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tés pour son compte , et s'en est trouvé mieux encore. Le revenu de ses canaux a déjà suffi ^ conjointement avec quelques allocations assez modiques, pour amortir près de la moitié de la dette contractée pour leur construction. Aussi le brillant résultat du canal Erié a été, aux États- Unis , le signal des plus vastes entreprises de travaux publics pour le compte des États. La Pensylvanie , l'Ohio, le Maryland, la Virginie et llndiana, ont suivi l'exemple de New- York et se sont décidés à ouvrir, à leurs frais, sur leur territoire , des communications de toute espèce j au risque d'encourir la disgrâce des économistes timorés de l'Europe. ^::
L'État de New-York a même poussé plus loin son intervention dans les travaux publics : dans toutes les chartes qu'il accorde à des compagnies de cheminfe de fer, il se réserve le droit de les exproprier après dix ans de jouissance j moyennant des conditions réglées dans la charte ellemême , et qui , de la part de l'État , soitt vraiment libérales : il leur rembourserait leurs frais de premier établissement ou d'amélioration ; et compléterait tous les dividendes jusques au taux de 10 pour cent, dans le cas où ils n'auraient pas atteint ce chiffre (1).
(i) Plusieurs États se sont ainsi expressément réservé le droit d'acquérir les chemins de fer et canaux concédés à des compagnies. Les bases de l'expropriation qu'ils ont posées dans ce
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Ainsi ^ TÉtat de New-York, dans son humeur impériale, a posé la main sur l'instruction publique j sur les banques et sur les voies de communication, pour les centraliser : c'est un fait entièrement consommé à l'égard des travaux publics. îl est encore loin d'avoir affermi le principe d'unité dans les écoles, et surtout dans les banques; mais il y marche graduellement et d'un pas silr. Comme je l'ai déjà dit, la centralisation est entrée dans les habitudes administratives de l'État plus ayant encore que dans les actes de la législature; c'est une garantie que les lois d'tmité n'y resteront pas sur le papier.
Les leçons de l'État de New- York profitent à ses voisins. Gomme lui , ils se centralisent en eilglobant dans la sphère des attributions de l'État , les écoles , les banques et les travaux publics. Ils voient par son exemple que l'esprit d'entreprise individuelle n'a rien à souffrir de ce que le gouvernement soumette à son contrôle et à son autorité ces trois grands ressorts de la prospérité nationale, et même de ce qu'il les fasse jouer directement pour son compte; car nulle part, aux
cas sont moins favorables presque partout qu elles ne le sont dans l'État de New- York. L'État du Massachusetts a cependant adopté les mêmes , en étendant à vingt ans le délai de dix ans , pendant lequel la jouissance de l'ouvrage est assurée à la compagnie. L'État de New-Jersey a stipulé qu'il pourrait acquérir divers ouvrages à un prix qui , est-il dit , ne pourra dépasser les frai» de premier établissetoent.
324 LETAT-EMPIRÊ.
États-Unis , l'esprit d'entreprise n'est plus vigoureux et plus clairvoyant qu'à New- York. Malgré le Safety-Fund-Jct , il n'y a nulle part un pareil nombre de demandes en autorisation pour des banques. Malgré les lois universitaires de l'État, nulle part les établissements d'éducation ne se multiplient plus rapidement. Nulle part il n'y a plus de chemins de fer en train. L'État de New- York compte trente-deux lieues de canaux et quarante de chemins de fer, exécutées par des compagnies. Soixante à quatre-vingts lieues de chemins de fer sont en construction, et une compagnie s'est organisée pour construire un chemin de fer de New-York au lac Érié , par le sud de l'État (1 ) , sur une longueur de 190 lieues (2).
Il serait vraiment trop fort qu'un pays comme la France , où l'on se pique d'apprécier à leur valeur l'unité et la centralisation;, fût moins hardi que ces petites républiques nées sous l'influence du principe d'individualisme, et que nous tardassions plus long-temps à prendre un parti impérial à l'égard des institutions de crédit, des travaux publics , et de l'enseignement industriel qui nous est indispensable.
Il ne s'agit pas seulement d'accroître la richesse du pays. Il y a d'autres raisons , de la nature la plus élevée , pour que les gouvernements moder-
(i) Le canal en traverse le nord.
(2) Voir plus haut. Lettre xxn, page 44'
nés interviennent dans les institutions d'intérêt matériel, et étendent ainsi leur direction sur l'industrie.
Le progrès de la civilisation consiste sous le rapport individuel en ce que chacun devient de plus en plus apte à porter le poids de sa personnalité. L'ordre social, ayant ainsi des garanties individuelles de plus en plus fortes, semble avoir moins besoin de garanties légales et publiques : à cet égard pourtant il y a lieu à une distinction essentielle.
Lacivilisationdépouillegraduellementrhomme des habitudes grossières et des penchants brutaux de la vie sauvage. Il y a dans le Deutéronome beaucoup de défenses et de prescriptions qui, de nos jours, seraient parfaitement superflues. Le genre humain n'a même guère plus besoin qu'on lui enseigne l'article du Décalogue : Homicide pointue seras. Le licteur et le bourreau perdent de leur importance sociale; le constable , le shériff et le directeur du pénitencier sont à la veille de les remplacerpartout, il faut l'espérer. L'ordre public a commencé, et continuera de plus en plus à se passer de l'assistance du glaive; et, sous ce rapport, la raison individuelle substitue heureusement sa sanction volontaire à la sanction impérative des pouvoirs poHtiques et à la consigne de la force armée.
L'entendement humain se cultive; les senti-
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ments s'élargissent et s'épurent : cependant, leç passions élémentaires et primordiales sont toujours les mêmes. Elles se combinent dans un ordre différent, et s'appliquent à cj'autres objets; mais si ejl^s se sont tempérées , c'est seulement dans quelques forrnes extérieures; si ellea se sb,x\% polies , c'est uniquement à la surface ; le fond est: resté tout aussi âpre, tout aussi brûlant qu'il l'était autrefois (1). En politique surtout , la jalov^sie et l'ambition existent au même degp chez ï\om, que chez les Romains et les Grecs. Elles n'ont plus le poignard à la m^in ; elles ne répandent plus le poison y elles n'ont mémp plus recours à l'intermédiaire des sicaires et des Locustes ; mais elles ne sont ni moins injustes, ni moins insatiables, ni moins acharnées que dans Ips temps ^nciens^ Elles n'assassinent plus le corps , elles s'attaquent à l'honneur; la calomnie leur tient lieu de stylet, et les sert tout aussi bien que le suc des plantes vénéneuses; la çiviUsation leur fournit mille nouveaux moyens de s'assouyir. Eljes sopt plus vives et plus remuantes que jamais; elles fermentent au fond de beaucoup de plus de poitrines; elles intriguent autant qu'à toute autre époque , et se soucient aussi peu de tx'oubler la paix publique et de bouleverser l'État.
(i) Madame de Slaël a dit : « Bizarre destinée de l'espèce hii- » maine , condamnée à rentrer dans le même cercle par les |)as' ') sÎQnS) tandis qu elle avance toujours dans la carrière des idées ! »
Je ne crois pas que Sylla et Marius , César et Pompée, se soient plus cordialement détestés que le général Jackson, président des États-Unis, et le président delà Banque des État-Unis, M. Biddle. Si l'on voulait rechercher les types de Gain et d'Abel parmi les hommes d'État des temps modernes, on pourrait en dresser une liste d'effrayante longueur.
A cette force dissolvante, qui augmente au lieu de diminuer, en raison du nombre croissant des individus admis à l'influence politique, il est indispensable d'opposer des éléments de cohésion doués d'une activité et d'une intensité égales. C'est pour cela que pour l'avenir, tout comme pour le passé, l'existence d'une société implique une religion. Lors même que la religion ne répondrait pas aux fibres les plus délicates et les plus vivaces du cœur humain , lors même qu'elle n'offrirait pas à l'imagination un champ immense où celle-ci puisse circuler sans péril; lors même qu'elle ne serait pas indispensable à la paix de la conscience et à l'harmonie de la famille, il ne serait pas possible de se passer d'elle , car elle est aussi une nécessité politique. On a eu raison de dire que si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Une institution unique ne suffirait pas à régler les passions à tout instant et partout, à moins qu'elle ne suivît les hommes dans tous leurs mouvements, qu'elle n'eut le contrôle de tous leurs
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actes, qu'elle ne les enlaçât dans leurs quatre membres, c'est-à-dire , à moins d'être despotique, à l'image des théocraties du passé. Il ne faut donc pas espérer que la religion parvienne jamais seule, dans nos pays de liberté, à contre-balancer les passions humaines et à les retenir dans les limites où elles concourent au progrès social ; ou , du moins , si elle y réussit dans l'un des deux hémisphères de la société, la famille, elle y échouera toujours dans l'autre qui est l'Etat.
C'est pour cela que le moyen-âge a posé un principe salutaire en distinguant le pouvoir temporel du pouvoir spirituel , et en leur donnant à chacun une existence forte et indépendante. Depuis lors toutes les tentatives qui ont eu pour but de confondre ces deux pouvoirs , ou , ce qui revient au même, de se passer de l'un d'eux, ont été sans succès; elles ont, en général, abouti à une tyrannie (1).
(i) J'ai déjà dit que lorsque les Puritains débarquèrent dans la Nouvelle-Angleterre, ils voulurent avant tout établir unesociété religieuse. Ils s'organisèrent d'après la loi de Moïse. La sociélé politique n'exista point de fait, quoiqu'il y eût un gouverneur nominal pour représenter l'outorité temporelle , ou fut absorbée dans l'Église ; la commune fut confondue dans la Congrégation. Ils en vinrent en peu de temps à un régime qui ressemblait à celui des jésuites au Paraguay, avec cette seule différence, que chacun y avait sa part de tyrannie. Les lois bleues du Counecticut sont restées comme un monument de l'extravagance de cet ordre de choses, où la vie était emprisonnée dans les règlements les plus étroitement vexatoires. Les habitants delà Nouvelle-Angle-
Un pouvoir temporel muni d'une ample prérogative est donc indispensable aujourd'hui encore, dans l'intérêt de la liberté elle-même. D'un autre côté, il est impossible de ne pas reconnaître que la tendance de la civilisation est d'enlever à la royauté ses anciens attributs, en totalité ou en partie. A cet égard notre siècle a une volonté bien arrêtée. La résistance des rois aux efforts de ceux qui voulaient les dépouiller, a même exaspéré les esprits au point qu'il s'est formé un parti, celui des républicains, dont l'unique objet est l'abolition complète et radicale de la royauté, et que la singulière doctrine de l'inutilité et même du danger de tout pouvoir a trouvé de chauds et nombreux sectateurs.
Les peuples ont raison de vouloir que les rois déposent ou restreignent leur vieille prérogative ; les gouvernements héritiers de la conquête doivent abdiquer ce que leur autorité a eu de brutal et de violent. Il serait prématuré de dire que la paix universelle va luire sur la terre ; il ne l'est pas d'affirmer que la guerre ne sera plus qu'un fait
terre furent donc bientôt contraints de renoncsr à leur gouvernement mosaïque , et . sans séparer parfaitement la politique de la religion , ils reconnurent à chacun des deux pouvoirs une existence propre. Ils ne constituèrent pas solidement le pouvoir politique hors de la commune; mais ils eurent une organisation communale qui, précisément, parce qu'elle avait pour point de départ l'organisation religieuse , et qu'elle ne s'en distinguait qu'incomplètement , fut forte et compacte quelquefois à l'excès.
secondaire et accidentel dans la vie des peuples. L'industrie , q'est-à-dire l'art de créer la richesse , de multiplier le bien-être et d'embellir le globe , demeure du genre humain , passera désormais avant l'iart de tuer et de détruire. L'épée cesse d'être le premier symbole du pouvoir.
Mais l^s rois ont raison à leur tour de se refuser à laisser réduire leur puissance à un vain simulacre. Indépendamment de toute ambition personnelle , ils voient , de la hauteur où ils sont placés, que le jiiaintien de l'ordre social exige ^J^solument la présence d'un pouvoir digne de ce nom. Ce qui prouve qu'ils voient juste , c'est que les hommes de tous les partis qui sont arrivés au gouvernement j pendant nos crises révolutionnaires, ont tous été du même avis sur cette question , quelle qu'eût été à cet égard leur opinion ^îitérieure : c'est le seul point sur lequel ils aient été unanimes.
C'est qu'en effet , en même temps que l'on ôte aux gouvernements, il faut leur donner. La guerre n'est plus le principal but de l'activité avouée des peuples ; l'emploi de la force brutale est de moins en moins nécessaire à la conservation de là société ; réduisons donc successivement d'une main sure celles des prérogatives de l'autorité qui lui donnent le caractère exclusivement guerrier, et qui thettent notre vie et notre liberté à la discr-étioh de ses agents armes ! Puisque l'industrie
occupe une place de plu^ en plus grande dans Texistence individuelle et publique des nations, faisons-Ja de plus en plus entrer dans le cercle de l'action gouvernementale , en classant parmi les attributions du gouvernementles trois ressorts du mouvement industriel, les banques, les voies de communication et les écoles; à condition, bien entendu, que le gouvernement soit en mesure d'user pour le bien général du droit nouveau dont on l'investirait en échange du droit ancien dont il se serait démis.
Les banques, les voies de communication et les écoles, sont des instruments de gouvernement qu'il y a beaucoup d'inconvénients à laisser complètement en dehors du cercle de l'influence des pouvoirs publics; il p-'y en a pas à les y incorporer partiellement, de manière ^ rie point étouffer l'esprit d'entreprise individuelle.
L'autorité publique exercerait alors des fonctions directrices conformes aux tendances des populations. Elle présiderait aux faits les plus importants de lepr activité ; elle mériterait réellement alors le nom de gouvernement ; elle posséderait un nouveau mode d'action coercitif et répressif, qui est le seul compatible avec les progrès de l'esprit de liberté. Au lieu d'avoir prise sur le corps et sur le sang , elle aurait prise sur le travail et sur la bourse de l'homme. Un nouveau degré d'inviolabilité serait acquis à
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la personnalité humaine , sans que Fordre social cessât d'être suffisamment garanti.
Par là enfin , Tavénement politique de l'industrie serait consommé. Au lieu d'être une cause d'instabilité, une fois assurée de son rang et affermie dans son assiette , l'industrie remplirait constamment, dans la mesure qui lui est propre, un rôle conservateur.
Tout est mûr pour cette transfiguration politique.
Il y a quarante ans, les peuples voulaient marcher au progrès par le renversement de l'ordre ancien. La haine a cessé d'être leur principale conseillère ; leur fureur de démolition s'est calmée; ils songent beaucoup moins à secouer le joug des tyrans^ beaucoup plus à s'affranchir de la misère et de l'ignorance. La route de la liberté qui est préférable pour l'Europe, et qui y serait préférée aujourd'hui, est celle qui passe par l'aisance, l'éducation, le travail. Ceux qui furent les chefs temporels et spirituels des peuples reconquerraient bientôt leur rang, si, dépouillant les sentiments d'alarme dont les avaient remplis d'horribles imprécations contre le dernier des rois et le dernier des prêtres, ils voulaient, savaient et osaient se mettre à la tête d'un grand mouvement dans ce sens ; car les populations les y suivraient avec ravissement. Par quelle fatalité hésiteraient-ils encore?
Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que l'exemple en cela doit venir de la France. Ce n'est pas elle qui a le plus de trésors en caisse; ce n'est pas elle qui compte le plus de soldats sous ses drapeaux , le plus de bâtiments dans ses ports, le plus de canons dans ses forteresses ; mais c'est elle qui a la pensée la plus intelligente et le cœur le plus baut placé ; c'est d'elle que le monde est habitué à recevoir îe mot d'ordre. Londres, avec ses milliers de vaisseaux, pourrait être en feu, sans que l'univers non -britannique s'en émût autrement que comme d'une lamentable infortune arrivée à un étranger; une simple émeute dans Paris a son contre-coup au bout de l'univers. La crise de Juillet a enfanté la Réforme ; la Réforme n'eût jamais produit Juillet. C'est que la France est le cœur du monde. Les affaires de la France sont les affaires de tous; les intérêts qu'elle épouse ne sont pas ceux d'une ambition égoïste; ce sont ceux de la civilisation. Quand la France parle, on l'écoute, parce que les sentiments qu'elle exprime ne sont pas seulement les siens à elle, ce sont ceux du genre humain. Quand elle agit, on l'imite, parce qu'elle ne fait que ce que tous ont besoin de faire.
La France a été la première à introniser la liberté sur le continent européen ; c'est à elle à réhabiliter le principe d'autorité^ aujourd'hui que le temps en est venu. Elle a protégé les peuples
334 l'état-èmpirè.
quand il le Mkit; il lui ajDpartieht de protéger les rois, îion par la force de lepée, quoiqu'elle ne doive point briser la sietine , qtii à accompli tant de prouesses au seul pt-ofit de la civilisation : ce serait un sacrilège; mais par la sagesse et la moralité des règles nouvelles qu'elle fera passer dans l'art de gouverner, par là fécondité dès attributions nouvelles dont elle investira lé pouvoir.
SYMPTOMES DE RÉVOLtJtlÔTT.
Baltimore, 25 septembre i855.
Il y a deux ans, M. Clay commença un discours au Sénat des États-Unis par ces mots, restés célèbres de ce côté de l'Atlantique : ce Nous somme^ au milieu d'une révolution. » C'était à l'époque où le général Jackson venait , par un acte d'autorité inouï dans les annales de l'Union américaine , par un vrai coup d'État , dé trancher contre la Banque une question que ses propres amis au Congrès et ses ministres eux-mêmes se refusaient à résoudre. Beaucoup d'autres depuis ont répété ces paroles. En dernier lieu , après les scènes de meurtre , de torture et de destruction qui ont signalé les États-Unis dans lés États à esclaves et dans ceux où l'esclavage n'est pas reconnu , dans les campagnes et dans les villes , à
326 SYMPTOMES DE RÉVOLUTïOlV.
Boston , la ville républicaine par excellence, aussi bien qu'à Baltimore , à qui certains excès sanglants, commis en 1812 à l'occasion. de la giiene contre l'Angleterre^ ont valu le nom de H^îo/j- Town (ville de l'émeute), les bons citoyens se disaient avec douleur en s'abordant les uns les autres : « Nous sommes au milieu d'une révolution. »
Il faut reconnaître à l'honneur de la race anglaise, qu'elle est, plus que toutes les autres, imprégnée du sentiment du respect à la loi. Jusqu'à ces derniers temps , les Anglo-Américains se sont montrés, sous ce rapport, ce qu'ils sont sous beaucoup d'autres, des Anglais renforcés. Il y a des peuples qui ne comprennent la loi que sous la forme vivante , c'est-à-dire qu'autant qu'elle est personnifiée dans un homme. Ils savent obéir à un chef, ils ne peuvent se faire à respecter uiîe lettre morte. Avec eux , la gloire et la prospérité de l'État dépendent médiocrement de la qualité des lois, beaucoup de la qualité des hommes chargés d'en être les interprètes. Chez eux, l'empire grandit et déchoit tour à tour , selon que le souverain , quel qu'en soit le titre, est un homme supérieur ou un personnage vulgaire. Tel parait être en général le caractère des nations asiatiques. L'Anglais est moulé sur un type tout différent. Il lui coûte peu de s'incliner devant un texte; il ne se prête que de mauvaise grâce à
s'incliner devant un homme. Il n'a pas besoin qu'un homme vienne lui enjoindre d'observer la loi; il sait lui-même , sans effort et d'instinct, s'y conformer. Ceci revient à dire que l'Anglais a en lui le principe du self-govemment ; ceci rend compte du succès que ce système politique a eu aux États-Unis où la race anglaise s'est pleinement développée suivant sa nature.
Malheureusement, le sentiment de respect à la loi semble s'effacer chez les Américains. Ce peuple , éminemment pratique à d'autres égards , a fait ou s'est laissé faire en politique de la théorie à perte de vue, de la logique quand même; il n'a reculé devant aucune des conséquences du principe de la souveraineté populaire , du moins tant que ces conséquences le flattaient ; comme s'il y avait au monde un principe, un seul, même celui de la charité chrétienne ;, qui fut susceptible d'être indéfiniment passé au laminoir sans produire en dernier résultat l'absurde pur et simple. On est donc arrivé à nier , aux États-Unis , qu'il y eiit aucun principe de justice vrai en lui-même et par lui-même, et à admettre que la volonté actuelle du peuple était nécessairement et toujours la justice; on y a posé en fait l'infaillibihté du peuple à chaque instant et en toute chose, et par là on a ouvert la porte à la tj-rannie d'une minorité turbulente qui se dit le peuple (1).
(i) On a remarqué que tous les désordres commis à New-York,