LX-TTRE III
le inonde est dans les affaires, cet état de choses compromet tons les intérêts, menace toutes les existences. C’est le sujet de toutes les conversations, de tous les écrits, de toutes les préoccupations.
Dieu veuille qu’à la vue du danger qui s’approche, les passions se calment, et que le bon sens des populations fasse justice de préjugés sans fondements et de vaines terreurs ! Dieu veuille que de part et d’autre l’on oublie ses griefs pour ne plus songer qu’au salut du pays ! Nous Français, nous devons le désirer non seulement à cause de l’intérét qui s’attache aux destinées d’une grande nation, mais aussi parce que nos fabricants de soieries et nos propriétaires de vignobles paieraient une portion des frais de la campagne contre les banques en général, que le parti radical ouvrirait par un combat à mort contre U Banque des États-Unis.
L& ©éntocrailcÉ l*a
îîew-Tûrkj ii jsûtier i834'
La crise financière qu’a causée le débat survenu entre le président des États-Unis et la Banque n’a pas augmenté de gravité, il y a toujours une grande rareté d’argent, c’est-à-dire une grande diminution de crédit ; mais les faillites ne sont encore ni nombreuses ni considérables.
Les dernières nouvelles d’Europe nous ont appris le refus de travail des ouvriers de plusieurs corps de métiers à Paris et à Lyon. Ce qui a lieu ici, quant a la Banque, a beaucoup d’analogie avec ce qui s’est passé en France parmi les tailleurs, les boulangers, les charpentiers, et avec ce qui se passe journellement en Angleterre parmi les ouvriers des manufac*
LETTRE lY.
turcs. En Europe , et en France particulièrement, c’est la levée de boucliers d’une démocratie, ou plutôt d’un radicalisme encore à l’état d’embryon, qui, s’il plaît à Dieu, ne viendra pas à terme. En Amérique , c’est un caprice à l’orientale d’une démocratie géante passant de plus en plus au radicalisme à mesure qu’elle règne de plus en plus sans rivale et sans contre-poids. En France, jusqu’en 1 83 o, et en Angleterre jusqu’à la Réforme, la tendance générale du gouvernement était constamment empreinte d’aristocratie, c est-à-dire que, dans les, deux pays, l’on gouvernait à peu près exclusivement au profit des classes nobles et bourgeoises, sans s’inquiéter des masses laborieuses. Depuis i 83 o et depuis la Réforme qui, nous pouvons le dire avec orgueil, a été la conséquence de Juillet, il y a des deux côtés de la Manche une tendance manifeste vers une plus juste balance. Nous gravitons forcément vers un état de choses où tous les intérêts, celui du pauvre comme celui du riche, celui de l’ouvrier coijime celui du maître, auront une même protection, non pas nominale, mais réelle. Les hommes qui ont le plus d’in > fluence sur les affaires publiques travaillent à établir successivement un équilibre de plus en plus favorable à la classe ouvrière ; et la majorité de celle-ci, particulièrement en France, se repose du soin de son avenir sur les efforts des bons citoyens qui s’y consacrent. C’est pour cela que les Trois-Jours et la Réforme sont d’heureuses révolutions. C’est pour
t, — EDITION.
5 o la DÉMOCKATIE. — LA BAÎfQUE.
cela aussi qu’en France toute tentative pour pré cipiter, c’est-à-dire pour compromettre le mouvement d’amélioration que les hommes les plus éclairés ^ hors du gouvernement et dans son sein,sont d’accord à diriger avec une fermeté prudente, doit aujourd’hui rester sans point d’appui dans les populations, et ne peut manquer d’être dW répression aisée.
Il me parait difficile qu’à Paris les garçons cbar-
pentiers, tailleurs et boulangers, fassent la loi àleurs
maîtres. Chez nous la bourgeoisie commence à se persuader enfin que c’est pour elle un devoir et une nécessité d’améliorer la condition des masses laborieuses. Elle a le pouvoir, mais elle sait que le peuple a la force. Le peuple s’est compté et a compté les rangs de la bourgeoisie ; mais U a éprouvé qu il ne suffisait pas d’avoir le nombre ; il comprend qu’il n’a rien à attendre de la violence et qu’il ne doit seconder ceux qui ont pris sa cause eu main qu en se rendant digne d’un meilleur sort par sa moralité et ses habitudes d’ordre. De part et d autre les droits réciproques sont reconnus; de part et d’autre on se craint et on se respecte. Ici, au contraire, il est tout simple que la démocratie fasse durement la loi aux capitalistes, aux fabricants et aux négociants.^ Elle possède à la fois la force physique et le pouvoir politique. La bourgeoisie ne lui inspire ni crainte ni respect. L’équilibre est tout-à-fait rompu.Il n’y a de garantie aux États-Unis contre les caprices popu-
LETTRE ÏV.
laires que dansie bon sens du peuple mieux informé. Il faut dire qii'ici ce bon sens est admirable en masse ; niais il n'esÉ pas infaitlible. L'autocratie populaire est üiciie à égarer par les flatteurs comme toute autre autocratie.
La Banque des Etats-Unis en fait aujourfFhui l’expérience. Je vous ai exposé déjà quelques-uns des abus criants qui ont attiré une haine violente au régime des banques en général ^ quoiqtie^ sans les banques J il eût été impossible aux États-Unis de s’étendre,ainsi qu’ils font fait, en popuialioii, en territoire et en richesses. Ces abus étaient et sont le fait des banques locales et non celui de la Mam~ moth-Bank{\ \ Celle-ci au contraire, par le contrôle qu’elle exerce sur les banques locales, dans l’intérêt de sa propre conservation, met un frein à ces abus et les limite, si elle ne les réprime pas complètement. A plusieurs reprises les législatures de divers États ont été appelées à délibérer sur la question de savoir s’il ne convenait pas de prohiber le Banhing-System et d’abolir toutes les banques. La plupart ont pensé avec raison que le remède serait pire que le mal. Elles ont essayé de diminuer le désordre par des clauses restrictives insérées dans les chartes des nouvelles banques. L’État de New-York a même voté, en 1829, une législation complète, connue
(i) C*est un dfs mÜIe noms l)^a^ leâqneU les tnetieurs du parli démocratique représeüLeuL tu Banque des Élals-Unis comme un mous ire qui menace les libertés du pays.
5a L\ DÉMOCRATIE.-TA BANQUE.
SOUS le liom (lu Safety-Fund act, qui crée une police générale et mutuelle des banques, sous la direction des Comtnissairos spéciaux {^Bcmk-Commissioners), et qui établit à leurs dépens un fonds commun {SaJetj-Fund) destiné à indemniser le public en cas de faillite d’une d’elles. Toutefois les mesures répressives et préventives .adoptées par les divers États sont généralement restées inobservées ou inefficaces , soit à cause de l’insuffisance des moyens coercitifs que possède le pouvoir en général, soit plutôt parce qu’il n’ose pas recourir aux armes que la loi met à sa disposition.
Dans leur dernier rapport, en date du 3i janvier i833, les Commissaires des banques de l’État de New-York appelaient avec instance l’attention de la législature sur les graves dangers qui peuvent résulter de ces institutions telles qu’elles sont organisées aujourd’hui, surtout dans les campagnes, et sur leur émission vraiment excessive relativement à la faible quantité d’espèces qu’elles ont en caisse. Avec un numéraire total de 2 millions de doU., les banques de l’État de New-York avaient alors en circulation plus de 12 millions de doU.en papier (i), Mais le rapport même des Commissaires attestait qu’ils n’avaient pas osé remplir les devoirs que leur
(f) La proportion moyenne do miniéraim et des billels aurait clé ainsi du v6. Mais comme 1rs haucim s de la ville de New-York, qui sont les plus importantes de l’État, ont une pioportion de nnméiaiï-'eà peu près double de la moyeunOt c’est-à-dire du i;3 , il en ré&nite que dans les campagnes celle proportion est exlrèmemeiU faible.
LETTRE IV
impose le Safety-Fund act. Il ne dépendait que d’eux de faire fermer les banques félones* Leurs observations n’ont pas empéché la législature de New-York dautoriser de nouvelles banques par douzaines. Cette année elle aura à statuer sur cent cinq demandes en autorisation. C’est dix^huit de plus qu’il ny a déjà de banques dans FEtat. Il est vrai que, selon toute apparence^ le principe du Îaissez-Jaire aura tort cet ce fois. Le message en date du 7 janvier i834? qne le Gouverneur de FEtat vient d’adresser à la législature^ exhorte les deux chambres à arrêter ce débordement* Cette bancomanie^ comme disait Jefferson, est provoquée par les bénéfices qu’on réalise ici dans les banques. C’est, et c’était surtout, avant l’institution régulière de la Banque des États-Lnis, la meilleure et la plus commode des spéculations, précisément en raison des abus qui y sont implantés (i).
[i) Les dividendes de h banque de rAniérique da Nord furent, en 1792, de i 5 pour loo; en 179Î, de i 3 1/2 j de 1794 à 1799 inclusivement, 12 pour 100ï de ï8o 4 à ï8io, 9 pour 100. Ceux de rancieune Bijtique dis Étal^Uuiri ont varié de 7 5^8 à iu pour 100, Ceux de la banque do Peusylvanie, de ^792 à 1810, Lu eut de 8 à ïo. La Banque des Éfals* iTuis dauiu! léguliéi emenl 7 pnur 100 à ses aciiuniiaires. Dans la viJIe de Kew-Yink la moyeune des dividendes des banques, peiuJant 1882, 0 élé de fit ï4 puuî i00, Duus TÉiai d^^ New-York, peudaiit la même année, la moyen ue a été, pour les bauqins tle CEuupaj^ue, de 9 pour 100. Ü ne faut pEis oublier que le taux légal de rjutéièi est plus considérable aux États- Unis quVn Lurope, Il est de 6 pour 100 en Peusylvaoje ; de 7 dans l’État de New-York. Dans lesÉlats dn Sud, il est de S et de 9, el même de ro à la Louisiane* Dans quelques États de TOuest, il n'y a point de taux d'intérél légal ; mais le taux «silé dans les transactions commerciales y est fort élevé.