LE CHEMIN DE FEU DE PABIS A LONDRES
laire qui jadis lui donna son nom j et contre laquelle, dix-huit cents ans plus tard, Voltaire lutta en vain, lui à qui la vieille monarchie et la foi de nos pères ne purent résister. Comme nous sommes un peuple pétri d'amour-propre, nous reviendrions d'Angleterre tout honteux de Tétât de notre agriculture, de nos communications et de nos écoles élémentaires , tout humiliés de Tétroitesse de notre commerce extérieur, et nous aurions à cœur d'egaler nos voisins. Je ne m'occupe pas de détailler ce que les Anglais viendraient chercher chez nous ; euxmêmes sont convertis à cet égard, puisqu'ils y arrivent déjà en foule, tandis que Ton pourrait réellement compter, même à Paris ,le nombre des Français qui sont allés à Londres. Sans dire ce que les Anglais prendraient en France , ou peut affirmer qu'ils y laisseraient des souverains en abondance. Pour Paris, ville de consommation et de plaisirs, paradis terrestre des étrangers, ce serait une mine d'or. Et les Anglais s'accoutumant à la France, leurs capitaux s'y acclimateraient aussi et y trouveraient de bons placements en vivifiant des entreprises essentielles.
Le chemin de fer de Paris à Londres serait nn établissement commercial de premier ordre; ce serait encore une fondation politique^, un chaînon d’alliance étroite entre la France et l’Angleterre. Mais c’est surtout comme instrument d’éducation qu'il importe de le recommander; car il n'y a pas
lettre Ï.
à craindre que les deux autres points de vue soient négligés. L’industrie, disais-je, s’apprend particulièrement par les yeux, Cest spécialement vrai pour les ouvriers ; car chez eux, en vertu de leur genre de vie, le monde des sensations domine le monde des idées. Or, Tavancement de Tindustrie ne dépend pas moins du progrès des ouvriers que de celui des directeurs et des chefs d’ateliers. Il conviendrait donc d’envoyer un certain nombre d’ouvriers de choix passer quelque temps en Angleterre , tout comme l’administration des Ponts-et-Chaussées le pratique régulièrement aujourd’hui pour un petit nombre d’ingénieurs. Le^chemin de fer, réduisant de beaucoup les frais et les embarras du voyage, donnerait probablement le moyen d’expédier par caravanes, de France en Angleterre, les ouvriers qui auraient été jugés dignes de cette faveur. Il y a peu de temps, j ai entendu exposer par un négociant lyonnais, homme de grand sens, qui revenait de visiter T Angleterre et qui l’avait bien vue, un plan d’ou il résultait que, pour une somme assez modique, ces expéditions d’ouvriers pourraient être organisées sur une assez large échelle. Dans son projet, qui était au moins fort ingénieux, ces voyages eussent ete des récompenses décernées soit dans les écoles d adultes, soit par les Chambres de Commerce ou par les Conseils de Prudhommes dans les pays de manufactures, soit par les Conseils municipaux ou par les Conseils-généraux dans les pays agricoles; le ministre