IV PRÉFACE
donne des engrais supplémentaires, et, à leur défaut, il peut avec son argent se procurer du guano, du nitrate de soude, de la poudrette ou du tourteau. Toute sa science se réduit à connaître la valeur du fumier et de ses succédanés qu’il emploie et apprécie très-exactement. Son intendant sait l’époque de la fumure et l’ordre des rotations, sans avoir besoin pour cela de la moindre notion scientifique : pour lui d’autres indices existent, qui sont bien préférables et qui doivent lui suffire.
Le riche propriétaire est un homme éclairé, qui éprouve aussi des besoins intellectuels. Ce sont les publications agricoles qui viennent les satisfaire. L'auteur établit par des considérations théoriques la supériorité du travail empirique ; il confirme les opinions du praticien, et les arrange de manière à leur donner une apparence scientifique. Quoique ses explications soient souvent en contradiction avec les vérités scientifiques les plus incontestables, elles ont l'avantage que le propriétaire les regarde comme étant d'accord avec son expérience; et, en définitive, il ne s’agit que de le rendre content de ce qu'on appelle l’accord de la pratique avec la théorie. Ainsi, par exemple, on prétend que, dans la production du bétail et du grain, les alcalis du fumier restent sur le sol, et que, dans la pratique, leur quantité ne fait qu'augmenter plutôt qu’elle ne diminue ; par conséquent, il est inutile, superflu de les restituer au