'après leur dissémination dans le sol ; ils montrèrent que ces mêmes substances, pour agir efficacement, avaient besoin d’un espace de temps bien plus considérable que si elles étaient données au sol sous forme de fumier, dans lequel les matières organiques constituent une véritable source d’acide carbonique, qui facilite considérablement la dissolution des éléments fixes et leur distribution dans le sol.
Ce ne fut que la quatrième année (1855), qu’on put reconnaître l’action des substances nutritives fixes par l’augmentation des produits, et leur présence se fit encore sentir très-clairement pendant la sixième.
Tandis que les sels ammoniacaux appliqués sur la seconde parcelle qui avait reçu une fumure minérale sept années auparavant, lui faisaient produire, en 1853, une récolte une et demie fois plus grande que celle du champ qui n’avait reçu aucune fumure, le produit de la troisième parcelle après une fumure faite avec les mêmes sels, se trouva doublé; en 4854, ce produit dépassa celui de la seconde de 31 pour cent et en 1855 de 45 pour cent.
Quant à la différence qu'offraient les deux champs de froment fumés avec des sels ammoniacaux, on ne peut guère lui assigner d'autre cause que celle-ci : l’un des deux était plus riche que l’autre en substances nutritives nécessaires à la végétation du froment, car il est bien certain que les produits des deux champs n'étaient pas en rapport avec la quantité d’ammoniaque qui leur avait été donnée.
Les substances nutritives fixes que la troisième parcelle s'était assimilées pendant l’année 1850, doivent
être considérées comme la cause principale de laccroissement des récoltes de 1853 à 1855; on ne peut donc pas révoquer en doute que les mêmes substances nutritives données en 1854 à la seconde parcelle (253*,90 de phosphate acide de chaux et 99,75 de silicate potassique), n'avaient été aussi la cause principale de laugmentation des récoltes qui a eu lieu sur cette parcelle pendant les onze années suivantes, comparativement à celles qui n'avaient reçu aucune fumure.
D’après les résultats donnés par des terrains dune nature aussi identique que les champs d'expérience de Lawes, on ne doit pas s’imaginer que la troisième parcelle aurait pu porter, en 1855, 1854 et 1855, des récoltes plus abondantes que la seconde, si Ja somme de substances fixes qu’elle renfermait n'avait excédé celle que contenait la seconde pièce de terre. Si cette dernière somme , à son four, n'avait pas été plus grande que celle de la parcelle non fumée, cette seconde pièce de terre ne l'aurait pas emporté sous le rapport de la bonté et de la durée de ses récoltes.
Il résulte encore de là que les produits de la parcelle non fumée étaient également en rapport avec la somme des substances actives contenues dans le sol; si cette somme avait diminué, il y aurait eu aussi diminution sensible dans les produits. Par suite de l’accroissement de la quantité de ces substances fixes dans le second champ, les récoltes, favorisées par l’action des sels ammoniacaux, augmentèrent aussi; une quantité encore plus considérable des mêmes substances sur le troisième champ eut pour résultat une récolte également plus abondante, bien que ce troisième champ eût reçu moins de sels ammoniacaux que le second.
D'après cela, il est encore évident que les produits,
ainsi que leur augmentation, dépendaient entièrement de la somme des principes fertilisants contenus dans les champs, et de la partie même de cette somme qui, par la coopération des sels ammonjacaux, devenait plus propre à l'absorption. Sans le secours des principes fixes que, dans les essais de Lawes, la seconde et la troisième parcelle avaient reçus , ces champs seraient arrivés, après un petit nombre d'années , à l’état où se trouvaient les champs de Schattenmann, sur lesquels une application de sels ammoniacaux n'avait nullement favorisé la production des céréales. Et lorsqu’avee Paide des sels ammoniacaux ou du nitrate sodique, le produit d’un champ en grains ei en paille se trouve augmenté, la cause principale de cette augmentation consiste en ce qu'une plus grande partie de la somme des principes nutritifs fixes contenus dans le sol s'y trouve à l’état absorbable et agit de cette manière avec efficacité; sans celte augmentation de solubilité, les sels ammoniacaux et le nitrate de soude n'auraient produit aucun effet.
Un champ qui, par suite d’une fumure faite avec ces sels, a donné des produits plus élevés pendant une ou plusieurs années, diminue en fécondité pour les récoltes suivantes, car il ne peut rester fertile qu'en conservant les conditions de sa fertilité, et celle-ci ne peutaugmenter que lorsque ces conditions se trouvent en plus grand nombre. En provoquant un surcroit de récolte par les sels ammoniacaux et le nitrate sodique, on a enlevé au sol ses éléments qui se sont changés en grain et en paille, et, après la moisson, le champ en est devenu plus pauvre qu'auparavant.
L'expérience montre que les produits agricoles d’une même contrée sont fort différents les uns des autres, même si les champs qui les produisent possèdent une
quantité égale d’azole où de matières organiques en décomposition. Une prairie donnera le double, Le triple même de foin d’une autre prairie de même étendue, placée dans des conditions en apparence identiques. Un champ de trèfle produira trois et quatre fois plus qu'un autre champ de trèfle de même surface.
Les raisons de ces différences sous le rapport de la production sont pourtant toujours et partout Îles mêmes.
L’atmosphère fournit à deux champs d’égale superficie une même quantité d’acide carbonique et de substances ammoniacales, mais on recueille sur Ja surface du plus fertile, sous forme d'herbe ou de trèfle, deux, trois et même quatre fois plus de carbone et d’azote que sur celle de l’autre; il est donc clair que, dans ce cas, la cause de l’augmentation des produits n’est pas dans l'air, mais bien dans le sol.
Le champ le plus productif donnait aux plantes deux, trois et quatre fois plus que l’autre de substances nutritives minérales nécessaires à leur développement; il pouvait fournir plus de ces principes fixes, soit qu’il les contint en plus grande quantité, soit qu’il les renfermät sous une forme plus propre à l’absorption.
Si nous supposons que, en un an, l’atmosphère procure une quantité d’ammoniaque double, triple et même quadruple de celle qu'il donne, en réalité, à deux prairies ou à deux champs de trèfle inégalement productifs, dont l’un renferme une plus grande somme de principes fixes que l’autre, et que les récoltes que lon retire soient augmentées par {à, le surcroit de production des deux champs sera toujours différent; celui du champ le plus fertile sera plus élevé que celui du champ dont fa fertilité est moindre. Cette élévation se main-
tiendra toujours dans des proportions égales, car le rapport entre les conditions de fertilité du sol est resté le même dans les deux champs.
L'augmentation des produits d’un terrain au moyen de l’ammoniaque ou de ses sels implique nécessairement que les conditions favorables au sureroit de production ne manquent pas, et que les principes constitutifs du soi ont acquis plus d'efficacité et peuvent être absorbés plus facilement dans un temps donné.
La production et la durée des récoltes sont toujours et dans tous les cas en rapport avec la somme de substances nutritives fixes contenues dans le sol.
La quantité des produits est en rapport avec [a rapidité de l’action des principes constitutifs du sol, dans un temps donné, c’est-à-dire avec la quantité de ces éléments que le sol cède annuellement aux plantes.
Donc, lorsqu'un champ renferme autant, et pas plus, de principes nutritifs fixes qu'il peut en abandonner, en cent années, à cent récoltes ordinaires de froment, sans qu’il soit nécessaire de les remplacer, 1l se peut qu'après ce laps de temps il soit encore assez riche pour produire un autre genre de récolte, mais, au point de vue agricole, il ne peut plus être considéré comme une terre propre à la culture du froment.
Lorsque nous cherchons à accélérer l’action des substances nutritives fixes par une préparation mécanique du sol plus parfaite, ou à l’aide d'agents chimiques tels que le nitrate de soude, Le sel marin et les sels ammoniacaux, le champ produira peut-être, en cinquante ans, autant de grain et de paille qu'il en aurait produit sans ces moyens en cent ans, et il se trouvera épuisé pour la culture du froment en moitié moins de temps qu'auparavant.
En employant de pareils moyens, on ne gagne donc rien sous le rapport de la quantité de produits fournis par le sol; on ne gagne que sous le rapport du femps.
Lorsque le cultivateur n’a pas sans cesse en vue les conditions dont dépend la durée de ses récoltes, lorsqu'il ne se fie qu’à l'efficacité de son travail et à l’emploi du nitrate de soude, des sels ammoniacaux et du sel marin, sans prendre soin en même temps de chercher à remplacer dans le sol Les éléments constitutifs que lui enlèvent les récoltes, 1l spécule sur la richesse de ses terres, richesse qu’il ignore et sur laquelle personne ne peut Je renseigner ; il s’approprie à l'avance le bénéfice qu’il aurait gagné infailliblement, quelques années plus tard, et la seule différence qui existe entre lui et les spéculateurs en actions de chemins de fer, c’est que notre cullivateur ou ses descendants portent inévitablement la peine de leurs folies, landis que le spéculateur ordinaire s’y soustrait quelquefois, en la faisant subir à d’autres. — Il se peut que sur beaucoup de terres l’emploi si profitable en apparence de ces sortes de moyens dure longtemps, et que le cultivateur ne s’aperçoive pas du dommage qu'il encourt en négligeant de réparer les pertes faites par le sol, mais plus la durée de ce surcroit de production a été longue, plus la fin doit être prochaine.
SOMMAIRE
Des éléments nutritifs contenus dans l'atmosphère. — Distinction entre les plantes annuelles et les plantes vivaces, au point de vue de la nutrition et de la direction de l'assimilation. — Influence de la surface
* foliacée et de la durée de la végétation.
L'air ne contient qu’une quantité de substances nutritives fort petite comparativement à sa masse.
Si l’on imagine que toutes les molécules d'acide carbonique et d’ammoniaque éparses dans Patmosphère viennent à se rassembler et à former une couche qui recouvre toute la superficie de notre globe, on verra que ces gaz, en leur supposant la densité qu'ils auraient à la surface de la mer, atteindraient, lPacide carbonique, une hauteur de 2°,59 et lammoniaque gazeux # millimètres à peine. Tous deux sont incessamment enlevés à l'air par les plantes, et atmosphère en devient naturellement plus pauvre.
Supposons maintenant que la surface du globe ne soit qu'une immense prairie produisant annuellement 100 quintaux de foin par hectare, 11 faudrait vingt et un à vingt-deux ans aux herbes de celte prairie pour priver l'atmosphère de tout Pacide carbonique qu’elle contient, et alors toute vie devrait cesser; Pair aurait
cessé d’être nutritif pour Les plantes, c’est-à-dire qu’une des conditions indispensables à leur développement leur manquerait. Dans la nature tout a été prévu, pour assurer Ja durée perpétuelle de la vie organique ; l’homme et les animaux tirent leur nourriture des plantes; tout être vivant n’a qu’une existence passagère, Pendant la vie des animaux, les aliments qui l’entretiennent redeviennent ce qu’ils étaient primitivement; les plantes et les animaux subissent aussi après leur mort un chan. gement tout à fait semblable à celui qui a lieu dans acte de la nutrition : leurs éléments combustibles se transforment en eau, en acide carbonique et en ammoniaque. Ceux-ci étant gazeux de leur nature, se répandent de nouveau dans latmosphère, où ils servent à former et à développer une nouvelle génération.
En se plaçant au point de vue des éléments combustibles qui entrent dans l’organisation des plantes et des animaux, le maintien de la vie organique est, comme on le voit, étroitement lié au retour de ces conditions, pour l’accomplissement desquelles le Créateur a établi une cireulation immense, à laquelle l’homme peut participer, sans que sa participation soit pour cela indispensable.
Là où le sol produit et développe des aliments sous forme de grains ou de fruits, se trouvent des hommes et des animaux qui consomment ces aliments, et qui, par une loi impérieuse de la nature, celle de leur propre conservation, les transforment de nouveau dans ces principes nutritifs primitifs.
L’air n’est jamais à l’état de repos; il possède conslamment un mouvement ascendant et descendant, même quand aucun souflle de vent ne se fait sentir; ce qu'il a perdu en substances nutritives, il le reprend
immédiatement ailleurs, à des sources qui ne tarissent jamais.
Il existe une différence remarquable entre les plantes vivaces et les plantes annuelles, sous le rapport de l’absorption de la nourriture et de la manière dont elle est utilisée. En effet, supposons que la faculté de s’emparer des substances nutritives et de les transformer en éléments de leur organisme, soit la même pour les diverses espèces de plantes, toujours est-il qu’il existe une différence par rapport au temps dont elles ont besoin pour leur existence : ainsi, pour atteindre son maximum de développement pendant la courte durée de sa vie, la plante annuelle doit absorber beaucoup plus que la plante bisannuelle, et celle-ci plus que la plante vivace.
Les conditions favorables à la vie des végétaux agissent de la même manière sur les plantes vivaces, seulement les variations accidentelles et passagères de température n’influent pas au même degré sur leur développement. Si elles se trouvent dans des conditions défavorables, leur eroissance n’est entravée que sous le rapport du temps; elles peuvent attendre le retour de conditions meilleures. Mais la plante annuelle, au lieu de ne rencontrer qu’un temps d’arrêt dans son développement, atteint bientôt les limites de son existence et finit par mourir.
Les plantes vivaces, au commencement de leur végétation, dirigent surtout leurs facultés végétatives vers le développement de leurs racines ; les substances nutritives atmosphériques, absorbées par les feuilles, servent à l'extension de leurs organes souterrains, au moyen desquels elles puisent leur nourriture. (Cela se remarque surtout dans les végétaux arborescents, qui, dans
les premiers temps, paraissent se développer si lentement, mais qui le font plus tard avec tant de rapidité.) Lorsque les racines des plantes vivaces ont atteint une certaine longueur, on voit leurs tiges croître, leurs,branches , leurs pousses et leurs feuilles augmenter en nombre, et cela dans des proportions bien autrement grandes qu’au commencement.
Pendant le développement des plantes annuelles, les substances nutritives prennent en même temps deux directions pour la formation des pousses, des racines et des feuilles ; elles sont pour cela, eu égard à la quantité que la plante doit recevoir, beaucoup plus dépendantes de la nature du sol et des influences atmosphériques que les plantes vivaces ; le développement de toutes Îles parties d’une plante annuelle dépend entièrement d’un espace de temps déterminé et relativement court, et sa croissance n’est complète que lorsque les conditions extérieures sont aussi avantageuses que l’état du terrain sur lequel on la cultive.
Pour les plantes vivaces qui forment les gazons et les herbes des prairies, la formation des pousses souterraines est de la plus grande importance. En effet, elle maintient la végétation, elle parait surtout nécessaire dans la plupart des circonstances où le défaut de substances nutritives ou bien toute autre cause porte préjudice aux végétaux annuels. Des plantes que contient une pièce de gazon dans une prairie très-fournie, bien peu poussent des tiges ; la plupart ne développent que des touffes de feuilles, plusieurs même se contentent de pousser des jets souterrains. Une contrée doit l’aspect qu'elle présente aux végétaux vivaces, qui prennent possession du sol partout où l’homme n’y met pas obstacle. Une certaine étendue de forêt abattue se recouvre, dès
l’année suivante, de plantes dont plusieurs (par exemple, le framboisier) donnent, la même année, des fleurs et des fruits qui, par conséquent, ne proviennent pas de semis ; mais leurs racines croissent sous terre pendant une série d’années, jusqu’à ce que ces plantes soient à la fin parvenues à réunir les conditions nécessaires à leur développement complet.
C’est là-dessus qu'est basée la durée de la végétation de nos prairies : la garantie de leur production, n'importe la température et l’état du sol, repose sur le grand nombre de plantes qui se sont maintenues à un degré de développement peu avancé.
Pendant qu’une plante prend ainsi un développement extérieur, fleurit et produit de la semence, une seconde et une troisième réunissent, un peu plus bas, les conditions d’une prospérité analogue; si la première semble vouloir disparaître, elle fait place à la seconde ou à la troisième, jusqu’à ce qu’elle se retrouve de nouveau dans des conditions favorables à son existence. Une application de cendres sur une prairie y fait pousser des plantes de Ja nature du trèfle ; la poudre d’os traitée par l'acide sulfurique y développe le ray-grass français en touftes épaisses, et les places où cette dissolution n'a pas pénétré ne montrent pas la moindre tige de cette plante fourragère.
La prévoyance admirable de la nature a assuré la durée des plantes qui couvrent constamment le sol d’un tapis de verdure ; elle l’a assurée par la succession et le changement des espèces, et, dans la culture des plantes annuelles qui servent à la nourriture des hommes et des animaux, lagriculteur, en changeant les plantes sur le même champ, ne fait que se soumettre à une loi de la nature,
L'espace d’où les plantes vivaces tirent leur nourriture s'agrandit tous les ans ; lorsque leurs racines sont dans une place où elles ne trouvent que peu de substances nutritives, elles en atteignent bientôt une autre qui leur fournit ce dont elles ont besoin.
La plante annuelle perd chaque année ses racines; la plante vivace conserve les siennes toujours prêtes à absorber leur nourrituré en temps opportun; plusieurs conservent aussi leur tige dans laquelle s’amassent toutes Les parties nutritives non encore absorbées, et qui doivent servir aux besoins futurs des feuilles et des bourgeons ; aussi ces plantes prospèrent-elles sur un sol relativement pauvre, sur lequel les plantes annuelles auraient besoin que la main des hommes leur présentât un supplément de nourriture.
Les plantes annuelles ne peuvent se succéder sur la méme terre, sans finir par l’épuiser. Dans les rotations de culture, on fait avantageusement succéder les plantes vivaces aux plantes annuelles, et réciproquement.
Une plante annuelle dépend d'autant moins de ce que peuvent lui fournir les substances nutritives contenues dans l'atmosphère, qu’elle se rapproche davantage, par sa nature même, des plantes vivaces. Tant qu’une plante produit de nouvelles feuilles, elle possède toujours Ja faculté de puiser dans l'air l'acide carbonique et lammoniaque, et plus elle puise ainsi dans l'atmosphère, moins elle doit enlever à la terre de ces éléments.
Une plante de pois, qui pousse des feuilles et des fleurs nouvelles au moment où sa semence est en pleine maturité, enlève à l’atmosphère les éléments combusüibles en plus grande quantité que la plante de froment, dont les feuilles et la tige se flétrissent après la floraison et pendant que le grain mürit, et perdent ainsi leur
faculté de puiser dans Pair la nourriture dont elles ont besoin.
C’est ce qui explique pourquoi certaines plantes qui ont reçu en temps convenable une fumure de matières organiques, dont la décomposition procure aux racines l’acide carbonique et l’ammoniaque, deviennent plus fortes et produisent plus de grains que d’autres dont la production est à peine stimulée par les mêmes agents.
La même surface de terrain, portant des récoltes de nature différente, produit des quantités également différentes du corps simple qui forme l'élément constitutif de la chair et du sang, c’est-à-dire de lPazote. On remarque que la quantité d’azote produite par un champ sous la forme de grains et de paille de seigle, étant représentée par 100, on en récoltera sur la même superficie :
114 par lavoine,
1418 — [Je froment, 270 — Jes pois, 390 — Je trèfle, 470 — les turneps.
Ainsi, dans une culture agricole, les pois, les fèves et les plantes fourragères produisent plus d'azote que les céréales ; les pois et les fèves produisent deux fois plus, le trèfle et les turneps trois ou quatre fois autant de viande et de sang que le froment. Le trèfle et les navets peuvent, sur bon nombre de terrains, donner d’aussi beaux produits, sans recevoir de fumure azotée. On augmente encore la production du trèfle en lui appliquant des cendres, et celle des betteraves par emploi de la poudre d'os traitée par l'acide snlfurique.
Dans la culture, le fumier riche en azote se montre particulièrement favorable aux céréales, quoique, sur
beaucoup de terres, il active également la végétation du trèfle et des plantes-racines. En général, la réussite des plantes fourragères sur les terres qui n’ont pas recu de fumure azotée, prouve que l'utilité ou la nécessité d’une telle faumure pour les champs emblavés en céréales, ne peut avoir pour cause un {arissement des sources naturelles de lPazote et ne peut être expliquée par le motif que ces éléments auraient fait défaut aux céréales. La colonne d’air qui se trouve au-dessus d’un champ de trèfle ou de froment présente à celui-ci autant d’acide carbonique et d’ammoniaque qu’au trèfle, et le même sol qui n’avait procuré au cultivateur qu’une petite quanté d'azote sous forme de grains et de paille, lui rend trois et quatre fois plus d'éléments azotés lorsqu'on y cultive des plantes fourragères. La source où la plante de trèfle puise lazote dont elle a besoin, était également ouverte pour la plante de blé; et, si la première y a trouvé le double ou le triple, la seconde ne peut pas en trouver {trop peu.
Il est tout à fait certain qu’un sol dont la production en grains a été médiocre, n’en produira pas davantage à l'avenir, même si on lui applique de riches fumures ammoniacales. — La non-réussite du grain a une tout autre cause, que l’on doit rechercher dans l’état du sol.
D'un autre côté, on ne peut pas révoquer en doute que deux terres, également riches en substances nutritives fixes, ne sont pas néanmoins également fertiles en grains, si l’une des deux renferme plus que l’autre de substances organiques riches en carbone et en azote; celle qui en contient le plus donne les plus beaux produits en grains et en paille. De deux champs qui ont reçu une même quantité de substances nutritives fixes, si l’un trouve dans les matières organiques une source
d’acide carbonique et d’ammoniaque, et que Fautre n’en trouve pas, le premier donnera généralement des produits plus élevés que le second.
Ce surcroît de produits a lieu dans les mêmes proportions pour les céréales que pour les autres plantes annuelles dont les feuilles et les racines ne se développent que lentement, et il est facile de comprendre la raison pour laquelle un concours de matières organiques et azotées est nécessaire. e
La cause en est évidemment que la quantité de produits riches en azote qui peuvent être récoltés sur une certaine surface, est dans un rapport intime avec la surface extérieure des feuilles et généralement avec tous les organes absorbants; elle est également proportionnée à l’espace de temps pendant lequel ces organes fonctionnent.
Ainsi, en prenant deux plantes ayant la même durée de végétation, si l’une possède des feuilles d’une surface double de celles de l’autre, elle puisera dans l'air une quantité d'azote également double,
Considérons maintenant deux autres plantes, ayant la même surface foliacée et dont la végétation est d’une durée différente. Celle dont la faculté d'absorption, toutes conditions égales d’ailleurs, se maintient le plus longtemps, donnera les produits les plus abondants. — En fumant les terres avec des engrais riches en azote, le cultivateur exerce une influence immédiate sur ses récoltes, et l’action de l'azote de cet engrais est inversement proportionnelle à la surface absorbante des feuilles et des racines et à la durée de végétation de la plante cultivée.
Quant aux plantes dont les feuilles sont de dimensions plus grandes (comme les pois et les plantes-racines) ou celles dont la végétation dure plus longtemps (comme
les herbages et le trèfle), l’action qu’exerce sur elles l'azote contenu dans les engrais est bien inférieure à celle qu'il exerce sur les céréales. L’ammoniaque, comme élément nutritif, est nécessaire à tous les végéaux, mais, au point de vue agricole, sa présence dans les engrais n’est pas nécessaire pour toutes les plantes cultivées.
L'expérience a appris au cultivateur à faire dans ce cas une différence : il ne fume pas, en règle générale, un champ de trèfle avec des matières riches en azote, parce que la récolte de trèfle ne se trouvera pas pour cela améliorée, au lieu qu’en appliquant la même fumure à ses champs de blé, elle y produira un effet favorable.
Voilà pourquoi le cultivateur utilise les plantes fourragères comme un moyen de donner à ses terres à céréales un plus grand degré de fertilité.
Les plantes fourragères qui réussissent sans engrais azotés, ramassent dans le sol et condensent dans l’atmosphère, sous forme de principes essentiels du sang et de la viande, lammoniaque que ces deux sources peuvent lui fournir ; les mêmes plantes, ainsi que le trèfle et les plantes-racines, entretiennent ses bêtes à cornes, ses moutons et ses chevaux, dont les excréments solides et liquides lui rendent, sous forme d’ammoniaque ou de principes azotés, l’azote condensé dans ces aliments et, par suite, un supplément d’azote ou d'engrais azoté, qu'il peut appliquer à ses champs de blé.
L’azote employé par l’agriculteur pour engraisser ses champs, provient toujours de Patmosphère. Tous les ans, le cultivateur enlève, sous forme de bétail, de grain, de lait et de fromage, une certaine quantité de cet azote; toutefois son capital d'azote se maintient et augmente
même, si, par la culture de plantes fourragères, convenablement dirigée, il a soin de restituer ce qu'il a pris.
Dans les zones tempérées, ce sont ordinairement les plantes annuelles qui servent à la nourriture de l’homme, et c’est ie devoir du cultivateur de faire produire à ses champs autant de nourriture pour l’homme, sous forme de plantes annuelles, qu'il peut en obtenir, pour les animaux, sur une surface équivalente, au moyen de plantes vivaces. La nature prend soin des animaux parce qu'ils ne peuvent se soigner eux-mêmes, mais l’homme, afin d'assurer son existence, a reçu le pouvoir de forcer les lois de la nature à satisfaire tous ses besoins.
La meilleure terre à céréales qui à recu une fumure, ne produit pas, en somme, plus de sang et de viande qu’une bonne prairie qui n’a recu aucun engrais azoté ; la première même, n'étant pas fumée, est, sous le rapport de la production, bien inférieure à la seconde.
Ce qui manque aux céréales sous le rapport du temps, pendant qu'elles puisent aux sources naturelles leurs principes nutritifs atmosphériques, pour pouvoir produire le plus possible de grains et de paille, ce que les feuilles elair-semées ne peuvent tirer de lair pendant la courte durée de leur végétation, le cultivateur le fournit à la plante par la voie de ses racines.
Ce que les plantes fourragères absorbent, en huit mois, de principes nutritifs atmosphériques, et ce que la plupart des végétaux cultivés, dont la période d’absorption est limitée à quatre ou cinq mois, ne peuvent recevoir de l'air, le cultivateur y supplée par des engrais, et il fait en sorte que les céréales absorbent et s'assimilent, pendant leur courte existence , autant d'azote que les plantes fourragères en puisent aux sources naturelles.
L'action des engrais riches en azote el les avantages qu'ils procurent en certains cas, s'expliquent par ceci : aux plantes dont les feuilles et Les racines acquièrent peu de développement et dont la végétation dure peu de temps, le cultivateur fournit de l’engrais en quantité d'autant plus grande, qu’elles ont moins de temps pour puiser à leurs sources naturelles. Le cultivateur ne procure pas toujours à ses champs l'azote avec lequel il favorise la production des céréales, sous forme d’ammoniaque, forme sous laquelle il se trouve dans les excréments déjà décomposés des hommes et des animaux. Il fait aussi un usage fréquent d’autres substances riches en azote, telles que la corne, les rognures de corne, le sang desséché, les os frais, les tourteaux pulvérisés, etc.
Nous savons que ces substances, de même que toutes les matières azotées provenant des animaux et des plantes, se décomposent peu à peu dans le sol et que leur azote se transforme en acide nitrique et en ammopiaque, que le sol arable finit par absorber et par s’assimiler complétement.
Dans tous les cas où l’ammoniaque exerce par ellemême une influence favorable sur les récoltes, l’action de ces substances. eu égard à l’azote qu’elles contiennent, ressemble entièrement à celle de l’ammoniaque ; seulement elle dure plus longtemps, parce que ces substances ont besoin d’un certain temps pour transformer leur azote en ammoniaque, suivant la facilité de leur décomposition dans le sol; la chair et le sang desséchés, de même que les parties azotées de la poudre de tourteau, agissent avec plüs de rapidité que la gélatine des os, et celle-ci, à son tour, est plus active que la corne ou les rognures de corne.