‹ Lettres sur l'Ameique du NordChapitre 10 sur 75 · LIGNES DIVERSES · texte numérisé non relu

LIGNES DIVERSES

Enfin, deux canaux, dont la construction va commencer, doivent lier le canal d'Ohio avec les travaux de l'État de Pensylvanie à Pîttsburg, et, par conséquent, ouvrir des relations nouvelles entre le Mississipi et le Saint-Laurent. L'un est le canal du Beaver et du Sandj\ il commence au confluent du Gros -Beaver {Bi§ Beaver^ avec rohio , suit rOhio jusqu'àrembouchure du Petit- BesiY er ÇLittle Beauer), remonte la vallée de celuici, passe dans la vallée du Sandy, et la suit jusqu'à ce qu'il rencontre le canal d'Ohio à Bolivar. Il aura trente-six lieues et un quart. De Bolivar à New- York, on estime qu'il y a , par le canal d'Ohio, le lac Erié,le canal Erié et l'Hudson, trois cent quatorze lieues. Moyennant le nouveau canal , il n'y aura plus que deux cent cinq lieues de Bolivar à Philadelphie , c'est-à-dire à la mer.

L'autre est le canal du Mahoning. Il partira d'Akron sur le canal d'Ohio , suivra la vallée du Petit- Cuyahoga, puis celle du Mahoning, l'un des affluents du Gros-Bea ver, et enfin le Gros-Beaver lui-même jusqu'à rOhio. Ce canal aura à peu près trente-six lieues de long. D'Akron au fleuve Ohio, la distance sera de quarante-six lieues et demie. Le terrain peu accidenté du massif des États d'Ohio^ d'Indiana et d'iUinois, ne se prête pas

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moins à l'exécution des chemins de fer qu'a celle des canaux. Les capitaux étant rares sur ce sol à peine défriché, il s'y est présenté jusqu'à ce jour, en matière de travaux publics, peu de compagnies sérieuses. Toutefois, les compagnies financières qui ont précédé partout celles des canaux et chemins de fer, commencent à y prospérer et à s'y asseoir; leur succès présage le développement des autres. A défaut des compagnies , les États sont là pour se charger des plus vastes entreprises. L'Américain de l'Ouest n'est pas moins entreprenant que celui de l'Est. En ce moment, je ne connais qu'un chemin de fer en construction au - delà de l'Ohio , et il ne paraît pas que les travaux y soient poussés avec activité : c'est celui qui doit aller de Dayton sur le canal Miami, à Sandusky, sur la baie de ce nom dans le lac Erié. Il aura soixante-et-une lieues et demie. Beaucoup d'autres ont été projetés. La législature d'ïndiana en fait étudier un qui traverserait cet Etat du sud au nord, depuis New- Albany sur l'Ohio, vis-à-vis deLouisville, jusqu'au lac Michigan, en passant par Indianapolis (1).

Le canal de Rochester à Oléan (2) établira aussi une jojiction entre la vallée du Mississipi et celle du Saint-Laurent.

(i) Voir la Noie i3 à la fin du Volume. ;2) Voir jîlus haut . j^agc 44-

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Améliorations apportées au cours du Mississipi , de rOhio et du Saint-Laurent.

Alix travaux compris dans cette division se rattachent naturellement ceux qui ont été exécutés dans les lits des fleuves eux-mêmes.

Le Mississipi est , sous le rapport de la navigabilité , le beau idéal des fleuves. Depuis Saint- Louis jusqu'à la Nouvelle-Orléans^ sur une distance de quatre cent cinquante lieues, il y a toute l'année de l'eau pour des bateaux à vapeur de trois cents tonneaux. Il roule ses eaux sales et boueuses dans un fossé toujours profond, malgré ses nombreux circuits , large communément de 800 à 1,000 mètres, quelquefois agrandi par des îlots plats et boisés. Le chenal y est libre de bancs de sable. Il offre cependant des dangers redoutables au marinier inexpérimenté : ce sont les arbres de dérive dont il a déjà été fait mention (1) , et pour l'enlèvement desquels le gouvernement fédéral tient en activité deux bateaux à vapeur, V Héliopolis et VArchimède^ d'une construction toute particuHère , à l'aide desquels on les arrache et on les débite, à la scie , en tronçons in offensifs.

Le capitaine Shiève, qui a le comnianderaent

(l) Lellré \\\.

de ces bateaux à vapeur , et qui en a inventé le mécanisme, a été chargé aussi d'établir dans rOhio quelques barrages submersibles , à pierre perdue, qui y ont en effet élevé le niveau de l'eau, fort basse tous les ans pendant un long étiage. Il est actuellement occupé, avec une flottille de bateaux à vapeur, à rouvrir le lit de la Rivière- Rouge, l'un des grands affluents du Mississipi (rive droite) , que des radeaux de bois de dérive ont encombré sur une distance de près de soixante lieues.

A Louisville, l'Ohio, dont la pente est ordinairement fort douce , descendant de 7'",46 dans l'espace de 3,200 mètres , se trouve impraticable pour les bateaux à vapeur, excepté à l'époque des plus hautes eaux. Le canal de Louisville à Portland a été établi par une compagnie, pour tourner cette cataracte. Il a 3,200 mètres, et a coiàté 4 millions. Il reçoit les plus grands bateaux à vapeur (1), moyennant un droit de péage qui , pour YHeJuy-Clay, est de 906 fr. 35 c; et, pour YUncle-Sam , de 1,000 fr. 32 c. On a proposé au Congrès de l'acheter et d'y

(r) 11 y a 15°*, 32 de largeur au plafond ; la largeur à la ligne d'eau varie avec la hauteur de l'Ohio. A fleur de terre, le canal, qui est très profond ( 12'", 76) , a 61 mètres de large. Les écluses, au nombre de trois, ont 55'", 4» sur i5'",22. ha Méditer ronean est le seul de tous les bateaux à vapeur de l'Ouest qui ue puisse pas y eutrer.

rendre le passage gratuit. L'importance de la navigation de rohio justifierait cette dépense.

Le Saint-Laurent diffère essentiellement du Mississipi. Au lieu d'eaux bourbeuses , il épanche des flots d'un bleu invariablement limpide. Le Mississipi traverse un pays uniformément plat, inhabité et inhabitable, dont le sol n'est que du sable , ou plutôt de la boue détrempée par les débordemens du fleuve; où l'on chercherait vainement une pierre grosse comme le poing ; où, toutes les cent lieues à peine, apparaît un monticule à l'abri des inondations, sur lequel des populations blêmes luttent sans succès contre les émanations pestilentielles des marais d'alentour : le Saint-Laurent sillonne une contrée accidentée, montagneuse, escarpée même, fertile dans les fonds, salubre partout, et parsemée de florissants villages qui attirent de loin les regards du voyageur, avec leurs maisons blanchies à la chaux une fois Fan, et leurs églises à la française dont les clochers sont recouverts de fer-blanc. Le Mississipi a, comme le Nil, son débordement annuel. Il en a même deux; mais celui du printemps est de beaucoup le plus considérable. Le Saint-Laurent , grâce à l'immensité des lacs qui lui servent de réservoir et de régulateur, se tient toujours au même niveau; les variations extrêmes y sont de 50 centimètres. Le Saint- Laurent , par la beauté de ses eaux ^ par leur vo^

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lume prodigieux , parle pays qu'il arrose, parles groupes d'îles dont il est parsemé^ doit être aux yeux d'un artiste le plus admirable fleuve de l'univers; mais aux yeux d'un commerçant son mérite est moins qu'ordinaire. Sous seseaux transparentes se cachent mal de nombreux écueils. La navigation y est interrompue parles cataractes du Niagara d'abord , et ensuite , depuis sa sortie du lac Ontario jusqu'à Montréal^ par un grand nombre de rapides, plans inclinés ou rochers. Il n'y a qu'un Indien ou un Français qui osent le descendre sans interruption sur leur pirogue, à partir du lac Ontario. Les plus forts bateaux à vapeur du monde échoueraient, sur quelques points ;, à le remonter.

L'esprit d'émulation qui s'est emparé de tous les États de l'Union américaine, s'est étendu à la population anglaise qui, laissant aux Français le bas du fleuve, s'est établie dans le Haut-Canada. Les habitants de cette province ont pensé que, si la chauie interrompue par les cataractes et les rapides pouvait être renouée , une foule de produits agricoles qui s'écoulent vers le Mississipi ou vers les canaux de la Pensylvanie et de New- York , auraient un débouché plus commode par le Saint-Laurent , et que les étoffes et les qnijicailleries anglaises, en entrepôt à Montréal et à Québec, choisiraient de préférence la même joute pour aller t^'oll^ er les États de l'Ouest. Un

premier canal (canal Welland) a donc élé exécuté autour des chutes du Niagara , à l'effet de rétablir la communication entre le lac Érié et le lac Ontario. Il a onze lieues et un quart; sans compter huit lieues de rigoles navigables. Il est praticable pour les goélettes de 100 à 120 tonneaux, qui font le commerce des lacs, et a coûté 1 1,000,0001., fournis presque en totaUté par la province du Haut-Canada ; le Bas-Canada et la Métropole y ont contribué pour une faible part.

Puis on a fait une étude du cours du fleuve, et l'on a reconnu que les passes impraticables à la remonte pour des bateaux à vapeur tirant 2'",70, ou 3 mètres d'eau, ne formaient en tout que treize lieues , réparties , à peu près par portions égales, entre les deux provinces. Le Haut-Canada, qui compte à peine 250,000 habitants, sans villes importantes, sans capitaux, a fait tracer sur la plus grande échelle (1) les plans d'un canal latéral au fleuve , le long de chacun des rapides, et en ce moment il en exécute à ses frais la portion qui le regarde. Cet ouvrage sera navigable pour des bateaux à vapeur d'un tirant

(i) Les écluses auront 61 mèlres de long et iG"',70 de large; le canal aura 42'", 5o de large à la ligne d'eau et 5 mètres d'eau. Les écluses du canal Calédonien ont 52'",4o de long et 12"^, 20 de large ; il a 57 mètres de large et 6'", 80 de profondeur. Le canal d'Amsterdam au Hclder a 58 mètres de large et 6'", 20 de profondeur.

d'eau de l'^^lO et du port de 500 tonneaux. J'y ai vu les travaux en pleine activité sur une longueur de quatre lieues €t demie, le long des rapides du Long-Saut, près Cornwall. On estime qu'il coûtera 1,500,000 à 1,600,000 francs par lieue.

La population française du Bas-Canada , absorbée dans des querelles politiques dont on ne peut prévoir l'issue , néglige ses intérêts matériels pour poursuivre des intérêts chimériques de nationalité. Il n'a rien été décidé, quant à la prolongation , sur le territoire de cette province , des magnifiques travaux exécutés par celle bien moins riche du Haut-Canada.

§ HL Communication le long de t Atlantique.

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