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LETTRE QUATRIÈME

SOIVIMAIKE.

3Ioslaganein. — Oran. — Djemma- Gazouat. — Gibraltar. — Cadix. — Tanger.

Cette fois, monsieur, nous partons pour les districts de l'Algérie qui ont été le théâtre de la guerre la plus acharnée , pour la région où la voix d'Abd-el-Kader a toujours soulevé contre nous un fanatisme ardent. Nous allons voir cette terre sanglante qui a été son premier champ de bataille et qui est devenue son dernier refuge , ces forteresses conquises à la chrétienté par le généreux Ximenès , et rendues par nos armes à la chrétienté. Je ne puis vous promettre de vous montrer , chemin faisant , la belle et maie figure de ce terrible émir , qui aurait un si grand succès dans les salons de Paris , si au lieu de persister dans son inflexi])le mission , il se laissait aller

un jour à l'agréable pensée de venir s'asseoir au foyer du peuple français , de boire du vin de Champagne , de demander des lettres de grande naturalisation , de se passionner pour le service de la garde civique et pour les joies électorales , toutes choses charmantes qu'il ignore comme un barbare , et qu'il me paraît peu disposé à connaître. Depuis le traité de Mogador , je ne sais si l'élu du marabout de Bagdad est interné ou non ; ce qu'il y a de sûr , c'est qu'en parcourant la côte de sa chère province de l'ouest, on ne le voit pas. Mais en revanche , si vous voulez bien encore m'accompagner dans cette nouvelle excursion , je tâcherai , monsieur , de vous faire voir quelques-uns des lieux sur lesquels il a concentré ses efforts , et qui , par l'héroïque courage de nos soldats , ont ajouté une page glorieuse à nos glorieuses annales.

La première ville où nous nous arrêtons en venant d'Alger est Mostaganem, qui est en notre possession depuis 1833. Une partie de ses constructions , qu'on appelle la Marine , s'élève au bord de la mer. La ville même esta un quart de lieue de là, sur un plateau de sable et de craie de trois cents pieds environ de

hauteur. C'est une des anciennes cités de l' Algérie. Une inscription placée sur une de ses mosquées dit qu'elle fut construite par des bergers ([ui , ayant conduit leurs troupeaux de brebis sur ce sol couvert de gazon , ne pouvaient plus les en arracher. H faut croire qu'en plus d'un endroit les avides brebis ont tout dévoré , car à une lieue de INIostaganem , on ne voit qu'un sol aride et sablonneux Mais les bords des ruisseaux qui le sillonnent sont couverts d'une végétation qui justifie ce que plusieurs voyageurs ont raconté de la fécondité de ce territoire. On trouve là une quantité de plantes qui grandissent rapidement ; le citronier s'y développe mieux que dans les campagnes d'Alger , et l'on y cultive avec succès le liennah , cet arbuste dont les femmes arabes ont si grand besoin pour se teindre chaque jour les ongles et la paume des mains. Les maisons de Mostaganemsont pour la plupart petites et assez grossièrement bâties. Tous nos soldats n'ont pu y trouver place. Un trèsgrand nombre campent au dehors des murs , dans des cabanes en bois, où nous n'avons pu les voir sans un profond sentiment de pitié. La plupart couchent sur une planche éle-

vée à un demi-pied au-dessus du sol et couverte d'une mince paillasse ; d'autres n'ont pour lit qu'une toile suspendue à leurs piquets comme un hamac. Les pauvres gens sont là entassés l'un près de l'autre , souffrant à la fois de l'ardeur de la température, de l'humidité du sol, de tous les inconvénients qui , dans cette contrée,, engendrent si aisément la fièvre. Les officiers occupent des pavillons en planches , où ils sont aussi très-étroitement logés et condamnés à de nombreuses privations ; cependant on les voit poursuivre sans se plaindre leur rude service et rire gaiement de leur misère. En quelque lieu que j'aille, je ne me lasse pas d'admirer la philosophique résignation de cette courageuse armée d'Afrique.

A l'époque oii nous sommes entrés à Mostaganem , on y comptait cinq mille habitants , dont deux mille huit cents jMaures, mille huit cents Turcs et Rourouglis, et plusieurs centaines de Juifs. La population indigène a peu diminué, la population européenne s'est accrue. On a construit plusieurs vastes maisons dans divers quartiers, mais il est bien regrettable qu'on n'en ait pas encore construit assez pour y loger entièrement notre garnison.

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Quoique cetlo ville ait t'u depuis longtemps une ceilaiim importance, on n y trouve aucun monument (ligne de remar([ue. Sesneufmosquées étaient d'une structure fort ordinaire, Cincj ont été employées h notre usage; la plus grande est devenue un hôpital. Le château , bâti en solides pierres de taille , est tombé en ruines. Les Arabes l'appelaient la forteresse des Cigognes , cjui sont pour eux des oiseaux protégés par la superstition populaire, mais par une superstition moins respectable que celle de quelques peuples de l'Europe, notamment des bons habitants de la Hollande. Une tradition du pays rapporte que Mahomet changea en cigognes une troupe d'Arabes qui avaient la criminelle audace de piller les pèlerins de la jNIecque; et comme nul Arabe n'est sûr de ne pas avoir dans sa parenté quelque voleur de grand chemin , nul d'entre eux n'ose tirer sur une cigogne , de peur de tuer sous la plume blanche de l'oiseau nomade un de ses vénérables aïeux.

Nous avons été reçus à Mostaganem par M. le général Pélissier, dont l'aimable et gracieuse physionomie ne ressemble guère à celle que lui ont faite les journaux. Les accusations

de la presse parisienne , répétées par les échos de la province , ne l'ont point intimidé , et lui-même parle sans embarras de la catastrophe qui a attiré sur lui tant de cris d'indignation. L'insurrection du Dahra , comprimée sur plusieurs points , résistait encore sur quelques autres aux efforts de nos troupes. Il fallait à tout prix écraser ce foyer de révolte , qui , si on le négligeait , pouvait en peu de temps se ranimer et répandre au loin le désastre et la ruine. Parmi les tribus les plus rebelles était celle des Ouled-Riah , que nous n'avions jamais vaincue. Fière de sa sauvage indépendance, elle se sentait enhardie encore dans ses luttes opiniâtres par le voisinage de ses grottes profondes , oii elle pouvait , en cas d'échec , trouver un refuge assuré et se soustraire aux poursuites de ses ennemis victorieux. Ce fut dans une de ces grottes que , le 17 juin , douze cents Arabes se rassemblèrent, guidés par les marabouts les plus fanatiques , et résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Le général Pélissier y transporta sa colonne. De l'entrée de cette retraite , des interstices du roc , partaient des coups de fusil habilement dirigés. Dans cette situation , les

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Arabes avaient sur notre petite armée un avantage immense : ils la voyaient et n'étaient pas vus ; ils lançaient leurs halles sur elle , et restaient à l'abri des siennes. Entrer de vive force dans cette grotte, c'était chose impossible ; en faire le siège, c'était livrer une quantité de soldats à une mort certaine; s'éloigner, c'était nous donner aux yeux des tribus en révolte un caractère de faiblesse déplorable. Le général, après avoir réfléchi à ces divers périls , prit une autre résolution. Il fit jeter à l'entrée de la grotte des fascines enflammées pour montrer aux Arabes qu'on pouvait les asphyxier, puis les somma de rendre leurs armes et leurs chevaux. Les Arabes s'y refusèrent , et tirèrent même avec une froide atrocité sur quelques femmes qui , dans leur épouvante essayaient de s'enfuir. On jeta de nouvelles branches d'arbres sur le bûcher, puis on envoya aux rebelles un parlementaire pour les déterminer à se rendre. Ils le reçurent à coups de fusil , alors les soldats entassèrent les fagots aux deux ouvertures de la grotte et rallumèrent le feu. On espérait par ce dernier moyen de rigueur émouvoir enfin cette inflexible tribu et vaincre sa folle obstination; mais

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tout à coup le vent attisant les flammes et chassant dans l'intérieur de la caverne les étincelles pétillantes et les tourbillons de fumée, porta la mort et le désastre là oii nous ne songions qu'à répandre une crainte salutaire. Toutes les fascines étant embrasées à la fois , il fut impossible de les éteindre ou de modérer l'ardeur de cet incendie. En quelques instants , la grotte fut remplie de flammèches , de tisons et de fumée : tous ceux qui étaient là périrent d'une mort affreuse ; on entendit leurs accents de rage et de désespoir, les lamentations des femmes, les cris de douleur des enfants, les hurlements des chiens, et les détonations des fusils que la chaleur faisait partir. Mais il n'était plus au pouvoir de l'homme de sauver ces malheureux ou de les secourir. Le lendemain seulement , on put entrer dans la grotte, et l'on y trouva un millier de cadavres humains mêlés sur le sol à des cadavres d'animaux. Cet événement terrifia les tribus qui essayaient de lutter encore contre nous , et elles se hâtèrent de faire leur soumission. A Dieu ne plaise que nous désirions jamais livrer nos ennemis à un tel supplice etles écraser par un tel drame ! Cependant

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il n'est peut-être pas inutile d'observer que la guerre contre les Arabes oblige à des rigueurs que roj)inion publique condanuierait en Europe comme des monstruosités. Ia's Arabes ne sont que trop disposes à regarder tout ménagement d'humanité comme un signe de faiblesse , et ils usent envers nous, (ha(jue fois que l'occasion s'en présente , d'un régime de cruauté qui nous conduit forcément à des représailles de même genre. Qu'on suppose ià la place des Ouled-Riah quelques-uns de nos bataillons renfermés etcernés dans les cavernesduDahra; il est certain que les Arabes ne leur auraient pas offert la moindre capitulation , ou les auraient , après de perfides promesses , traités sans pitié. En 1788, le major Stein se réfugia avec un corps de troupes autrichiennes dans une des grottes du Danube, à quelques lieues d'Orsova. Les Turcs lui ayant fermé toute issue, et l'ayant réduit à la famine, il fut forcé de capituler, et lorsqu'il sortit de sa retraite sur la foi des traités , les Turcs le massacrèrent avec tous ses soldats. Ce que les Turcs ont fait en Hongrie , à Nicopolis et en Orient , dans toutes leurs guerres contre les chrétiens , les Arabes le feraient sans hésiter

dans leur lutte contre nous. Le même fanatisme les enivre , et ils éprouvent la même joie religieuse à voir couler le sang d'un chien d'infidèle. Encore une fois , loin de nous , bien loin de nous la pensée de vouloir mettre en pratique leur système d'atrocités; nous sommes les plus forts, et nous pouvons ennoblir notre force par notre générosité ; mais soyons au moins assez justes pour tenir compte à nos officiers, à nos soldats, de la position difficile oii ils se trouvent souvent engagés, et ne pas faire peser sur eux comme un crime le résultat d'une catastrophe involontaire ou le fatal effet d'une rigoureuse nécessité.

Près de Mostaganem nous avons été voir un pacifique établissement où il est doux d'observer les fruits du labeur et de l'industrie. C'est une vaste ferme confiée à la direction d'un officier intelligent qui a fait sur cette terre féconde diverses expériences agricoles couronnées d'un plein succès. Il y a là tout ce qui constitue une riche et complète maison rurale : larges champs couverts chaque année de moissons abondantes, frais enclos remplis d'arbres de différentes sortes , pépinières et potager,

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jardins do luxe v[ pâturages. On y a joint depuis quelques années un haras qui renfeiMiie les plus admirables chevaux qu'il soit possible d'imai^iner. Cette belle et fructueuse exploitation doit servir de modèle à la population européenne de Mostaganem, et donner à nos colons un exemple de ce qu'ils peuvent attendre du sol d'Afrique en y jetant quelques plantes, en y creusant quelques sillons.

Ce qui surprend et charme sans cesse l'artiste, le voyageur sur la côte algérienne, c'est cette variété de sites extraordinaires et cette chaude lumière qui les revêt d'un éclat splendide : tantôt des masses de rocs où nulle herbe ne verdoie , mais qui brillent au soleil comme des lames de cuivre d'un rouge ardent , tantôt d'étroits vallons pleins d'ombre et de fraîcheur comme ceux de la Suisse, tantôt une plaine de sable aride et silencieuse , abandonnée par le pâtre et le laboureur, traversée seulement de loin en loin par quelque lente caravane de chameaux , et sur les bords de cette plaine déserte des oasis arrosées par une eau vivifiante, des fleurs, des fruits, tout le luxe éblouissant d'une végétation des tropiques; ici les tentes noires des douars; là l'indus-

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trieiix établissement d'un colon, et de tout côté les- cimes gigantesques de l'Atlas, et les vagues de la Méditerranée reflétant dans leur miroir d'azur tous les rayons du jour, tous les astres argentés de la nuit.

Quoique les villes africaines aient été en grande partie construites par le même peuple, habitées par les hommes de la même race, elles se ressemblent aussi peu que si elles appartenaient à diverses contrées. L'aspect d'Alger ne donne pas une idée de celui de Constantine , et le panorama de Bone , de Bougie, de Cherchell ne prépare point l'esprit à celui d'Oran. De toutes les cités qui bordent le littoral, Oran est peut-être celle qui étonne le plus les regards habitués à l'effet des constructions mauresques. L'Espagne l'a pendant deux siècles et demi tenu en son pouvoir, et, sans effacer complètement sa phvsionomie arabe, lui a donné un caractère européen. Puis la France est venue , après un intervalle de cinquante années, continuer et agrandir l'œuvre de l'Espagne. A la place de ces ruelles étroites et tortueuses, de ces. maisons en plâtre des villes turques , voici de larges rues qui montent en droite ligne sur la pente des coteaux,

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dos places spacieuses, des maisons à deux ou trois otages, ogavéos par des houti{[ues et des magasins do toulo sorte, doux quartiers qui couvrent toute l'olenduo do deux vastes plateaux, et au milieu de ces plateaux, un ravin rempli d'élégantes habitations et de riants jardins, un collier d'émeraudes entre deux bracelets d'argent. A gauche, sur les flancs d'une colline , est le Château Neuf, immense et magnifique édifice, occupé par le gouverneur de la province et son état-major ; au haut de la ville, un champ de manœuvres auquel nous avons donné le nom de place Napoléon et qui est le théâtre de toutes les parades militaires, de toutes les fêtes civiles; sur les montagnes qui s'élèvent du côté de la mer, des forteresses espagnoles que le tremblement de terre de 1791 n'a pu ébranler, et au-dessus de ces forteresses, un marabout que les Arabes contemplent avec orgueil, comme s'ils voyaient dans cette construction , qui domine le drapeau tricolore , un signe d'espoir, un emblème de l'ascendant qu'ils aspirent à reprendre sur leurs maîtres actuels.

M. le général Lamoricière, gouverneur d'Oran, était en France quand nous arriva-

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mes au chef-lieu de son gouvernement. Mais nous avons trouve dans les beaux salons du Château Neuf M. le général d' Arbouville , qui allie à toutes les qualités d'un excellent militaire, l'esprit gracieux de l'homme du monde et les talents d'un habile administrateur.

Le Montezuma nous a débarqués le soir sur un large quai, oii une troupe de Maures se disputait autour de nous le privilège d'emporter nos bagages. Le lendemain, dès le matin , l'arrivée de M. Salvandy mettait toute la ville en mouvement. Les soldats étaient sous les armes , les marchands sur leur porte , une foule de curieux aux fenêtres , une foule d'autres suivait les tambours et les clairons pour ne rien perdre des mouvements de la revue guerrière et du cortège ministériel. Des cantinières, leur panier au bras, couraient rejoindre les bataillons pour rafraîchir la victoire, des fiacres et des cabriolets couraient encore plus vite , emportant au lieu de la parade les belles dames et les élégants de la ville. Partout on voyait une animation , un air de fête d'une nature européenne. Au milieu de cette agitation générale , je m'en allais de rue en rue, musant, flânant et éprouvant un vrai

sentiment d'orgueil national à voir cette cité africaine que les Espagnols n'avaient pu conserver et à laquelle nous donnions une nouvelle vie.

Vers midi , la chaleur était si forte qu'il était impossible de continuer mes pérégrinations, même le long des tiges de trembles , dont les longs rameaux ombragent la rue qui porte le nom du général Letang. Je me réfugiai dans une jolie maison décorée d'une enseigne qui m'annonçait un cabinet de lecture. Je trouvai là les derniers numéros des journaux de Paris, les derniers volumes de nos publications les plus récentes. Rien ne manquait à cette cité africaine pour me rappeler l'image d'une de nos cités de province, et de plus j'avais sous les yeux des berceaux d'orangers , des groupes de figuiers comme on n'en voit point en Provence, et des monuments mauresques entourés de nos constructions modernes, comme la race originale qui les a élevés et que nous entourons de notre pouvoir. Alger et (^onstantine ont fait sur moi une vive impression ; celle que j'ai éprouvée à Oran avait je ne sais quoi de plus doux et de plus intime. 11 m'a semblé que j'étais là plus loin de la barbarie

et plus près de l'Europe. Cette ville a d'ailleurs, avec les arbres qui la décorent, le frais vallon qui la traverse , les montagnes agrestes qui l'environnent , les flots de la mer qui baignent le pied de ses collines , une sorte d'apparence champêtre qui conduirait aisément la rêverie du voyageur à l'idylle. C'est pourtant la capitale de la province qui a été la plus agitée par la fanatique ardeur d'Abd-el-Kader. (( L'histoire d'Oran, dit M. Ad. Joanne, à qui nous devons d'intéressantes notices sur l'Afrique, l'histoire d'Oran se lie intimement à celle d'Abd-el-Rader. Quand les Arabes se révoltaient, — ce qui leur arrivait souvent, — les Turcs , qui finissaient toujours par les soumettre, ne leur accordaient aucun quartier. Un jour , INIohammed-Mekallech avait envoyé mille têtes à Alger. Une autre fois , Hassan , redoutant l'influence croissante des marabouts, fanatiques que les Arabes regardent comme des saints, s'était décidée à faire périr les plus influents. Sur son ordre , ses cavaliers montèrent à cheval et allèrent décapiter dans leurs tribus tous les marabouts qui leur avaient été signalés comme suspects. Ils n'en épargnèrent qu'un seul , le plus célèbre , le

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plus dan^i^eroiix , leur chef en quelque sorte, qu'ils amenèrent à Oran avec son fils, devant TTassan, pour qu'il pût en faire justice luimême. Hassan, après les avoir interrogés, donna l'ordre de les exécuter. Mais sa femme, qui exerçait sur lui un grand empire, demanda et obtint leur grâce. Toutefois, ils restèrent en prison. Un an après leur arrestation seulement ils furent remis en liberté, et ils partirent pour la Mecque. C'étaient Sidiel-TTadji-Meheddin , le père d'Abd-el-Rader, et Abd-el-Kader.

(< Ce fut aussi sous les murs de cette ville, où il avait si miraculeusement échappé à la mort, que plusieurs années après Abd-el-Kader fit ses premières armes, en 1832. La nouvelle de la prise d'Alger avait été pour le beylick d'Oran le signal d'une insurrection générale des populations arabes contre les Turcs. Le bey Hassan , menacé en même temps par l'empereur du Maroc , implora le secours de la France. Au mois de novembre et de décembre 1 830 , le maréchal Clausel fit occuper Mers-el-Kébir et Oran , qu'il remit ensuite à un lieutenant du bey de Tunis. Subie avec répugnance, cette domination fut exer-

cée avec dureté. En outre, le traité n'ayant pas été ratifié , le 18 août 1831 , les troupes françaises rentrèrent à Oran pour n'en plus sortir. La garnison , composée de mille trois cents hommes environ, avait pour commandant en chef le général Boyer. A cette époque, Oran n'était qu'un horrible amas de décombres, car le gouvernement turc avait négligé de faire disparaître les traces du tremblement de terre de 1790, et l'occupation française, dont le premier soin fut de dégager et de réparer l'enceinte fortifiée , avait encore accru les ruines. « Oran est maintenant la deuxième (( ville d'Afrique, » écrivait récemment un officier français , mais les ressources dont elle abonde, la riche livrée de civilisation qu'elle a revêtue ne sauraient nous rendre, à nous ses premiers habitants, la vivacité de sensations , les émotions si imprévues et si variées qu'elle nous offrait, cité barbare, lorsque entourée d'une auréole guerrière , au son des trompettes , au bruit de la mousqueterie et du canon, elle oubliait en notre faveur ses beys qui venaient de la quitter , et défiait les fils du désert de la ravir à ses nouveaux maîtres. Que de perspectives inconnues ce mo-

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bile tableau africain déroulait à nos yeux! avec quelle curiosité inquiète, quels regrets (le ne pouvoir franchir l'espace , nos regards se portaient sur le rideau de montagnes bleues qui bornaient notre borizon , au delà duquel limagination aimait à se figurer Mascara, Tlemcen , Tekedempt , ces villes dont l'éloignement grossissait l'importance et dont à peine nous avions entendu prononcer les noms ! Il fallait une escorte pour aller à INIersel-Kébir. Une reconnaissance à la montagne des Lions nécessitait une expédition , et chaque jour un poste attaqué , une tentative de Tennemi, nous apportait une distraction nouvelle. )>

Un jour du mois de mai 1832, le lieutenant général Boyer fit publier la sommation suivante qu'il venait de recevoir :

(f Au nom du Dieu clément et miséricordieux, le serviteur du Tout-Puissant, le seigneur Adji-Mebeddin , commandeur des croyants , au chrétien qui commande le bourg d'Oran.

(( Nous te faisons savoir que nous viendrons prochainement te livrer bataille avec une armée aussi nombreuse que les grains de

sable de la mer, ouïes étoiles du firmament. Si tu es résolu à périr, tu n'as qu'à sortir des remparts où la crainte te tient renfermé , et te présenter dans la plaine du Figuier. Si tu restes dans tes murs, tu n'échapperas pas pour cela à notre glaive ; les plus fortes murailles s'écroulent par la puissance du Très- Haut et la vertu du nom du Prophète (que le salut et la miséricorde de Dieu soient sur lui ). Vous serez tous ensevelis sous leurs ruines. (( Toutefois, notre loi miséricordieuse nous prescrit, avant le combat, de t'offrir d'embrasser l'islamisme, ce serait le meilleur parti à prendre*, vous recevrez des femmes, des terres et un établissement parmi nous. Mais , comme la lumière de notre religion n'a pas encore éclairé ton cœur, tu persisteras peutêtre dans ton idolâtrie, et voudras revoir ton pays; alors résous-toi à payer le tribut, à nous livrer tes armes, tes poudres, tes canons, tes trésors et dix otages choisis parmi les plus grands d'entre vous. A ces conditions, vous serez libres de retourner sur les terres des chrétiens. Je t'avertis que si tu prends le parti de la résistance, je vous rayerai, s'il plait à Dieu , du nombre des vivants. »

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Au jour fixé, en effet, Mehecldin se présenta devant la place avec tous les contingents de cavalerie et d'infanterie de la province de l'Ouest. Le désert lui-même avait fourni les siens, dit M. Azéma de Montgravier. « Des tribus qui n'avaient jamais vu la mer s'étaient réunies aux tribus du Tell pour participer au triomphe de l'islamisme et au pillage d'une ville chrétienne. Pendant huit jours les combats les plus acharnés furent livrés au pied des murailles et dans les faubourgs, et notre victoire fut achetée par la perte de plusieurs braves, objet de tous nos regrets. Mais l'ennemi dut se retirer, emportant à la suite de ses jactances et de sa défaite la conviction qu'une place démantelée défendue par une poignée de gens de cœur pourrait désormais défier les impuissants efforts de toutes ces hordes conjurées.

c( Pendant la nuit du 2 au 3 mai , des groupes nombreux d'Arabes s'étaient portés du camp de IVIeheddin sur le caravansérail de la mosquée de Rarguenta, où ils avaient attendu le jour. Prévenus de leur approche, nous avions, de notre coté, passé la nuit sous les armes, et l'aurore nous trouva debout sur

2US LETTRES SUR l'aLGÉRIE.

les batteries du Cliâteau-Neuf. La porte du Marché étant fermée, cette partie de la place n'avait rien à redouter de gens dépourvus de canons pour battre en brèche et d'échelles pour donner l'assaut ; aussi ce prélude maladroit devait-il tourner à leur confusion. Le lever du soleil fut le signal du combat. Au moment où ses premiers rayons frappaient le sommet du minaret, un homme parut entonnant d'une voix éclatante la profession de foi des musulmans , qui est aussi leur cri de guerre : aussitôt , et comme si un enchanteur eût touché le sol avec sa baguette en prononçant des paroles magiques , ce cri répété de la plaine aux montagnes fît sortir de toutes parts des combattants. La mosquée et les ruines du village ne se lassaient pas de fournir des fantassins qu'appuyait sur les collines une nombreuse et mobile cavalerie , et la poudre ayant commencé à parler, suivant l'expression des Arabes , en un instant la ville tout entière fut entourée d'une ceinture de feux. Déjà les hommes à pied qui avaient pénétré dans le ravin en avant du rempart manifestaient l'intention de se précipiter sur la porte du Marché , dans le fol espoir de l'enfoncer, lorsque

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des décharges réitérées leur firent perdre contenance et ralentirent cette ardeur. On vit alors un jeune cavalier s'élancer sur les glacis, s'efforçant de rallier les fuyards autour d'un étendard vert qu'il agitait au milieu de la mitraille et des balles; devenu quelque temps le point de mire de nos coups, il fut assez heureux pour n'en Ttre pas atteint, grâce à notre précipitation même. Ce guerrier, c'était Abd-el-Rader. »

Cette ville, placée dans la région où l'infatigable émir a reparu le plus souvent, est cependant une de celles où la colonisation a fait les plus rapides progrès. Les bateaux à vapeur y débarquent régulièrement des colons en quantité; deux, trois cents par mois, c'est le nombre ordinaire. Tout capitaliste qui y apporte quelque argent le place à gros intérêts, et tout artisan est sûr d'y trouver immédiatement de l'ouvrage \

• D'année en année, cette population s'accroît clans de plus grandes proportions. D'après les rapports officiels, elle était au mois de janvier 1847 de dix-huit mille deux cent cinquante-neuf âmes, et au mois de mars de dix-neuf mille six cent vingt-sept, dont six mille neuf cent soixante Français, soixante-un Anglais, quatre vingt dix-neuf Maltais,

A l'est et au sud d'Oran s'étend un plateau de trois à quatre lieues d'étendue, arrosé par plusieurs ruisseaux, facile à cultiver, qui , d'un côté, aboutit à la montagne du Lion (Djibel- Sahar) et de l'autre, au riche village de Messerghin , habité maintenant presque en entier par des colons européens. Nous avons été voir au milieu de ce plateau le chef d'une petite tribu arabe qui manifeste une vive affection pour la France. Une large tente noire , divisée en deux compartiments par un tissu de laine, l'abrite avec toute sa famille. D'un côté, les hommes avec leurs armes , leurs chiens et leurs vêtements, de l'autre, les femmes avec les ustensiles de cuisine. L'entrée du harem nous était naturellement interdite ; mais la curiosité féminine a elle-même violé les prescriptions de la coutume mahométane, et nous avons pu regarder assez longtemps deux ou trois femmes qui tour à tour entr' ouvraient d'une main craintive le rideau qui devait les dérober à nos yeux, et nous observaient d'un air empressé et inquiet. Lecheik, qui ne se

trois cent cinquante Anglo-Espagnols; neuf mille cent vingt-sept Espagnols; mille cinq cents vingt-cinq Italiens; mille cinq cent vingt-cinq AUeujands. {^Moniteur algérien,)

doutait pas do cette traîtrise conjugale et qui aurait saus doute regretté de nous laisser partir sans nous donner une itlée de la beauté de sa famille, fit venir sa plus jeune fdle, une charmante enfant de six à sept ans, aux prunelles étincelantes , au visage rose. Le pinceau avait été employé à rehausser ses couleurs naturelles ; le pourpre du hennah couvrait ses ongles; une ligne noire comme l'aile d'un corbeau allongeait et rejoignait ses sourcils , et le tatouage avait dessiné sur son front et à son menton une petite fleur bleue. Elle portait au cou une rangée de sequins, sur son corps une veste ronde en soie, un pantalon de mousse- Une et des pantoufles brodées à ses pieds. Ainsi parée , vernie , tatouée, cette jolie petite personne vint d'un air grave s'asseoir par terre en face de nous. Son père la contemplait avec une visible pensée d'orgueil, et nous l'observions fort attentivement, supposant qu'elle représentait en miniature, en abrégé, toutes les perfections de la toilette et de la beauté mauresque.

J'aurais bien voulu, pendant que j'étais au sein de cette famille , pénétrer dans l'étude de ses mœurs, entendre un de ces entretiens du

foyer , une de ses traditions poétiques qui peignent le caractère , les habitudes de la vie ; mais j'avais avec moi la longue et savante lettre qu'un de mes amis , M. Perron du Caire, m'a écrite sur les anciens chants arabes, et les compositions des anciens temps sont encore, en grande partie, l'exacte image de la physionomie physique et morale de cette race arabe, que ni le cours des siècles, ni le contact des populations étrangères ne peuvent altérer.

Cette épouse du cheik qui se tient derrière un rideau et jette sur nous un regard furtif , n'est-ce point la femme dépeinte dans les Cacydehs , a qui ne dépasse jamais le seuil de sa porte , qui remplit ses vases de provisions , gouverne son ménage avec économie , sait, quand il le faut, mêler de l'eau à son lait , et enfante des hommes robustes ? »

Ces jeunes gens à la taille élevée , aux membres forts , assis par terre autour de nous, ne sont-ils pas de la même trempe que celui qui chantait jadis ce chant énergique :

(( Les têtes sourcilleuses des hautes montagnes, où ne peut gravir l'homme le plus robuste , au pied léger, à la taille forte et souple comme une lance,

u Moi, j'y inonlc; j'ctj vais chercher la cime perdue, ([iiaml les sombres ténèbres ch; la nuit m'enveloppent comme d'une noire forêt.

« Et là, je dors, le cranc appliqué sur les os saillants de mes bras , replié et roulé sur moimême comme un serpent.

« J'ai pour tout attirail deux sandales aux flancs rongés, étroites, et qui jamais n'ont été recousues,

« Un ^ow/y/ éraillé , un mouhUih^ en lambeaux , usé d'un côté et que je ne répare jamais.

(( Un sabre étincelant, d'un fer limpide de l'Inde, lame tranchante qui abat merveilleusement des tronçons de membres ;

(( Un arc jaune de bois de nab, solide, la sauvegarde de son maître, et gémissant après le départ de la flèche comme gémit l'amoureux.

{( Arc précieux, quoique tendu longtemps, il garde sa poignée toujours ferme et élasti-

* Le bourd est une sorte de manteau. Le mouldah est le milàyeli actuel, ou grande pièce bleue à petits carreaux, et que l'eu voit, au Caire, portée par les femmes comme un graud voile tombant par derrière, de la tète aux pieds, et couvrant toute la personne.

25^1 LETTRES SUR l'aLGÉUIE.

que, et sa corde, pendante aux deux bouts, sait toujours chasser avec force et lancer mes flèches.

(( Le sifflement de la flèche échappée est comme le bourdonnement du bourdon qui s'enfuit dans l'espace.

(( Mais quoi ! . . . Oummou est partie aux pâturages nouveaux, et je tremble que les pâtres de l'été ne restent encore éloignés avec elle pendant tout l'été.

(( Eh ! si tu le savais ! ces eaux où tu vas sont entourées de dangers ; elles semblent porter en elles les douleurs d'entrailles et mille craintes plus effrayantes encore.

(c J'y suis allé maintes fois m'abreuver ; mais j'avais avec moi mon sabre yamanique , et tout ce qu'il me fallait, tout ce que j'avais choisi, pour empenner mes flèches , et les rendre bonnes et sûres;

(( J'y allais pour attacher les pennes à mes flèches rouges et souples, et je les rangeais, ces pennes, en tissu régulier et fin pour mes braves compagnons.

« C'est là que je me mettais aussi à en effiler la pointe, jusqu'au moment où je me dispo-

LETTHES SIR l.'AI.Gf.RIi:. 255

sais à les chcocIkm' pour les lancer et leur faire fendre l'air.

(( Toujours ]>ivtes alors, mes flèches étaient dans ma main pour l'homme vil et avare, redoutables aussi pour l'ami que j'avais chassé de mon amitié.

« Et puis , combien de vallées longues, profondes, à gorges serrées, séjour chéri des djinns et des lions,

(( Oii je me suis enfoncé après la chute de la rosée du matin, vallées touffues pleines d'arbres, vallées où frissonne celui qui y pénètre !

(( Mais là oi^i le poltron tremble de se hasarder, moi j'aime à passer, justement parce qu'il redoute d'y entrer.

« Quoi ! un homme pensera à se défendre, contre moi , Sad le fils de Malik ! Il voudra me résister et garder les dépouilles d'Ocavcier que j'ai tué ! Non : il faut qu'il connaisse mes coups. ))

Lorsqu'un de ces jeunes gens de la tribu vient à mourir , n'entend-on pas encore répéter, sous la tente en deuil, des élégies pareilles ta celles qui furent composées pour le vaillant iNIouâwyat.

256 LETTRLS SUR L'ALGÉUIE.

(( Hélas ! qu'y a-t-il , mes yeux ! Quoi ! mes paupières sont inondées de larmes !

(( Est-ce bien le fils d'Amr qui n'est plus, et par lequel la terre, en le recevant dans son sein , a honoré et glorifié les morts qu'elle couvre ?

« Est-ce bien lui ! . . . Oh ! oui ! c'est lui dont je pleure le trépas , pour lui que je demande aux pleureuses leurs sanglots.

(( Aujourd'hui je n'ai plus qu'une chose à faire : mourir... ou bien supporter la vie\

« Nous la méprisons , la vie , et la mépriser au jour des horreurs des combats, est plus grand et plus digne de souvenir,

« Combien de fois nous nous sommes précipités contre d'épais bataillons hérissés de casques de fer, de doubles cottes de mailles !

(( On eût dit de lourdes masses de nuées orageuses allant par étages, poussées avec fureur l'une par l'autre...

(( Et toi , Mouawyah , que de rimes tu as chantées , rimes perçantes comme des fers de

' Holii 1 la mon est pcnir nous tous; les montagnes, le monde entier restent. — Le Tiàr est un mont du pas des Bénou-Cavs.

i.i:rTi\ES SIR l'alcIrii:. 1^1

lances! Elles vivent parmi nous, et celui (|ui les a dites n'existe plus.

« Combien tu en as dites , fils d' Amr , que jetait sans effort, et qu'inspirait ta verve inimitable !

« Les mourrides ont frappé à mort jNIouawyah; mais aussi combien des leurs ont succombé sous ses coups.

« Après le trépas du fils d'Amr , que les étoiles disparaissent , et que le soleil éclipse sa lumière.

(( Que de malheurs , dont la seule appréhension fait avorter les mères enceintes ! Que de malheurs,

« Le fils d'Amr n'a-t-il pas éloignés des femmes de la tribu, lui qui n'était ni leur parent, ni leur maître. Il savait détourner les dangers qui menaçaient de nous assaillir, dans les champs de bataille , dans ces mêlées serrées où la mort , devant lui , traînait son manteau plein de sang.

« Que de blanches femmes tu sauvas , au matin, lorsqu'elles erraient éperdues, leurs voiles en désordre , dans la frayeur du combat ! .

258 LKTTlîES SUR i/aLGI.KIE.

(( Et les chameaux de noble race enlevés aux ennemis, comme tu les chassais devant toi, tranquille sur ton coursier ! Et comme tu marquais, de la pointe de ton sabre, les chameaux communs !

(( Tes rapides coursiers , épuisés , bien que solides comme les quartiers de rocs qui font les margelles des puits, tu en as laissé, le jour oii tu succombas, les membres épars sur les sentiers du désert ;

(( Mais à un roi de tribu , non à des ennemis sans nom. Eh ! ce n'était pas à cela que tu avais habitué tes cavaliers ! Mais quand tu fus abattu, tout fut perdu.

(( Toi , que de fois tu avais chassé les chameaux de race devant toi , tranquille sur ta chammâ ! que de fois tu avais marqué de la pointe de ta lance la foule des chameaux communs !

« Toujours sur les contrées de nos ennemis, tes cavales toujours mettaient bas leurs poulains pendant tes expéditions *, elles n'avaient jamais de repos.

(( Combien de captives désolées tu as conduites devant toi , comme des troupeaux

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