‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 3)Chapitre 2 sur 55 · LES BATEAUX A VAPEUR DE L OUEST · texte numérisé non relu

LES BATEAUX A VAPEUR DE L OUEST

tége l'éclaboussé ou le renverse. Malgré lui, le voyant venir, il s'arrête saisi d'une crainte respectueuse , et s'incline servilement à son passage. Au contraire , dans la Grande-Bretagne , en dépit des privilèges magnifiques et de l'opulence des lords, le méchante et le laboureur qui peuvent aller au bureau prendre leur titket pour voyager en chemin de fer , pourvu qu'ils aient quelques shellings dans leur poche, et qui ont le droit, en payant, d'être assis dans la même voiture, sur la même banquette , côte à côte avec le baronnet .ouïe duc et pair ^ sentent leur dignité d'homme, et comprennent, à toucher du doigt, qu'entre la noblesse et eux il n'existe pas d'abîme infranchissable.

Par ce motif, on me ferait difficilement croire aux projets tyranniques d'un gouvernement qui se vouerait avec ardeur à percer son territoire et à diminuer les frais et la durée des transports. N'est-il pas vrai que le long des grands chemins , des canaux et des fleuves, les idées circulent en même temps que les marchandises , et que tout commis-voyageur est plus ou moins missionnaire ? Les hommes dominés par les convictions rétrogades le savent bien. Ils n'ont garde , ceuxlà , de favoriser les entreprises de communication : ils redoutent un ingénieur des ponts-et-chaus- «ées presque à l'égal d'un éditeur de Voltaire. Comme il est incontestable que l'un des premiers

x^hemins de fer d'Europe a été établi dans les provinces autrichiennes; comme l'administration impériale a ouvert de belles chaussées d'un bout à l'autre de ses possessions , et qu'elle encourage les bateaux à vapeur du Danube , j'ose en conclure que M. de Metternich vaut mieux que la réputation qu'on lui a faite sur la rive gauche du Rhin. Vous savez qu'au contraire, pendant le court ministère de M. de Labourdonnaye , en 1829, les études et plans de certaines routes projetées en Vendée disparurent sans qu'on ait pu les retrouver depuis. Il y a quelques mois , dans l'un des États libres et souverains de la confédération républicaine du Mexique, celui dePuébla, dont la législature a toujours possédé, il faut le dire, une colossale réputation d'ignorance et d'obscurantisme , les élus du peuple , animés d'une sainte colère contre des mécréants , presque tous étrangers, qui ont poussé l'esprit d'innovation sacrilège jusqu'à établir une diligence entre Mexico et Véra-Cruz, et à réparer la route entre ces deux villes, les ont frappés d'une taxe annuelle de 720,000 fr. , et leur ont défendu en outre de percevoir aucun péage sur le territoire de l'Etat. Il y a un pays où un simple perfectionnement de moyens de transport par eau a opéré une révolution qui se poursuit encore , et dont les conséquences sur le balancement des pouvoirs d^ns le Nouveau-Monde sont réellement incal- II. 2

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