LES BA.TEA.UX A VAPEUR DE L OUEST
au nombre de deux cent quarante, mesurant ensemble 64,000 tonneaux (1). D'après les renseinements qui m'ont été donnés par des personnes versées dans la matière, le commerce auquel ils servent d'intermédiaire ne s'élève pas à moins de 140,000 tonneaux , en ne comptant que celui qui s'opère entre la lYouvelle-Orléans et le haut pays. Le commerce intermédiaire entre les bassins de rOhio , du Tennessee et du haut Mississipi forme une autre masse considérable. Pour avoir une idée des affaires qui se traitent sur les eaux de l'Ouest . il faudrait faire encore entrer en ligne de compte 160,000 à 180,000 tonneaux de provisions et objets divers qui descendent à la Nouvelle- Orléans en bateaux plats (^a^ bouts). C'est énorme assurément , et pourtant ce n'est qu'une percelle de ce qui , selon toute probabilité , sillonnera dans vingt ans les fleuves de l'Ouest; car sur le canal Erié , qui , comparativement au Mississipi et à l'Ohio , n'est qu'une ligne secondaire , sur un seul point , à Utica , il est passé , en 18S3, dans une saison de sept mois et demi , 420,000 tonnes. Telle est l'influence des communications où le bon marché se combine avec la célérité (2). Au
(1) Voir la note 2 à ia fin du volume.
(2) Le transport sur nos canaux est à fort bas prix. Le fret proprement dit , indépendamment des droits (qui sont peu élevés chez nous en comparaison de ce qu'ils sont en
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Mexique, OÙ la nature a tant fait, et où en revanche les hommes font si peu de chose , dans ces contrées dont les ressources naturelles sont peutêtre décuples de celles des Etats-Unis, mais où. l'homme est cent fois moinsactifet moins industrieux, tous les transports se font à dos de mulet^ quelquefois à dos d'homme, même dans les plaines. Aussi la masse annuelle des tranports, en montant de Véra-Cruz , qui est le port principal du pays, à Mexico, la capitale, est au-dessous de 6,000 tonnes ; à la descente , c'est moins encore.
Les bateaux à vapeur de l'Ouest ressemblent aux bains Vigier sur la Seine. C'est une vaste maison avec un rez-de-chaussée et un premier étage (1). Deux grandes cheminées en forme de colonnes lancent une fumée noire et des milliers d'étincelles. D'une troisième cheminée s'échappe avec frémissement un nuage blanchâtre ; c'est le dégagement de la vapeur. A l'intérieur , ils ont cette apparence de coquetterie qui caractérise les bâtiments américains en général. Au dedans ils sont meublés avec éclat. Us sont vraiment beaux à voir.
Angleterre , par exemple), y coûte un centime et demi à deux centimes par tonne et par kilomètre. C'est le double sur les canaux des États-Unis , mais cet avantage des canaux français est balancé par une désespérante lenteur. (1) L'Homer , bateau renommé, ouvrage de M. Ceckviiih , de Louisville, l'un des plus habiles constructeurs de l'Ouest, a un étage de plus.
1 A LES BATEAUX A VAPEUR DE l'oUEST.
Leurs petits volets verts et leurs fenêtres bien encadrées, se détachant du fond blanc de la charpente , auraient fait soupirer d'envie Jean- Jacques.
Leur capacité est quelquefois de 500 à 600 tonneaux, plus ordinairement de 200 à SOO. Leur longueur varie coramunément de trente-cinq mètres à cinquante. Malgré leurs dimensions et le luxe de leurs aménagements, ils s'établissent à peu de frais; aujourd'hui, avec leur machine et leur ameublement, les plus forts bateaux coûtent au plus 40,000 dollars ( 213,000 fr. ) (1). Un joli bateau de trente-cinq mètres de long, jaugeant légalement cent tonnes et pouvant en porter cent cinquante , ne coûte que 7,000 à 8,000 dollars. On estime que les grands bateaux coûtent par tonneau de capacité légale SOQfr., et les petits 400(2). Mais si ces constructions élégantes coûtent peu , il faut dire aussi qu'elles ne durent guère. Quelle que soit l'attention qu'on apporte au choix des matériaux et à leur conservation , il est rare qu'un
(!) Un bateau de même force coûterait chez nous 500,000 fr. Ce bas prix , dans l'Ouest , s'explique par le bon marché des bois , par l'imperfection des machines à vapeur que l'on n'a pas intérêt à avoir meilleures , parce que l'on s'inquiète peu d'économiser le combustible - et aussi par l'habileté des ouvriers; les Américains excellent à travailler le bois.
(2) Voir la note 3 à la fin du volume.
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bateau de l'Ouest aille au-delà de quatre à cinq ans. Dernièrement un vieux capitaine, me parlant d'un bateau à la construction duquel il avait apporté tous les soins imaginables , me disait avec un profond soupir : Il est mort à trois ans {She » died at three years). » Cette magnifique végétation de l'Ouest , ces arbres si vigoureux, si droits, près desquels nos chênes d'Europe ressembleraient à des nains, grandis rapidement sur l'épaisse couche de terreau déposée aux temps diluviens par les fleuves de la grande vallée , donnent un bois dont la durée est précisément en rapport avec le temps qu'ils ont mis à pousser. Là aussi se vérifie ce principe, si exact à l'égard de la gloire des hommes et de la splendeur des Empires , que le temps ne respecte que ce qu'il a fondé.
Le nombre des personnes que transportent ces bateaux est considérable; ils sont presque toujours encombrés , quoiqu'il y en ait , comme V Henry Clay, l'IIomer et le Mediterranean , qui comptent deux cents lits. Je me suis trouvé, moi soixante-douzième, sur un steamhoat qui était disposé pour trente c ah in -pas se ng ers. Un voyage sur les fleuves était autrefois une expédition d'Argonautes; aujourd'hui c'est l'afiaire du monde la plus aisée. Les prix sont ft>rt réduits; on va de Pittsburg à la Nouvelle-Orléans pour SO dollars (266 fr.), tout compris; de Louisville à la Nouvelle-Orléans , pour 213 dollars ; c'est à