‹ Lettres sur l'Amerique du Nord (volume 4)Chapitre 35 sur 80 · PRÉCIPITATION AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

PRÉCIPITATION AMÉRICAINE

Dans les hôtels et sur les bateaux à vapeur, lorsque l'heure des repas approche, la porte de la salle à manger est assiégée. Dès quela cloche sonne, on se rue, et en moins de dix minutes toutes les places sont envahies. Au bout d'un quart'd'heure, sur trois cents personnes , deux cents sont sorties de table ; dix minutes après , tout a disparu. Pendant l'hiver de i834, je me rendis de Balti-

more à Norfolk , par la Chésapeake, sur le bateau à vapeur la Poca/wntas. Le second jour, dès quatre heures du malin , malgré le froid , les trois quarts des passagers étaient debout. Voyant , vers six heures , que j'étais presque seul au lit , je m'imaginai que nous approchions du terme du voyage. Je montai sur le pont, et y restai à me morfondre au milieu du brouillard , persuadé à chaque instant que Norfolk allait paraître. Ce fut à huit heures seulement que Norfolk se montra dans le lointain. Je contai ma mésaventure à un Américain, homme d'esprit, qui faisait aussi la traversée, et qui, mieux avisé, s'était reposé jusqu'au grand jour. «Eh! Monsieur, me dit-il, si vous connaissiez >> mieux mes compatriotes , vous trouveriez tout naturel que, » pour arriver à neuf heures , ils se soient levés à'quatre. Le métier

• d'un Américain est d'être toujours à craindre que son voisin » n'arrive avant lui. Si cent Américains étaient au moment d'être » fusillés , ils se battraient à qui passerait le premier, tant ils ont

• l'habitude de la concurrence ! »

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