‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 2)Chapitre 24 sur 70 · L ÉTAT-EMPIRE · texte numérisé non relu

L ÉTAT-EMPIRE

médiaire entre les deux extrémités du littoral de la Confédération; ou plutôt elle appartient maintenant à F Etat de New- York* qui est le plus important, non seulement des Etats du Milieu, mais de FUniontout entière (i).

Pour servir de lien entre deux types, il est nécessaire d'en porter en soi les qualités principales; FÉtat de New-York doit donc combiner la largeur des vues du Sud avec l’esprit de détail du Nord* Pour être, même à demi, la personnification de l'unité dans le grand corps de la confédération américaine, il est indispensable de posséder soi* même à un haut degré le sentiment de l'unité. Pour avoir le don de centraliser l'Amérique , même fort imparfaitement , il faut être doué du génie de la centralisation* Depuis quelque temps, en effet, on a signalé dans FÉtat de New-York un caractère de grandeur, d’unité et de centralisation qui lui a valu h qualification

État-Empire {Empire-Statè}. Quoiqu’il soit le plus proche voisin des six États de la No nvellë* Angleterre, quoiqu’il touche à trois d'entre eux et qu'il soit devenu la résidence de beaucoup de leurs enfants, il a su s’ affranchir de l’esprit de morcellement extrême qui distingue les Yankées, ou, pour mieux dire , il a su le contre*ba lancer par un développement proportionnel de l’esprit d’unité*

0) Autrefois le premier Etat du milieu était celui de Pensyharpie* Le Congrès résidait ordinairement à Philadelphie* La Peu syl vaille reçut alors la

LETTRE XXX. • agi

L’Opposition, qui a le dessous dans les conseils législatifs de cet État, et qui en a de rhuttieur, cherche à faire honte aux populations de la centralisation qui commence à étendre son reseau sur elles. « Vous êtes menés, dit-elle, par la Rêgence{ i) dAfbany ; une demi-douzaine d'amis de M. Yan-Büren, recevant la consigne du gouverneur Marcy, vous font mouvoir comme des marionettes. » L’Opposition exagère* Il est certain pourtant que lorga nisation de cet État, et surtout les habitudes administratives qui y ont été établies depuis quelques années sous l’influence de M. Yan-Buren, et qui font précédent pour Ta venir, ont un cachet de centralisation dont les partisans de l’indépendance individuelle illimitée ont droit de s’alarmer, mais dont les hommes sages doivent s’applaudir; car c’est précisément par là que l’État de New-York est devenu supérieur aux autres; c’est par là seulement qu’il maintiendra sa supériorité* En combinant ainsi la force d’expansion, qui domine partout ailleurs dans rUnion américaine, une force de cohésion suffisante, on a donné à la constitution de cet État une élasticité, qui, pour les peuples comme pour les individus, est la condition d’une longue et prospère existence.

L’organisation des écoles primaires et de Finstruction publique en général y est centralisée* La

(i) Jïbany regetidÿ. Albany, capitale de l 'Étal de New-York t a été fondée par des Hollandais et le nom de Régence est employé dans les Pays-Bas pour désigner les autorités des villes.

t/ftàt-empiiie.

plupart des États de FUnion ont une caisse de Vinstructiôn primaire; dans les États de la Nouvelle- Angleterre , le revenu de cette caisse est réparti entre toutes les communes, qui en disposent à leur gré sans que l’État ait le droit d’exercer aucun contrôle réel et d’imposer aucune condition. L’État de New- York procède plus impérialement : il oblige les diverses communes à fournir elles-mêmes une somme au moins égale à la subvention .publique,, sinon la subvention n’a pas lieu (i). Cette méthode, que nous commençons à employer en France dans beaucoup de cas et sous beaucoup de formes , tant en matière de travaux publics que d’instruction élémentaire, est bien préférable à celle du Connecticut, par exemple, qui distribue annuellement aux localités, dans le même but, la même somme que FÉtat de New-York ( 5oo,ooo fr. environ), sans qu’il lui soit rendu compte deFemploï de la subvention, sans mérite que FÉtat puisse vérifier si réellement elle a été consacrée à renseignement primaire.

En i834j les écoles primaires de FÉtat de New- York ont été fréquentées par 54i,4or personnes (2); or, le nombre des enfants de cinq à seize ans exis-

(i) U est même stipulé que la subvention Je FEtat sera, tout entière employée à rétribuer les maîtres d'école. L’allocation des communes qui, d’après la loi j doit être au moins égale à la subvention* reçoit la même destination; en outre ks parents aisé s , dont la liste est dressée par un comité local , ont à payer au maître les mois d’école de leurs enfant?. Les dépenses matérielles sont entièrement a la charge des localités. (Voir la noie a 8 à la lin du volume. )

(a) Voir la noie à ta fin du volume.

tant dans les districts dont on a les comptes-rendus, ce qui comprend à peu près tout 1 État, 11 est que de 543,o85. Les frais réunis ont été de 7,000,000 fr., dont 4,000,000 ont été employés à payer les maîtres d’école. Chez nous, il y a quatre ans, la somme totale fournie à l’instruction primaire par l’État, les départements et les communes , n était que de 4,000,000 fr. Aujourd'hui, grâce aux efforts de M. Guizot, cette somme s’élève à douze millions environ. Ce n’est pourtant encore que le triple de celle qui est consacrée au même usage (1) par l’Etat de New-York , qui est seize fois moins peuplé que la France. Le nombre des enfants qui fréquentent les écoles, en France , est de 2,400,000 (2), c’est-àdire du treizième de la population , ou trois fois moindre proportionnellement que dans l’État de New -York.

Toutes les écoles primaires de l’État de New -York, au nombre de plus de dix mille , ressortissent d un comité spécial composé principalement des premiers fonctionnaires de l’État et dont le secrétaire d’État (3) est le membre le plus actif. Ce comité pourvoit à l’instruction des maîtres d’école , se fait

(1) Le salaire des maîjtres.

(a) L’état de nos écoles présente celle circonstance affligeante que le nombre des filles qui les fréquent eut est beaucoup moindre que celui des garçons j sur 2*4^^000 élèves, 825,000 seulement sont des filles. C'est un mal qui réclame un prompt remède. Dans aucun pays du monde l'influence de la mère de famille sur les enfants n’est aussi importante qu’en France,

(3) C’est le premier fond ion nuire actif de l’Etat après le gouverneur ; tout 1* travail des bureaux reposé sur lui.

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rendre un compte détaillé de la tenue des classes et choisit les livres élémentaires. A cet égard, la Virginie, l’Ohio et quelques autres États de l’Umon, sont entres dans un système analogue (i)j mais lhtat de -New- York a cela de particulier qu’il possède en outre nn Conseil Universitaire dont les membres, appelés Régents de V Université, sont nommés, au nombre de vingt-quatre, par la législature, et de qui relève la presque totalité de soixante-huit écoles supérieures appelées Académies.

Ij Etat compte aussi sept collèges, dont l’un est qualifié d Université de New-York, qui correspondent, d’un peu loin il est vrai, aux universités d’Angleterre et d’Allemagne avec leurs quatre facultés.

La surveillance que le gouvernement de l’État de New-iork exerce sur les A cadéniies est fort bornée, quant à présent. Elle se réduit à une visite annuelle faite par un ou plusieurs Régents de l'Université ; mais l’État pourra étendre son influence, quand il le voudra , par le moyen de subventions déjà en usage. En it>34, ces subventions se sont élevées à la somme totale de 64jQ°o fr. Le nombre des élèves fréquentant les Académies a été, pendant la même année, d un peu plus de 5, ooo pour une population d’environ a, 100,000, soit deux élèves et demi par mille âmes. En France, avec une population de 33 millions, 1 on compte dans les collèges 80,000 élèves;

(0 Voir la note 60 à la fin du volume.

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