L ARGENT
l'usage d'allouer à leurs maires des indemnités pour frais de représentation et autres objets. C'était juste, non seulement parce que dans les grandes villes les fonctions de maire sont difficiles à remplir , absorbent toute l'activité d'un homme et ne lui laissent pas le temps de vaquer à ses affaires, mais aussi parce qu'en fait ces fonctions obligent les titulaires à mille dépenses, dont nos économiseurs parlementaires , dans leur empyrée métaphysique, ne se doutent nullement. Cet amendement était déplorable le lendemain d'une révolution qui s'était accomplie malgré ce qui reste en France de grande propriété, et qui, par conséquent, écartait nécessairement des emplois publics la plupart des riches; il l'était, dans un temps de crises terribles où les fonctions municipales, dans nos grandes cités, telles que Lyon, Marseille, Rouen, Bordeaux, exigeaient h tout prix des hommes de tête et de cœur. Nos rogneurs de budget l'ont emporté cependant , et , si l'on ne trouve plus personne (1) dans nos villes pour se charger des fonctions municipales, si les préfets sont obligés de les colporter pour lesoff'rir à tout venant , c'est à eux que la responsabilité en revient pour la meilleure part.
Les traitements élevés répugnent à la démocratie parce qu'elle ne les conçoit pas. L'ouvrier.
(1) Voir la note 20 à la fin du volume.
qui gagne SOO dollars , se croit généreux envers un fonctionnaire à qui il en octroie 1,300 ou 2,000 ; tout comme nos bourgeois à 10,000 fr. de rentes ne comprennent pas qu'à Paris un fonctionnaire, qui reçoit 12,000 ou 15,000 fr. , ne soit pas satisfait. Les Américains s'étaient persuadés qu'il pourrait chez eux, comme ailleurs, y avoir deux monnaies, l'argent et la considération publique. Sur l'autorité de Franklin, ils avaient supposé qu'il leur serait facile de trouver des fonctionnaires capables, en leur offrant, pour principal salaire , l'honneur. Ils se sont trompés. Chez eux, les fonctions publiques ne sont point un titre au respect; tout au contraire (1). Comme elles ne sont rétribuées ni en considération, ni en écus, ce n'est plus qu'un pis-aller. A l'exception d'un très petit nombre de places que l'appât du pouvoir fait rechercher encore , malgré les déboires dont il faut acheter le plaisir de commander et d'avoir des inférieurs , elles ne sont courues que par la portion flottante de la population , qui n'a pu prospérer dans l'industrie et qui se meut de carrière en carrière. Ce n'est même pas, à proprement parler, une profession ; c'est un emploi provisoire pour les gens déclassés. Dès que l'on a trouvé mieux dans le commerce et les entreprises , on remercie l'Etat. L'école de West-
(1) Voir tome 1 , lettre xix , pages 331-32,