LE CHEMIN BE FER BE PAKTS A LONBRES
termes correspondans seraient cdinplémentaires Tun de Taiitre* L'Angleterre brille par le génie des
affaires J et par les vertus qui *f accompagnent, le
sang-froid, réconomie(l), la précision, da méthode, la persévérance. Le lot de la France est bien plutôt le génie du goût et des arts, avec f ardeur, l’abandon, la légèreté prodigue au moins de temps et de paroles, la mobilité d’humeur et rirrégiilarité d’habitudes, qui distinguent les artistes. D’un côté, la raison avec sa marche sûre et sa sécheresse, le bon sens avec son terre-à-terre; de Faiitre, l’imagination avec son éclatante audace, mais aussi avec son ignorance de la pratique et des faits, ses écarts et ses faux pas. Ici, une admirable énergie pour lutter contre la nature et métamorphoser Faspect matériel du globe; là, une activité intellectuelle sans égale, et le don d’échauffer de sa pensée le cœur du genre humain. En Angleterre, des trésors d’industrie et des monceaux d’or; en France des trésors d’idées , des puits de science, des torrens de verve. Chez la fière Albion, des mœurs réglées, mais sombres, une réserve poussée jusqu’à Finsociabilité ; dans notre belle France, des mœurs faciles Jusqu’à la licence, la gaieté souvent grivoise des vieux Gaulois, un sans-façon expansif qui frise la promiscuité. T>e
(i) J’Èûtetnis par le mot économie la faculté admiinaLrative et non rien qui ïouebe à la parcimoîiie. L’économie consiste souvent ù dépenser îieaueonp. C'est ainsi que t en tendent les eommerçans anglais dans leur né^goce Cl îe gouvernement anglais dans ses rapports avec ses serviteurs.
LETTRE I
part et d’autre, une énorme dose d’orgueil. Chez nos voisins, l’orgueil calculateur et ambitieux ; orgueil d’homme d’État et de marchand qui ne se repaît que de puissance et de richesse; qui veut pour le pays des conquêtes J d’immenses colonies, tous les Gibraltar et toutes les Sain te-Hélène, nids d’aigles d’où l’on domine tous les rivages et toutes les mers; pour soi l’opulence, un parc aristocratique, im siège à la chambre des lords, une tombe à Westminster. Chez nous, l’orgueil vaniteux, mais immatériel , qui savoure d’idéales jouissances ; soif d’applaudissemeiïs pour soi-meme, de gloire pour la patrie ; qui se contenterait pour la France de l’admiration des peuples; pour soi, de châteaux en Espagne, d’un ruban, d’une épaulette, d’un vers de Béranger pour oraison funèbre ; orgueil d’acteur sur la scène , de paladin en champ-clos. Au nord de la Manche, des populations qui combinent la religion et le positivisme; au raidi, une race à la fois sceptique et enthousiaste. Ici, un profond sentiment d’ordre et de hiérarchie, qui s’allie avec un sentiment de la dignité humaine exagéré jusqu’à la morgue; là, un peuple passionné d’égalité, irritable, inquiet, remuant, qui néanmoins est docile, souvent jusqu’à en devenir débonnaire, confiant jusqu’à la crédulité, aisé à magnétiser par des enjôleurs, et se laissant fouler aux pieds comme un cadavre tant que dure la léthargie, et qui est enclin par momens a 1 obséquiosité la plus courtisanesque. Chez
6 lE CHEMIN DE FEfi DE PARIS A LONDRES.
les Anglais, le culte des traditions ; chez les Français, Tengouement pour la nouveauté. Parmi les uns, le respect à la loi, et l’obéissance à l’homme, à coU' dition que la loi sera sa règle suprême ; parmi les autres, ridolâtrie des grands hommes et la soumission aux lois, pourvu que l’épée de César leur serve de sauvegarde. D’un côté, le peuple souverain des mers ; de l’autre, l’arbitre du continent : soulevant l’univers quand il leur plaît, l’un par son levieP d’or, l’autre du seul bruit de sa voix. Certes, de l’épanchement réciproque de deux peuples ainsi faits et ainsi posés dans le monde, il résulterait de grands effets pour la cause générale de la civilisation, autant que pour leur amélioration propre.
Le développement industriel n’est pas tout le développement humain ; mais, à dater du dixneuvième siècle, nul peuple ne sera admis à se ^ faire compter au premier rang des nations, s’il n’est avancé dans la carrière industrielle, s’il ne sait produire et travailler. Nul peuple ne sera puissant s’il n’est riche, et l’on ne s’enrichit plus que par le travail. En fait de travail et de production, nous avons beaucoup à emprunter aux Anglais, et c’est un genre d’emprunt qui se fait par les yeux mieux que par l’ouïe, par l’observation mieux que par la lecture. Si donc il y avait un chemin de fer entre Londres et Paris, nous Français, qui ne nous entendons guère à expédier les affaires, nous irions l’apprendre à Londres où l’instinct de l’adminis-
LETTRE I
tration est dans le sang. Nos spéculateurs iraient y voir comment de grandes entreprises se conduisent simplement, vite et sans diplomatie. Nos détaillants et leurs acheteurs ont à savoir des Anglais que surfaire et ïnarchander ne sont pas nécessaires pour bien acheter oii bien vendre; nos capitalistes et nos négociants, qu^il n^ a pas de prospérité commerciale durable ni de sécurité pour les capitaux là où le crédit n’est pas fondé ; ils verraient fonctionner la Banque d’Angleterre avec ses succursales et les banques particulières, et peut-être il leur prendrait envie d’importer dans leur patrie, en les rnodifiant convenablement, ces institutions fécondes à la fois pour le public et pour les actionnaires. Ils s’imbiberaient de Tesprit d’association ; car, à Londres, il pénètre par tous les pores (i)» Nous tous, nous y verrions en quoi consistent et comment se réalisent ce cojnfort^ ce culte de la personne, si essentiel au calme de la vie; et probablement alors Paris secouerait cette saleté sécu-
(i) G*est ainsi que les négociant de Londres se dispensent nne
caisse chacun clie^ soi ; ce qui serait un embarras, une source d'inquiétudes, et ce qui absoi berair improduclivcuient un capital monétaire considérabte, A Londres , tous tes meuvemens de fonds s*opèrent par Piuterpoédiaire d’un pelit nombre de banquiers, dans le local appelé Ciearlng^-Mouse ( m,aisoii de liquidiitîon). La masse de transactions ainsi réglées s’élève tVéqnemtnentj selon ce que m’a dît uuo personTie digne de foi, à i 5 millions sterling^ {375 milUom defr. }, indépendamment des iransaclions qui ne sont pas commerciales proprement dîtes j et de eelLes du commerce de détail qui ne passent point par les mains des banquiers. (Voir la note 3 a La iin du vo^ lume, )