‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 2)Chapitre 31 sur 70 · L ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

L ARISTOCRATIE

Ton ne conçoit pas comment il en serait ainsi sans une certaine close d’hérédité.

On peut objecter , en ce qui concerne les Etats- Unis, que le sentiment de la famille y est beaucoup plus faible qu’en Europe. Il ne faut pas confondre ce qui est accidentel et transitoire , avec ce qui est un progrès acquis à la civilisation. L’affaiblisse nient momentané des sentiments de famille a été une des nécessités du mouvement d’expansion et de dispersion individuelle , par lequel les Américains ont procédé à la colonisation de leur continent ; l’effet doit cesser peu à peu avec la cause momentanée qui Ta produit y c’est-à-dire à mesure que l’émigration vers l’Ouest se ralentira. Dès qu’ils ont achevé leur croissance , IesYankéeSj dont la nature prévaut aujourd’hui dans TUiiion, quittent tout naturellement et sans émotion leurs parents pour ne plus les revoir , comme les petits des oiseaux qui prennent leur volée pour ne plus rentrer au nid dès qu’ils ont toutes leurs plumes ; mais la prédominance des Yankees, tels c|u’ils sont faits aujourd’hui, ne me paraît pas devoir être éternelle : je ne vois pas en eux le type définitif de fÀméricain.

Parmi les Yankées eux-mêmes, le sentiment de la famille a conservé de solides points d’attache , tels que la vénération pour la tradition biblique, la sainteté et l’étroitesse du mariage, et les amples pouvoirs donnés au père pour la disposition de sa fortune.

Depuis trois siècles , les éléments mobiles ont pris d’énormes accroisse oient s dans la civilisation occidentale. L’industrie et F imprimerie, organe de la philosophie et de la science profane, ont rompu Téquilibre entre la force de rénovation et la force de conservation qui doivent exister dans toute société, et qui doivent se balancer poui^ qu’il y ait ordre * Ces deux puissances nouvelles, qui tendent essentiellement à tout renouveler, ont battu les anciens pouvoirs, et culbuté la double aristocratie de capa* cité et de naissance, le clergé et la noblesse. Faut-il en conclure que ces deux aristocraties, ou meme une seule des deux, soient mortes à jamais, ou plutôt ne faut-il pas admettre que l’ordre, c’est-à dire le balancement entre la tendance novatrice et la tendance conservatrice, ne peut subsister, à moins que le pouvoir ne soit reconstitué tout aussi fort qu’il Tait jamais été, ce qui ne veut pas dire qu’il doive avoir la brutalité de la vigueur antique? N est-ce pas une raison pour que la hiérarchie soit assise au moins aussi fermement que par le passé? ce qui ne signifie nullement qu’elle doive emprunter finélasticité et FabsolutLsme des aristocraties anciennes: or, y a-t-il un principe de solidité et de stabilité comparable à la transmission héréditaire? Le doute sur ce point réest pas seulement légitime ; je le crois obligatoire.

On a organisé des systèmes très stables sans hérédité. La hiérarchie catholique en offre le plus par-

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