‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 3)Chapitre 48 sur 55 · PÉAGES · texte numérisé non relu

PÉAGES

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Le produit des péages est donc double dans l'État de New-York de ce qu'il est en France.

M. Ravinet porte, dans son Dictiotnio ire hydrographique ^ la longueur totale de nos rivières navigables à 1,877 lieues, qui se réduiront h 1,800, si l'on en sépare les rivières ré-

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eeniment canalisées. Les canaux ou ri\ières canalisées , appartenant à l'État, forment 700 lieues environ. C'est donc un développement total de 2,500 lieues de navigation, soit décuple environ de la longueur des canaux de l'État de Kew-ïork, et sur la presque totalité duquel il est perçu des droits de navigation. Il est vrai que nos canaux n'ont pas été construits, à beaucoup près, avec la même rapidité que ceux de l'État de ?fe\v- York , et que quelques uns des principaux ne sont pas complètement terminés encore; par conséquent ils ne sont pas en plein rapport.

Les péages des canaux de l'État de >ew-ïork sont très modérés. Pour les denrées et provisions , pour les produits agricoles et pour la houille (*) , le tarif est, par tonne et par kilomètre , de 0 fr. 0336

Pour la pierre , les briques , la chaux , le plâtre , le fumier, la mine de fer , de. ... G 0186

En France , le tarif du canal d'Aire h la Bassée , qui a servi de modèle pour celui de la plupart des canaux de l'État , est (**) :

Pour le minerai , de 0 fr. 0300

— les fourrages et le fumier, de. 0 0400

— - lahouille,de 0 0500

Pour le marbre , la pierre de taille ,

les briques , le plâtre , de 0 0200

Pour la marne , l'argile , le sable et

gravier 0 0012

Pour divers produitsagricoles et marchandises, de 0 fr. 0600 a 0 0800

(*) Ce tarif est un peu trop élevé pour la houille, mais il n'eu jiasse pas en quantité notable sur les canaux de l'Etat de New-York. Sur les canaux de l'État de Pensylvanie, le droit est de 0 fr. 0,0220 par tonne et par kilom.

{**) Le tarif est établi d'après d'autres bases; les nombres présentés ici ont été obtenus par une conversion de mesures.

PfOTES. $]S

Jusqu'en 1836 , le tarif de nos rivières était très variable e( fixé d'après des bases absolument arbitraires. En 1836 ^ une loi l'a rendu raisonnable , uiiiCorme , et l'a d'ailleurs réduit. Voici comment il est établi actuellement sur toutes les rivières, la Uaute-Seine exceptée, par tonne et par kilomètre :

Objets de première classe. Objets de deuxième classe.

A la descente. . . 0. f. 004 0. f. 002

A la remonte. . . 0. 005 0. 003

Sur la Haute-Seine et ses affluents , il est , à la remonte et à la descente , ce qu'il est à la descente partout ailleurs.

La deuxième classe du tarif comprend les combustibles et bois de charpente , les fumiers et cendres, les marbres et granits bruts ou dégrossis , les pierres ou moellons , les grès, tufs, marnes et cailloux; le plâtre, le sable, la chaux , les briques , les minerais et terres. La première classe embrasse tous les autres objets.

Les tarifs de nos canaux sont trop élevés , particulièrement pour la houille (*), pour que ces beaux ouvrages profitent suffisamment à notre industrie. 11 est h regretter que le gouvernement se soit mis à peu près dans l'impossibilité de les réduire. Lors des emprunts des canaux, l'on créa des actions de jouissance qui ont un droit éventuel au produit des péages. L'intérêt bien enwndu des porteurs de ces actions s'accorderait probablement avec une réductions des droits, puisque les droits actuels sont de nature à entraver la circulation ; il ne paraît cependant pas qu'ils soient disposés à s'y prêter.

Il y a quelques années , les actions de jouissance étaient à peu près sans valeur ; elles étaient cotées à 60 fr. Leur

(*) La loi de 1836 , sur les droits de navigation , a réduit le droit sur la houille , pour le canal du Centre , où le gouvernement est resté le maître , à 0 fr. 012 par tonne ot par kilom.

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nombre est d'environ 107,000 ; on eût donc pu les racheter pour 6,500.000 fr. Des combinaisons de pur agiotage les ont fait monter au chiffre de 300 fr. , qui est hors de toute proportion avec leur valeur intrinsèque. A ce taux , leur rachat exigerait une somme de 32,000,000 fr.

Il se trouve donc qu'en faisant intervenir les Compagnies dans l'exécution et dans l'administiation des canaux , par la création des actions de jouissance, on leur a donné un droit du seigneur sur l'industrie nationale. C'est une grande leçon dont la France devra profiter pour l'exécution des communications qui lui restent à exécuter et qu'elle ne peut tarder à accomplir. La concession des grands travaux publics aux Compagnies peut entraîner les plus graves inconvénients. A. une époque où l'on est si ombrageux à l'égard de toute autorité , l'on ne serait pas excusable de soumettre les intérêts les plus importants du pays au bon plaisir d'associations irresponsables , placées au seul point de vue de leur intérêt particulier bien ou mal entendu.

Le rachat des actions de jouissance des canaux, qui, dans l'état actuel des choses , forment sérieurement obstacle au progrès de l'industrie nationale , devrait occuper le gouvernement et les chambres dans le plus bref délai.

Note o9. (Page 343.)

CENSURE KIEECtE P*R LES DIRECTECBS DES POSTES.

En août 1835, à la suite des rigueurs exercées dans le Sud contre les aholitionisies , ou les gens supposés tels , le directeur des postes de la ville de ]\e^v-York refusa de recevoir certains journaux publiés contre l'esclavage. Le directeur-général lui écrivit une lettre qui fut reproduite par toute la presse , et dont le sens était qu'il ne l'approuvait pas formellement , mais qu'il ne le désapprouvait pas

davantage; c'était, a|aès tout , une autorisation à continuer. A la même époque, le directeur des postes de Charleston laissait ouvrir le sac des dépêches par un comité de surveillance qui supprimait, à sa discrélion, ce qu'il croyait écrit dans le sens abolitionisle.

Les États du Sud ont même réclamé , officiellement ou officieusement, des États du Nord, qu'ils empêchassent la publication, chez eux, d'écrits où Ffsclavage serait attaqué. Dans leurs messages d'ouverture des sessions des législatures locales, plusieurs gouverneurs du Nord , et entre autres celui de l'État de New-York , ont reconnu la nécessité des lois répressives que demandait le Sud , au cas où les abolitionistes persisteraient à écrire. Presque tous ont dénoncé , dans les termes les plus sévères , les effiîrts des adversaires de l'esclavage. Mais quelques uns , et entre autres M. E. Everett, du Massachusetts, et M. ^^'olf, de la Pensylvanie, ont formellement refusé de courber la tête sous les exigences du Sud. Le premier , qui a été pendant long-temps l'un des membres les plus distingués de la Chambre de Représentants au Congrès , a déclaré expressément que les dispositions pénalfs réclamées par le Sud étaient incompatibles avec l'esprit des institutions nationales et avec les dispositions du peuple.

Note 60. ( Page 372. )

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