‹ Lettres sur l'Ameique du NordChapitre 22 sur 75 · L ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

L ARISTOCRATIE

coup plus faible qu'en Europe. Il ne faut pas confondre ce quiest accidentel et transitoire, avec ce qui est un progrès acquis à la civilisation. L'affaiblissement momentané des sentiments de famille a été une des nécessités du mouvement d'expansion et de dispersion individuelle , par lequel les Américains ont procédé à la colonisation de leur continent^ l'effet doit cesser peu à peu avec la cause momentanée qui l'a produit, c'està-dire à mesure que l'émigration vers l'Ouest se ralentira. Dès qu'ils ont achevé leur croissance , les Yankees, dont la nature prévaut aujourd'hui dans l'Union, quittent tout naturellement et sans émotion leurs parents pour ne plus les revoii' , comme les petits des oiseaux qui prennent leur volée pour ne plus rentrer au nid dès qu'ils on t toutes leurs plumes ; mais la prédominance des Yankees, tels qu'ils sont faits aujourd'hui, ne me paraît pas devoir être éternelle : je ne vois pas en eux le type définitif de l'Américain.

Parmi les Yankees eux-mêmes, le sentiment de famille a conservé de solides points d'attache , tels que la vénération pour la tradition biblique , la sainteté et l'étroitesse du mariage , et les amples pouvoirs donnés au père pour la disposition de sa fortune.

Depuis trois siècles, les éléments mobiles ont pris d'énormes accroissements dans la civilisation occJd^iitgl^. .L'ilKlii^trie et l'imprimerie, organe

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de la philosophie et de la science profane, ont rompu l'équilibre entre la force de rénovation tt la force de conservation qui doivent exister dans toute société , et qui doivent se balancer pour qu'il y ait ordre. Ces deux puissances nouvelles, qui tendent essentiellement à tout renouveler, on t battu les anciens pouvoirs, et culbuté la double aristocratie de capacité et de naissance, le clergé et la noblesse. Faut-il en conclure que ces deux aristocraties, ou même une seule dés deux, soient mortes à jamais, ou plutôt ne faut-il pas admettre que l'ordre, c'est-à-dire le balancement entre la tendance novatrice et la tendance conservatrice , ne peut subsister, à moins que le pouvoir ne soit reconstitué tout aussi fort qu'il l'ait jamais été, ce qui ne veut pas dire qu'il doive avoir la brutalité de la vigueur antique? N'est-ce pas une raison pour que la hiérarchie soit assise au moins aussi fermement que par le passé ? ce qui ne signifie nullement qu'elle doive emprunter l'inélasticité et l'absolutisme des aristocraties anciennes : or , y a-t-il un principe de solidité et de stabilité comparable à la transmission héréditaire ? Le doute sur ce point n'est pas seulement légitime; je le crois obligatoire.

On a organisé des systèmes très stables sans

hérédité. La hiérarchie catholique en offre le plus

parlait exemple; voilà dix-huit cents ans qu'elle

dure. Mais, pour obtenir ce résultat, il a fallu

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