DIFFICULTÉ DES DÉGRÈVEMENTS
Il est fort difficile * eu France, de dégrever les masses , parce que les ressources de nos ouvriers, et surtout celles de nos paysans, qui forment vraiment, en France^ la classe la plus pauvre et la plus nombreuse, sont tellement bornées, que le fisc n'y a pas prise. Le paysan limousin , par exemple, ne paie rien ou presque rien à Tadministratioa des contribulions indirectes, rien ou presque rien à celles des douanes, des postes et de Tenregistrement , par la triste raison qu'il ne boit pas de vin, qu'il mange très rarement de la viande, qu'il ignore l'usage du sucre, du thé , du café et des étoffes anglaises ; qu'il ne sait ni lire ni écrire, et que par conséquent il ne lui arrive jamais de recevoir de lettres ; qu'il ne plaide pas , faute de posséder aucun sujet de litige, ou que, s'il possède un lopin de terre, ce qui est souvent le cas, il le garde sans le vendre ni l'accroître. A l'exception de l'impôt du sel, les taxes indirectes lui sont donc peu onéreuses. Si l'on abaissait ces taxes pour augmenter l'impôt foncier, on grèverait un très grand nombre de paysans d'une somme souvent égale à celle dont ils auraient été dégrevés d'un autre côté.
Note 3y. (Page 282.)
DE l'octroi.
Il n'y a pas d'octroi aux États-Unis , ce qui est peu étonnant. Ce qui l'est beaucoup plus , c'est qu'il n'y en ait pas en Angleterre, où le fisc, véritable Protée , s'est revêtu de toutes les formes imaginables. Les Anglais ont reconnu que c'était un mauvais impôt. Les droits d'octroi sout un fléau pour le pauvre des villes , parce qu'ils sont, dans les grandes vilU;s, bien plus élevés
que les contrlbulions indirectes instituées au profit de l'État. C'est une plaie pour Tordre social; car, exagêréscommcilslesont,' aïs appellent la fraude et créent dans toutes les grandes villes une classe de contrebandiers, race ennemie du travail, pounie d'immoralité, dont le vicieux contact pervertit les ouvriers, et les entraine à tous les désordres.
La ville de Paris présente un phénomène de physiologie sociale bien digne d'être observé. Depuis cinquante ans la population de Londres a doublé ; celles des autres capitales européennes à 1 exception de Madrid, s'est accrue de moitié au moins. Je ne parle pas des progrès miraculeux des villes américaines La France est passée de 26 millions d'halilanls à 53 millions, c'està-dire que sa population s'est accrue de 53 p. 0/0. Pari/ a été occupé par des armées étrangères , mais Paris n'a jamais subi les horreurs d'un siège; Vienne et Berlin, d'ailleurs ont passé aussi par l'épreuve de l'occupation. Paris a été l'objet de la sollicitude de tous les pouvoirs ; ils y ont prodigué les embellissements. La centralisation administrative a fait tout couTer^er de plus en plus vers Paris; Les voies de communication de tous les points de la France vers Paris se sont développés en nombre et en vitesse. L'importance commerciale de Paris s'est augmentée Pans est resté le centre du goût et des arts. Quel a été le fruit de cette masse d'eiforts et privilèges? Paris est peuplé aujourd'hui a peu près comme il l'était il y a cinquante ans. Il est hors de doute que rien na autant contribué à arrêter les progrès de Paris que la mauvaise assiette du revenu municipal.
Le meilleur moyen de remplacer l'octroi consisterait probablement 10 ,],,3 „^, augmentation modique des centimes additionnels; 20 dans une ta.ve sur les loyers assise directement sur les locataires; 5o dans une taxe sur les voitures et chevaux de lu xe, et même sur les chiens dont Paris est infesté ; 4» dans des licences imposées aux marchands de vins, traiteurs et restaura^ teurs. A Paris, il ne serait pas difficile de se procurer ainsi;" presque sans frais de perception, les 20 à 25 millions quel octroi rapporte net.
Note 38. (Page 232.)
DE l'impôt du sel.
L'impôt du sel pi'oduit au Trésor 6o millions. Si l'on revenait sur la réduction du droit des boissons opérée par la loi du 12 décembre i85o, réduction qui, tout le monde en convient aujourd'hui, n'a profilé ni aux consommateurs, ni aux propriétaires de vignobles, on ferait rentrer au Trésor une somme de 35 à l\o millions. L'on pourrait donc alors , sinon faire disparaître l'impôt du sel, du moins le diminuer des deux tiers, ce qui serait un bienfait pour le paysan, et un grand service à notre agriculture, qui est el sera toujours en France la première de* industries nationales.
Note. Bg. Page 245.)