LA DÉMOCRATIE,-LA BANQUE
les passions populaires. Quoique la Banque ait pour elle la majorité du Sénat j les chances sont maintenant contre elle, A moins que les masses qui aujourd’hui crient : ffurrahforJacksonl sans vouloir rien entendre > ne se mettent à réfléchir d’ici au mois de mars i 836 (c’est Tépoque où expire la charte de la Banque), elle disparaîtraj jusqu’à ce quime nouvelle expérience ait démontré encore une fois qu il n’est pas possible de s’en passer.
Ainsi il arrive qu’au moment même où le ministère de la Réforme étend les privilèges de la Banque d’Angleterre, aux applaudissements de toute rEiirope , i! y a ici une masse compacte où les hommes éclairés ne sont pas en majorité, mais où il s’en trouve plusieurs, qui veut frapper à mort un établissement analogue, éprouvé par de longs services. Ainsi, tandis que l’un des plus grands bienfaits, le plus grand peut-être sous le rapport industriel, que la France pùt recevoir, consisterait dans la création d’un système de banques liées entre elles, comme les vingtcinq branches de la Banque des États-Unis le sont par la Mère-Banque de Philadelphie (i), l’Amérique va peut-être voir, sinon mourir, du moins s’effacer pour quelques années cette institution féconde, sans qu’il doive en résulter, pour l’admintetration qui
(i ) Le syndicat des receveurs-généraux ^ établi par M. de Villèle, renfermait im heureux, germe d*une mstiltitinn générale de dmilatinni et de crédit. Créé cemme appui à la loi d^indi-mnité des émlgié^i i il a succombé à l'impopularilé de son origine, IL est possible que ce ne soit que pour se relever soqs de meilleurs auspices.
LETTEE IV,
s’est vouée à cette œuvre de destruction déplorable^ line perte immédiate de popularité. Ainsi va le monde aux Etats-Unis. L’affaire de la Batique atteste que le jeu des ressurts politiques y est tout autre qifen Europe | et que cependant les intrigues et les petites haines y ont le champ libre comme ailleurs.
nfûuvement de^ parti$« » Question de^ Banque £■
Philadelphie J 5 janrier i834.
De toutes les villes de rUiiion , la paisible Philadelphie est celle que la question de la Banque met le plus en émoi, parce que c'esl elle qui possède la Mère-Banque. L'État de Pensylvanie est aussi celui de tous qui, comme État, souffre le plus de la crise financière, parce que c’est celui de tous qui a la plus forte dette (20 millions i[2 de dollars, i og millions de francs), et qu’il est obligé d’emprunter encore, soit pour achever ses canaux et ses chemins de fer, soit pour payer les intérêts de ce qu’il a emprunté déjà. Imaginez la situation d’un État de i,5oo,ooo âmes, chargé d’une dette énorme de 109,000,000 , dont les dépenses ordinaires sont de
LETTBE V,
moins de 3,000^000, mais qui a maintenant à trouver SjOOOjOOO pour servir les intérétséchus; qui en outre a besoin de se procurer pour la canapagne prochaine plus de iSjOOüjOOO, sous peine de voir dépérir de superbes ouvrages exécutés à grantîs frais (îiSg ip lieues de canaux et de chemins de fer)^ et qui ne sait plus à qui s’adresser. Ce n’est pas tout : d’anciens emprunts temporaires sont remboursables en mai prochain J dans trois mois. Enfin, pour comble de malheur Jes capitalistes qui avaient souscrit Tan passé un emprunt de 16^000,000 j applicable aux travaux publics,ne peuvent plus, par suite delà crise, remplir leurs engagements. Les banques locales qui,d’après leurs chartes, seraient obligées de prêtera TÉtat au taux de 5 p. 100, auraient plutôt besoin d’assistance pour leur compte, vu la dureté des temps, A ces embarras publics , se joignent les embarras privés. Ainsi ce pays que Cobbett, qui a de l’esprit toujours, et souvent des éclairs de bon sens, qualifie à'antùnalthusien^ offre momentanément le spectacle d’une surabondance de bras. Dans les can tons manufacturiers de la Pensylvanie, beaucoup d’ouvriers sont sans ouvrage,
La situation de la plupart des États de rUnioix n’est guère plus prospère. Je suis très disposé à croire que les journaux anti-jacksoniens^ comme iis s’appellent eux-mêmes, exagèrent la souffrance du pays; mais en faisant la part de la rhétorique, il reste comme fait constant une détresse caractérisée,