VI PRÉFACE
l'explication qu’on lui en donne, quoiqu'elle n’ait que Papparence de la vérité : il se voit avec satisfaction confirmé dans sa croyance que sa pratique est rationnelle et sanctionnée par la science; ce qui n’est pas en réalité.
Quant aux questions pratiques du genre de celles-ei : Pourquoi l'action ultérieure des engrais que nous venons d’énumérer n'est-elle pas égale à celle du fumier d’étable? pourquoi en est-elle si différente? pourquoi le trèfle ne vient-il plus sur certains champs? ou pourquoi les pois ne réussissent-ils qu'à de longs intervalles sur le même terrain ? Notre auteur s’en préoccupe fort peu; il en parle comme de choses établies par la nature, auxquelles il n’y a rien à changer, et dont le cultivateur doit tenir compte dans sa pratique. Et, dans le cas extrêmement péu probable où le praticien serait arrivé par lui-même à résoudre une de ces questions ou à éluder une difficulté (car c’est à lui qu’en est laissé le soin), l’auteur regarde comme sa plus belle prérogative de lui démontrer, par une série d'analyses chimiques, comment la théorie s'applique exactement à la pratique.
Ces écrits des auteurs agronomiques ne causent pas de préjudice aux propriétaires pour lesquels ils sont faits, car ces derniers maintiennent constamment la ferüilité de leurs terres, au moyen du fumier, du guano ou d’autres engrais qu'ils achètent. Dans cette pratique si simple, Pépuisement ne se produit jamais; ce qu'on
PRÉFACE. vil
enlève aux champs en éléments de grain ou de viande, leur est rendu largement et même outre mesure.
Quoique les notions scientifiques ne jouent qu’un rôle très-restreint dans la pratique de ces heureux propriétaires, puisque tout leur savoir consiste en une couple de recettes qu’on pourrait écrire sur une carte à Jouer, c’est cependant pour eux que sont faits la plupart des Manuels et des Traités les plus estimés : c’est à eux que s'adressent la plupart des articles insérés dans les publications agricoles; c’est pour eux qu’on écrit, sur la connaissance du sol et l’action des engrais, ces ouvrages enrichis de notions scientifiques empruntées à la chimie, à la physique, à la botanique et à la géognosie; c’est pour eux, enfin, qu’on publie ces nombreuses analyses de grains, de pailles, de foin et de navets. Il est vrai qu'ils ne lisent ou ne comprennent rien de tout cela, parce qu'il ne s’y trouve rien de compréhensible, ou qui puisse les faire avancer d’un pas dans leur travail ; seulement ils y prennent plaisir, parce qu’ils voient entièrement confirmée par la science la pratique qu'ils exercent avec tant d’ardeur et de succès.
Après eux, vient une seconde classe de propriétaires. Ceux-ci possèdent aussi des terres, mais leur capital est inférieur à celui des premiers : leurs champs donnent de bonnes récoltes par la simple culture et l’emploi du fumier. Ils achètent peu de guano et d’autres engrais ;