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l{)2 l’yank.ée et le VIRGINIEW-
caractère américain dans son imité, tel quil est en ce moment, il faudrait prendre trois quarts au moins d’Yankée, et admettre un quart à peine pour la dose de Virginien.
Actuellement, le travail matériel de la colonisarion est singulièrement avancé. La base matérielle de la société est posée. Sur celte base, il s agit d élever un édifice social dont les formes sont inconnues encore, mais qui sera sur un plan nouveau, j en ai la conviction, car tous les matériaux en sont neufs j rhumanité, d’ailleurs, ainsi que la Providence ne se répètent pas. Lequel des deux du Yirginien ou de l’Yankée est le plus propre à remplir cette tâche nouvelle? Je ne sais; mais il me semble que le Virginien va avoir son tour j et que dans la phase où les États-Unis sont sur le point d’entrer, ses qualités sociales obtiendront la prédominance qui, dans une période de défrichement, devait naturellement appartenir à l’industrieux Yankée. Je crois enfin que si l’Union se maintifiit, et que l’Ouest continue a former une seule masse de la Nouvelle-Orleaiis aux chutes du Nmgara, ce troisième type de l’Ouest, qui grandit et aspire à surpasser les deux autres, empruntera désormais beaucoup au Virginien et peuàrYankée.
Ce n’est pas un mince avantage pour un peuple que d’avoir en soi deux types à physionomie caractérisée, lorsqu’ils s’harmonisent au sein dune nationalité commune, Une nation dont tous les
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individus peuvent se rapportera un type unique, est parmi les peuples ce qu’est le célibataire parmi les individus. C’est une sorte de solitaire; sa vie est monotone. Les plus vives et les plus douces facultés de la nature humaine sommeillent en lui. Il reste im mobile ; rien ne l’aiguillonne vers le progrès. Telle était l’antique Égypte,
Un peuple à double! type, lorsque aucun d’eux n’a sur l’autre une écrasante prédominance, jouit, au contraire , d’une existence complète; sa vie est un perpétuel échange de sensations et d’idées comme 1 est celle d un couple. Il a le don de fécondité. Il se reproduit et se régénère lui-même. Alternativement chacune des deux ' natures agit et se repose, sans qu il soit jamais inactif. Tour à tour chacune acquiert la supériorité et subit celle de l’autre ; ainsi, selon les circonstances diverses, il a la ressource de diverses vertus. Les deux natures s’appuient et se tiennent mutueUeinent en haleine; elles s’excitent l’une l’autre, et, grâce à cette émulation salutaire, le peuple qui les porte en son sein atteint de hautes destinées.
L’histoire nous montre que le progrès de l’humanité s’est constamment accompli dans le passé par 1 action et la réaction réciproques de deux natures ou de deux races quelquefois en harmonie, le plus souvent ennemies ou rivales. Le fait le plus général de l’histoire de la civilisation à laquelle nous appartenons, est la lutte de l’Orient et de l’Occi-
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dent, depuis l’expédition des Argonautes et la guerre de Troie jusqu’à la bataille de Lépante et le siège de Vienne par les Turcs. Il s’est passé autre chose que des batailles dans cet immense drame où les principaux rôles sont occupés tour à tour par les grandes figures des Miltiade et des Thémistocle, des Darius et des Xerxès, des Scipion et des Annibal, des Alexandre, des Trajan, des Sapor, des Chosroès, des Mahomet et des Saladin, d’Abdérame, de Pélage et de Charles-Martel, de Richard et de Sobieski. Ce n’était pas seulement pour faire coider des fleuves de sang que la Providence a précipité les uns contre les autres, Européens et Asiatiques, Grecs et Perses, Romains, Carthaginois etParthes,Maures et Croisés, Vénitiens, Polonais et Turcs. Entre l’Orient et l’Occident , il s’est échangé autre chose que des coups d’épée. Si vous voulez savoir, vous Occidentaux, ce que vous avez gagné au contact de l’Orient, meme lorsque vous ne l’avez approché que le fer à la main, regardez autour de vous : presque tous les arbres qui enrichissent vos champs, cette vigne qui vous réjouit le cœur, cette soie et ce coton qui parent vos maisons et vos personnes, ce sont des fruits de la guerre d’Orient; le sucre et le café dont la culture a changé la balance politique du monde, l’un vous êtes allés le prendre chez les Orientaux, l’autre les Arabes vous l’ont apporté chez vous lorsqu’ils étaient les maîtres de l’Espagne. La boussole qui a donné à la civilisation un continent notiveau, et qui a assuré
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la domination du genre humain sur l’élément jusqu’alors indompté de la mer, c’est l’Orient qui vous l’a donnée. Vos arts et vos sciences sont d’origine orientale ; l’algèbre, c’est un moine qui en a dérobé le secret aux Maures d’Espagne; votre numération, base de tous les progrès qu’ont réalisés la comptabilité et la science administrative, elle porte le nom des Arabes. Votre chevalerie, les Croisés la rapportèrent d’Orient. Yotre christianisme, qui est le père de 1 Europe moderne , n’eiit jamais existé si les légions romaines, lancées sur l’Orient, n’avaient conquis la J udée qui en renfermait le germe, si l’empire romain n’avait eu l’école d’Alexandrie où ce germe pût éclore, et si la Rome des Césars n’avait été, pour les successeurs de saint Pierre, un piédestal élevé tout exprès pour qu’ils dominassent l’Orient etTOccident.
Voyez le peuple romain; sa noble existence est une suite continuelle de guerres, suivies aussitôt d’incorporations, d’alliances, de véritables accouplements qui lui donnent toujours une nouvelle force. Il commence par la double figure de Romulus et Rémus ; puis ce sont les Romains et les Sabins, ou plutôt les Sabines ; puis c’est Rome et Albe; puis Rome et les Latins; puis encore Rome et Carthage. On dirait d’un jeune sultan qui enlève à la pointe de l’épée une esclave, qui en fait sa favorite jusqu’à ce qu il s en dégoûte, ou qu’il en rencontre une autre plus digne de son amour. Il va ainsi changeant sans
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cesse et s’élevant de jour en jour clans ses choix successifs, jusqu’à ce qu’il ait trouvé la Grèce, qui fut pour lui plus qu’un caprice passager, et dont il fit sa sultane légitime. Ce mariage des natures grecque et romaine fit la splendeur et la joie de Rome impériale, et assura le repos du monde. Une fois sa conquête assurée, une fois sa destinée enlacée à celle de la Grèce, le peuple romain s’arrêta pour jouir 5 et à cet effet, il substitua a sa constitution républicaine le régime des Césars; à son aristocratie aux mœurs sévères, des rhéteurs et des comédiens grecs, et des empereurs,les uns voluptueux comme les disciples d’Épicure, les autres philosophes et lettrés à la façon de Périclès.
Qu’est-ce que l’histoire de la Grèce, sinon un continuel balancement entre l austère Lacedemone et la brillante Athènes, entre la patrie de Lycurgue et de Léonidas, et celle de Solon, d’Aspasie et d’Alcibiade. Toutes les fois qu’elles s’allièrent, elles puisèrent dans leur rapprochement une énergie insurmontable, au point de supporter le choc de toute l’Asie lancée sur leur petit coin de terre. Malheureusement elles n’eurent pas assez le sentiment de leur nationalité commune, elles eurent trop celui de leurs jalousies locales. Presque constamment désunies, jamais elles ne dominèrent complètement la Grèce elle-même. Et quand la race grecque dut s’élever à son apogée, ce ne fut ni à l’une ni à l’autre qu’il fut donné de l’y conduire. La Providence à
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cette fin suscita dans le Nord celui devant lequel la terre se tuL
On pourrait de meme dire que Thistoire de TEiirope, après que les Germains conquérants s’y furent assis, se résume dans celle des deux peuples anglais et français, et que la majeure partie des progrès de notre civilisation a été occasionée par la rivalité de ces illustres athlètes, ou par leur frottement durant leurs trêves si courtes.
Ainsi, les grands phénomènes de la vie du genre humain nous offrent les pectacle de deux natures (i) régnant tour à tour Tune sur l’autre, brillant et s’éclipsant tour à tour, jusqu’à présent le plus souvent en guerre; s harmonisant quelquefois, et s’animant toujours au contact l’une de l’autre.
Tant qu une nation comprend une multitude indéfinie de types mêlés les uns aux autres sans ordre et sans hiérarchie, elle est comme un corps à l’état pâteux. Elle n’a point de caractère saisissable ; elle n’a point de destination fixe. Elle est incapable de rien faire de grand dans le monde. C’est ainsi que, depuis la guerre des anciens électeurs allemands révoltés contre le Saint Empire, et depuis le traité de Westphalie qui consacra leur indépendance et brisa l’aiitique unité nationale, l’Allemagne a été éclipsée, jusqu’au moment où la maison de Brandebourg, s’élevant du sein de l’anarchie des petits États ger-
(i) Voir la note 3o â la ûn du volume .
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maniques, et prenant place à côté de la maison d’Autriche , y ait établi une forte dualité.
La dualité n’est cependant pas le seul mode suivant lequel une société puisse être constituée solidement et élastiqiiement tout à la fois. Lorsqu’un troisième type, dont la supériorité est admise des deux autres, ou qui partage assez de la nature de l’un et de l’autre pour leur servir de lien et d’intermédiaire, vient se poser entre eux, il en résulte une vigoureuse organisation sociale ; car alors l’harmonie entre les deux types primitifs a cessé d etre une abstraction ; elle a pris chair et os.
Dans quelques cas, ce nouveau rôle est tellement indispensable, qu’il est rempli à tout prix, et que ses augustes prérogatives sont dévolues à des utilités. C’est ainsi qu’en Grèce il fut momentanément occupé par les Béotiens de Thèbes.
Chez un grand nombre de peuples, il a été rempli par l’aristocratie qui s’interposait entre deux races pour les balancer l’une par l’autre. Une aristocratie, digne de ce nom , est éminemment propre à ce rôle de modérateur, parce qu’elle porte en soi les deux natures, quelle éprouve dans son cœur le contre-coup des mouvements de leurs passions, et qu’elle a l’énergie nécessaire pour les tenir en respect ou leur donner carrière, selon qu’il le faut.
Sous le rapport de la dualité, il n’y a pas de pays mieux constitué que les États-Unis. Chacune des deux natures y a un champ libre. Elles ont leurs
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tentes séparées, leurs industries distinctes. Chacune possède au plus haut degré les facultés qui lui sont propres.
Sous le rapport trinaire, ils semblent appelés à se grouper non moins parfaitement. Le jeune géant qui grandit à l’Ouest paraît devoir être le nouveau venu qui accomplira la parole, Les derniers seront les premiers^ et qui, dans sa main musculeuse, serrera le lien de rassociatlon entre le Nord elle Sud.
En France, depuis cinquante ans, la passion d’unité, qui nous a toujours été naturelle, a pris le caractère d’une fièvre; unité et perfection sont pour nous devenues synonymes. Nous avons remis tout au creuset et nous avons tout refondu dans un moule uniforme. Nous avons établi un système politique qui concentre la France dans Paris, et dans lequel il suffit d’une roue placée au centre, pour faire mouvoir les quatre - vingt - six roues départementales, les cinq cents roues d’arrondissements, et les quarante mille roues communales. A force d’exagérer les applications du grand principe d’unité, nous avons organisé la France comme si c’était, non un puissant royaume, mais une province d’un empire. Nous l’avons admirablement disposée pour qu’ellè fût conquise, en une seule bataille , par quelque chef de hordes, qui nous laisserait à Paris un hetman vice-roi-
ISous possédons deux types distincts : celui du Midi et celui du Nord. Au lieu d’employer le bel
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instrument delà centralisation à les développer l’un et l’autre, suivant leur nature propre, et à les faire marcher l’un par l’autre, nous nous en sommes servis pour les absorber tous deux dans une unité rétrécie, pour les confondre l’im clans l’autre. Nous avons surtout contrarié les penchants du Midi, même les plus légitimes. Le type du Midi est écrasé par celui du Nord. Il prend sa revanche, à la vérité, en nous fournissant d’hommes d’État, à peu près comme l’Irlande qui a le privilège de donner des premiers ministres à l’Angleterre; mais ceux-ci, chez nous comme en Irlande, fils ingrats d’une mère délaissée,gouvernent toujours dans l’intérêt du Nord, comme s’il n’y avait en France que le Nord; comme si la France ne comptait que des villes et pas de campagnes; comme si nous étions un peuple manufacturier par-dessus tout, et accessoirement agricole; et, ce qui est plus grave, comme si nous étions une société de philosophes, çt non une nation avide de croyances en religion et d’affection enthousiaste en politique
Il fut heureux pour notre indépendance nationale, pendant la crise de notre grande révolution, que la Constituante eût préparé à la Convention une dictature sur tous les points du territoire, par la suppression de tous les grands corps et de toutes les grandes individualités qui existaient dans l’ancien régime. S’il y avait eu une Vendée de plus, nous aurions été vaincus et peut-être partagés. Aujour-
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d’hui que le danger est passé, serait-il impossible de trouver une combinaison qui, sans rompre la centralisation, donnât aux provinces un peu de cette chaleur vitale qu’elles recherchent en vaiiij depuis qu’on les a coupées en tronçons par Tinstitution de quatre-vingt-six départements (i)? IS’est-il pas possible, dès à présent, de gouverner la France de manière à satisfaire les intérêts, les idées et les sentiments du Midi, sans faire violence au Nord?
(i) Voir la uote 3i à la fia du volnme.
Le Cepitsine John Smîtht
B-klimoml (Virginie), a5 mû ï834»
Le capitaine John Smith naquit, en iSyQ, àWilloughby, dans le comté de Lincoln. Dès sa plus tendre enfance il étonnait, par la hardiesse de ses équipées, ses jeunes camarades et le maître d’école lui-méme. Il avait treize ans lorsqu’il lui prit envie d’aller voir la mer. A cet effet, il vendit ses livres et ses jouets, ce qui lui procura quelques menus fonds. Il se disposait à partir lorsque son père mourut. Il tomba alors sous la tutelle d’hommes positifs, à qui le génie romanesque du jeune homme parut une amère folie, et il fut de leur part l’objet d’une surveillance toute bienveillante, mais trop étroite pour n’être pas insupportable à son esprit indépendant.
LETTRE XL
Dès qu’il eut quinze ans, on le plaça, afin qu’il prît de la raison, dans les bureaux d’un négociant qui ne lui épargnait ni les leçons ni la besogne.
Le négociant dont Smith était devenu l’un des apprentis, était l’iin des principaux deLynn. Il faisait beaucoup d’affaires maritimes, et le jeune Smith avait espéré que son patron le ferait voyager et voyager sur mer. N’entendant cependant pas parler de son embarquement, il se lassa, et avec dix shellings dans sa poche, il quitta, sans prendre congé, le négociant et les affaires. Sa bonne étoile lui fit faire la rencontre d’un jeune lord qui allait, avec une suite nombreuse, faire, lui aussi, son tour d’Europe. Smith entra à son service, mais ce ne fut pas pour long-temps. Après quelques mois il se dégoûta de son nouveau maître, et alla s’engager dans l’armée hollandaise. Il y passa trois ou quatre ans; puis, sur les offres d’un gentilhomme écossais, qui lui promettait d’excellentes recommandations à la cour du roi Jacques, il repassa la mer et alla en Écosse. Frustré dans son attente, il s’éloigna de la cour et regagna sa ville natale. Bientôt, prenant en horreur le positivisme de ses compatriotes, il alla vivre seul au milieu des bois, avec des livres de tactique et d’histoire militaire, un cheval et une lance. Il partageait ainsi son temps entre l’étude de la guerre, et l’exercice des armes, sans voir personne autre qu’un écuyer italien de la maison rlu comte de Lincoln.
Sur ces entrefaites il entra en possession d’une